‹ Pratiques et croyances médicales des Malgaches (volume 2)Chapitre 21 sur 46 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

(nendra).

Définition malgache. — La variole est une maladie du vent. Elle est considérée comme très dangereuse ; aussi la loi malgache obligeait les parents à isoler le malade, à le conduire dans un endroit clos et à l'abri du vent, et permettail au peuple de lapider le malade s’il se refusait à quitter le village. On devait brûler le linge, les meubles, la maison même et tout ce qui était susceptible d’avoir été touché. |

Les Malgaches distinguent deux nendra, la nendra normale et la nendra anornale ; la normale correspond tout à fait à ce qu'ici on appelle la forme commune, et l'anormale, à la forme maligne. La nendra comprend la forme blanche et la forme aveugle. Les boutons de la forme blanche sont remplis de pus de couleur blanche et très

liquide ; ceux de la forme aveugle sont un peu rougelres

et cette forme peut se communiquer à ceux qui ont déjà eu la variole.

Etiologie. — Cette maladie attaque de préférence les gens malpropres, mais elle attaque aussi les craintifs qui, voyant un malade, s’affectent et tombent eux-mêmes malades. Aussi, pour éviter la contagion, le varioleux doit prévenir de sa présence, en criant le long du chemin : nendra |! nendra ! comme autrefois en France, les lépreux agitaient leurs eliquettes. On peut aussi tomber malade si l'on passe près d’un varioleux et que le vent vienne de sa direction.

Une autre cause de la contagion est dans cette tradition malgache ce que l’on appelle mamadika (transfert des morts). Quand une famille vient à perdre un‘de ses membres, on l’enterre très souvent dans un tombeau provisoire; si la famille prospère, elle veut donner une nouvelle demeure à celui qu’elle a perdu et on l’exhume pour le mettre dans un tombeau en rapport avec sa fortune. Si le défunt est mort de la variole, cela suffit pour que ceux qui V’approchent prennent le germe de la maladie, quoique cette exhumation soit une fête et l'occasion de réjouissances

CN

pour toute la famille.

Les mpihady fasana (violateurs de tombeaux). — Les morts, nous l’avons déjà dit, sont entourés de lamba qui atteisnent quelquefois une très grande valeur. Il existe dans tout le pays une véritable bande de voleurs, de pillards qui sont à l’affüt de toutes les occasions et qui, dès que la fatnille a abandonné un parent entouré de riches étoffes, se

UE Er

font un devoir de les déterrer pour s'emparer des /amba et aller les revendre dans tout le pays et principalement dans les marchés. Ces lamba entourent quelquefois des varioleux et cela suffit pour répandre le fléau dans toute

une contrée.

Nous avons dit que la loi malgache ordonne de brüler tout ce qui a appartenu aux malades, mais si cette loi est suivie, cela provoque la ruine de toute la famille. Pour échapper à ce désastre, les parents qui préfèrent leur inté-. rèt particulier à l'intérêt public, distraient tout ce qu'ils peuvent de l'incendie et vont le vendre assez loin pour que l’on ignore la provenance de leurs marchandises.

Les malades sont isolés, mais ils ne sont pas livrés à eux-mêmes, ils sont soignés par des gardes-malades qui ont déjà eu la variole et qui ne craignent rien. Ces gardesmalades ne doivent pas entrer en communication avec le public, et ils doivent venir chercher les médicaments et les vivres qu'on à déposés à distance pour leur usage et. celui des malades.

Maigré cela, ils trompent bien souvent la surveillance : dont ils sont l’objet et vont faire leurs emplettes Cure mêmes. Cela, d’après les Malgaches, suffit bien souvent pour transporter la variole et la répandre dans le village.

Symptômes.— Il n’y a que les'gens qui ont eu la variole et ceux qui ont l'habitude de la soigner qui peuvent en connaitre parfaitement les symptômes. Voici ceux qu'ils connaissent à la période d’invasion, mais ces symptômes sont ceux qui Sont connus en médecine:

AT

Les Malgaches meltent en première ligne la céphalalgie, puis la courbature, viennent ensuite les frissons, les nausées, les vomissements, des douleurs lombaires atroces qui durent à peu près quatre ou cinq jours. C’est ce qui fait que si vous présentez un de ces symptômes, on présume que vous allez avoir la variole et immédiatement, après une douleur de tête ou quelques frissons, on vous transporte avec les. varioleux et cela est suffisant pour qu’effectivement vous tombiez malade.

