RÉTENTION D'URINE CHEZ LE VIEILLARD
Un -vieillard pris de rétention d'urine réclame votre assistance dans des conditions qu'il est utile de distinguer.
I. — C'est un homme qui ne s'est jamais préoccupé de ses voies urinaires et n'a jamais été sondé. Son âge, le canal trouvé libre par la bougie à boule, rendent très-probable que l'obstacle est à la prostate. Personne n'y a touché avant vous. Vous devez employer chez lui la sonde de gomme à courbure fixe, d'un assez gros diamètre et d'une longue courbure, ou la sonde molle de caoutchouc vulcanisé, ou la sonde de gomme à béquille; ou bien, enfin, une bougie conductrice droite ou tortillée, vissée à une autre bougie extérieure, vous servira, comme à la fin de l'uréthrotomie, à conduire une sonde de gomme ouverte à ses deux bouts. Dans les hypertrophies prostatiques, vous n'avez jamais à espérer qu'une petite bougie laissée à demeure laisse, au bout d'une ou deux heures, écouler l'urine le long de ses parois, comme cela advient si heureusement dans les rétrécissements de l'urèthre.
II. — Mais voilà le cas le plus ordinaire. Vous êtes appelé près d'un vieillard, après des tentatives répétées, désespérées, d'un ou de
Fig. lOû.
Fig. 104. Sonde de gomme a béquille. — Excellent inslrumenl pour franchir le col dans le calliétérisme chez les vieillards à barrière prostatique. La coudure est Irès-courle et brusque, et saute aisément au-dessus de la b.irrière.
liÉTEiNTlON D'URINE CHEZ LE VIEILLARD.
plusieurs médecins. Du sang s'est écoulé ; il est certain que le canal est labouré de déchirures, souvent de fausses routes. Vous n'avez qu'un seul moyen certain, et qui, manié avec habileté
Fig. 105.
Fig. 105. Grosse sonue évacuatrice pour le cathétérisme, dans les cas de rétention d'urine chez le vieillard. Modèle de M. Phillips. — Elle est de maillecliort ou d'argent, de 7 millimètres de diamètre. Sa courbure est capitale, et vous pouvez la prendre pour modèle. Le rayon de cette courbure est de 3 centimètres 6 millimètres et demi, soit pour diamètre, 7 centimètres 3 millimètres. Mais le bec de l'instrument conlinun I.P. cercle, au lieu d'être excentrique, comme dans nos sondes de trousse. En employant la sonde ici représentée, si vous avez affaire à une très-grosse prostate, vous pouvez être arrêté môme avant la portion prostatique. Les lobes latéraux, ou l'un d'eux, empiètent sur la portion membraneuse. Pour surmonter cet obstacle, il faut ramener la sonde du côté du ventre, de manière à déprimer vers le rectum la paroi inférieure du canal et à s'engager dans la rigole postérieure de la portion prostatique. C'est alors seulement que, pour pénétrer dans la vessie, vous pouvez en toute confiance,. par l'abaissement de la main, exécuter la bascule, la pesée qui achève l'opération.
ClilUUUGlE DES VOIES UlllNAlKES.
et assurance, ne manque jamais son effet. Vous introduisez une grosse sonde d'argent de 7 millimètres de diamètre, la sonde évacuatrice, par exemple, de votre appareil lithotriteur, mais avec l'importante modification de M. Phillips ici représentée. Le bout de cette sonde, au lieu d'être presque droit et excentrique par rapport au cercle que représente la courbure, continue cette courbure. De cette façon, lorsque vous déprimerez, avec la force que cela nécessite souvent, la barrière prostatique du talon de votre instrument, vous n'aurez rien à redouter de son extrémité. Vous trouverez à la maison Gharrière ces sondes fabriquées par M. Robert pour M. Phillips. Dans le premier cas que nous avons envisagé, il vous est permis, recommandé môme d'essayer plusieurs moyens, parce que l'important est d'arriver par une manœuvre douce et exempte de douleur. Aussi vous n'essayez qu'une fois chacun de vos instruments, sonde de gomme à courbure fixe, à béquille, ou conduite par une bougie ; jamais de sang, jamais de force. Pas d'insistance, si vous n'arrivez pas ; mais tout de suite et d'autorité, la grosse sonde d'argent, comme dans le deuxième cas. Là l'opération peut être douloureuse; elle exige souvent de la force dans le temps d'abaissement de la main, et c'est pour cela que, malgré son succès presque certain, il ne faut l'employer qu'en dernier lieu. Après la manœuvre de la grosse sonde, si, contre toute attente, en raison de dispositions impossibles à prévoir ou des délabrements qui ont été opérés, on a échoué, il n'y a rien à tenter d'autre : il faut faire à votre malade la ponction hypogastrique.
