‹ Précieux et précieusesChapitre 37 sur 86 · PHILIPPIN · texte numérisé non relu

PHILIPPIN

Rentrez, j'entends du bruit.

LIDAMANT.

Justes dieux! qu'est ceci?

PUIUPPIN.

Ce n'est rien.

LIDAHANT.

Sors-moi donc.

{Il sort à moitié,)

PHILIPPIN, fermant brusquement le coffre.

Rentres, de par le diable !

Sortez, ce n'est qu'un rat qui couroit sur la table.

368 BOIS-ROBBRT.

Lidamant quitte enfin son étrange prison : une entrevue lui était ménagée, par Lise et Philippin^ avec Diane^au jardin. Le frère de la jeune fille soupaitavec Yalère^ un certain Valère qui a le tort d'avoir laissé passer trois actes sans se faire connaître. Ami de Télame, amoureux discret de Diane, il se croit aimé d'elle. Ob ! s'ils avaient connu, les deux amis^ la présence de Lidamant! s'ils avaient pensé que Diane et lui n'attendaient que leur départ pour concerter leur fuite! ils auraient bien appris '

Que rien n'est impossible à deux cœurs qui s'entendent.

La nuit vient; Lidamant force le passage avec un pistolet qui effraye et les gardes et le bon vieux Tomirc lui-même. Philippin reste dans la place, écarte les ennemis par ruse, et emmène, dûment cachée et voilée, Diane à son amant. Les fugitifs rencontrant Télame, qui leur offre, sans reconnaître Diane et Lise, de les accompagner. Une offre semblable, en pareil cas, ne peut guère s'accepter. On le refuse.

Télame allait rentrer, quand il rencontre Tomire qui lui apprend l'enlèvement de sa sœur^ et Acaste, lieutenant des gardes, qui l'arrête et le conduit... chez la comtesse. Tout se découvre. Télame a perdu son pari et finit par s'en trouver fort heureux. Je n'ai pas à dire que Diane épouse Lidamant, que Lise épouse Philippin. Ainsi finit la comédie, et la morale de ceci, cest :

Apprenez sur l'exemple et les soins de Télame, Qu'il est très-malaisé de garder une femme.

Après cette longue analyse, je me ferais scrupule de

B018-E0BBRT. 369

m'étendre sur une autre pièce que Bois-Robert avait faite a par Tordre et le commandement absolu du plus grand Roy du monde^ »— (e« Trois Orontes; mais j'en dirai un mot.

Bois-Robert était toujours à Taffût des contes et nouvelles de la cour et de la ville, et il tirait adroitement parti de tout ce quil apprenait ou devinait. Son humeur caustique préférait à un sujet purement d'imagination, qui aurait pu amuser, un sujet réel, dont il pouvait à la fois amuser les uns et narguer les autres. C'est ainsi déjà qu'il a mis en scène le prétf dent de Bercy, et qu'il va. jouer encore le pauvre Racan.

Il n'est pas le seul, d'ailleurs. Tallemant des Réaux, Ménage et Charles Sorel (dans le]Francion), nous ont raconté l'anecdote dont Bois-Robert fit le sujet de sa pièce.

Dans Tallemant, dans Ménage, c'est le même fait, le même nom ; mais le récit facile et gai de Tallemant perd de sa grâce et de sa verve dans Ménage. Sorel ne fait pas rire : les traits les plus amusants, les pointes les plus délicates, les observations les plus fines, tout ce qui fait le mérite de Tallemant se retrouve parfois dans Sorel, mais noyé dans les embarras d'un style lourdement sérieux. Comme Bois-Robert, il a changé le nom et le fait. Ce n'est plus Racan se rendant, lui troisième, chez mademoiselle de Gournay, où l'avaient précédé, sous son nom, Yvrande et le chevalier de Bueil, et se faisant repousser avec perte par l'irascible demoiselle, qui n'admet qu'un Sosie ; le tour est joué au poète par TEcluse et Audebert, qui vont, l'un suivi de l'autre, lire au pédant Hortensius la même églogue, une églogue de Saluste. Le vrai Saluste arrive en bégayant, a et il bégayoit bien mieux, il s'imitoil bien a mieux soi-même que nous ne l'avions imité. Mais

370 BOIS-ROBBRT.

« néanmoins quand il commença à dire qu'il s'appe* a loit Saluste et qu'il lui youloit montrer uneéglogue^ « il le repoussa de tonte sa force hors de sa chambre^ a et s'il ne s'en fût fui, il lui eût fait sauter les mon- « tées. — Comment, disoit-il, celui-ci est encore pire c que les autres, il parle de beaucoup plus mal. Ne « cessera-t-il de m'en venir jusqu'au soir Y... Quicon- « que ce soit qui me Tienne voir désormais. Je n'on- « vrirai point ma porte quil ne m'ait dit son nom ; « que sMÎ bégaye ou s'il s'appelle Saluste, il n'entrera « pas.» ^

La pièce de Bois-Robert a pour titre : k$ IV&ii Ormtêê.

