‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 109 sur 125 · ACUITÉ DE LA VISION · texte numérisé non relu

ACUITÉ DE LA VISION

peut ainsi tracer par un dessin les limites de la vision excentrique. Lorsque la vision est presque éteinte, comme dans les cataractes avancées, c'est, ainsi que nous le savons, par V épreuve de la lampe qu'on s'assure de l'intégrité de la rétine.

On interroge d'habitude I'acuité de la vision en faisant lire des caractères de grandeur différente à des distances variables. Jaeger a attaché son nom à l'échelle de caractères d'imprimerie la plus employée autrefois. MM. Giraud-Teulon et Snellen (d'Utrecht) ont eu le mérite d'établir sur une base excellente la série de leurs caractères et de donner à ceux-ci une fixité invariable. Voici leur point de départ : Un objet n'est perceptible que s'il fait sur la rétine une image au moins égale en largeur à l'un des bâtonnets, à l'un des éléments de la membrane visuelle : cette largeur est de Zi à 5 millièmes de millimètre. A un pied , un objet d'un dixième de millimètre produit sur la rétine une image qui est précisément de cette dimension : c'est le n» 1, et les lettres du n" 1 ont un dixième de millimètre comme largeur des parties claires et des parties pleines. Le n» 2 a comme largeur des pleins aussi bien que des clairs 2 dixièmes de millimètre : il couvre l'élément rétinien à la distance de deux pieds, et ainsi de suite.... Le n" 10, par exemple, a un millimètre de largeur entre les clairs et les pleins du caractère, et couvre de son image l'élément rétinien à la distance de dix pieds. — Celui-là a une vision parfaite qui lit le n° 1 à un pied, le n° 5 à cinq pieds, etc. Mais celui qui, à un pied, au lieu de lire le no 1, ne peut lire que le n° 2, a une acuité visuelle ^ ; si à quinze pieds il ne lit que le n° 20, au lieu du n° 15, son acuité de vision est à celle du sujet qui à quinze pieds lit le n° 15, c'est-à-dire à l'acuité représentée par 1, comme 15 est à 20; elle est donc égale à f| = |. — Dans ce que nous venons d'établir, il est clair que la réfraction est censée normale; on s'en est assuré au préalable, ou, pour la négliger, on recourt à l'emploi delà carte noire percée, au travers du trou de laquelle regarde le sujet, et qui convertit l'œil en une chambre noire : il faut alors éclairer fortement les tableaux, et veiller à ce que l'œil soit bien protégé par la carte contre toute lumière incidente. L'accommodation elle-même doit être écartée, et c'est ce que fait la carte percée. Aussi, quand on dit que le sujet qui à un pied ne lit quels n» 2 a une acuité visuelle = 5, c'est à la condition que l'âge

MALADIES DES YEUX

et la réfraction excluent toute presbytie. Il vaut donc mieux faire lire 20 et au-dessus à des distances éloignées, que les premiers numéros à de faibles distances, et le n» 20, par exemple, le 15 môme, peut servir à interroger la réfraction, car il en part des rayons sensiblement parallèles.

2 et 3. Nous n'avons pas à revenir sur l'examen par les verres pour bien fixer l'état de la réfraction dans chacun des deux yeux. Il est impossible au chirurgien de pouvoir s'occuper des maladies de l'œil s'il n'a à sa disposition une série complète de verres convexes et concaves, auxquels il adjoindra quelques verres cylindriques. Pour terminer, on procède à l'examen ophthalraoscopique, auquel on a préludé par l'éclairage latéral, la recherche de la consistance du globe, et un regard rapide jeté sur l'état des voies lacrymales.

Un grand nombre de personnes nous viennent consulter, se plaignant de troubles de la vue pour lesquels elles ont quelquefois subi des traitements désastreux, et pourtant elles lisent facilement les caractères les plus fins, et rien ne se décèle à l'ophthalmoscope. En insistant sur le caractère de ce qu'elles éprouvent du côté de la vision, on apprend qu'en commençant un travail quelconque, une lecture, un ouvrage de couture, etc., elles voient d'abord distinctement, mais qu'au bout d'un temps variable d'application, les objets se troublent, et cette impossibilité de distinguer, jointe à la douleur, à la tension oculaire, les oblige plus ou moins vite à renoncer à fixer. — Cette affection toute spéciale prend le nom d'AsxHÉNOPiE, ou fatigue oculaire.

La cause la plus ordinaire d'asthénopie, c'est le défaut de réfraction, l'hypermétropie. L'hypermétrope use sans cesse et sans repos de son accommodation. Pour la vision de près, il est obligé de faire des efforts considérables du muscle ciliaire, puisque l'accommodation remplace forcément ce qui manque en réfraction, et de là naît un beau jour la fatigue et bientôt l'impuissance de la fixation. On fait par enchantement cesser ces graves désordres en corrigeant l'hypermétropie par le verre convexe approprié, et cela d'une manière non interrompue. Nous avons déjà parlé de l'hypermétropie latente, et, chez les sujets jeunes, on est souvent forcé de paralyser par l'atropine l'accommodation pour découvrir la vraie cause de l'asthé-

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