IIL— L'embarras est grand quand la rétentiond'urine cxistechez un homme offrant à la fois une grosse prostate et un rétrécissement. Si une bougie conductrice peut passer, elle peut servir à conduire unepetite sonde dégomme comme celle qui est ici figurée (fig. 10(5), et que l'on visse à la bougie. Un mandrin très-fin, de laiton, sert à donner à la sonde un peu de rigidité, et à combler sa cavité,, pour que le sang ne l'obture pas.
La bougie a passé, mais la sonde ne peut suivre : il faut faire l'uréthroto'mie, qui guérit le rétrécissement et vous permet de placer . aisément une sonde à demeure. Si la bougie conductrice n'a pu pénétrer, on doit recourir à la ponction hypogastrique*
UÉTENTlOiN D'UUINE CHEZ LE VIEILLARD.
Que faire, après qu'on a vidé la vessie ?
Quand le cathétérisme a été facile, il vaut cerlainemenL mieux retirer la sonde, et sonder le malade deux ou trois fois par jour, ou plus souvent, au besoin. Lorsqu'on ne peut compter sur aucun assistant, et que le chirurgien provoit qu'il ne pourra revenir, il faut fixer la soude pour quelques jours, maigre les inconvénients de cette pratique. Vous ne devez pas non plus hésiter à fixer la grosse sonde d'argent, lorsque les dégâts et les fausses routes ont fait une nécessité de son emploi. Après quarante-huit heures, on la remplacera aisé-
Fig. 106.
l'ig. lOlj. l'ETITK SONDE i)K C.OMiVIK VISSl'.E A LA. IlOUGIE CONDUCTniCE. — l'OUr Ics CHS
'le rnlentiori d'urine iivco l'clrccisscincnt du canal et snillic ]iroslaliiiuc. On a figuré la sonde traversée d'un petit mandrin de laiton pour lui donner plus de résistance. Moyeu fort utile ; mais tant mieux si l'on peut s'en dispenser.
CllIRUUGIE DKS VOlËS URlNAlUKS.
ment par une sonde molle ; car les difficultés qu'on éprouve pour entrer dans une vessie distendue cessent ordinairement, dès qu'elle est vidée et que les rapports du col sont changés. C'est pour cela qu'une fois la ponction hypogastrique pratiquée, on peut, immédiatement après la sortie de l'urine, traverser souvent sans difficulté les voies naturelles, fixer une sonde, et recueillir ainsi les fruits de cette intervention forcée, sans en courir les dangers consécutifs.
Il est souveiit bien difficile, dans les jours qui suivent, de répondre à la question que vous adresse à coup sûr le malade sur le point qui le préoccupe le plus: Quand pourrai-je uriner tout seul? Quand serai-je délivré de la sonde à demeure ou de la nécessité d'être sondé ? Pour bien des malades, pareil espoir doit être à jamais perdu, et ils doivent s'estimer heureux, au milieu des dangers qui les menacent, lorsqu'ils peuvent eux-mêmes se débarrasser chaque jour par trois ou quatre cathétérismes. Les malade? pris pour la première fois de rétention, et dont les symptômes dysuriques étaient avant cela peu prononcés ; ceux qui, à l'exploration que vous pratiquez tôt ou tard, ne montrent au col que des saillies modérées, peuvent recevoir l'assurance de rétablissement du cours naturel, et les soins dont on les entoure aident beaucoup à ce résultat. Dans les conditions inverses, vous devez faire entrevoir à la famille l'incurabilité comme probable. Plusieurs mois toutefois peuvent s'écouler sans qu'on ait le droit de perdre courage, et dans les cas favorables on a à attendre une quinzaine de jours environ avant le retour de la fonction, fonction du reste toujours incomplète.
Lorsque vous fixez une sonde, qu'elle soit bien soigneusement choisie, d'un calibre moyen, 6 millimètres, par exemple. Assurezvous de son intégrité au niveau des yeux ; ne l'enfoncez dans la vessie que d'une petite quantité. Un fil ciré ordinaire est serré en son milieu sur le point choisi de l'extrémité de la sonde ; en ce point, on a mis au préalable un petit morceau de toile de diachylon qui empêche le fil de glisser sur la surface lisse de l'instrument. Une bandelette de diachylon, large d'un doigt et longue de 30 centimètres, fait un ou deux tours autour de la base du gland et de la partie voisine du pénis; les deux chefs du fil sont de chaque côté rabattus et fixés par le reste du diachylon. Un fausset bouche la sonde, et doit être enlevé quand le malade ressent le besoin d'uriner. Tous les