Oronte doit épouser Caliste; mais Caliste aime Cléante et tous deux ont l'appui de Lisette, laquelle a un frère, tout aussi honnête faussaire que l'Intimé, qui donnera à Cléante, sous le nom d'Oronte, des lettres pour Amidor, père de Caliste.

Un second Oronte arrive; c^est Cassandre, une femme cette fois, fiancée au véritable Oronte, et qui a la lettre que celui-ci devait remettre à Amidor. Cassandre, déguisée, apprend qu'Qronte s'est déjà présenté avec des lettres de son père; grand désespoir de Cassandre, qui croit que son infidèle amant poursuit Caliste.

Voici venir le véritable Oronte, accompagné de son valet. Ils aperçoivent Cassandre. L'un s'effraye de son ton résolu et de ses jurons, l'autre reconnaît sa mattresse à qui il a conservé son amour, car Tobéissance filiale seule l'a amené à Paris.

Encore quelques péripéties et on arrivera à un dénoûment qui se fait trop attendre, car, dès à préseat; on prévoit ; que Cléante épousera Caliste;

BOIS-ROBERT. 37i

qu'Oronte épousera Cassandre; que Philippin épouse Lisette.

Cette pièce était pour le public; mais pour le Cardinal et ses domestiques ou familiers, Bois-Robert en avait une autre qui n'avait pas moins de succès ; c'était le récit véritable de la mésaventure de Racan. Il le faisait devant Racan lui-même, et le pauvre marquis ne pouvait s'empêcher de rire et de se reconnaître : « II dit vlaif il dit t>{at7 n

A la mort de Richelieu, Bois-Robert perdit un protecteur dont la bienveillance lui fit souvent défaut. Il Ht bien à la nièce du Cardinal, madame d'Aiguillon, des offres de services; mais la duchesse ne Pavait jamais beaucoup plus aimé que les parents d'un homme puissant n'aiment ses favoris. Elle le craignait avec ses caquets médisants : elle ne lui fit pas de mal; mais elle n'avait pas besoin de lui, et ne lui fit pas de bien; elle se crut obligée toutefois de le leurrer de promesi^Gs vaines^ de bonnes paroles sans effet. Bois- Robert sut bientôt reconnaître la sincérité d'une telle protectrice.

—Mon neveu , Tabbé de Harmoutiers^ lui dit un jour la duchesse^ a plusieurs riches prieurés à sa collation ; vous en aurez un, Bois-Robert.

-* Je remercie madame la duchesse. — Et voilà Bois- Robert guettant les maladies^ épiant les morts de MM. les prieurs, et à chaque vacance nouvelle, courant solliciter. Jamais il n'arrivait à temps; le prieuré était toujours donné de la veille ou du jour même. Enfin, c^est la dernière fois, le voilà encore une fois chez la duchesse, l'œil en feu, l'air radieux :

—Madame la duchesse, le prieuré de Kermassonnet est vacant, Je viens de rapprendre.

372 B018-R0BSRT.

—Ah! ah! ah! vous êtes encore en retard, Bois- Robert, j'ai pensé à tous, mais il m'est Tenu je ne sais quel pauvre hère avec des lettres si pressantes que je n'ai pu le refuser. Il y a une heure à peine, Bois- Robert.

—Madame la duchesse se trompe; ce n'est pas de Kermassonnet qu'elle veut parler.

— Oh ! je me rappelle le nom, il y a si peu de temps... Votre heureux rival vient de sortir à peine; vous l'avez dû rencontrer.

— Madame la duchesse se trompe.

—Non, assurément, c'est bien Kermassonnet Consolez-vous, Bois-Robert ; attendez au premier bénéfice vacant.

