CINQUIÈME GROUPE
Métaui dont les solutions ne précipitent ni par les sulfures ni par les carbonates.
118. Potassium. — Le potassium est un métal blanc, mou comme de la cire, et fusible à 58 degrés ; il s'oxyde immédiatement au contact de Tair, et décompose Teau avec dégagement d'hydrogène.
La potasse ou oxyde de potassium hydraté (KO,HO} est incolore et très déliquescente; elle se carbonate promptement à l'air.
Les sels de potasse sont incolores. Ils sont en général fort solubles, et résistent à l'action de la chaleur. Le carboiiate est anhydre, déliquescent , et cristallise difficile-
POTASSIUM» 12t
ment ; le sulfate neutre cristallisé ne renferme pas d*eau.
Au chalumeau^ sur le fil de platine, les sels de potasse colorent en violet Texirémité de la flamme extérieure. Cette coloration est masquée par les moindres traces de sels de soude.
Le bichlorure de platine produit, dans les sels de potasse, un précipité jaune-serin de chloroplatinate de potasse (KCI,PIC1^, surtout quand la liqueur est légèrement aiguisée d'acide cblorhydrique. Le précipité est fort peu soluble dans Teau, et tout à fait insoluble dans l'alcool.
Vacide tartrique^ ajouté en excès à la solution d'un sel de potasse, donne un précipité blanc et cristallin de bitartratede potasse, soluble dans beaucoup d'eau et dans les alcalis; la formation du précipité est surtout favorisée par l'agitation.
Sont caractéristiques pour la potasse : la coloration de la flamme du chalumeau et la réaction du bichlorure de platine.
119. La potasse est extrêmement répandue dans la végétation, en combinaison avec certains acides organiques ; les cendres qu'on obtient par la combustion des végétaux ligneux et herbacés, se composent en plus grande partie de carbonate de potasse. La potasse est également contenue dans plusieurs silicates, ainsi que dans les terrains provenant de la désagrégation des roches qui renferment ces silicates.
Outre le bicarbonate, le nitrate (salpêtre) et le bitartrate {crème de tartre) sont les sels de potasse qui présentent le plus d'applications.
m RiAcnoifs.
120. flMIluifei. — Le sodium et son oxyde hydraté, la soude (NaO,HO), présentent des caractères semblables à ceux du potassium et de la potasse.
Les sels de soude sont incolores, fort soltibles dans Teau. Le carbonate et le sulfate cristallisent avec de l'eau et s*effleurissent à l'air.
Ils résistent à Taction de la chaleur rouge.
Au chalumeau^ sur le fli de platine, ils communiquent à la flamme une coloration d'un jaune vif, même en présence de beaucoup de sel de potasse.
Le hicMorure de platine et Y acide tartrique ne les précipitent pas ; cependant, si les liqueurs sont très concentrées, il peut s'y former à la longue des aiguilles ou des prismes de bitartrate de soude, aisées à distinguer du précipité grenu produit par les sels de potasse ou d'ammoniaque.
Uantimoniate de potasse précipite les solutions des sels de soude en blanc cristallin, si elles ne sont pas trop étendues et qu'elles soient neutres ou légèrement alcalines. L'agitation du mélange, par une baguette, accélère la formation du précipité. Toutefois la présence du carbonate de potasse peut empêcher la précipitation , et il faut alors ajouter au liquide de l'acide chlorhydrique oo acétique, jusqu'à ce qu'il ne soit plus que légèrement alcalin; de même, si le liquide à examiner était acide, le réactif en serait décomposé et donnerait aussi uue fausse indication. Dans ce dernier cas, il faudrait d'abord neutraliser par la potasse le liquide acide.
Sont caractéristiques pour les sels de soude : la coloration de la flamme du chalumeau , la réaction de Taa-
A3IM0M1UM, id3
timoniate de polasse, et les réactions négatives avec les autres réactifs.
121. Les combinaisons du sodium sont très répandues. Les plantes marines donnent, par la combustion, des cendres^ contenant des quantités plus ou moins grandes de sels de soude, notamment de carbonate de soude. Le sel marin ou chlorure de sodium est la combinaison sordique la plus commuQe. Outre le carbonate et le chlo-. rure, le sulfate ou sel de Glauber et le biborate ou borax sont les sels de soude qui présentent le plus d'applications.
