‹ PraxitèleChapitre 14 sur 15 · ARTÉMIS DE KITION · texte numérisé non relu

ARTÉMIS DE KITION

(Musée de Vienne.)

ainsi que, dans une têfe comme celle de Y Apollon Pourtalès , qui veut peindre le transport de l’inspiration poétique, il y aura quelque chose d’un peu théâtral. S’il y a là une faute de goût, on ne saurait l’imputer à Praxitèle et à Scopas. Les artistes de génie ne sauraient répondre de leurs élèves et de leurs continuateurs. Ce que tous ceux-ci prennent surtout au maître, ce sont ses défauts, parfois ceux qu’il laisse déjà paraître, toujours ceux qui sont en germe dans ses qualités les plus brillantes.

Cette action persistante des types praxitéliens, il resterait enfin à en suivre la trace dans une province de l’art grec qui confine de très près au domaine de la statuaire. Nous voulons parler de l’industrie des terres cuites. 11 suffit de jeter les yeux sur une suite de statuettes tanagréennes pour comprendre combien se sont inspirés des modèles fournis par Praxitèle les artisans qui ont façonné par milliers ces figurines d’argile. Dans l’arrangement des coiffures et des draperies, dans le dessin des traits du visage, dans les attitudes du corps, on y sent partout, on y voit briller comme un reflet affaibli et lointain de la grâce praxitélienne.

La grâce, c’est vraiment ce qui caractérise le mieux le génie de Praxitèle. D’autres artistes, chez les Grecs mêmes, ont pu être plus variés, plus complets, plus puissants, nourrir et réaliser de plus hautes ambitions, exposer à de moindres périls ceux qui se feraient leurs imitateurs. Il n’en a pas moins été le plus populaire peut-être et le plus aimé de tous les sculpteurs, celui dont l’œuvre a été le plus

sincèrement admirée et chérie. Les juges les plus compétents ne le plaçaient pas au même rang que ce Phidias dont le Zeus, disait-on, rendait plus religieuses les âmes de ceux qui étaient admis a le contempler; mais on jouissait davantage de Praxitèle. Il en est de même chez les modernes. L’historien, quand il essaie de juger avec équité l’œuvre de ce maître, ne peut s’empêcher de constater que le champ de son art n’a pas l’ampleur de celui où s’était mu à l’aise le génie de ses devanciers ; il montre aussi le danger que présentaient certaines tendances de cet art; mais, toutes fondées que soient ces observations, elles ne porteront pas; elles laisseront indifférent le public, celui même dont le goût s’est formé par la fréquentation des musées. De toutes les statues antiques devant lesquelles il passe dans nos galeries, celles qui lui plaisent le mieux et qui l’arrêtent le plus longtemps, c’est la Vénus du Vatican , la Vénus d’Arles , la Diane de Gabies , le Satyre au repos , le Sauroctone , YEros, toutes ces images qui ne sont que des copies, mais des copies qui gardent pourtant quelque chose du charme indéfinissable que l’âme de Praxitèle avait répandu sur le bronze et le marbre des originaux. La critique, si 1 on se hasardait à la tenter, serait vaine. On peut dire de cette sculpture ce qu’un amant, chez Molière, dit de sa maîtresse :

En dépit qu’on en ait, elle se fait aimer :

Sa grâce est la plus forte.

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