C’est pendant la période d'éruption que le Malgaché prétend bien connaître la forme de la maladie en examinant les boutons; mais malheureusement il confond presque toujours la rougeole avec la variole et met les gens qui n'auraient eu que la rougeole avec les varioleux; ils ont alors les deux maladies en même temps.

Prophylaxie. — Elle consiste à écarter le malade de la famille, à le chasser de la ville et à l’isoler dans un endroit désert, abrité du vent. De plus, il ne faut pas avoir peur en voyant un varioleux.

Vaccine rudimentaire. — Takoperinendra (croûtes des pustules).— Pendant qu’en Europe toutesles Facultés étaient à la recherche d’un sérum pour prévenir cette terrible maladie, et bien avant que Jenner eût découvert son vaccin, les Malgaches pratiquaient la vaccine à leur manière et obtenaient des résultats merveilleux. En effet pendant la période de dessiccation, ils prenaient quelques parcelles de

la croûte grisâtre qui se détache des pustules et les introduisaient avec la pointe d’un couteau sous l’épiderme du bras

PE ne

des individus de tout âge, enfants, femmes ou hommes que l'on voulait préserver. Il se développait alors quelques boutons en différents endroits du corps et vous étiez immunisé contre une plus violente attaque de la maladie.

Efitra aranan' akoho (peau interne du gésier de volaille). - — On prend la peau interne du gésier d’un Poulet, on la fait brûler pour la réduire en cendres, on la mélange avec l'eau et on boit le tout pour se protéger de la maladie ; parce que cette peau, séparant les aliments absorbés par la poule en deux parties, c'est-à-dire séparant le bon du mauvais, peut séparer aussi dans notre corps ce qui est bon de la maladie qui est mauvaise.

Hygiène. — On fait sortir le malade de la ville, il quitte sa famille et on le place dans un endroit où il n’y a pas de vent. | |

Alimentation. — Elle consiste à avaler du Riz cuit à l’eau, mais très dur. On ne doit pas le mâcher pour qu’il crève Les pustules de la bouche et du gosier. On boit du bouillon chaud et de l’eau avec du sucre mélangé de Giugembre pour améliorer la voix enrouée. Si la personne a de l'appétit, on lui donne tout ce qu’elle désire.

TRAITEMENT. — Période d’invasion. — umigations à l’eau de Poulet pour que l’éruption aboutisse.

Période d'éruption, — Enduire tout le corps de graisse, et continuer les fumigations ; pour l’éruption bucco-pharyngienne, avaler sans le masliquer un morceau de viande attaché avec une ficelle ; tirer ensuite fortement pour faire crever les boutons et faire expectorer le pus.

Line

Période de suppuration. — (rever les boutons avec une aiguille ; coucher le malade sur une natte très dure pour qu’en se roulant sur cette couche, il crève lui-même les - boutons qui couvrent son corps.

Période de dessiccation. —Enduire le corps de graisse, rouler le malade sur une natte ou enlever les croûtes avec l'ongle.

Pendant tout le traitement, si 18 malade veut se gratter on lui lie fortement les mains au dos.

Conclusion. — Malgré ce traitement bizarre et curieux qui ne ressemble pas beaucoup au traitement des pays civilisés, on parvient à sauver beaucoup de malades par le seul fait que ceux-ci ont une confiance illimitée dans les personnes qui les soignent.

Note. — Une figure grêlée est une tare pour une jeune fille ; elle trouvera difficilement à se marier.

La LÈPRE

I(boka)

La lèpre, assez fréquente à Madagascar, présente trois périodes dans son développement.

La première période est caractérisée par l'apparition de taches qui deviennent des tubercules dans la deuxième. La troisième période amène l’ulcéralion et parfois la chute des membres.

RAMISIRAY. 4

be

Cestrois phases sont tout à fait connues dés Malgaches étant donné l'expérience acquise. Ges trois phases de la maladie peuvent exister simultanément sur différents points du corps.

Etiologie. — La cause est peu connue, mais on croit généralement qu'une alimentation exclusive de Poissons prédispose à celte maladie. En effet, près de Tananarive, se trouve un village dônt les habitants ne mangent que du Poisson de rivière; leur peau devenue plus blanche fait dire aux Malgaches qu’ils sont plus sujets que d’autres à la lèpre. |

Il est difficile de préciser à quelle époque remonte l’invasion de la lèpre à Madagascar; son origine est aussi problématique que l'origine même des différents peuples de l'ile, et il est probable que ce sont les diverses races noires qui l’envahirent qui amenèrent avec elles le fléau.

