MALADIES DITES CHIRURGICALES
Dans les pays sauvages il y a généralement moins d’accidents que dans les pays civilisés. Les accidents de voitures, de chemins de fer, d’automobiles sont inconnus; on ne tombe pas d’un échafaudage ; on n’est pas écrasé par un omnibus et on ne connaît pas les accidents de bicyclettes. Par conséquent pas de grandes fractures, peu de membres brisés, quelques foulures ou entorses occasionnées par la chute de haut en bas ou par un mouvement mal calculé.
On ne sait donc traiter que les fractures, les luxations et les entorses.
Les fractures ( tapaka ). — Elles sont toujours produites par le fait des mosavy et des ody ; aussi les Malgaches ne soignent que celles qui sont légères ; les autres seront guéries si telle est la destinée ( anjara ) . Le mpisikidy indique ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter. Pour une fracture au crâne le mpisikidy fera prendre des plantes en infusion et des lavements, sans remettre les os en place.
Il fait boire aussi des os cle Porc, de Crocodile, de Chiens et de Chat, râpés, parce que ces animaux n’ont jamais de fractures. Pour les fractures des os de la poitrine, on attend toujours la mort.
Au contraire, pour les fractures des membres, on fera les extensions et les contre-extensions et on rejoindra les deux extrémités brisées. Voici la manière de réduire une fracture : on fait prendre jusqu’à l’ivresse du rhum de canne à sucre. L’ivresse engourdit le malade. On fait alors des frictions d’une plante appelée Tsindaho.ro ou du Tsimpipma. On prend ensuite des tiges de Bambou que l’on coupe en lamelles pour appliquer sur la fracture ; on bande fortement et l’on ne détache que lorsque toute souffrance a disparu. Si le mpanao fanafody (docteur malgache) trouve la fracture mal réduite, il fait prendre de nouveau une forte dose de rhum, et brise à nouveau le membre en frappant au même endroit, après l’avoir entouré de bandes d’étoffe. Il recommence alors le traitement. Une deuxième fois si la fracture n’est pas bien remise on peut faire l’amputation. Voici le procédé employé :
On arrête le sang en serrant fortement au-dessus de la fracture ; on coupe avec un couteau ordinaire la peau et les chairs à quelques centimètres au-dessous de la partie que l’on veut amputer, on les retrousse jusqu’à l’endroit où l’on veut couper l’os et on le scie avec une scie à bois. S’il se produit une hémorrhagie on brûle les artères béantes avec un fer rouge préparé à l’avance. On rapproche les chairs et on coud la peau.
Pendant l’opération on fait des lotions de Homandra
(qui mange le sang) ou (YAnalasoct; on écrase les feuilles de ces deux plantes et on les fait macérer dans l’eau ; le liquide ainsi obtenu est employé pour arroser la plaie.
Les luxations ( mipitsoka ). — On lave et l’on baigne la partie luxée avec certaines plantes ; on fait les extensions et les contre-extensions, puis on fait la réduction comme pour les fractures. Le rhum joue toujours un grand rôle anesthésique. Les plantes dont on frictionne la partie malade sont: Y Akondronjaza, espèce de cresson sauvage ; le Roibe , arbustes à piquants qui donne de grandes fleurs ; lé Tsindcthoro, petit arbuste dont on écrase la tige toute entière.
L'entorse ( folaka ). — On fait des frictions avec les mêmes plantes et on prescrit le repos absolu. On emploie aussi le Tsimpimpina , dont on frotte l’entorse avec la feuille .
On se sert aussi de crottes de Rat, dont on boit la poudre délayée dans un peu d’eau et dont on fait aussi des frictions.
Contusions (mangana, bleuâtre). — On lave tous les matins à l’eau fraîche. Si la douleur persiste on fait le tcmdrohana (ventouse avec une corne).
Procédé : Cette méthode est véritablement malgache. On coupe la peau avec un morceau de verre, et, après avoir introduit un morceau d’étoffe allumée au fond d’une corne de Bœuf dont les bords sont égalisés, on applique cette corne sur la partie malade ; le sang arrive et s’échappe.
Panaris (tsevo-drano) . - — On enveloppe le doigt malade
d’un morceau d’étoffe et on le plonge dans le Riz bien chaud, deux ou trois fois par jour. Le Riz joue un grand rôle dans bien des maladies.
Brûlures ( may ). — Les brû-lures sont traitées de différentes façons suivant les régions diverses de l’île et la gravité de la blessure. Quand la brûlure est grave on étend une couche de graisse. On peut y répandre un encrier s’il s’en trouve à portée.
