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RÉTENTION D'URINE

— PONCTION VÉSICALE.

trois jours, quatre au maximum, la sonde doit être renouvelée. On a ainsi l'avantage de s'assurer de rintégrité de l'instrument, de modifier un peu les points de pression, et d'essayer le pouvoir expulsif de la vessie. Si l'on n'a pas à craindre les difficultés d'introduction, on laisse trois ou quatre heures le malade sans sonde, grand soulagement pour l'urôtlire et le col.

Nous n'avons conseillé la ponction de la vessie que comme une dernière et cruelle nécessité : on la fait, parce qu'on n'a pas autre chose à faire. Nécessité reconnue, il faut agir immédiatement. C'est une opération facile, peu douloureuse et presque sans danger, à la condition que certaines règles soient observées.

Vous reconnaissez la partie supérieure du pubis sur la ligne médiane, et, immédiatement au-dessus, vous faites une incision d'un centimètre qui intéresse la peau et le tissu sous-cutané. Vous prenez un gros trocart ordinaire, de ceux qui vous servent à la ponction des abcès froids et des kystes ovariques. C'est un trocart droit, et vous l'enfoncez d'abord doucement au-dessus du pubis, pour bientôt relever légèrement la main avant de ponctionner la vessie, de manière que la petite plaie vésicale soit plutôt derrière le pubis que derrière l'hypogastre. Vous retirez le trocart, l'urine jaillit, et aussitôt vous glissez à travers la canule une sonde de gomme à courbure fixe, la concavité en avant. Vous retirez doucement la canule en la dégageant par de petits mouvements de rotation, en môme temps que le pouce et l'index gauches l'embrassent, en appuyant sur le point de l'hypogastre qui est traversé ])ar elle. La sonde de gomme est restée, livrant passage à l'urine. Vous la fixez bien solidement au ras de la plaie hypogastrique, soit par du filet du collodion, soit à un bandage de corps assujetti par des sous-cuisses. La sonde conserve toute sa longueur pour plonger par son extrémité libre dans un urinai placé entre les jambes du malade ; car elle doit rester débouchée, au moins dans les premiers jours.

Expliquons les motifs des règles que j'établis pour la ponction hypogastrique. Rien à dire- de la petite incision qui précède la

rtlCUARD. 18

GIiniURGlE DES VOIES URINAIRES.

ponction : c'est une pratique qui doit être généralisée pour presque toutes les ponctions au trocart, et qui ici facilite le léger changement de trajet que subit l'instrument pour toucher la vessie aussi bas que possible. Cette dernière précaution est capitale. Le danger de la ponction hypogastrique est dans le changement que l'évacuation de l'urine amène dans les rapports de la vessie, et qui va éloigner la plaie vésicale de la plaie du ventre: d'où possibilité d'infiltration. Au contraire, si vous atteignez la poche urinaire au ras du bord supérieur du pubis, vous percez une paroi qui ne bougera pas : car la vessie ne quitte jamais la face postérieure du pubis. L'anatomie n'a pas assez étudié cette particularité, mais vous l'apprécierez bien nettement dans les planches de M. Legendre. C'est pour cela qu'il faut le trocart droit, au lieu du trocart courbe classique dont la direction peut vous égarer. La sonde de gomme vous permet de laisser en place un tube flexible et doux, ce qui importe surtout pour ménager la muqueuse vésicale. Cette sonde est courbe pour ne pas aller buter dangereusement contre la face postérieure de l'organe. Elle se prête très-bien pour s'engager dans l'urinai, ce qu'on ne peut faire avec une camile. On a eu soin de s'assurer, avant l'opération, que la sonde glisse aisément dans la canule du trocart tout en la remplissant. C'est immédiatement après la ponction qu'elle doit remplacer la canule : la vessie, distendue et se contractant avec force, embrasse aussi étroitement la sonde qu'elle faisait la canule ; plus tard, ce serait autre chose.

L'ennemi constant des dysuriques, c'est l'urine. C'est par l'urine que la plupart succombent.

