ANECDOTES
Un jeune homme, que je connaissais parfaitement, mais n'ayant jamais recu le don de deviner l'avenir ni des ancêtres, ni de personne, voulait accomplir un très long voyage : mais malheureusement il n'avait pour toute fortune qu’une pièce de cinq francs. [Il partit malgré sa bourse légère et à la fin du jour il arriva à l’entrée d’un village retiré dans la campagne et éloigné de toute route. Il en fit rapidement le tour, remarqua les caractères particuliers, un arbre là, un puits ici, etc., placa sa pièce de monnaie
sous une pierre et vint s'installer au milieu du village.
Il fut bientôt entouré de toute la population, car il s'était mis à faire des signes cabalistiques sur le sol et à disposer des graines du /ano comme pour faire des sikidy. Les assistants l’interrogèrent et lui demandèrent s’il était mpisikidy. Il ne répondit pas directement à leurs questions, mais tout en combinant ses graines, il indiqua qu’à tel endroit on trouveraitun arbre, à tel autre un puits, el que là-bas, sous une pierre, on trouverait même une pièce de cinq francs. La convoitise était éveillée et chacun voulut trouver une cachette aussi précieuse : de tous les côtés affluèrent d’autres pièces de monnaie pour prix des prédictions et des endroits où l’on trouverait sûrement des sommes encore plus importantes. Seulement ces cachettes étaient un peu plus éloignées et pendant que chacun partait à la découverte, notre jeune homme pliait bagage et filait à l'anglaise avec la poche remplie d'argent. Quand il revint, il était presque devenu riche, car il recommençait : le même stratagème chaque fois qu’il trouvait une occasion : favorable.
FADITRA ET SORONA.
Nous devons aussi mentionner deux pratiques spéciales qui se rattachent aux idées malgaches en matière de sacrifices : le /adiütra et le sorona.
Un faditra est un objet désigné par le devin pour être jeté afin de détourner le malheur et la maladie. Cet objet maudit, interdit, est tantôt de l'argent, tantôt une pelletée de cendres ou un animal. Sur cet objet, quel qu’il soit, on énumère les malheurs qu’on veut conjurer, avec la pensée que la destruction ou la perte du faditra chassera au loin les calamités redoutées. Si ce sont des cendres qui constituent le faditra on les jette en l’air à la volée pour que la maladie se disperse comme elles. Si c’est de l’argent, on le, jette au fond de l’eau, pour que la maladie sorte du corps et disparaisse comme l'argent au fond de l’eau. Si c’est un animal, un homme l'emporte sur ses épaules dans un “endroit éloigné et désert, en appélant les malheurs sur la tête de la victime.
L'idée d’une substitution de peines est évidemment con- . tenue dans la pratique du faditra ; il y a, dans la formule
qu’on emploie pour cette cérémonie, une allusion certaine à cette croyance : ;
« Maintenant que les actions de grâces sont faites, cet objet, à droite, est échangé contre la vie du malade, échangé afin que l’échange se fasse, substitué afin que la substitution se fasse. Cet objet est sacrifié, cent fois, mille fois pour détourner tout malheur ou toute maladie. » :
… Le sorona consiste ordinairement en certains he chapelets ou chaînes d'argent par exemple, qu’on porte à titre de charmes (ody) pour obtenir des faveurs et pour guérir
les maladies. « Ë
Avant d'entrer dans le corps de notre sujet, nous avons