LE GLORIEUX MIRACLE DE LA SAINTE EUCHARISTIE
Plan de la méditation. — Prophétiquement représentée dans d’ admirables figures , effet d’une Toute-Puissance divine qui nous confond, objet d’une foi qui perdure depuis vingt siècles, la sainte Eucharistie brille d'une gloire miraculeuse, dont nous nous proposons de méditer successivement la triple forme ou manifestation.
1er Prélude. Représentons-nous Notre-Seigneur, dans la synagogue de Capharnaüm, annonçant au peuple un pain meilleur que celui que ses mains divines avaient la veille miraculeusement multiplié. « Je suis, dit-il, le pain vivant descendu du ciel 1 . *
2e Prélude. Demandons, avec de pieuses instances, que Dieu daigne se servir de cet exercice pour augmenter notre foi en 1 Eucharistie et notre reconnaissance envers le Dieu fait homme qui Ta instituée pour nous.
I. L’ Eucharistie, glorieuse réalisation de figures prophétiques .
I. 1. La présence eucharistique de Jésus-Christ est figurée dans les symboles mystérieux qui rappelaient aux Israélites l'assistance divine toute spéciale dont ils étaient favorisés : la colonne lumineuse qui les guida dans le désert, la nuée qui, lors de la dédicace, remplit le temple, et surtout l’arche d’alliance. Les ailes des deux séraphins qui la surmontaient étaient le trône de Jéhovah; placée dans le Saint des Saints , elle était séparée d’une autre partie du temple, connue sous le nom de Saint , par une tenture qui nous représente, elle-même, les voiles de nos tabernacles
(1) Év. S. Jean, 6, 51.
ART. I. N EUT AINE AU SACRÉ CŒUR, 4e JOUR 229
2. h’ aliment eucharistique est plus expressément signifié par la manne que Dieu faisait tomber chaque matin pour nourrir les Israélites clans leur traversée du désert.
Il l’est encore par les pains multipliés dans les mains du Sauveur. Notre-Seigneur se trouve être ainsi, tout à la fois, l’auteur de la figure et de la réalité symbolisée.
3. Le sacrifice eucharistique se reconnaît en image dans celui de Melchisédech. Ce prêtre du Trè3-Haut rencontra Abraham, qui s’en revenait vainqueur, chargé des dépouilles de quatre rois. Il offrit à Dieu une oblation de pain et de vin, bénit le patriarche et reçut la dîme du butin. Ce personnage mystérieux, à peine mentionné dans la Bible, qui n’en dit ni la patrie ni l’origine, apparaît investi d’un sacerdoce supérieur à celui d’AARONl, et qui figure, au témoignage du prophète1 2 3, le sacerdoce éternel du Christ.
II. 1. Après nous être souvenus avec quelque détail de ces figures, comparons-les à la réalité qui les efface. « Est-il possible, s’écriait Salomon, que Dieu habite avec les hommes sur la terre? Quelle maison sera capable de contenir Celui que ne contiennent pas les cieux^? * Nos églises, cependant, et nos tabernacles sont vraiment la demeure de Dieu, grâce à l’Eucharistie.
Dans le lieu saint, le sentiment de la présence de Dieu nous pénètre-t-il suffisamment? Notre respect intérieur est-il assez profond, notre attitude extérieure n’est-elle pas quelquefois négligée; ne risque-t-elle pas d’affaiblir la crainte révérentielle du peuple fidèle?
2. Destinés à voir Dieu face à face, nous sommes les vrais Israélites. Si le désert était aride, comparé à la
(1) Genèse, 14, 18. Yoy. l'èpître aux Hébreux, chap. 7.
(2) Ps. 109, 4.
(3) II Paralipomènes, 6, 18.
terre de Chanaan, combien plus notre terre est elle un Saharah, comparée à la patrie où Dieu sera notre bien. Et Dieu y nourrit notre âme d’un pain vraiment descendu du ciel.
Le pain, miraculeusement multiplié par Jésus, rassasia pour une heure la foule qui le goûta. A quelle faim meilleure répond rEucharistie, qui, elle, rassasie pour toujours.
Et pourtant, nous rendons-nous à la table sainte avec l’empressement qui animait les Juifs, lorsque, de bon matin, ils recueillaient la manne? Privés de la présence sensible de Jésus, il ne dépend pas de nous de ressentir les transports enthousiastes de la foule rassasiée dans la solitude -, mais nous pouvons nous présenter devant Lui avec l’hommage meilleur de nos facultés supérieures, avec une humilité sincère, un respect dicté par la foi, et avec un désir aussi ferme que réfléchi de Le posséder et de Le servir.
3. L’offrande du pain et du vin, quelle pâle figure de cet admirable sacrifice où ne restent que les apparences, les qualités accidentelles du pain et du vin; où la réalité substantielle est un Homme-Dieu ; où, sans horreur pour les sens, une immolation mystique rend à Dieu toute la gloire d’un holocauste sanglant î '
Regrettons, sans cependant trop nous étonner, vu notre nature, qu’un spectacle aussi auguste semble parfois dire si peu à notre âme. Supprimons la froideur imputable à notre négligence.
Soit avant, soit après la sainte communion ou la sainte messe, les rapprochements de l’Eucharistie et des figures prophétiques nous suggéreraient d’excellentes réflexions pour entretenir la ferveur de notre piété, et nous apprendre à converser avec Dieu.
ART. I. NEUVAINE AU SACRÉ CŒUR, 4e JOUR 231 II. U Eucharistie , glorieuse dans la transsubstantiation.
