ANIMALES
33*2. Lorsqu'il s'agit de découvrir les principes iminé* diats contenus dans une sécrétion, il faut d'abord prendre note de ses caractères physiques, tels que la couleur, l'odeur, la saveur, la consistance, etc. La détermination de la densité est presque toujours utile, souvent indispensable.
On examine ensuite, à l'aide des papiers réactifs, si la sécrétion proposée est neutre, ou si elle poaaède une réaction acide ou alcaline.
Lorsqu'elle est trouble, il faut la filtrer soit sur du papier buvard, soit sur un linge, que Ton exprime quand tout le liquide s'est écoulé; l'examen du résidu au microscope fournit toujours quelque indication utile. (La production spontanée d'une coagulatioii dans une séoré* lion, d'abord limpide, est due presque toujours à de la fibrine. )
La liqueur limpide est soumise aux essais suivants :
333. Premier essai. — On chauffe une portion de la liqueur dans un tube fermé par un bout; dans le cas où elle est neutre ou alcaline aux papiers réactifs, on y ajoute une ou deux gouttes d'acide acétique. Si la liqueur reste limpide, on peut être certain de l'absence de l'albumine; on passe alors au deuxième essai.
Si , au contraire, la liqueur se coagule ou se trouble, il faut, après l'avoir agitée, en faire deux portions et ajouter à l'une quelques gouttes d'acide chlorhydrique dilué. Si le précipité disparaît, il n'est pas formé d'aibu-
SÉGUÉTIONS ANIMALES. ^55
mine, mais il est dû probablement à des phosphates terreux. On examine au microscope Tautre portion de la liqueur.
Lorsque l'acide chlorhydrique dilué ne redissout pas le précipité, on en ajoute une quantité plus considérable, et on porte le tout à Tébullition : si la dissolution de ce précipité s'opère peu à peu et que la liqueur se colore en violet, cette réaction indique la présence de Valbumtne. On contrôle ce résultat en examinant l'action de l'acide nitrique sur la sécrétion primitive.
Lorsque la sécrétion sur laquelle on opère ou le coagulum qu'elle a donné possèdent une teinte rouge ou rougeàtre, il y peut exister de Yhématine (matière colorante du sang), ainsi que de la giobuline. Dans ce cas, on dessèche le coagulum ; il prend alors une teinte brune ou noire. On le fait ensuite bouillir avec de l'alcool additionné d'un peu d'acide sulfurique ; s'il contient de Thémaline, le liquide se colore en rouge, et Textrait alcoolique étant évaporé à siccité donne un résidu donnant, après la calcinâtion, les réactions du fer.
336. Deoxième essai. — Un liquide qui ne contient pas d'albumine ou qui a été séparé par le filtre de l'albumine préalablement coagulée, peut contenir encore de la caséine et de la giobuline.
Pour s'en assurer, on en traite une petite quantité par le ferrocyanure de potassium. Si la liqueiir teste limpide, elle ne contient pas de matière albuminoîde, et l'on passe au troisième essai. Si elle se trouble, on en traite une portion par une solution de chlorure de calcium et on soumet le mélange à l'ébullition ; elle se trouble alors
Uôd ANALYSES SPECIALES.
dans le cas où elle contient de la caséine. Lorsque cet elTet se maiiifcslc, on fait digérer le liquide avec de la présure à une température de 40% de manière à rendre complète la coagulation de la caséine.
Si la sécrétion contient, en outre, de la globuline, elle se trouble par Taddition de quelques gouttes d'acide acétique, et donne ensuite un précipité floconneux parla neutralisation avec l'ammoniaque.
335. Troisième essai. — I^i'squ*il résulte des essais précédents que la sécrétion renferme une matière albuminoïdc, on commence par la coaguler, on filtre la liqueur, on la réduit par Tévaporation à la moitié de son volume, et on la porte îi lebuUition.
Si, par le refroidissement, il ne se forme pas de précipité, on en conclut l'absence probable des urates; ces sels étant d'ailleurs très peu solubles, se trouvent ordinairement dans le sédiment qui se dépose spontanément dans la sécrétion; on passe alors au quatrième essiii.
Si, par le refroidissement, un dépôt quelconque s'est formé, on l'observe d'abord au microscope ; s'il est amorphe, on en traite une portion par l'acide acétique, et ou l'observe de nouveau au microscope ; des tables rbomboïdales accusent alors la présence de Y acide nrique (321). Pour confirmer ce résultat, on dissout le reste du dépôt dans de l'acide nitrique de concentration ordinaire* et l'on évapore à siccité; on doit obtenir alors uu résidu rougeâtre , prenant une magnifi(|ue teinte pourpre pr rhumectation avec une goutte d'ammoniaque.
