‹ Pratiques et croyances médicales des Malgaches (volume 2)Chapitre 14 sur 46 · MALADIES GÉNÉRALES ET ÉRUPTIVES · texte numérisé non relu

MALADIES GÉNÉRALES ET ÉRUPTIVES

Généralités. — 1° Ces maladies sont presque toutes produites, suivant les Malgaches, par les ancêtres, les vazimba, etc., toutes personnes qui vous veulent du mal.

On a recours aux mpisikidy pour connaitre la cause particulière de chaque maladie et pour leur demander le traitement à suivre, les médicaments à prendre et les choses à éviter. ù :

2° Les maladies éruptives sont contagieuses et produites par le vent, le contact, et aussi par les ennemis. On ne soigne les malades que lorsque l’éruption se produit, sans savoir distinguer aucune différence, et le traitement principal consiste en fumigalions el en onctions de graisse.

Nous allons voir d’ailleurs le traitement suivi pour cha= cune de ces maladies.

La Fièvre (tazo).

Définition. — Tout le monde sait que la grande ile de

Madagascar est un pays fiévreux, mais surtout sur- les côtes; le centre de l’île est sain et la fièvre y est inconnue par les indigènes.

Qu'est-ce que la fièvre ?

D’après les Malgaches, la fièvre est l'odeur même de la terre, qui s’exhale plus particulièrement après une grande pluie suivie d’un soleil ardent. La fièvre est comme une bête invisible qui entre dans le corps par toutes les ouvertures, bouche, narines, pores, etc. Pour la vaincre, le Malgache livre un ‘combat corps à corps avec un être impalpable et imaginaire, et le traitement qu'il suit nous en donnera la preuve.

Etiologie, — Pendant l'hiver, la fièvre dort, impuissante, et l’on peut sortir sans crainte; pendant les autres saisons, la fièvre est très féroce. C’est pourquoi, on choisit de préférence l'hiver pour voyager. La fièvre vient encore quand on sort à jeun; elle est occasionnée aussi par des

fruits trop sucrés, gâtés; elle vient souvent par les bles-

sures, quelles qu’elles soient, par les piqûres de bêtes, la fatigue extréme, la vie déréglée. Elle attaque plutôt les femmes et les enfants que l’homme, le blanc plutôt que le noir: le blanc n’est pas l’Européen, c’est celui qui est anémique et pâle.

Telles sont, d’après les Malgaches, les causes de la fièvre.

Symptômes indiqués. — Courbature extrème après la marche, surtout le soir, soif tres intense, bouche amère, dégoût du Riz et de toute nourriture, désir de mets très

pote

épicés, nausées, vomissements, maux de tête, vue brouillée, bourdonnements d'oreille, urine colorée en jaune ou rougeûtre, frissons de froid, odeur marécageuse, essoufilement, envie de dormir, tels sont les nombreux symptômes qui précèdent la fièvre.

Prophylaxie. — (Juand il part en voyage, le Malgache emporte avec lui une certaine quantité de terre prise au milieu de la porte d’entrée de sa propriété; cette terre est très employée dans la prophylaxie de la fièvre. S'il traverse un pays qu’il suppose fiévreux, il sent cette terre qui lui rappelle l’odeur de son pays natal; c’est d’ailleurs le conseil que le mpanao ody lui a donné ou qu'il a reçu en rêve de ses ancêtres.

Les indigènes ne boivent jamais de l’eau dans un pays suspect, car, disent-ils, elle renferme la fièvre en dissolution; ils ne mangent pas non plus les fruits, comme les oranges, les bananes, la canne à sucre, surtout quand ils sont gâtés : ils renferment la fièvre également et peuvent la communiquer. Gependant, si l’on veut absolument manger des fruits, on les passe dans la cendre chaude et cela suffit pour tuer la fièvre. A

Ils courent très vite, en se fermant les narines et la bouche, s'ils traversent un endroit douteux, car la fièvre entrerait avec l’air dans les poumons et dans lestomac. Ils évitent toute fatigue, le travail, la vie déréglée, car le corps, devenu faible, n'a plus la force de lutter contre la fièvre. On marche avec précaution, pour éviter les blessures au pied, car la fièvre pénètre avec la Lerre qui se mélange au sang.

* Les indigènes croient qu'il est très rare d’avoir une seconde attaque de fièvre ; mais si le cas se présente, c’est qu'on mêne une vie déréglée. On n’est homme que lorsqu’on à eu la fièvre : celui qui ne la connait pas est considéré comme un enfant, comme une femme. Aussi pour devenir homme, les jeunes gens vont quelque-fois volontairement dans les pays fièvreux pour gagner la maladie.

Nous voyons donc que d’un, côté la crainte de la fièvre est terrible, et que d’un autre côté on la désire quelquefois, mais comme on désire un danger, un incendie, avec l’appréhension ‘d'en être victime.

Les hova se croyaient invincibles, car ils avaient une erande confiance en là puissance de la fièvre des côtes pour arrêter les Européens. Aussi, au moment de la déclaration de guerre de la France, le général en chef des troupes malgaches, s'adressant à ses soldats leur dit :

« Ayez confiance ! Ne craignez rien !

Nous avons avec nous et pour nous défendre, Un général bien plus redoutable

Que les généraux français : la fièvre ».

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