Elle peut se communiquer par contagion, et de nombreux exemples en font foi, mais les Malgaches la croient surtout hériditaire.

Symptômes. — Lessymptômes et les progrès de la lèpre à Madagascar ne diffèrent pas sensiblement des descriptions données à ce sujet par les auteurs les plus anciens.

Tout en affectant la peau, les cheveux, les membres, on a remarqué aussi que la lèpre provoque des troubles. dans les fonctions essentielles de la vie, troubles du système respiratoire, troubles dans les organes et troubles dans le système nerveux.

Tout d’abord la peau devient boursouflée et l’on éprouve

une cerlaine démangeaison. C’est alors que les taches de couleur rougeâtre contrastent fortement avec la couleur noire de là peau saine; ces taches augmentent peu à peu

etil y à plus de doute, c’est la lèpre qui poursuit son œuvre!

Evolution. — Les pieds et les mains présentent des lésions précoces, Les ongles se déforment et les doigts se recourbent en forme de griffes, sans qu’il soit possible de les redresser. Au pied, les doigts conservent leur forme habituelle, la forme en griffe est très rare.

Plus tard, il survient des ulcérations au niveau des phalanges des doigts ou des orteils, ces ulcérations creusent les chairs, arrivent jusqu'aux articulations qu’elles détruisent et les phalanges se détachent. Ces ulcérations se remarquent sur tout le corps, mais plutôt vers les extrémités; aussi il n’est pas rare de rencontrer des lépreux privés des mains, des pieds, des bras ou des jambes, de voir même des êtres humains manchots et cul-de-jatte tout à la fois. Ces mutilations les rendent très maladroits et comme ils n’ont personne pour les servir, il leur arrive d’ajouter à leurs souffrances d’autres souffrances occasionnées par les brülures qu'ils se font en préparant leurs aliments.

Prophylaxie. — La prophylaxie de la lèpre était ainsi déterminée par la loi malgache :

« Les lépreux doivent être placés dans des endroits qui leur sont réservés. Si les personnes connaissent des

lépreux vivant dans lour voisinage, elles doivent en

por

informer le gouvernement, sous peine de se voir condam. ner à une amende d’un Bœuf et de cinq francs. À défaut de paiement le délinquant devra être emprisonné jusqu’à ce qu'il ait payé l'amende, chaque jour de prison équivalant à soixante centimes.

Hygiène. — Manger le plus possible et ce qui vous plait. Malheureusement les lépreux appartiennent à la classe misérable et il ne leur est pas souvent facile de suivre cette ordonnance, car les offrandes sont rares et le lépreux ne peut pas travailler pour satisfaire ses besoins.

Traitement. — Au début et dès que les plaques rongeâtres commencent à paraitre, on applique sur la peau des plantes pouvant produire l'effet d’un vésicatoire.

On racle la peau avec un couteau ou un morceau de cruche en terre, mais quand les mémbres tombent, on abandonne tout traitement et le malade est livré à son sort. La plante la plus généralement employée comme vési. catoire est le Fanoroboka. C'est une herbe droite dont le sucre a, dit-on, la propriété de cautériser ; aussi chez les Malgaches et principalement chez les Betsileo, ce remède est-il donné aux individus ayant le symptôme de la lèpre (peau rougetre), et appliqué sur toutes les parties du corps atteintes. L’épiderme s’exfolie ensuite.

La loi malgache citée plus haut, n’est plus guère en usage, car nous l'avons dit, on croit plutôt à l’hérédité qu’à la contagion.

Les lépreux sont tolérés sur les voies publiques mais en dehors des villes où ils ne doivent plus pénétrer. Isolés

complètement, dénués de tout, les malades sont encore très malheureux et cherchent à émouvoir les passants pour obtenir quelque soulagement à leur infortune. Echelonnés sur le bord des routes, seuls, par petits groupes ou par famille, ils cachent sous leur /amba les ravages du terrible mal, et font entendre leur chant triste et lugubre :

« Andriamanitra no hamaly!

ATy ny soa alaonareo !

Ho tonga tohatra, Hiakaranareo any an-danitra ! ».

(Que Dieu vous bénisse et que votre bonté devienne l’escalier qui vous conduira au ciel).

La langue malgache est remplie de proverbes dépeignant bien la misérable vie des lépreux : \ ;

Proverbes. — Ja jeune fille n'aime pas le garcon lépreux .

