‹ Pratiques et croyances médicales des Malgaches (volume 2)Chapitre 15 sur 46 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

En 1888, j'avais entrepris le voyage de Tananarive à la côte nord-est ; j'avais quinze porteurs dont cinq n'avaient jamais eu la fièvre. Moi-même je n’en avais jamais éprouvé les souffrancés ; mais le voyage s’accomplit sans encombre, ce n’est

qu'après un séjour de quelques semaines à la côte, que je $s connaissance avec elle et que je devins un homme.

Ayant marché pendant une semaine après notre départ de la capitale, un des porteurs qui n’avait jamais eu la fièvre, le plus jeune, le plus chétif, en fut atteint.car il n'avait pas voulu suivre les conseils de ses camarades plus expérimentés, et il avait mangé des fruits, bu du rhum indigène fabriqué avec la canne à sucre; ses compagnons lui disaient : tu auras sûrement la fièvre; et en effet, il fut obligé d'abandonner la route et nous le laissämes sur le chemin.

Deux ou trois jours après, un deuxième, un peu plus fort, fut blessé à la main, et le sang coulait avec assez d’abondance; ses camarades employèrent les médicaments les plus extraordinaires et réussirent à arrêter l'hémorrhagie, mais lui prédirent qu'il allait avoir la fièvre, et effectivement, il en fut atteint vers le soir et ne put nous suivre.

Un troisième, qui avait déjà eu la maladie, mais encore plus chétif que les deux autres, fut reprit par le fléau, mais avec moins de force, et, le lendemain il pouvait continuer la route et arriver au terme du voyage ayant seulement quelques accès tous les soirs.

Les deux autres porteurs accomplirent le voyage sans incident ; mais à leur arrivée ils tombèrent à leur tour, malgré les ablutions qu'ils avaient faites en arrivant au bord de la mer, ce qui devait, d’après les autres, les protéger. Les autres porteurs se dispersèrent et je ne sus s'ils avaient payé leur dette à la fièvre.

Je ne fus pris par le fléau que lorsque la provision de quinine, que j'avais emportée de Tananarive, fut épuisée. J'en avais offert à plusieurs reprises à mes malades, mais ils se gardèrent bien d’en prendre, car, disaient-ils, la fièvre retardée serait plus cruelle pour nous: son œuvre doit s’accomplir, et si on la laisse

Ro

venir, elle sera satisfaite et ne reparaîtra plus. C’est une idée très commune à Madagascar, et pour rien au monde on ne voudrait employer le sulfate de quinine. Je n'avais eu garde aussi de manger des fruits sans les avoir, au préalable, passés dans les cendres, car si je n’avais pas voulu suivre les conseils de mes porteurs, ils auraient refusé de continuer la route ; ils ont une certaine responsabilité morale de la personne qu'ils accompagnent, et, de même qu'ils doivent la protéger contre tous les dangers de la route, ils doivent la préserver de la fièvre.

Et maintenant, nous allons dire comment les Malgaches traitent les malades atteints de la fièvre.

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