122. Anunoniuiii. — Les combinaisons de Tammoniaque (NH') peuvent être considérées comme formées par un métal composé, Tammonium (NH^), susceptible de remplacer les métaux simples dans les autres sels :
NH3,HCI = (NH^)CI
Chlorhydrate d'ammoniaque. Chlorure d'ammonium.
NH8,S03,HO == S03(NH<)0
Sulfate d'ammoniaque. Sulfate d'ammonium.
L'ammoniaque est un gaz incolore, éteignant les corps en combustion , et donnant d'abondantes vapeurs blan-^ ches par l'approche d'une baguette humectée d'acide chlorhydrique, nitrique, ou acétique concentré. Elle est excessivement soluble dans l'eau; la solution bleuit le tournesol rougi par les acides, et perd son ammoniaque par l'ébullition.
Les sels ammoniacaux sont incolores , et en général
fort solubles. Ils sont isomorphes avec les sels de potasse correspondants.
La chaleur volatilise ou décompose tous les sels ammoniacaux.
La potasse ou la chaux , broyés avec un sel d'ammoniaque, en dégagent des vapeurs alcalines, reconnaissables à leur action sur le tournesol rouge et aux fumées blanches qu'elles produisent à l'approche de l'acide chlorhydrique.
Le bichlorure de platine précipite les sels d'ammoniaque comme les sels de potasse ; mais le précipité laisse, par la calcination, du platine métallique pur.
V acide tartrique en excès donne un précipité blanc et cristallin de bitartrate d'ammoniaque, soluble dans beaucoup d'eau et dans les alcalis.
Sont caractéristiques pour les sels d'ammoniaque : leur volatilité , et le dégagement d'ammoniaque auquel ils donnent lieu par la chaux ou la potasse.
123. L'ammoniaque et les sels ammoniacaux se produisent , en général , par la putréfaction et par la distillation sèche des matières organiques azotées. Le carbonate et le chlorhydrate sont les deux sels ammoniacaux les plus communs. Le nitrate d'ammoniaque sert dans les laboratoires de chimie pour la préparation du protoxyde d'azote.
B. Bases organiques.
i2/i. Parmi les alcalis organiques, nous ne prendrons en considération que les plus importants, savoir:
ANILINK* 125
Prbmixr GRonPi. — Alcalis huileux et volatils. Il comprend : Vaniline et la nicotine.
Deuxième groupe. — Alcalis solides et en partie n<5n volatils. Il comprend : la morphine^ la narcotine^ la strychnine^ la brucine, la quinine et la cinckonine.
Tous ces alcalis sont séparés de leurs sels par les alcalis minéraux. Leur solution précipite par le bichlorure de platine, comme les solutions de potasse et d'ammoniaque.
PREMIER GROUPE
Alcalis huileux et volatils.
125. AnUine. —L'aniline (C^^H^N) est une huile incolore, très réfringente, plus pesante que Teau, d'une forte odeur aromatique, d'une saveur acre et brûlante. Elle est peu soluble dans Feau, mais elle se mélange en toutes proportions avec l'alcool et l'éther; sa solution n'agit pas sur la lumière polarisée. Elle bout à 182 degrés ; à l'état de pureté, elle ne bleuit pas le tournesol rougi par les acides. Elle jaunit au contact de l'air.
Les acides la dissolvent aisément. Les sels d'aniline sont presque tous solubles, et cristallisent dans l'alcool ou dans l'eau. Ils sont généralement incolores; toutefois, ils rougissent au contact de Pair, surtout quand ils sont humides, et prennent alors une légère odeur.
La potasse et les carbonates alcalins, ajoutés à la solution des sels d^aniline, en séparent de l'aniline huileuse.
Vacide nitrique étendu ne décompose pas l'aniline ; mai^si l'on verse sur elle quelques gouttes d'acide nitrique fumant , elle se colore en bleu foncé ; la chaleur la I, 11.
126 1ÎAGTI0I6.
plus douce fait passer celte teinte au janne, el détermine bientôt une réaction très vive, a]ranl pour résultat la formation de cristaux jaunes (d'acide picrique).
Les sels de zinc^ d'alumine et de fer sont précipités par l'aniline.
Le nitrate d'argent et le nitrate de mercure n'en sont pas précipités.
Le bichlorure de platine donne, avec la solution de l'aniline dans l*acide chlorhydrique, un précipité orangé et cristallin dechloroplatinate d'aniline; la solution aqueuse de ce précipité noircit par Tébullition, en déposant du platine métallique.
