‹ Précieux et précieusesChapitre 64 sur 86 · LA FLEUR D'ORANGE · texte numérisé non relu

LA FLEUR D'ORANGE

MADRIGAL

Du palais d'émeraude^ ou la riche Nature M'a fait naistre et régner avecque majesté^ Je viens pour adorer la divine beauté Dont le Soleil n'est rien qu'une foible peinture. Si je n'ay point l'éclat ni les vives couleurs

Qui font l'orgueil des autres fleurs, Par mes douces odeurs je suis plus accomplie, Et par ma pureté plus digne de Julib.

Je ne suis point sujette au fragile destin

De ces belles infortunées

Qui meurent dès qu'elles sont nées, Et de qui les appas ne durent qu'un matin ;, Mon sort est plus heureux, et le Ciel favorable Conserve ma fraîcheur et la rend plus durable. Ainsi, charmant objet, rare présent des Gieux, Pour mériter Thonneur de plaire à vos beaux yeux,

J'ay la pompe de ma naissance^

iil8 APPENDICE.

Je suis en bonne odeur^ en tout temps, en tous lieux;

Mes beautez ont de la constance, £t ma pure blancheur marque mon innocence ; J^ose donc me vanter, en tous offrant mes vœui, De vous faire moy seule une riche couronne,

Bien plus digne de vos cheveux Que les plus belles fleurs que Zéphire vous donne. Mais si vous m'accusez de trop d*ambition Et d'aspirer plus haut que je ne devrois faire.

Condamnez ma présomption

Et me traittezen téméraire; Punissez, j^ consens, mon superbe dessein

Par une severe défense De m'élever plus haut que jusqu'à votre sein, Et ma punition sera ma récompense.

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