ÊYaporadoa au batemarie. — Une solution
aqueuse chauflee au bain-marie ne peut jamais entrer en ébullition, à cause du refroidissement qu'elle éprouve de la part de l'air ambiant. Aussi a-t-on souvent recours à ce mode d'évaporalion qui n'expose à aucune perte et n'exige pour ainsi dire pas de surveillance ni aucun soin particulier. Le bain-marie qui convient le mieux pour cet usage consiste en une chaudière de cuivre, semblable à la cucurbite d'un alambic, qui s'adapte parfaitement sur un fourneau. Ce vase étant rempli à moitié d'eau maintenue en ébullition, on y pose, en guise de couvercle, la capsule qui contient le liquide à évaporer. Pour les petites capsules, on a une collection de disques en cuivre, du mémo diamètre que la chaudière, qui sont percés au milieu d'une ouverture ronde plus ou moins grande. L'évaporation se fait très-rapidement, si l'on a soin de faire continuellement bouillir l'eau de la chaudière.
M, Deaalccatfbn et pesée du réuldu d'nne évapora-
ttoa * siecité. — Lorsqu'un liquide est évaporé en vue du dosage de la substance fixe qu'il tient en dissolution, Tévaporation peut être commencée, avec les précautions indiquées plus haut, à feu nu ou au bain de sable ; mais elle doit toujours être achevée au bain-marie dans le vase même où le résidu sera pesé. Dans ce but, on se sert de petites capsules de platine, tarées avec soin; on les préfère à celles de porcelaine, non-seulement à cause de leur légèreté, mais surtout parce qu'on peut y chaufler les résidus au rouge quand cela est nécessaire. Si la quantité de liquide à évaporer est considérable, on commence par le concentrer dans une capsule de porcelaine, et on ne le transvase dans la capsule de platine que lorsque son volume est suffisamment réduit (47, 55).
Après avoir poussé, au bain-marie, l'évaporation àsiccilé aussi loin que possible, on achève la dessiccation en plaçant la capsule sur le bain de sable ou dans l'étuve à huile (38), en la maintenant pendant longtemps à une température comprise entre 100 et 120 degrés, jusqu'à ce que le poids du résidu n'é.prouve plus de variation. Ce mode de dessiccation est le seul auquel on puisse avoir recours quand le résidu est formé d'un sel ammoniacal ou d'une matière organique. Quant aux substances minérales qui résistent à la chaleur rouge sans se décomposer ni se volatiliser, la manière la plus sûre de les dessécher complètement, c'est de les calciner sur la flamme de la lampe à alcool. Il faut avoir soin, pour prévenir les projections, de ménager la chaleur tant qu'il se dégage de l'eau. Si l'on a affaire à un sel qui décrépite par la calcination, comme le chlorure de sodium, on ne doit l'exposer à l'action directe de la flamme qu'après l'avoir abandonné pendant quelques heures sur le bain de
sable, ou dans Tétuve, à une température un peu supérieure à 100 degrés. Dans tous les cas, avant de peser le résidu, il est nécessaire d'attendre que la capsule soit complètement refroidie. Lorsque la substance est susceptible d'attirer de l'humidité, on couvre la capsule avec un verre de montre ou une feuille de platine, et on la laisse refroidir sous une cloche en présence d'acide sulfurique concentré (36). On en détermine ensuite le poids, le plus rapidement possible, en la maintenant toujours couverte.
61. La plupart des méthodes de séparation et de dosage de la voie humide sont fondées sur les précipitations que Ton provoque par double décomposition, de manière à engager, au sein d'une dissolution, la substance à doser dans une combinaison insoluble. L'exactitude des déterminations quantitatives dépend nécessairement de l'insolubilité plus ou moins parfaite des précipités. C'est pour ce motif que Ton modifie, dans certains cas, le milieu dans lequel ils doivent prendre naissance : on ajoute, par exemple,, de l'alcool à la solution, quand on doit en précipiter du sulfate de chaux ou du sulfate de strontiane, ou bien de la potasse ou de l'ammoniaque à l'état de chloroplatinate, parce que tous ces corps sont à peu près insolubles dans un mélange d'eau et d'alcool, tandis que l'eau pure les dissout en quantité appréciable.
Lorsqu'on a affaire à des précipités qui ne sont pas absolument insolubles, le résultat de l'analyse est forcément un
peu au-dessous de la vérité quand il n'y a pas eu de substances étrangères entraînées. Pour diminuer la perte autant que possible, il faut, dans dos cas semblables, concentrer la liqueur avant d'en séparer le précipité, et ne pas poursuivre le lavage plus qu'il n'est rigoureusement nécessaire.
