ADMINISTRATION DU MERCURE
ployées sont le sublimé et le protoiodure. Le sublimé me paraît de beaucoup préférable. Sa formule ordinaire est :
On en prend une seule par jour, rarement deux, avec la précaution capitale de l'avaler trois quarts d'heure environ après le principal repas. De cette manière, le médicament est brassé et digéré avec les aliments, et ne cause pas ces coliques et ces pincements d'estomac dont on l'a souvent accusé, la faute [n'en revenant qu'au mode d'administration. Il faut absolument se refuser à laisser admettre le sublimé dans un estomac à jeun. Le sublimé (bichlorure), entièrement soluble, ne laisse aucune prise à l'inconnu : on sait ce qu'on fait avec lui; il expose infiniment peu à la salivation. Quand on force les doses, et l'on peut aller jusqu'à 5 centigrammes, c'est-à-dire jusqu'à cinq pilules, on y arrive graduellement et sans secousse. L'administration en pilules est la préférable, et la liqueur de van Swieten (1 gramme sublimé, 900 grammes d'eau, 100 grammes d'alcool) doit être réservée pour les petits enfants, mélangée avec du lait.
Dès que le chancre induré est manifeste, il faut commencer le traitement mercuriel ; à ce moment surtout on apprécie la merveilleuse puissance du médicament. Si la chloranémie est trèsprononcée, on voit en dix ou quinze jours tous les symptômes les plus fâcheux cesser : le malade reprend ses forces, son énergie morale, son teint naturel et surtout son embonpoint, car le mercure engraisse et restaure. Il est impossible de fixer absolument la durée du traitement, mais en moyenne on le doit continuer la première fois pendant trois mois, quitte à le suspendre de temps en temps plusieurs jours, si l'estomac se montre intolérant. Après un intervalle de deux ou trois mois, on recommence ce qui a été fait d'abord. La dose se proportionne aux effets obtenus ; il ne faut pas craindre les doses fortes, à la condition de les surveiller. La plupart des malades guérissent en prenant 1 centigramme de sublimé par jour; pour certains, il en faut de 5 à 8 centigrammes.
Le mercure fait à lui seul les frais de la guérison de la plupart
Sublimé
Extrait de gentiane. .
Pour 100 pilules.
1 gramme.
SVPHiLlS.
des vérolés, parce que ceux-ci en sont quittes pour des accidents secondaires; mais môme à cette première période de la maladie, certains accidents ne cèdent qu'àl'iodure de potassium: c'est particulièrement cette céphalée prélrontale, surtout nocturne, qui inflige à quelques malades un insupportable supplice; en quelques jours l'iodure en fait justice. Il est vrai de dire pourtant que l'iodure potassique n'a d'action réelle que sur les accidents tertiaires. La dose est de 2 à 5 grammes par jour, soit, par exemple, une à deux ou trois cuillerées à soupe de :
Sirop de gentiane 500 grammes.
lodure potassique 30 —
Son action, qui se juge avec une extrême rapidité, avant le huitième jour d'habitude, a besoin quelquefois, pour éclater, d'une dose puissante, 4 à 6 grammes par jour. Quelquefois aussile médicament reste ^comme éteint, s'il n'est aidé du mercure, et le maniement haljile du traitement dit associé est une des grandes armes de la thérapeutique. On est frappé d'admiration par les résultats de l'iodure de potassium : il sauve en quelques jours des malades, condamnés sans lui à une mort certaine. Mais bien des exemples vous démontrent que l'iodure manque de portée; ses coups ne sont pas décisifs: il triomphe dans un combat et échoue dans une campagne. Certains sujets, très-anciennement infectés, voient reparaître à chaque instant une périostose, un sarcocèle syphilitique, et, comme la douleur en est insupportable, ils arrivent à absorber depuis des années jusqu'à 10, 20 grammes d'iodure potassique dans unejournée; mais on ne peut continuer toujours ainsi, il faut s'arrêter, et pour ces malheureux la vie devient intolérable. Persuadez-leur, ce qu'ils ne veulent croire, ni eux, ni leurs médecins, que leur salut est dans le mercure. Ils en prendront pendant plusieurs mois des doses croissantes, et la guérison radicale leur est assurée. C'est par de semblables exemples qu'on apprend à juger la valeur du mercure dans la syphilis; c'est le vrai remède, c'est le vrai contre-poison. L'affection est par elle-même si tenace et si bien implantée dans l'organisme, que, malgré lui, elle peut reparaître. Mais contre ces cruelles récidives qui désolent les malades , la seule garantie solide , c'est encore et uniquement le mercure. L'iodure potassique, masqueur rapide et puissant, trjom-
SYPIIfLIS. 695
phe du symptôme en respectant le mal prolbnd kii-môme, et, s'il est permis de parler irrévérencieusement d'une substance qui depuis quarante ans a arraché tant d'hommes à la mort, l'iodure est un grand médicament, un remède médiocre et peut-être nul, contre la syphilis elle-même. Aussi nous ne saurions approuver le précepte qui paraît régler la conduite d'une foule de médecins, comme base du traitement antisyphilitique : « six mois de mercure, trois mois d'iodure potassique ». Ces trois derniers mois sont perdus pour la destruction du poison. Il vaut bien mieux faire deux, trois, même quatre saisons mercurielles de trois mois et demi à quatre mois chacune, séparées par un espace variable que le chirurgien fixe suivant la connaissance qu'il a du sujet.