11 existe encore un autre procédé particulier à certaines tribus. Il consiste à employer le smegma de la femme comme onguent. Dès qu’un enfant se brûle, la mère ou une autre femme l’emporte loin des regards indiscrets et. fait ce traitement. On lave aussi la plaie avec de l’eau salée. , -
Blessures ( ratra ). — Quand on se fait une coupure avec un instrument tranchant on applique immédiatement des tranon-kala (toiles d’Araignée) ou des plantes appelées Tsikoinkoina , que l’on mâche avant de les apposer sur la blessure.
Quand il y a hémorrhagie on prend un tison emflammé et on l’approche le plus possible de la blessure béante.
Presque tous les indigènes marchent sans chaussures, aussi les blessures au pied sont-elles très fréquentes; pour les traiter, il suffit d’uriner dessus. C’est assez facile pour les hommes, mais les femmes sont obligées de recueillir leur urine dans un trou qu’elles font dans la terre pour y plonger le pied ou les orteils blessés. Il à est remarque^ qu’une blessure arrive souvent à un endroit qui a déjà été
RAMISIRAY .
blessé; aussi afin d’éviter une nouvelle blessure, si la première a ôté au gros orteil, par exemple, on l’enroule d'un morceau de toile qui rappelle l’attention et qui fait prendre plus de précaution en marchant.
Les piqûres d’Abeille, de Guêpe, Frelon, etc., sont guéries par la morve. On se mouche dans les doigts et on frotte la piqûre. Si l’on peut saisir l’insecte qui vous a piqué on le fait brûler et on frotte avec les cendres. On pince aussi fortement jusqu’à ce qu’il sorte une gouttelette de sang.
L’acné (' mony ). — Les Malgaches attribuent cette maladie à la vie déréglée. Les jeunes gens qui en sont atteints ont toujours une mauvaise réputation, et les parents sont très sévères pour eux. Se laver tous les matins avec la rosée recueillie sur les feuilles.
Les ulcères (fery). — On les attribue à l’impureté et à la pauvreté du sang; on les traite par la graisse et certaines plantes. L’ulcère de la jambe s’appelle dridra. On ne doit pas la laver; il ne faut pas traverser un cours d’eau; il faut, au contraire, entretenir une douce malpropreté.
Voici les plantes employées :
Les feuilles du Pêcher, pilées et mélangées à la graisse de Bœuf. On enduit la jambe et on la bande pour éviter le soleil.
Le Tambitsy , arbuste dont la racine macérée sert pour arroser le pansement.
Le Voakotry, même emploi.
La gale ( hatina ). — Les Malgaches savent que cette
maladie est occasionnée par de petites bêtes qu’ils appellent reni-hatina (mère de la gale).
Ils excellent à suivre cet animal dans ses sillons et à le retirer vivant. Pour traiter, il faut arriver à tuer tous les parasites, mais on comprend que, malgré toute leur patience et leur habileté, il leur serait assez difficile d’y parvenir. Aussi on conduit le malade au bord de la rivière on le trempe dans l’eau et on le frotte jusqu’au sang quelquefois avec le sable. On lave a grande eau et on fait des lotions avec des feuilles de Tabac vert.
Tumeur (vay). — Les Malgaches appellent vay tous les gonflements qui peuvent se produire sur le corps et les membres. Pour les tumeurs ou gonflements du pied, de la main, et en général de toutes les articulations, il faut faire saigner ou appliquer des ventouses. Pour les autres on met des cataplasmes de Riz et de certaines plantes. Les chairs se ramollissent; on coupe ensuite.
Plantes employées :
Tsindahoro , petit arbuste dont on prend la tige et les feuilles pour les piler et les appliquer sur la partie gonflée.
Ramy, arbre colossal dont on prend la gomme pour résoudre les tumeurs.
Tsitiamoty , même usage que le tsindaharo.
La Circoncision
(famorana)
Les Malgaches font certaines opérations avec beau-
coup d’habileté, mais où ils sont véritablement les maîtres, c'est dans la pratique de la circoncision, que l’on rencontre dans toutes les tribus de l’île.
Quoi que les écrivains qui ont traité l’histoire de l’ile aient pu dire, cette coutume est absolument malgache et n’a pas été importée par les Arabes ou d’autres peuples venus à des époques plus ou moins éloignées. Elle n’a aucun rapport avec les croyances religieuses; c’est plutôt une pratique sociale et se rattachant quelque peu à la politique.