Si le dépôt est cristallin et ne change pas d'aspect par l'acide acétique, il est formé de sulfate de chaux ou de
SÊCUÉTlOiNS ANIMALES. /l57
Ijhosijfiaie de magnésie. On établit l'identité de ces sels par l'étude de leurs réactions.
336. QuATiuÈME ESSAI. — La liqueur débarrassée du dépôt, par le filtre, est maintenant évaporée à siccité au bain-marie, et le résidu est épuisé par l'alcool d'une densité de 0,83. On examine séparément l'extrait alcoolique et le résidu insoluble dans l'alcool.
Extrait alcoolique.
a. A une petite portiou de cel extrait on ajoute, goutte à goutte, de l'acide nitrique Tumant, contenant des vapeurs nitrcuses : si par là il se furnie, au fond du liquide, une zone d'abord verte, puis bleue, violette, rouge, et enQn d'un jaune sale, on peut en conclure la présence de la malière colorante de la bile,
b. Une autre portion est mélangée avec du sucre et de Tacide sulTuriquc ; une belle coloration rouge pourpre accusera la présence ûes acides de la lile (325).
c. Dans une troisième portion, on cherche le glucose. Cette substance communique ordinairement à Id liqueur une saveur sucrée. On évapore Texlrait alcoolique presque à siccité, on reprend le résidu par l'eau et on Pessaie avec la potasse elTle sulfate de cuivre (290) ; si l'extrait contient du glucose, il se formera un précipité rouge de protoiyde de cuivre. Il faut alors contrôler ce résultat par la fermentation.
d. On réduit, par l'évaporatiou, h un 1res petit volume, la plus grande partie de l'extrait alcoolique, on le mélange avec de Pacide nitrique pur, entièrement exempt surtout d'acide nitreux, et on place le vase dans un mélange réfrigérant. Si un dépôt cristallin se forme, on Pexaminc au microscope pour voir s'il présente Paspcct du nitrate d'urce (327) ou de Pacide hippurique (323). On rouQrme les indications du microscope par des réactions chimiques.
c. Une portiou de l'extrait alcoolique concentré est mélangée avec
une solution sirupeuse de chlorure de zinc. S'il ne se forme pas de
précipité, même après longtemps, la sécrétion ne contient pas de
créaline (328). S'il se produit un précipité, on soumet celui-ci à
/l58 ANALYSES SPÉCIALES.
quelques essais spL^ciaux, pour bien s'assurer de rideotité de la créatioc ou de la crdaliuinc.
f. Enfin si Teitrait présente une réaction fort acide, il s'agit encore d'y chercher Vacide lactique (334). A cet effet, on concentre l'extrait et on le chauffe avec de l'oxyde ou du carbonate de zinc : on place une goutte de la liqueur filtrée bouillante entre deux lames de verre, et on rcxamine au microscope pour voir s'il s'y forme les cristaux caractéristiques du lactate de zinc.
Résidu insoluble.
Outre du mucus et des matières eœtraclives indéterminées, ce résidu peut contenir de l'acide urique, un peu de caséine» etc. On peut l'épuiser par l'eau pour chercher les sels solubles, puis par l'adde chlorhydrique, qui dissout les sels insolubles. On examine séparément les deux solutions.
337. Cinquième essai. — Après avoir déterminé les matières précédentes, ou évapore à sec, au bain-marie, une portion du liquide primitif, et Ton reprend le résidu par Téther. Celui-ci dissout les matières grasses^ qu'on peut ensuite mettre en évidence par Tévaporation de la solu-^ tion cthérée.
Quant à la partie insoluble dans Téther, on Tincinère dans un creuset de platine, et Ton détermine la composition du résidu par les procédés de l'analyse minérale.
Analyse qualitative de l'urine.
338. La marche précédente peut, à quelques modifications près, s'appliquer à l'analyse de la plupart des sécrétions animales.
Parmi ces sécrétions, Vur^ine présente un intérêt particulier pour le médecin et le physiologiste, en raison des changements qu'elle subit dans sa Composition par
URINE. /i59
l'effet de cerlaines maladies, et qui peuvent être utilisés comme moyens de diagnostic.
L'analyse de Turine peut être qualitative ou quantitative : nous ne nous occuperons ici que des déterminations qualitatives.