Le bichlorure de metrure donne, avec la solution alcoolique de Taniline, un précipité blanc cristallin.
Lorsqu'on fait agir du chlore sur l'aniline dissoute dans l'acide chlorhydrique, le liquide se colore en violet, so trouble et sépare une masse brune et résinoîde.
Le chlorure de chaux colore Faniline en bleu violacé; cette teinte est très fugace et passe rapidement au rouge sale, surtout au contact des acides.
Lorsqu'on mélange une petite quantité d'un sel d'aniline avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, puis avec une goutte d'une solution de chramate de potasse, on voit apparaître, au bout de quelques minutes, une belle couleur bleue qui disparait bientôt après.
La coloration bleue que l'aniline éprouve au contact (les agents d'oxydation est caractéristique pour cet alcali.
L'aniline est contenue dans les huiles alcalines du goudron de houille ; elle se produit par la métamorphose d'un grand nombre de substances organiques; on l'ob^
tient notamment «n distillant l'indigo avec de Thydrate de potasse.
126. NlMilne^ — Lanieotine (G^H^^N^) constitue un liquide oléagineux., incolore, transparent, assez fluide, plus pesant que Teau, d'une saveur très brûlante, d'une odeur rappelant celle du tabac. Elle jaunit avec le temps» brunit et s'épaissit peu à peu au contact de l'air. Elle est fort soluble dans l'eau , l'alcool et les huiles grasses, ainsi que dans l'éther qui l'enlève aisément à sa solution aqueuse. Sa solution dévie énergiquenient vers la gau^ che le plan de polarisation de la lumière. La nicotine bout à 250 degrés environ en s'altérant légèrement et en répandant des vapeurs très irritantes.
Elle est entrémement vénéneuse.
Les acides dissolvent aisément la nicotine. Les sels de nicotine sont en général très solubles dans Teau et dans l'alcool, insolubles dans l'éther, difficilement cristallisables et même déliquescents. A l'état de pureté, ils n'ont pas d'odeur, mais ils ont une saveur acre, semblable à celle du tabac.
La potasse et les carbonates alcalins les décomposent ; mais la nicotine, mise en liberté, reste en dissolution.
Lorsqu'on approche de la nicotine une baguette humectée d'acide chlorhydrique, il se produit des vapeurs blanches , comme avec l'ammoniaque. Bouillie avec de l'acide chlorhydrique, la nicotine se colore en violet.
Vacide nitrique^ étant chauffé avec la nicotine, la décompose en produisant une liqueur rouge.
128 ftiACTKHfS.
Les sels de zinc précipitent en blanc par la nicotine; le précipité se dissout dans un excès d'alcali.
Les sels de fer au maximum sont précipités en jaune.
U acétate de plomb précipite en blanc.
Le bichlorure de platine étant ajouté à une solution aqueuse de nicotine neutralisée par l'acide chlorhydrique, on obtient un précipité jaune et cristallin de chloroplatinate de nicotine, peu soluble dans l'eau froide, entièrement insoluble dans Talcool et l'éther, fort soluble dans un léger excès de nicotine, entièrement so* lubie à chaud dans Tacide chlorhydrique. Si les liqueurs sont étendues, le bichlorure de platine donne des prismes rhomboïdaux obliques.
Le bichlorure de mercure précipite en blanc cristallin la solution aqueuse de la nicotine.
Le chlore agit énergiquement sur la nicotine, en produisant une liqueur rouge de sang.
La nicotine est contenue dans le tabac, probablement à rétat de malate et de citrate.
DEUXIÈME GROUPE
Alcalis solides et en partie non volatils.
127. norpbtne. — La morphine (C^^H^^NO^ + 2a(|) se présente sous la forme de petits prismes incolores, fort peu solublesdans Teau; les cristaux fondent par la chaleur en perdant de l'eau de cristallisation. A froid, l'aU cool ne la dissout que fort peu ; il en prend davantage à l'ébuUition ; la solution, fort amère et vénéneuse, ramène au bleu le tournesol rougi par les acides. Elle dévif
MOBPHINB. 129
beaucoup à gauche le plan de polarisation de la lumière. L'éther ne dissout presque pas la morphine.
Les acides dissolvent la morphine. Les sels de morphine sont généralement cristallisés, fort solubles dans l'eau et l'alcool, insolubles dans l'éther.
La potasse aqueuse précipite la morphine de ses sel^ ; le précipité se redissout dans un excès de potasse.