La première raison que les Malgaches donnent pour expliquer la circoncision est qu’elle vient des razana ou ancêtres. Ils disent aussi qu’elle est un signe de virilité et qu’elle rend les hommes plus aptes au service militaire.
Il n’y a pas d’âge absolument déterminé pour subir la circoncision, mais habituellement c’est à l’âge de 4 à 5 ans. Quant à l’époque, on choisit de préférence l’hiver, car disent les mpamora (circonciseurs), pendant l’hiver le sang coule moins abondamment.
C’est au maneno akoho (chant du Coq), vers cinq heures du matin, que se fait l’opération. C’est une cérémonie annuelle qui est l’occasion de grandes réjouissances. Les familles qui ont jeune homme à faire circoncire s’y préparent longtemps à l’avance. La partie la plus remarquable de la cérémonie est celle où l’on va chercher l’eau en grande pompe. Cette eau s'appelle d’abord eau sainte (rano masina) et plus tard après l’accomplissement de certains rites, eau forte (rano mahery).
Au premier chant du Coq, un des invités pousse le cri de : Venez, les chercheurs de rano mahery ! A cet appel, trois hommes arrivent ; deux d’entre eux portent une cruche, le troisième une sagaie et un bouclier. Après un court kabary (discours), ils partent tons les trois vers la source qui donne la rano mahery. Aussitôt qu’ils sont sortis, tous les parents, tous les amis, tous les invités se groupent à la porte du village. Quand on voit revenir les porteurs d’eau, on s’arme de pierres, de bâtons, de mottes de terre et c’est à qui les en accablera.
Les passants s’en mêlent aussi et jettent tout ce qu’ils trouvent sur les porteurs d’eau. Celui qui porte le bouclier est chargé de se protéger et de parer les coups qui pourraient atteindre ses compagnons. On choisit toujours pour remplir ce rôle un spécialiste habitué à cet exercice, et on en trouve d’extrêmement habiles. Les deux autres sont également très vigoureux afin de communiquer leur force à l’enfant qui doit être circoncis.
Cependant, aussitôt que, sous cette grêle de projectiles, les porteurs sont parvenus à franchir la porte du village, on cesse tout divertissement et on se rend en procession vers la case où doit se faire la circoncision. Arrivés
devant la porte, les porteurs, remis des émotions de la
lutte, font sept fois, eu courant, le tour delà maison. Des jeux de toute nature se prolongent pendant plusieurs jours. On tue des Moutons et des Bœufs en manière de sacrifices on présente une offrande de bananes pour détourner les malheurs de la tête de l’enfant. Ces fruits sont
d'abord placés sur la tête de l’enfant, puis supposant qu’ils ont pris toutes les calamités qui auraient pu fondre sur lui, on les prend et on va les jeter hors du village comme des objets maudits.
Toutes les personnes présentes font un cadeau plus ou moins précieux à l’enfant.
La veille de l’opération cependant, est un jour de recueillement et de piété ; il faut éviter de prendre aucun plaisir. Les époux coucheront seuls, car ils ne doivent penser qu’à l’importante cérémonie du lendemain. L’heure de l’opération est enfin arrivée ; on place les enfants suivant leur âge, l’aîné le premier, pour les faire passer dans la salle où le sacrifice doit s’accomplir. Chaque enfant entre et s’accroupit sur les genoux de son oncle de préférence, les jambes écartées. Le chirurgien examine, distrait l’enfant, allonge le prépuce entre le pouce et l’index de la main gauche et brusquement au moment où l’enfant tourne la tête, d’un seul coup de son grand couteau qu’il tenait de la main droite derrière le dos, et qui ne doit servir qu’à cet usage, il accomplit sa mission.
Pendant ce temps, le père, armé du bouclier et de la sagaie, accomplit une danse guerrière en prononçant des prières pour son fils.
« Que tu sois un homme, mon fils;
Que tu sois favori du roi, mon enfant ;
Que tu scis riche, fils de moi ;
Que tu sois brave; » etc.
Toutes les femmes sont acroupies à quatre pattes vers l’est et prononcent également des prières.
« Que tout malheur soit rejeté ;
Que les ancêtres bénissent nos enfants ;
Que l’esprit malin, soit détruit ; » etc.
Quand l’opération est faite, le père entre, jette ses armes, saisit le prépuce, le roule dans une banane et l’avale, en signe d’affection suprême pour son enfant et
afin que cette partie de son corps ne soit pas perdue.
Le chirurgien trempe la plaie dans un bain de feuilles de Bananiers et d'autres plantes astringentes. L’opération réussit toujours et il est rare qu’il y ait des complications et des accidents.
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