‹ Pratique journaliere de la chirurgieChapitre 125 sur 125 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE

en été, le régime sévère mais réparateur, l'écart de tout excès, la régularité des garderobes, et si l'anémie l'emporte, l'usage aux repas des eaux minérales ferrées, un traitement hydrothérapique bien complet, etc.

La constance et la portée des effets que le mercure obtient contre la syphilis tranche la question débattue de tout temps, et récemment encore par un homme d'une grande autorité en chirurgie et en syphilis, par M. Diday. Faut-il toujours traiter la syphilis, et les infections au début et à allures modérées ne peuvent-elles être abandonnées aux soins ordinaires de l'hygiène et de la médication tonique? Que les manifestations syphilitiques, même fort sévères, puissent s'éteindre d'elles-mêmes, surtout si la santé générale est bien dirigée, cela est incontestable; il est certain aussi que l'infection proprement dite, sans remède spécifique, peut s'user et laisser reprendre au sujet un état non différent de la santé. Mais s'il est vrai que nous avons un remède certain et innocent pour combattre à son origine un mal comme la syphilis, quelle raison avons-nous de le refuser? Écoutons le grand Hunter sur ce sujet : « Rien n'est plus propre à » montrer l'ingratitude et l'inconstance de l'esprit humain que la » manière dont on agit à l'égard du mercure. S'il existe un médi- » cament qui mérite le nom de spécifique, c'est bien celui-là. Ge- » pendant, les médecins cherchent d'autres spécifiques contre cette » affection, comme si les spécifiques étaient plus communs que les » maladies, tandis que trop souvent ils se contentent des méthodes » ordinaires de traitement dans d'autres maladies contre lesquelles » ils n'ont aucun spécifique. »

Le fœtus peut recevoir la syphilis du père ou de la mère. Il est étrange qu'il reste encore de l'hésitation en certains esprits sur une vérité démontrée par des faits constants, et qui découle naturellement de ce que nous savons des lois ordinaires de l'hérédité. La liqueur séminale de l'homme transmet tout au produit nouveau, les détails des traits du visage, les moindres particularités du tempérament et du caractère, les dispositions morbides les plus cachées, et l'homme infecté, c'est-à-dire ayant des manifestations secondaires, et dont conséquemment le sang est inoculable, cet homme ne pourrait transmettre le poison dont il est imprégné 1 Un mode tout diffé-

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rent d'infection du fœtus est celle qui l'atteint par la gestation. La conception a eu lieu, et quelque temps après la mère reçoit la syphilis qui se transmet à l'embryon par le sang maternel. Cette sorte d'infection secondaire est-elle possible jusqu'à la fin de la grossesse? Non pas, probablement, dans les derniers mois, mais jusqu'à quel terme? Je pense qu'aucun observateur n'est capable d'établir sûrement la limite.

La syphilis héréditaire se montre à des âges différents, chez le fœtus et chez l'enfant. Gomme le fœtus vérolé meurt très-souvent, l'avortement qui en est la conséquence peut avoir lieu à des époques variables. Or, ces différences semblent s'expliquer par l'âge et par conséquent l'intensité de la syphilis des parents. Car, s'ils ont plusieurs enfants, la mère commence par un ou deux avortements, le deuxième plus tardif que le premier, puis elle donnera naissance à un enfant vivant, mais infecté, et un autre venant plus tard ne montrera les tristes symptômes qu'après les premiers jours ou même restera bien portant.

Le fœtus expulsé avant terme ou venu mort au neuvième mois peut n'offrir aucune altération spéciale, mais il est presque toujours reconnaissable à une sorte d'amaigrissement, de ratatinement sénile ; le plus ordinairement, on découvre des altérations absolument caractéristiques, le pemphigus des pieds ou des mains, accompagné souvent de vastes plaques de roséole fauve, et coïncidant presque toujours avec des lésions viscérales, gommes du thymus, du poumon, du foie.

La syphiUs héréditaire infantile ne se manifeste que dans les premiers jours qui suivent la naissance. L'enfant arrive bien portant, et ce n'est qu'au bout d'une ou deux semaines, quelquefois dans le premier ou le deuxième mois, mais très-rarement plus tard, qu'éclatent les manifestations syphilitiques, roséole à macules larges, suivie plus tard de psoriasis de la paume des mains, de la plante des pieds, du visage, et des membres. Les gouttes de psoriasis deviennent des plaques muqueuses à l'anus, à la bouche, au pli génito-crural, aux jambes, entre les fesses, etc. La syphilide infantile ne prend le caractère d'ecthyma que chez les petits sujets cachectiques; enfin, le pemphigus de la paume des mains et de la plante des pieds peut se joindre aux éruptions précédentes. Dans l'examen du petit syphili-

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tique, il faut ne pas négliger les cavités muqueuses. Au nez, les plaques muqueuses gagnent la pituitaire, et le coryza syphilitique est peut-être le symptôme le plus commun et celui qui disparaît en dernier lieu.

Tant d'enfants succombent victimes de la syphilis infantile, que le plupart des médecins ne songent au traitement qu'avec découragement et sans suite. C'est une grande faute; on en peut sauver un grand nombre. Il faut donner au nouveau-né, dans un peu de lait, de 2 à 3 milligrammes de sublimé par jour, sous forme de liqueur de Van Swieten, mêlée à du lait; très-promptement, si le tube digestif montre de l'intolérance, on donne un ou deux bains de sublimé par jour, à 3 ou 4 grammes de sel chacun, ou bien on recourt aux frictions avec l'onguent mercuriel, faites de préférence sur le thorax pour éviter les éruptions". En ayant soin d'interrompre de temps en temps le traitement et de varier la voie d'absorption, on arrive en deux mois à conduire le petit sujet à une guérison qui, privilège rare en syphilis, paraît généralement radicale.

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