Le garçon n'aime pas la fille lépreuse.

Personne ne plaint le lépreux qui vient à mourir.

Personne ne réclame le lépreux disparu.

Le lépreux riche doit donner les restes de sa table à son Chien.

Si le lépreux devient riche, il sera toujours triste.

Le lépreux, même riche, ne connaît pas le plaisir de manger certaines viandes, car privé de ses mains, il ne

peut pas se nettoyer les dents.

La ROUGEOLE

(kitrotro).

La rougeole fait partie des maladies dangereuses et épidémiques connues des Malgaches. Malheureusement ceuxci en confondent les symptômes avec ceux de la variole et. les traitent de la même manière et en les envoyant dans les endroits affectés aux varioleux.

Etiologie. — Le Malgache sait parfaitement que cette maladie ne récidive jamais, et qu’elle peut se communiquer par la contagion. Indépendamment de cela, il croit aussi qu'elle peut être produite par un de vos ennemis avec l'intermédiaire du mpanao ody. Aussi pour être fixé sur ce point ilconsultera le s:kidy. Le Malgache sait encore que cette maladie s'attaque plutôt à l'enfant de deux à huit ans, aussi quand un adulte en est atteint, il ne le soigne pas du tout et laisse la maladie accomplir son œuvre et étendre sa contagion. |

Symptômes. — Pendant la période d’incubation le Malgache hésite, à moins d’être accoutumé à cette maladie.

Pendant la période d’invasion, si l’enfant à la fièvre et l’inflammation des muqueuses oculaires et nasales, on croit que ce n’est qu’un rhume qu’on traite comme tel.

Pendant la période d’éruption, le Maleache est fixé et sait qu'il se trouve en présence de la rougeole.

Formes. — Ie Malgache distingue deux formes de rougeole, la forme maligne et la forme bénigne. Celle qu'il appelle bénigne est celle dont les symptômes ne paraissent pas dangereux. Celle qu’il appelle maligne est celle qui, après l’éruption, disparait complètement. C'est que la rougeole est entrée dans le corps et s’est mêlée au sang.

Prophylaxie.— Pendant la période d’incubation et d’invasion, lés parents gardent tous leurs enfants à la maison, mais dès que l'éruption apparaît, ils renvoient ceux qui ne sont pas malades. Les adultes ne quittent pas la maison, car ils n’ont pas peur de cette maladie; ils vont partout, sauf chez les amis qui ont des enfants.

Hygiène.— I] ne faut jamais baigner les enfants, ni leur faire boire de l’eau froide; ne pas les exposer aux courants d’air ; tenir la chambre chaude et allumer de grands feux de cheminée.

Alimentation. — Manger des choses liquides, lait chaud, bouillon également chaud.

Traitement. — Avant la période d’éruption, le ARTE laisse l'enfant er liberté, mais dès qu’elle apparait, il faut entretenir une chaleur constante, faire prendre des fumigations et se servir de plantes médicinales.

Les fumigations pour enfants diffèrent sensiblement de celles employées pour les adultes. On fait bouillir dans de l’eau, un Canard et un Poulet et certaines plantes possédant une odeur très forte. La vapeur est conduite par une natte roulée et recourbée sur l'enfant que l’on recouvre d'une étoffe. L’odeur du Canard ou du Poulet hâtera

DES es

l'éruption, les plantes médicinales la guériront, la chair de la volaille sera pour.... le médecin.

On maintient le lit de l’enfant à une température assez élevée. Pendant la période de desquamation, on enduit le corps de graisse et le lendemain on fait prendre un bain au malade. Deux jours après, l'enfant peut sortir et se promener. j }

S'il ya des complications, le malgache ne sait pas les soigner, il ne soigne que la rougeole qu’il connaît.

La VARICELLE

(nendram-boalavo).

Le nom malgache veut dire variole du Rat. On nomme ainsi cette maladie à cause de sa légèreté et de sa bénignité. On dit que la varicelle n’estjamais contagieuse ; aussiquand les symplômes delarougeole commencent à apparaître chez un enfant, on garde les autres pour expérimenter et si la

‘contagion ne se produit pas, ce n’est pas la rougeole, on a

affaire à un cas de varicelle que l’on traitera pourtant comme la rougeole avec des fumigations et de la chaleur tout en laissant plus de liberté à l'enfant. On ne soigne pas les adultes.

Page 1