‹ Pratiques et croyances médicales des MalgachesChapitre 9 sur 12 · MALADIE FINALE · texte numérisé non relu

MALADIE FINALE

La Mort ( lasa ambiroa, de lasa, partie, amby , surplus, et roa) deux). — Le Malgache croit que le corps renferme, indépendamment du principe vital, une âme qui pourtant n'est pas indispensable et sans laquelle on peut vivre encore pendant un temps plus ou moins long. Le corps peut vivre sans l’âme; de son côté, l’âme peut vivre sans le corps, du moins pendant un certain temps, mais d’une manière plutôt précaire.

Pour subsister, le corps doit se nourrir d’aliments, mais Pâme également se nourrit de Pâme des aliments. L’âme est donc la doublure du corps, et la mort ne fait que sépa» rer le corps de sa doublure. Gomme ils sont faits l’un pour l’autre, ils ne peuvent vivre séparés qu’au détriment l’un de l’autre. Ils se dirigent alors tous les deux, mais à pas inégaux, vers un terme fatal, la seconde mort, le néant.

L’opinion la plus généralement admise est que Pâme

RAMISIRAY.

se retire du corps de l’homme un peu avant la fin de sa vie ; onze mois pour les uns, treize lunes pour les autres.

L’âme ne s’envole point de son gré ; elle redoute les froides demeures des ombres et préfère le séjour des vivants. C’est l’ètre malfaisant qu’est le sorcier qui possède l’art infernal de ravir l’âme à la demeure paisible du corps. Aussi les Malgaches ne croient pas à la mort naturelle. Quant un vieillard, si vieux qu’il soit, meurt, on n’attribue sa mort, ni à l’âge ni à la maladie, mais à la malice d’un sorcier .

Il s’agit donc de détruire l’œuvre des sorciers et de leur reprendre l’âme qu’ils ont enlevée. Plusieurs moyens sont employés à Madagascar pour arriver à ce résultat et détourner la mort qui guette celui qui est privé de son âme. Nous nous contenterons d’en indiquer un seul : on tient conseil et l’on décide de consulter le mpisikidy. -Celui-ci trouve toujours le cas très grave, mais se dit fort de retrouver l’âme et de la forcer à réintégrer le corps. On a confiance en son art et on le conjure d’opérer au plus vite, en le payant par avance pour son dérangement et en récompense du service qu’il doit rendre à la famille et au malade.

Le mpisikidy aligne alors ses petites graines ou ses jetons, il prononce des formules cabalistiques, des expressions baroques, pour découvrir la piste de l’âme fugitive. Bientôt il déclare solennellement qu’il la tient ; elle est là-bas sur telle montagne ; il faut se mettre à sa poursuite. Tout le monde se met en route, on emporte un panier à couvercle, destiné à enfermer l’âme pour la ramener à la maison. On

arrive, mais le travail est encore assez long. On reconnaît d’abord les endroits qu’elle fréquente. Gela demande plusieurs jours pendant lesquels le chasseur d’âmes, s’il connaît son métier, comble le malade desoins, de prévenances, de Poulets, de bouillon, etc, Tout cela lui fait reprendre une bonne mine et alors notre rusé compère annonce qu’il a enfin découvert la retraite de l’âme et qu’il va la prendre.

Dans ce but, il dépose quelques rayons de miel sur une feuille de Bananier proprement disposée à terre, et, tout près, il dépose le panier dont le couvercle est relevé. Il jette dans toutes les directions, les mots les plus hideux de son vocabulaire, qui sont des traits funestes aux mauvais esprits pouvant s’opposer à la rentrée de l’âme.

Tout à coup, il se tait, les yeux fixés sur le miel, la bouche

ouverte, les bras en avant. L’âme, seulement visible pour

lui, vient, tourne, flaire le miel et le déguste. Elle s’en donne à cœur joie et ne voit pas le chasseur qui la recouvre du panier, l’enferme et l’emporte en toute hâte sans qu’elle oppose la moindre résistance. Les parents pàrtent en avant, annoncent la bonne nouvelle et vont préparer une réception joyeuse.

L’habile chasseur, le malade et son âme arrivent ensuite et se présentent à la porte de la maison, où Ton sent déjà les apprêts d’un plantureux repas : « Soyez les bienvenus, leur disent de l’intérieur des voix joyeuses, nous sommes enchantés de votre retour. » On entre, on déploie une natte neuve à la place d’honneur, tout le monde s’assied et, à la demande générale, on ouvre le précieux panier :

l’âme n’y est plus, pendant le trajet, elle a quitté sa prison et réintégré son ancienne demeure. On se réjouit de cet heureux évènement en un joyeux festin et le devin est congédié, chargé de cadeaux et plus respecté que jamais. Le malade, soigné, heureux au milieu de toute cette allégresse semble renaître, il peut, il doit vivre, son corps et son âme sont réunis. 11 a signé un nouveau bail avec la vie!

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