DIANE DE GABIES
(Musée du Louvre.)
ment tous ceux de ces artistes qui ont vise à la grâce plus qu’à la force, tous ceux qui ont choisi des thèmes dont l e légance pût plaire à l’imagination ou le piquant l’amuser, des thèmes aussi où l’attitude du corps et les traits du visage exprimassent des sentiments par lesquels l’âme du spectateur serait doucement touchée sans être affectée d’une émotion trop pénible.
Nous ne saurions énumérer toutes les œuvres qui se rattachent ainsi, par des liens de filiation plus ou moins apparents, à la tradition praxitélienne. Il suffira d’en indiquer quelques-unes parmi celles où cette influence est le plus marquée. Dans Y Apollon du Belvédère , il y a peutêtre plus de Scopas que de Praxitèle ; mais l’Artémis chasseresse, la Diane de Versailles , au Louvre, est parente de l’Artémis Brauronia ou Diane de Gabies. Il y a, entre les deux têtes, des ressemblances sensibles. Avec les frisons de ses boucles et sa coiffure compliquée, avec son coquet mouvement de tête, avec son double geste qui appelle l'attention sur tout ce qu’il semble vouloir cacher, la Vénus de Médicis, sous son apparence de pudeur effarouchée, a quelque chose d’immodeste et de provocant; mais ce n’en est pas moins une variante du type que Praxitèle a créé dans sa Cnidienne , variante qui porte la marque du goût de l’âge alexandrin. On connaît l’aimable figure où l’on s’accorde à reconnaître Hypnos , le Sommeil. Par la sveltesse du corps, elle rappelle l’Éros et le Sauroctone ; par la disposition des bras, tous deux repliés au-dessus de la tête, elle fait songer à cet Apollon lycien et à ce Dio-
nysos que nous avons portés au compte de Praxitèle. Des Satyres du maître est issue 'toute une lignée de démons de la même bande, joyeux suivants de Bacchus, jeunes Satyres et vieux Silènes ; mais Fart postérieur a exagéré les traits qui caractérisent ces êtres étranges ; il a allongé les oreilles des Satyres et leur a mis aux lèvres un rire moqueur qui découvre les dents, aiguës comme celles d’un fauve. A Silène il a donné le ventre rebondi du gourmand et les allures de l’ivrogne.
Après Praxitèle et Scopas, il n’y aura plus guère, en Grèce, de sculpture qui ne vise à être plus ou moins expressive. Dans l’antiquité même, on se demandait si le groupe fameux des Niobides devait être attribué à Praxitèle ou à Scopas. Il n’était, selon toute vraisemblance, ni de l’un ni de l’autre; mais cette hésitation même est significative. On sentait confusément que, sans les leçons données par ces deux maîtres, une œuvre de ce genre ne serait point née. Le sculpteur n’aurait pas réussi à traduire, avec cette vérité, par les gestes des enfants, la terreur qui les affole ; il n’aurait pas trouvé ce beau mouvement de la mère qui enveloppe de ses bras et de ses voiles la fille que menacent les flèches meurtrières. Avec sa pure et sévère noblesse, la Déméter de Cnide , cette madone païenne, doit être un ouvrage du ive siècle ; or, on y admire la sincérité avec laquelle le statuaire sait, dès lors, exprimer le sentiment d’une douleur profonde et recueillie. Ces exemples seront suivis et on renchérira sur eux, au risque peut-être de tomber dans l’excès. C est
Photographie Heinemann.