I. L’Eucharistie recèle des prodiges; mais, comme ils ne tombent pas sous les sens, ils ne sont miracles que dans une acception plus large, le miracle étant, au sens propre, un signe sensible de la Toute-Puissance divine.
Quelles merveilles pourtant la Sainte Eucharistie étale à l’œil de la foi ! Un mot a dû être inventé pour désigner cette opération unique du Dieu tout-puissant : la transsubstantiation. En conservant toutes les qualités du pain et du vin, la couleur, le poids, la résistance, le goût, elle en convertit la substance au corps et au sang de Jésus-Christ.
Merveille, que cette permanence de qualités accidentelles séparées de leur substance; merveille, que cette admirable succession, qui remplace un aliment et un breuvage par le corps et le sang du Christ ; merveille, que cette présence singulière sous d’innombrables hosties d’un Christ toujours un et identique à Lui-même ! L’Incarnation est placée au faîte des miracles : l’Eucharistie entoure le Verbe incarné d’» ne nouvelle auréole de prodiges. La grâce sanctifiante, a À me rend digne de voir Dieu, dépasse mes conceptions : l’Eucharistie établit en moi la source d’où elle découle.
Voilà l'aperçu des merveilles qu’un examen superficiel nous permet de constater. Que serait ce, si nous y ajoutions le fruit d’investigations plus attentives, telles qu’en font les philosophes et les théologiens? Nous comprendrions ces noms que les théologiens donnent à l’Eucharistie de cumulus miraculorum, amoncellement de miracles; et pourquoi l’Office divin lui-même appelle l’Eucharistie, le miracle par excellence, maximum miraculorum I
II. Et Jésus-Christ opère tout cela pour se donner à mon âme. Quelles effusions de reconnaissance Lui sont dues!
Que ces faits sont, en même temps, instructifs! Ils nous dévoilent l'intensité de l’action divine dans le monde surnaturel des âmes. Autant cet Univers visible, avec toutes ses magnificences, n’est que misère et pauvreté devant l’Océan des perfections divines qui constituent le Ciel, autant les effets extérieurs produits par Dieu dans la nature sont dépassés par ses opérations intimes et surnaturelles. Là, dans le monde extérieur, son action directe est rare, exceptionnelle : Il laisse comme un libre jeu aux lois que sa sagesse a établies; mais dans le monde des âmes, Il intervient sans cesse Lui-même, nous conduisant comme un père conduit ses enfants. Oh! qu’un recueillement plus grand nous rende attentifs à cette action, qu’une pureté plus parfaite nous donne un discernement plus pénétrant, qu’une foi plus ardente supplée plus complètement au défaut de nos sens et de notre raison! Quels horizons et quelle vie se découvrent ici ! Les saints s’y plongeaient; l’homme rivé à cette terre ne sait même pas les soupçonner.
III: L’ Eucharistie, glorieuse dans la foi qu'elle se concilie.
I. 1. L’Eucharistie abonde en effets inconcevables de l’amour divin. Les mystères qui dépassent nos sens y sont multipliés. Merveilles, que ces effets, que ces mystères; merveille également, que la foi qu’ils obtiennent de nous. Nous les croyons, avec un humble peuple et avec une élite de savants. L’intelligence de la foule paraît ne pouvoir pas atteindre au concept même le plus imparfait de ces dogmes; et en réalité, elle en vit : ces vérités la maintiennent dans des attentes supérieures à la terre. Les talents et les génies ont beau dominer le monde : ils doivent confesser l’impuissance de la raison à pénétrer la profondeur de ces mystères. Et pourtant, nous les croyons aujourd’hui; on les croyait, il y a plus de dix-huit siècles.
Akt. i. kf, u VAINE AU SACRÉ CŒUR, 4e JOUR 233
2. Quel triomphe pour la Sainte Eucharistie que ces millions de fronts qui se découvrent devant elle, que ces millions de coeurs, avides de la recevoir! Ce triomphe ne dévoile-t-il pas un triple miracle nouveau?
a) A quel homme serait jamais venue l’idée de l'Eucharistie Il n’y avait qu’un Dieu pour y songer, comme il fallait un Dieu pour la réaliser.
b) Seule l’action d’un Dieu pouvait ensuite assurer la transmission intacte d’une telle vérité, et enrayer le courant qui devait porter les esprits à entendre les paroles sacramentelles dans un sens métaphorique. Les siècles s’ajoutent les uns aux autres; la notion de la présence réelle résiste victorieuse à tous les assauts de l'hérésie, à toutes les objections d’une fausse sagesse humaine.
c) Seule encore la grâce de Dieu peut courber les intelligences devant cette vérité.
La foi en l’Eucharistie est un miracle comme l’Eucharistie elle-même. A la vue des adorateurs comme devant le tabernacle, je dois me dire : Dieu est là! Le profond mystère que l’on croit est un mystère qui fait croire.
II. Si la foi à l’Eucharistie est un spectacle si édifiant, efforçons-nous de le donner en toute occasion. Consolons le Cœur de Jésus par l’ardeur du Credo qui nous fait chanter : « Credo quidquid dixit Dti Filius ; Nil hoc veritatis verbo vérins. Je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu; rien n’est plus vrai que cette parole de la vérité. »
COLLOQUE
Offrons au Cœur de Jésus notre admiration, nos remerciements, nos résolutions. Terminons la méditation en récitant lentement quelques strophes de l’hymne, Adoro te . Je T’adore, ô Dieu caché, avec un grand sentiment de dévotion, etc.
234 SECT. II. MÉDITATIONS, OH. II. FÊTE «T neuvaINE