L'ammoniaque les précipite également, mais le précipité ne se dissout pas aisément dans un excès d'ammoniaque.
Veau de chaux se comporte comme la potasse.
Les carbonates alcalins précipitent les sels de morphine, mais ne redissolvent pas le précipité.
Lorsqu'on dissout la morphine dans un excès d'acide sulfurique dilué, qu'on évapore la liqueur acide jusqu'à ce qu'elle commence à se décomposer, et qu'on y verse ensuite de Teau, il se forme un précipité blanc, caillebotté; ce produit verdit par la dessiccation à 150 degrés.
Vacide nitrique concentré colorela morphine en rougeorangé ; cette teinte passe peu à peu au jaune.
Lorsqu'on fait passer du chlore dans la morphine délayée dans l'eau, elle prend d'abord une teinte orangée, puis elle se dissout entièrement ; si Ton continue d'y faire arriver du chlore, la liqueur se colore en jaune, en même temps qu'il se sépare des flocons.
Vacide acétique dissout aisément la morphine en se combinant avec elle. L'acétate de morphine forme des aiguilles très solubles dans l'eau; sa solution se décompose en partie par l'évaporation en dégageant de l'acide acétique.
Le chlorure d'or colore les solutioDS de morphine en bleu ou en vert par Teffet de la réduction du métal.
Le bichlorure de platine produit, dans les solutions de morphine, un précipité jaune, caillebôtté, qui se ramollit dans Teau chaude, et devient résineux.
Le bichlorure de mercure produit, dans la solution du chlorhydrate de morphine, un précipité blanc cristallin.
Le nitrate d'argent est réduit , au bout de quelque temps, par les solutions de morphine.
Les sels de fer au maximum subissent une réduction semblable, qui est caractéristique pour la morphina Lorsqu'on la projette en poudre dans une solution concentrée et peu acide de sulfate de sesquioxyde de Ter, elle se colore en bleu foncé. Cette teinte n*cstpas persistante ; elle disparaît par un excès d'acide , par raction de la chaleur, et même par l'addition de l'alcool.
La morphine est contenue dans l'opium où elle est accompagnée de uarcotine et de plusieurs autres alcalis (129). Elle est employée en médecine comme calmante, le plus ordinairement sous forme de pilules.
128. HTarcotine. — La narcotine (G^^H^NO^^) cristallise en prismes droits à base rhombe ou en aiguilles groupées en faisceaux, incolores, transparentes et brillantes, ne renfermant pas d'eau de cristallisation. Elle est insoluble dans l'eau froide; l'eau bouillante en dissout T^Vïï- ^'^^ 6^1 P^u soluble dans l'éther et dans Tulooel. Les solutions sont amères, vénéneuses, et n'offrent pas de réaction alcaline aux papiers ; elles dévient fortement à gauche le plan de polarisation de la lumière ; les acides
NARCOttltR. 131
modiBent considérablement ce pouvoir rotatoire et font passer la déviation à droite.
Les acides dissolvent aisément la narcotine.
Les sels de narcotine sont fort peu stables ; leur solu-^ tion dépose, par Tévaporation, la plus grande partie de TalcalL Souvent ils se décomposent déjà par l'addition de Teau. Ils rougissent le tournesol.
La potasse et Vammoniaque précipitent les solutions de narcotine dans les acides, et ne dissolvent pas Talcali.
Les carbonates alcalins se comportent de même.
Vacide sulfurique concentré dissout la narcotine avec une couleur jaune ; à chaud, la solution brunit. Lorsqu'on chauflFe de la narcotine avec de Tacide sulfurique étendu d'eau, on obtient une dissolution qui devient vert foncé par une plus forte chaleur.
Vacide nitrique dilué dissout à froid la narcotine sans la décomposer; à chaud, la solution jaunit. Avec l'acide nitrique concentré la réaction est violente : il se dégage d'abondantes vapeurs rutilantes, en même temps qu'il se produit une matière rouge résineuse.
Les sels de fer au maximum ne colorent pas en bleu la solution de la narcotine.
Le bichlorure de platine précipite en jaune la solution de la narcotine dans l'acide chlorhydrique.
129. Outre la narcotine et la morphine, l'opium contient plusieurs autres alcalis cristallisables, savoir : la codéine, la thébatne, la papavérine et la narcéine. ' Voici un tableau indiquant les diflférences de solubilité que présentent ces alcalis, ainsi que la morphine et la nar^ cotine :
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