Les corps que Turlne normale tient en dissolution dans l'eau sont :
Matières organiqors.
Matièhrs minérales.
Urée,
Acide urique,
Acide hippurique,
Créatine,
Créalinine,
Matières colorantes et
/ potasse,
( soude.
Sels de < chaux,
1 magnésie,
Vfer, Silice,
cxlraclives, Mucus de la vessie (en suspension).
Phosphates,
Sulfates,
Chlorures.
On trouve, en outre, dans l'urine normale, de très petites quantités d'ammoniaque et de gaz carbonique.
Récemment émise, elle présente toujours une réaction acide, due très probablement à la présence de l'acide hippurique ou de l'acide urique. Elle se comporte avec les réactifs de la manière suivante :
Vébullilion ne la coagule pas.
Les aïcaîii caustiqueij déterminent un trouble ou un précipité de phosphate terreux. *
Le chlorure de baryum donne an précipité de sulfate et de phosphate de baryte.
Le nilrate d'argent précipite du chlorure, du phosphate, et même du sulfate d'argent.
Vacétale de plomb précipite du sulfate, du phosphate et du chlorure de plomb.
Voxalate d'amtnoniaque donne un précipité d*oxalate de chaux.
Valcool détermine un trouble qui disparaît par Taddition d*une quantité d'eau surûsantc.
Les substances suivantes ne se rencontrent que dans l'urine de certains malades :
Carbonate dammoniaque.
Acide lactique.
Albumine (dans beaucoup de maladies).
Fibrine (ne se trouve que dans les sédiments) .
Corps gras (très rarement).
Matière colorante de la bile (dans les a(Tcctio:is du Tuic).
Acides de la bile (raremont).
Glucose (diabète mellitique).
Hydrogène sulfuré (très rarement).
Oxalatedechatixet cystine (font partie surtout des sédiments).
Avant de procéder à la délermination des substances contenues dans l'urine, il faut en observer la couleur, la transparence, l'odeur, l'action sur les papiers colorés. Lorsque l'urine offre une réaction alcaline, il faut noter si elle est récente ou si elle a déjà subi un commencement de putréfaction.
Il est également utile de prendre la densité de l'urine; dans les circonstances normales, cette densité varie de 1,005 à 1,030 pour l'homme.
Après avoir pris ces renseignements prélimiflaircs , on emplit d'urine plusieurs é(^rouvettes, qu'on aban^ donne ensuite pendant quelque temps pour que les sédiments puissent se déposer. On filtre, s'il y a lieu, et l'on examine séparément la partie liquide et les sédiments.
339. Partie liquide, — On porte en ébuUition une certaine quantité de l'urine, afin d'en coaguler Talbu-
UlUNE. /|61
mine, dans le cas où elle en conliemlrait ; puis on opère sur le liquide filtré en suivant la marche exposée précédemment pour l'analyse des sécrétions (333, 336/335, 336, 337). On cherche d'abord les principes qui se trouvent normalement dans l'urine, tels que l'acide urique et les urales, l'acide liippurique et Turée, puis ceux qu'elle ne contient qu'accidentellement, comme le carbonate d'ammoniaque, Tacide lactique, la matière colorante de la bile et le glucose.
Il faut se rappeler que le carbonate d'ammoniaque ne peut se trouver que dans une urine dont la réaction est alcaline. Lorsqu'elle contient ce composé, elle fait une vive effervescence par l'addition d'un acide, et quand on la fait bouillir avec un excès de potasse, elle dégage de l'ammoniaque qui ramène au bleu le papier de tournesol rouge humecté.
L'albumine (319, 333) se rencontre très fréquemment dans l'urine de certains malades, notamment dans les cas d'hydropisie, de néphrite albumineuse, de croup, de bronchite capillaire, d'emphysème pulmonaire, dephthisie pulmonaire, etc. ; on la trouve aussi dans l'urine dos femmes enceintes dont la gestation est assez pénible pour gêner la respiration.
L'acide lactique (326, 336) s'observe surtout dans l'urine des malades affectés de rachitisme, de ramollissement des os, de diabète. Il y est ordinairement en quantité très forte, de manière à communiquer à l'urine une réaction acide très prononcée.
La matière colorante de la bile (336) est fréquente dans les cas d'iclère. L'urine contenant cette matière est en gé- I. 39.
néral fort colorée ; sa leinte varie du jaune safran au jaune foncé et au jaune brun ; si elle contient des sédiments, ceux-ci sont colorés en jaune ou en brun. Lors* qu'on agite une semblable urine, il se forme à sa surface une écume jaune.