— Âh 1 si c'est enfin celui-là qui doit m'échoir, mon Dieu ! faites que ce ne soit pas un prieuré en Tair, conune celui de Kermassonnet, que vous n'avez pas plus donné à un autre que refusé à moi. Madame, car il n'existe pas.

Lliabfle homme savait, d'ailleurs, à quel vent tourner son aile. Le cardinal Mazarin, qui le protégeait pendant la vie, le protégea encore après la mort de Richelieu, et comme lui, il accordait aux bouffonneries de son favori ce que les sollicitations les plus humbles des gens les plus ambitieux n'auraient pas obtenu. Quand il demandait, par exemple, une pension pour son frère, Antoine le Meiel d'Ouville, « une manière d'ingénieur géographe, » il savait très-bien, et il en convenait, que c'était un homme de nul mérite ; il savait que tes quelques pièces de théâtre de d'Ouville et ses contes graveleux n'étaient pas pour lui un titre bien puissant à figurer sur la liste des pensionnaires de l'Etat; mais il ne recula pas pour si peu. Son frère, inscrit sur les re-

BOIS-ROBBRT. 373

gistreSy en avait été rayé par H. de la Yrillière^ secrétaire d'Etat. Bois-Robert agit avec tant de bonheur auprès de Mazarin» bafoua si bien son adversaire^ que son frère fut rétabli. Peu de temps après^ M. de la Yrillièrey indigné^ voulut annuler le brevet de d'Ouville. Bois- Robert osa le menacer de publier contre lui une satire où il disait :

Le Saint-Esprit, honteux d'être sur ses épaules^ Pour trois sots comme lui s'envoleroit des Gaules ;

et il eut, à la fois, l'agréable et le malin plaisir de servir son frère et d'humilier un ministre.

Ses succès auprès des hommes les plus haut placés ne le rendaient pas plus heureux auprès des femmes. Je ne crois pas qu'il ait obtenu de Ninon autre chose qu'une bonne amitié, cette amitié, dont se trouvaient si heureux les gens qui étaient ses amants, ceux qui ne Tétaient pas et ceux qui ne Tétaient plus.

Bois-Robert^ très-lié d'amitié avec Ninon, Tappelait sa divine. Il lui demandait conseil, lui faisait ses confidences et lui permettait même ces railleries qui l'avaient quelque temps brouillé avec Ménage. Un jour^ il lui déclare que, pour réformer sa réputation et se faire oublier, il va se retirer chez les jésuites et passer une année en religion.

Deux jours après, il revient : a Je n'ai pas besoin, lui dit-il, d'un si long séjour. Un mois suffira. » Il revient encore : « N'est-ce pas» ma divine, que j'aurai bien assez de trois jours au dottre? » Bref, il se contenta d'une visite où il charma, égaya, émerveilla de son mieux les bons Pères, et ceux-ci regrettèrent fort de ne pouvoir conserver ce joyeux compagnon.

Si rattachement qu'il eut pour sa divine ne lui servit pas^ il n'en fut pas même ainsi du dévouement qu'il témoigna à Hazarin pendant la Fronde, et qui faillit avoir pour lui, entre autres conséquences fâcheuses, le funeste effet de lui aliéner tous ses autres protecteurs, partisans du Coadjuteur. Il y avait alors dans les rangs des poètes, comme dans ceux de la bourgeoisie et de la noblesse, grande dissension. Scarron d'ici, de là Saint- Amant et Bois-Robert se faisaient une rude guerre ou plutôt soutenaient vaillamment, sans se livrer d'attaques personnelles, les partis contraires de la cour ou du parlement.

Bois-Robert qui, avant et après, et peut-être pendant la Fronde, fut Tami du Coadjuteur, s'avisa cependant de faire sur la Fronde, en certaines circonstances, quelques chansons, qui blessèrent son amour-propre. Le cardinal de Retz ne l'oublia pas. Un jour que Bois* Robert dînait chez lui :

— Chantez-moi vos couplets, monsieur de Bois-Robert.

Bois-Robert se lève, va sans affectation a la fenêtre et revient s'asseoir.

--Eh! bien?

— ^Ha foi. Monseigneur, je n'en ferai rien; votre fenêtre est trop haute.