Dès que la vessie souffre, elle se vide mal, irrégulièrement, incomplètement, ou même elle ne se vide plus, et n'émet au dehors que son trop-plein, et comme en même temps la sécrétion normale de sa muqueuse s'altère, un ferment est ainsi fourni à l'urine, qui se putréfie dans son réservoir, comme elle le fait naturellement quand elle est à l'air libre.

ALTÉRATIONS DE L'UIUNE.

— CATARHIIE VÉSICAL. 275

La première impulsion une fois donnoc, la chose s'aggrave d'ellemôrae : car, au contact du liquide altéré, de nouveaux désordres de la muqueuse vésicale fournissent un aliment nouveau h la décomposition de l'urine. Ainsi le malade s'empoisonne chaque jour h. ce foyer putride. Mais, au-dessus de la vessie, la muqueuse urinaire ne peut toujours demeurer hors de la scène morbide; le rein finit par séparer incomplètement l'urée du sang, les symptômes de l'urémie éclatent, et le malade succombe dans le coma. Nous n'avons pas à discuter la théorie mal assise encore de l'urémie, à décider si l'agent toxique promené par le sang est l'urée ou le carbonate d'ammoniaque, si l'albuminurie se joint toujours à l'urémie.

Deux points seuls doivent nous occuper:

1" Gomment reconnaître que le rein se prend? 2° Quelle action avons-nous sur l'altération de l'urine au sein de la vessie?

I. Uétat de la langue est à peu près le seul indice qui nous dévoile l'altération du rein. Quand le malade, dont le visage s'altère et s'amincit, off're la base de la langue sèche et noirâtre, nous pouvons le considérer comme perdu. En vain, le malheureux offre quelques alternatives de mieux, et peut ainsi languir plusieurs semaines et même plusieurs mois : l'issue est inévitable, et à l'autopsie on trouve des altérations des reins fort variables, quelquefois à peine appréciables, ou au contraire portées à leur dernière limite et convertissant tout l'organe en une vaste poche purulente. Dans tous les cas, du reste, le sujet n'a jamais accusé de douleurs dans la région rénale.

II. L'évacuation artificielle de la vessie par la sonde est, nous le savons, la principale assistance que nous donnons au malade dont la vessie ne fonctionne plus qu'incomplètement. On se contente souvent de sonder le malade soir et matin. Rappelez-vous que, si vous voulez éviter les inconvénients du liquide retenu, le cathétérisme doit être répété au moins quatre fois dans les vingt-quatre heures. Les injections d'eau tiède sont un adjuvant indispensable du traitement, quand le catarrhe abondant jnanifeste l'étendue et la profondeur des altérations de la muqueuse. C'est ici le lieu de nous entendre sur cette expression fort peu justifiée de catarriik vésical. Cette masse glaireuse, collante, se détachant tout d'une pièce, à laquelle on donne communément ce nom, n'est rien moins que du

CHlllUKGIE DES VOIES URINAIRES.

mucus. C'est toujours du pus et rien que du pus, mais qui prend cet aspect tout particulier sous l'influence du carbonate d'ammoniaque, résultat de la décomposition de l'urée. Prenez le pus que vous venez de retirer d'un vaste abcès et versez-y de la potasse ou de l'ammoniaque, vous le convertirez en cette masse glaireuse, opaline, à laquelle, dans le vase qui reçoit l'urine, vous donnez le nom de catarrhe de la vessie. Vous devez donc voir dans le dépôt glaireux de l'urine le pus fourni par la muqueuse de la vessie, et vous jugez ainsi des altérations de cette membrane devenue granuleuse et souvent exulcérée. Les injections tièdes, mais Renouvelées autant qu'il le faut, agissent d'une façon souvent merveilleuse sur toutes ces conditions morbides qui s'enchaînent et s'aggravent les unes par les autres, granulations de la muqueuse, présence du pus, urines altérées et putrides. Mais n'essayez pas de rendre ces injections médicamenteuses: la vessie n'absorbe pas. C'est par l'intérieur que vous trouverez des adjuvants utiles, avant tout dans le régime, puis dans les bains, les résineux, et surtout les perles d'essence de térébenthine, les eaux de Vichy et de Contrexéville.

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