L'action nuisible des préparations hydrargyriques sur l'économie est un épouvantail bon pour les malades ignorants. Presque constamment le médicament ne révèle ses effets que par son influence décisive sur les manifestations syphilitiques et sur le rétablissement rapide de la santé générale ; à la longue pourtant, par la prolongation exagérée du traitement, la saturation hydrargyriqne se décèle à la pâleur de la face, à l'affaiblissement croissant et à une chloranémie cachectique bien plus profonde que celle qui signale le début de l'infection ; si le médicament n'est pas cessé, le cas s'aggrave et le rétablissement peut tarder beaucoup à s'accomplir : c'est l'affaire de la surveillance du médecin.
L'inconvénient réel du mercure, c'est la stomatite. Vous aurez à la craindre surtout si le malade a de mauvaises dents ou des gencives plus ou moins altérées. Une personne qui a ses trente-deux dents bien saines et intactes n'arrive presque jamais à la stomatite; les enfants privés de dents n'y sont pas non plus exposés. Il faut savoir encore que, les premiers dix jours du traitement une fois franchis, si la bouche ne s'est pas prise, elle ne se prendra pas plus tard, à moins d'augmentation notable dans la dose. Sachez apprécier les avertissements et comme le prélude de la stomatite, pour arrêter le médicament à propos : le malade se plaint d'un goût métallique dans la bouche, il sent ses dents plus longues, la salive afflue en plus grande abondance et gêne la prononciation ; enfin, l'haleine prend une odeur qui, pour le médecin, est le meilleur des avertisssemcnts. Sans insister sur la stomatite confirmée, disons
SYPHILIS
que la base, du traitement de la stomatite mercurielle est avant tout de cesser le médicament, et que les collutoires au borax sont le meileur topique à appliquer à la muqueuse buccale. Notre confiance s'est singulièrement ébranlée en le chlorate de potasse. Dès que le cas prend plus d'intensité, il faut insister sur les applications, à l'aide d'un pinceau, de poudre de chlorure de chaux, et sur les cautérisation pratiquées avec la précaution de sauvegarder l'émail des dents. La stomatite est-elle utile ou nuisible au traitement antisyphilitique? Elle ne saurait favoriser une médication qu'elle force d'interrompre. On doit avouer pourtant qu'au moment oij l'on voit la bouche se prendre légèrement, des changements favorables se manifestent qu'on avait vainement attendus jusque-là, et certaines syphilis rebelles n'ont pu se guérir qu'en maintenant par des tâtonnements habiles l'imminence de la stomatite. Quoi qu'il en soit, le mercure passe inaperçu pour la plupart des sujets. Il n'en est pas de même ordinairement pourl'iodure potassique, et les malades doivent être prévenus des effets possibles et même ordinaires du médicament pour qu'ils n'en soient pas découragés : un coryza très-gênant, avec ou sans catarrhe conjonctival, avec ou sans douleurs de tête, un sentiment gastralgique, enfin une éruption spéciale qui couvre une partie de la face ou de la poitrine. Si ces symptômes deviennent trop pénibles, il faut diminuer ou cesser le médicament. Si l'urgence du cas force la main quand même, il faut, au contraire, doubler, tripler la dose, et souvent alors on arrive à une tolérance qu'on avait vainement espérée par la méthode inverse.
L'hygiène et toutes les ressources de la médication tonique apportent un puissant secours dans la direction d'un syphilitique. L'homme qui a le malheur d'être frappé par cette redoutable infection doit se pénétrer de la vérité de sa situation : c'est un empoisonné ; un défaut de surveillance de sa part l'expose à communiquer ce poison à ceux qui l'entourent et qui lui sont le plus chers ; pendant dix-huit mois à deux ans, malgré les soins les plus attentifs, il est exposé à des rechutes ; rien ne doit lui coûter pour lutter contre l'ennemi qui le suivra peut-être jusqu'à sa vieillesse et dans ses descendants.
Dès lors, le malade ne doit songer qu'à une sorte d'entraînement hygiénique ; avant tout l'exercice, même forcé, au grand air, avec sudation, la gymnastique, les bains sulfureux, les bains de rivière