Comment s'étonner, en voyant un semblable caractère, de ces malices qu'il fait à tous ceux qui l'approchent de trop près. Tantôt, c'est H. de la Volière, huissier de la reine, qui veut l'arrêter. Bois-Robert passe de force et sort en narguant son ennemi. Tantôt, c'est Picard, le fils d'un cordonnier parvenu, à qui il fait donner des louanges,— le beau héros 1— par le gazetier Loret; toute la cour en rit, et Bois-Robert se fait un

BOIS-ROBBRT. 378

plaisir de raconter ce mauvais tour. Il n'oubliait qu^m détail : c'est qu'il faillit recevoir de Picard le traitement qu'il reçut une fois^ à Rouen, de la part d'un chanoine^ son confrère^ — des cou|)8 de bâton. Tantôt^ c'est Sablé ou Saint-Evremont qu^il menace d'une satire^ épée de Damoclès dont il les effraye longtemps sans les en vouloir blesser. Tantôt, C'est Gostar qu'il prend à partie.

Bois -Robert s'appelait lui-même le Trivelin de Longue-Robe. Toute la cour> avec Tabbé de la Victoire^ l'appelait l'abbé Mondory . Gostar crut pouvoir lui donner ce nom dans sa Défense de Voiiurey en l'entourant des plus belles louanges. Bois-Robert, qui craignait peutêtre que ce mot, dans le volume de l'auteur, ne le compromit auprès de la posléritéi ou plutôt qui, Ce jour-là^ était d'humeur noire, adressa à Gostar la lettre la plus impertinente qu'il put; le pauvre Gostar, pour en finir, n'eut d'autres ressources que de lui faire des soumissions et des excuses.

Boift-Robert jouait gros jeu en maniant si prestement l'arme blessante de la plaisanterie. On se ligua contre lui. On tt*eut pas grand'peine à trouver des charges suffisantes pour le faire exiler. Ne jurait-il pas au jeu? Avait-il quelque religion? Faisait-il maigre en carême? Non ; et ce (tit son malheur. Il fut de nouveau relégué en province, et par son protecteur Mazarin lui-même ^ comme il avait été déjà exilé par Richelieu. Dans son infortune^ il implore la reine, et charge mademoiselle Ennemonde Servien, flUe du ministre, de rappeler à Sa Majesté son dévouement pendant la Fronde...

Pour six mois entiers me bannir !

G'est trop souiTrir, belle Ennemonde ;

376 Bois-HOBsaT.

Je n'en munnure ny n'en gronde :

On m'a cru justement punir.

Si l'on avoit fait souvenir La meilleure reine du monde De ma vigueur contre la Fronde^ Ma disgrâce auroit dû finir.

Quand tout Paris Ta déchirée> Je Tay constamment adorée; Sa gloire a fait tout mon soucy.

Cela n'a point de répartie;

Je croy qu'elle m'en ayme aussy;

Mais qui bien ayme bien châtie.

Il ne tarda pas à être rappelé^ grâce aux sollicitationsj et de mademoiselle Servien^ et de madame de Mancini qui^ disait-il en riant, voulait se faire payer de quarante pistoles perdues au jeu. Mais il fut soumis à une rude épreuve. On le força de dire quelquefois la messe. Qu'on juge de la dévotion qu'il devait inspirer à ceux qui le connaissaient ! Madame Cornuel croyait sa chasuble faite d'une robe de Ninon. Je dois dire que ce mot lui valut une satire et qu'elle apprit à ses dépens que trop parler nuit. Mais Bois-Robert était sans rancune^ et l'affaire finit par s'arranger.

Un jour qu'il sortait de dire la messe^ quelqu'un vint le prier d'assister un pauvre homme qui se mourait dans la rue. Bois-Robert allait diner. Il consent à s'arrêter, a Mon ami, dit-il au mourant, recommandez votre âme à Dieu et dites votre BenedUnte. » Volontiers, Boîs-

B018-R0BBRT. 377

Robert attardé l'eût dit arec lui^ pour n'avoir plus qu'à se mettre à table.

C'est peu de temps après sa rentrée à Paris qu'il publia la seconde édition de ses poésies (1659). Pour la première^ achevée d'imprimer en 1646^ le 21 juillet, il avait été l'objet d'une rare faveur. Gonrart^ secrétaire de l'Académie et conseiller du Roi^ lui avait signé d'à* vance un privilège. Cest ce que Gonrart lui-même nous apprend^ dans une épitre facile et nette ^e forme qui, rapprochée de la ballade du Goutteux, et de la traduction de quelques psaumes, montre que l'auteur, dont les œuvres n'ont jamais été rassemblées, était un homme moins médiocre que sa réputation.

