LA GUIRLANDE DB JULIE
Afin que rien ne manquât à embellir cet ouvrage, il fut relié par le Gascon, qui n'avoit point d'égal en son art, et enrichi par le dehors et le dedans des chiffres de Julie-Lucine, afin que Ton scût d'abord à qui il étoit'.
Tant que madame de Montausier a vécu, elle a conservé précieusement ce gage de la politesse et de Tamour de son mari pour elle. Etant morte, M. de Montausier en devint le dépositaire et le monti'oit avec plaisir à ses amis. De ses mains, il passa en celles de madame la duchesse dUzès, sa fille, qui savoit trop ce qu'il valoit pour ne pas le garder avec soin. Aussi cène fut qu*après sa mort que ce livre fut vendu par ses héritiers, comme une pièce qui ne méritoit pas leur attention. Un particulier Tacheta à l'intention de M. Moreau, premier valet de chambre de monseigneur le duc de Bourgogne , si connu par son mérite et son bon goût, qui lui paya quinze louis d'or, valant alors deux cents livres; et depuis, il a eu ^honnêteté de m'en faire un présent, et de m*obliçer à le prendre, croyant avec raison enrichir par là mon cabinet (celui de M. de Gaignères, auteur principal de cette notice).
Nicolas Jarry, écrivain inimitable du dernier siècle, fit trois manuscrits de la Guirlande de Julie dans la même année, 1641, savoir : un in-folio % un in-quarto et un in-octavo.
Le premier, annoncé dans le catalogue des livres de
* Ce chiffre, imprimé en or et semé sar la couverture, qui est eo maroquin rouge, avec filets, est formé des lettres J. L., écrites à la fois de gauche à droite et de droite à gauche.
* Cest celui-ci que M. le duc d^Uzès, avec une bonne grâce parfaite, a bien voulu ftus permettre de consulter.
390 APPBRDICR.
H. le président Crozai deTugny^ Paris, 1751, p. 119, n<> 13i6; n'étoit pas imprimé. C'est une erreur de ne pas ravoir annoncé manuscrit. Il est de la propre main de Jarry, sur papier in-quarto, à longues lignesi et con* tient cinquante-trois feuillets très-bien écrits, en lettres bâtardes; il parott avoir été Tesquisse et le modèle de Tin-folio présenté à mademoiselle de Rambouillet. H. le marquis de Courtanvaui en a été ensuite possesseur* Il est passé, à sa vente, entre les mains de P.-Fr. Didot, imprimeur de Monsieur.
Le second, très-précieux, sur vélin in-folio^ qui a donné lieu à celte Notice, est supérieurement écrit en lettres rondes; les figures de toutes les fleurs, peintes par le fameux Robert, et la reliure magnifique, en maroquin rouge, de ce livre, orné en dehors et en dedans du chiffre entrelacé de J. L., ajoutent au très^grand mérite de cet ouvrage, unique en son genre.
Il pareil qu'après M. de Gaignères ce manuscrit passa entre les mains de M. le chevalier de B***; il fut acheté en 1726, à la vente de ses livres, par M. l'abbé de Rotbelin S qui, comme on Ta vu plus haut, en fit présent quelque temps après à H. de Boze '. H. de Cotte ' Tacheta des héritiers de M. de Boze avec une partie de sa bibliothèque, et le céda à H. Gaignat, à la vente duquel il fut acheté par M. le duc de La Vallière. M. Peyne, libraire de Londres, Ta payé à la vente de ce dernier quatorze mille cinq cent dix livres. Nous ignorons entre les mains de qui il est passé *.
t Membre de rAcadémie des inscriptions, s Membre et secréiaire de TAcadémie des inscriptions. 9 Architecte célèbre qui disposa l'aménagement de la Bibliothèque royale dans le palais Masarin.
* Gh. Nodier a reproduit ces lignes. DéjlPcependaDt, an temps de