Je veux être sa victime
a) En Lui immolant toute ma vie, sans tenir compte de mes goûts ;
b) En m’abandonnant à Lui pour être éprouvé comîne bon Lui semble ;
c) En me présentant à Lui pour expier par des souffrances, — celles qu’il voudra, — les ingratitudes des hommes ;
d) En Lui offrant tout mon temps : je sacrifierai l’inclination au repos, aux distractions; tout mon corps : je sacrifierai mes aises et mes commodités; tout mon cœur : je sacrifierai le désir d’être aimé ; tout mon esprit :
(1) Ép. aux Gai., 2, 20.
je sacrifierai tout orgueil, toute recherche de l’estime ou de la louange ;
c) En mettant une sorte de bonheur à Lui ressembler quelque peu, si une bonne intention a été mal comprise, si un bienfait, loin de me valoir de la reconnaissance, est oublié, ou même s’est retourné contre moi.
COLLOQUE
Supplions bien affectueusement Notre-Seigneur d’agréer l’offrande entière de nous-mêmes, et de nous transformer en victimes généreuses par son Eucharistie.
ARTICLE VII L’office de Serviteur
En union avec le choeur des Archanges
Ordre des méditations consacrées à cet office.
Annoncé comme le serviteur de Dieu par excellence, Jésus-Christ fit aussi profession de servir les hommes, spécialement ses disciples, nous stimulant de la sorte à Le servir nous aussi en retour. Ces idées remplissent le premier exercice.
Dans le second, nous parcourons en détail tout ce que Dieu met à notre usage, et toutes les façons dont le Christ nous a vraiment servis. De telles avances nous rendent cher le service de Dieu, et elles nous instruisent de la forme même à donner à ce service.
La troisième méditation nous fait voir combien le Christ est à notre service dans la sainte Eucharistie. Les services eucharistiques du Christ doivent nous porter à une oblation complète, par laquelle nous devenions ses serviteurs empressés et fidèles.
ART. VII. L’OFFICE DE SERVITEUR, lre MED. 159
Dans le quatrième exercice, proposé sous forme de parabole, nous nous voyons, grâce aux abaissements du Fils de Dieu, élevés du rang de serviteurs à celui d’enfants adoptifs : quelle raison pressante d’accomplir plus délicatement, dans l’esprit d’adoption, tout ce qui est du service de Dieu ou de notre Sauveur Jésus-Christ!
Note préliminaire. Servir Dieu, c’est le devoir, tout le devoir de la créature vis-à-vis de son Créateur. Mais jamais le bon Dieu n’a consenti à ne voir en nous que des serviteurs. Il nous a adoptés pour ses enfants.
Et, à la différence de l’adoption qui se pratique entre les hommes, cette adoption divine implique une transformation intérieure. La grâce sanctifiante élève notre nature à une participation de la vie divine, dont nous comprendrons tout le prix, lorsque, devenue la lumière de la gloire, elle nous découvrira la face de Dieu et nous fera goûter un bonheur divin.
Le bienfait de cette adoption nous fut enlevé par le péché d’Adam. Mais le Fils de Dieu fait homme nous l’a rendu. Désormais, la grâce qui nous confère la filiation adoptive nous rend en même temps frères de Jésus-Christ et ses cohéritiers.
De MÉDITATION
1er Prélude. Mettons-nous en face de la crèche. Un aimable enfant, un Enfant-Dieu s’y trouve couché. Saint Paul lui prête ce langage intérieur : « Vous m’avez formé un corps1. Me voici; je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté2. »
(1) S. Paul. (Ép. aux Hébr., 10, 5) cité d’après les Septante. Le texte hébreu correspondant, convient mieux au contexte. Il porte : « Vous m’avez ouvert les oreilles pour recevoir et exécuter vos ordres. » Ps. 40, 7.
(2) Ép. aux Hébr., 10, 5-7.
160 SECT. n. MÉDITATIONS, CH. I. OFFICES
2e Prélude. Sollicitons instamment la grâce de pénétrer l’esprit de soumission et d’humble dévouement qui remplit l’âme de Notre-Seigneur, afin de devenir des serviteurs parfaits de Dieu, de Jésus-Christ et du prochain.
1er point. Jésus-Christ , serviteur de Dieu.
1. 1. Dans son humanité sainte, Jésus -Christ voulut avant tout apparaître comme serviteur de Dieu. La prophétie la plus complète qui Le concerne 1 2 annonce en Dui le serviteur par excellence du Très-Haut. « Tu es mon serviteur, s’écrie le prophète Isaïe; par toi je me glorifierai 2. »
Le choix de cet humble rôle peut-il nous surprendre? Servir Dieu, c’est le grand, le premier devoir de la créature; le refus de ce service consomma le malheur des anges, et fit le malheur de l’humanité. La suggestion de Satan à nos premiers parents que fut-elle? « Vous serez comme des dieux. » Quel sentiment inspira-t-il au roi de Babylone? « Je monterai dans les cieux, au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône... je serai l’égal du Très-Haut3. »
2. L’Incarnation réalisa ainsi la merveille d’un Dieu servi par Lui-même. Une Personne divine abaisse une nature humaine qui est la sienne, devant la nature divine ! Service vraiment digne du Très-Haut ; seul service digne de la suprême Majesté.
Quelle glorification parfaite en résulte pour Dieu! C’est avec une exactitude rigoureuse qu’Isaïe prête au
(1) Elle est constituée par quatre passages des livres d’Isaïe qui, au jugement des critiques, forment un poème : 42, 1-4; 49, 1-6; 50, 4-9; 52, 12-15; et tout le chap. 53.
(2) Le mot Israël paraît postérieurement inséré dans le texte.
(3) Is., 14, 13. 14. Le prophète oppose à cet orgueil la ruine de ce roi, où nous voyons dépeinte la ruine même des mauvais anges.