• Oui, Bois-Robert, je reconnois Que je t'ay conseillé cent fois De rendre tes lettres publiques, £t qu'en patentes authentiques Je t'ay signé, de par le Roy, Un privilège malgré toy.

Dans le second volume, on trouve les mêmes mérite et les mêmes œuvres que dans le premier, et, de plus, quelques pièces satiriques que l'auteur n'avait osé publier du vivant de ceux qu*il attaquait, une entre autres contre le riche et puissant Abel Servien, son confrère à l'Académie.

Sa passion pour le jeu le força plus d*ime fois à

Mettre son Apollon aux gages d'un libraire; non pas, comme on a vu de son temps du Ryer, à Ira-

376 BOIS^IIOBIRT»

vailler sur commande, mais au moins à faire argent de ce qu'il avait composé, et il était assez accommodi pour pouvoir jouir d'un carrosse.

Tallemant raconte que, craignant sans doute la tentation de vendre une maison qu'il avait fait construire à la porte de Richelieu, et de rester sans logis quand il aurait joué et perdu le prix de la vente, Bois^Robert la céda à Villarceaux, sans autre condition que de lui fournir un logement, sa vie durant. Tallemant «joute qu'il s'en repentit. Je croirais plutôt encore au repentir qu'à la faute, si je n*avais vu ailleurs M. de Villarceaux appelé l'hôte de Bois-RoberL

Ajoutez à ses dépenses de jeu, ses frais de table et ses bonnes œuvres. Tallemant, qu'on est obligé si souvent de citer, quand on parle duxvip siècle, dit qu'un jour il prêta, sans espérance de les revoir jamais, trois cents pistoles, une valeur de huit mille francs de nos jours, au marquis de Richelieu. On l'en blâmait : a Je me souviendrai toujours, répondit-il, qu'il est le neveu du cardinal de Richelieu, b II eut l'agréable surprise d'être remboursé.

Ce fut après cette rentrée, sans doute, qu'il acheta aux champs la maison appelée Villoison, qui convenait parfaitement, disait-il, à ses oisons de neveux, et qu'il voulait leur substituer. Il ne les fit pas trop attendre.

En effet, en parlant de son retour d'exil, Loret donne à Bois-Robert cet éloge, que le Cardinal obtint son rappel

Au gré des plus grands de la cour^ Où Ton chérit cet homme rare, Qui fait des vers comme un Pindare Et qu'on aime de tous côtés Pour ses aimables qualités.

B01»*R0BBM. 379

Le poëte-gaaetier eut bientôt une autre occasion de reparler de son ami. C'est dans sa lettre du 8 avril 1662 :

Bois-Robert^ homme asses notable,

Assez libre, assez accostablc.

Écrivain assez ingdnu^

Sur le Parnasse assez connu,

N'est plus que poussière et que cendre,

La Parque l'ayant fait descendre

Depuis dix jours dans le cercueil,

Dont Apollon en a grand deuil.

Il joua diTcrs personnages ;

Il fit de différents ouvrages;

11 étoit tantôt inventeur.

Il ëtoi t tantôt traducteur.

Il étoit de Cour el d'Église,

Et, pour parler avec franchise

De ce poète signalé,

C'étoit un vrai marchand mêlé.

Cette citalion, outre qu'elle fait connaître le mérite chronologique de la muse historique de Loret, nous dispense de dire qu'il mourut le 30 mars 4662. 11 demandait à Dieu, à son dernier moment^ d'être aussi bien avec Noire-Seigneur qu'il a\ait été avec le cardinal de Richelieu, qui Tavait perdu, disait-il; il n'eut que le temps ensuite de donner au diable un potage à l'oignon, qu'il avait pris chez le comte d'Olonne et qui lui avait fait mal. Mort peu sérieuse, sans dignité, comme pouvait être celle d'un homme qui ne songea qu'à s'amuser, qui se laissa aller à tous ses penchants, qui ne pratiqua de vertus que celles qui ne gênaient pas ou qui servaient ses goûts. Il fit peu de mal, quel-

380 BOIS-ROBBRT.

que bien. Il a beaucoup écrit, mais pour son temps, sans s'occuper assez de la postérité, qui lui a rendu dédain pour dédain. Bois-Robert ne peut être oublié cependant parmi les premiers auteurs de nôtre théâtre, et Ton doit un souvenir, sinon au fondateur, du moins a la cause de TAcadémie française.

Page 1