‹ PraxitèleChapitre 2 sur 15 · HENRI LAURENS, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI LAURENS, ÉDITEUR

6, RUE DE TOURNON ( VIe)

Chez les anciens, c’était toujours Phidias et Praxitèle que Ton citait, lorsqu’on voulait représenter par un ou deux noms illustres la puissance créatrice et la maîtrise du sculpteur.

Les siècles, en passant sur cette gloire, n’en ont point terni l’éclat, et il y a eu, pour celle de Praxitèle, dans ces derniers temps, comme une sorte de renouveau. Ce qui l’a rajeunie, c’est la découverte qui a été faite à Olympie, le 8 mai 1877, de cette statue d’Hermès dans laquelle on a pu reconnaître, avec toute certitude, un marbre taillé par le ciseau même de Praxitèle. De tous les monuments qui, depuis la Renaissance, ont été rendus au jour par les fouilles opérées en terres classiques, celui-ci est le premier qui se soit présenté, avec des titres en règle, comme l’œuvre originale d’un maître célèbre.

Praxitèle doit donc un privilège tout exceptionnel à cette subite et presque miraculeuse réapparition de X Hermès du temple d’Héra. S’agit-il des autres maîtres de la sculpture grecque, quand on cherche à définir leur style pour partager entre eux toutes ces copies des chefs-

d'œuvre en renom que nous a transmises le luxe des Romains, on n établit cette définition et l’on n’opère ce classement que grâce aux textes littéraires. O11 recueille les jugements que les auteurs grecs et latins ont portés sur 1rs artistes les plus en vue; on discute les formules et les épithètes par lesquelles ces écrivains ont essayé de caractériser le talent et la facture de chaque sculpteur; mais cette méthode prête toujours à bien des controverses.

Il en est tout autrement pour Praxitèle. L’heureuse trouvaille d’Olympie a permis de contrôler l’idée que, d’après les témoignages anciens, on était arrivé à se faire de l’interprétation qu’il avait donnée de la forme humaine. On a pu constater que cette idée était juste, dans son ensemble, et que la plupart des attributions proposées résistaient à cette épreuve ; mais un examen attentif de l’original praxitélien a fourni le moyen de pénétrer plus avant dans l’intelligence du génie de Praxitèle et de ses procédés d’exécution ; elle a aidé à mieux mesurer la distance qui sépare des originaux les copies que nous en possédons.

On ne saurait donc s’étonner de la place que nous ferons, dans cette étude, à X Hermès du musée d’Olympie.

Praxitèle était Athénien de naissance. Les auteurs n’avaient pas songé à nous en informer; mais c’est ce que Ton avait pu induire des quelques faits connus et ce

qu’attesté d’ailleurs une inscription trouvée à Thespies. Ce que l’on sait de sa vie se réduit à bien peu de chose. Pour tout historien de l’art qui, dans cet ordre de recherches, a choisi la province de l’antiquité hellénique, c’est un chagrin perpétuel de n’atteindre que les œuvres, de ne pouvoir jamais saisir, derrière celles-ci, la personne même de l’artiste, de tout ignorer des circonstances qui déterminèrent sa vocation, des difficultés contre lesquelles il eut à lutter, des leçons qu’il reçut, de ses relations avec les plus importants de ses contemporains, des péripéties et des accidents de sa carrière, de ses amitiés et de ses amours, de ses sentiments et de ses idées. La Grèce a eu pourtant ses Yasari, exacts biographes des architectes, des peintres et des sculpteurs dont la réputation avait été consacrée par la voix publique. Pourquoi faut-il qu’aucun de ces écrits ne nous soit parvenu? Ce qu’ils nous auraient offert d’intérêt, nous ne le devinons que par des abrég-és secs et confus, comme les livres XXXY et XXXYI de YHistoire naturelle de Pline, où, de transcription en transcription, se sont giissées bien des erreurs; si nous voulons un peu plus de détails, nous hésitons à les demander aux anecdotes plus ou moins piquantes que nous ont transmises des auteurs de basse époque, dépourvus de toute critique. A vrai dire, les maîtres les plus vantés d’Arg-os et d’Athènes, de Sicyone et de Paros ne sont guère moins pour nous des inconnus que les admirables imagiers, presque tous anonymes, qui ont sculpté les plus belles statues de nos cathédrales g'othiques.

Praxitèle appartenait à une famille de sculpteurs où, suivant l'usage attique, alternaient, du père au fils, les noms de Képhisodotos et de Praxitèle. 11 était le très proche parent d’un sculpteur, Képhisodotos, qui, vers le commencement du ivc siècle avant notre ère, exécuta, en Attique et dans d’autres États grecs, des travaux importants. Dans un marbre de la glyptothèque de Munich, on a reconnu la copie de l une des plus célèbres de ses œuvres, Eiréné portant dans ses bras V enfant Ploutos , c’està-dire la Paix mère de la Richesse (fig. 1). Praxitèle était-il le fds ou le frère cadet de Képhisodotos ? La question ne pourrait être tranchée que par une signature, gravée sur la hase de quelque image disparue, comme on en a tant retrouvé à Olympie, à Delphes et à Athènes. Le nom du père y figure parfois à côté de l’adjectif ethnique.

En 371,1a politique prévoyante d'Epaminondas dotait l’ Arcadie, devenue l’alliée de Thèbes contre Sparte, de la capitale qui lui avait toujours fait défaut jusqu’alors ; elle fondait Mégalopolis. Ce dut être bientôt après que Képhisodotos exécuta, pour l’un des temples de la cité fédérale, trois figures qui s’y trouvaient encore au temps de Pausanias. Dans cette Arcadie qui s’essayait alors aux grandes ambitions, le chef de la famille s’était ainsi créé des relations personnelles dont ne put manquer de profiter son fils ou son frère cadet ; ce fut grâce à celles-ci que Praxitèle reçut, jeune encore, la commande de plusieurs statues que l’on montrait dans les temples de Mantinée. Cette ville avait été reconstruite et puissamment fortifiée

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