Les acides de la bile (325, 336) sont à chercher dans Turino provenant de sujets atteints de maladies du foie.
Le glucose (290, 336) se trouve dans les urines des diabétiques. La densité de ces urines, généralement très forte, varie de 1,030 à 1,052 ; leur couleur est ordinairement pâle ; leur réaction est neutre ou alcaline, mais elle devient avec le temps fort acide par suite de la transformation du glucose en acide lactique.
h* hydrogène sulfuré est accusé dans Turinc par Todeur d'œufs pourris qu'elle développe; pour plus de certitude, on la fait bouillir, et Ton examine si les vapeurs noircissent un papier imprégné d'acétate de plomb.
Les corps gras communiquent à Turine un trouble laiteux (urine chyleuse); on les reconnaît aisément à Taide du microscope.
3/iO. Sédiments. — L'analyse microscopique est surtout avantageuse pour l'étude des sédiments ; sous ce rapport, une bonne observation en apprend souvent plus que bien des essais chimiques.. Ceux-ci servent surtout à contrôler les observations microscopiques.
Les corps contenus dans les sédiments de Turine sont:
Tacide urique,
les urates (de chaux, de magnésie, de potasse, de soude et
d'ammoniaque), Toxalate de chaux,
URINE. l\6Z
le phosphate de chaux elle phosphalc ammoniaco-mAgtx^sicn, la cystine,
diverses matières organisées, telles que mucus, sang, pus, spermatozoïdes, etc....
Les matières organisées se reconnaissent surtout au microscope.
L acide urique libre ne se Irouve que dans les sédinïenls provenant d'urines foncées, et présentant une réaction franchement acide. Ces sédiments sont aussi colorés ; leur teinte peut être claire , mais elle est ordinairement jaune, jaune orangé ou brune ; leur aspect est grenu et souvent même visiblement cristallin (à Tœil nu). L*acide urique se détermine très bien à l'aide du microscope (321), ainsi que de sa réaction avec l'acide nitrique et l'ammoniaque. Il se distingue des urates par son insolubilité dans l'eau et par le résidu fixe que ceux-ci laissent par l'incinération ; on ne saurai lie confondre avec l'urate d'ammoniaque, qui dégage de Tammoniaque au contact de la potasse caustique.
Les urates font également partie des sédiments provenant d'urines acides. La couleur de ces sédiments, ainsi que celle de l'urine, varie beaucoup. Les urates contenus dans les sédiments présentent fréquemment, à Tœil nu, l'apparence du mucus, du pus et du sang, et ne peuvent être distingués de ces matières que par l'observation microscopique et par les essais chimiques. L'urate de soude se rencontre le plus fréquemment ; sa forme cristalline, vue au microscope, a été donnée plus haut (322).
Uoxalate de chaux peut faire partie des sédiments provenant d'urines dont la réaction est acide, neutre ou al-
/46/1 ANALYSES S1ȃCIAI.ES.
câline, et il n'est pas rare de le trouver associé aux urates. Les urines contenant deroxalaledechaux présentent une coloration tantôt plus claire, tantôt plus foncée que celle de l'urine normale ; le plus souvent elles sont d'un jaune d'annbre. L'oxalate de chaux, obtenu par double décomposition, est une poudre tout h fait amorphe ; celui qui se trouve dans les sédiments se distingue, au contraire, par sa forme cristalline entièrement caractéristique. Au microscope (fig. ^5) il apparaît en effet sous la forme de petits octaèdres à base carrée, à arôtes vives, entièrement limpides, etc., réfractant fortement la lumière.
a octaèdres à base carrée, disposés de manière à ressembler à des enveloppes de lettres. C'est la forme la plus ordinaire de Toxalate de chaux.
b octaèdres plus aigus de 46".
Fjg. A5.
Lorsque les urines qui contiennent de Toxalate de chaux ont une réaction très acide, il convient, pour donner aux cristaux plus de netteté, de neutraliser presque Turine et de l'abandonner ensuite au repos. On déier* mine aisément l'identité de l'oxalate de chaux, à l'aide des réactions chimiques de ce sel ; quand on le chauffe sur une lame de platine il se transforme en carbonate de chaux, sans se charbonner.
Les phosphates terreux et le phosphate ammoniaco-ma' f/nésien sont précipités de l'urine toutes les fois qu'elle acquiert une réaction alcaline, par l'effet de sa décomposition. Au microscope, le phosphate de chaux amor-