L'insolubilité des précipités est donc une condition essentielle, mais ce n'est pas la seule. Pour doser exactement un corps, il ne suffit pas, en effet, de l'engager dans une combinaison insoluble, il faut encore que cette combinaison ait une composition invariable et parfaitement définie, et qu'elle n'entraîne pas avec elle des substances étrangères qu'on ne puisse enlever entièrement par le lavage. Cet entraînement des matières solubles par les matières insolubles au moment où elles se forment, doit toujours être pris en considération, car il complique souvent les procédés de la voie humide et entache d'erreur bien des déterminations quantitatives. Les corps les plus sujets à entraîner une partie des substances hétérogènes que contient la solution, sont surtout ceux qui se séparent de la liqueur sous la forme d'un précipité volumineux, comme les hydrates d'alumine et de sesquioxyde de fer. Mais ce grave inconvénient se présente encore dans bien d'autres cas, notamment dans la séparation des métaux par l'hydrogène sulfuré ou par les sulfures alcalins.
On conçoit, d'après cela, l'importance qu'il faut attacher au choix des réactifs destinés à précipiter les corps en vue d'un dosage. On doit toujours rejeter ceux que le précipité peut entraîner sans qu'on puisse l'en débarrasser par le lavage. C'est pour ce motif que l'on précipite le sesquioxyde de fer par Tammoniaque, et non par la potasse dont il re-
tient toujours une certaine quantité. Si une séparation (celle de Falumine d'avec le sesquioxyde de fer, par exemple) nécessite l'emploi de la potasse, il faut, après l'avoir ef- . fecluée, redissoudre l'oxyde de fer dans un acide , et le précipiter eitsuite par Tammoniaque. Il en est de même dans le dosage de l'acide sulfurique; bien que cet acide soit précipité d'une manière complète par tous les sels solubles. de baryte indistinctement, on se sert presque exclusivement du chlorure de baryum. Le précipité de sulfate de baryte auquel ce réactif donne naissance peut être obtenu tout à fait pur par le lavage, ce qui n'aurait pas lieu si, pour le produire, on s'était servi de nitrate de baryte.
Une précipitation, pour être complète, exige une quantité sufGsanle de réactif; en général même on a soin de l'ajouter en excès. Il y a des cas cependant où la présence d'un excédant trop considérable de réactif peut avoir des inconvénients, à cause de rentrainement dont il a été question ci-dessus. Il faut alors ne mélanger que peu à peu le réactif avec la liqueur à précipiter, et cesser d'en verser aussitôt que les dernières gouttes ajoutées ne produisent plus d'effet. Dans ce but, après chaque addition de réactif, on attend que le précipité se soit rassemblé et que la liqueur soit redevenue limpide, au moins à la surface. Si le précipité ne se sépare que lentement, il n'est pas toujours nécessaire d'attendre que le liquide soit parfaitement clair, car lors même qu'il est opalescent, on peut ordinairement juger de l'effet produit par une nouvelle addition du précipitant. Ce n'est que lorsqu'on approche de la limite où la précipitation va être complète, que le liquide doit être tout à fait clair. On essaye alors si une goutte de réactif, que l'on fait couler l<î long de la paroi du vase, détermine encore un trouble au
moment où elle arrive au contact de la liqueur.' On peut aussi plonger un agitateur dans le réactif et le porter à la surface du liquide; la petite quantité de réactif ainsi enlevée indiquera, en descendant à travers le liquide clair, si une nouvelle additon est nécessaire. Au reste, ces précautions, qu'il est toujours facile de prendre, ne sont cependant indispensables que dans des cas fort rares, parce qu*en analyse quantitative on rejette autant que possible les réactifs dont un excès, même considérable, ne peut être ajouté sans inconvénient.
La liqueur à précipiter doit avoir une concentration moyenne, d'ailleurs variable suivant la nature du corps qu'il s'agit de doser. Quand elle est trop étendue, le précipité se rassemble difTicilement, et on en perd une quantité sensible s'il n'est pas tout à fait insoluble; d'un autre côté, la séparation d'une grande quantité de liquide est embarrassante et exige beaucoup de temps. Une liqueur concentrée outre mesure donnerait lieu à d'autres inconvénients : on obtiendrait une masse épaisse, pâteuse, dans laquelle la partie liquide serait en quantité trop faible pour qu'il fut possible de la séparer par les moyens ordinaires. D'ailleurs, en raison de la consistance du mélange, on n'aurait pas la certitude que le réactif ajouté fût uniformément répandu dans toute la masse.
Les précipitations s'effectuent ordinairement dans des vases cyliAdriques connus sous le nom de vases à précipités. Mais on peut également faire usage de verres à pied, ou de fioles, de ballons et même de capsules, quand la substance doit être précipitée à chaud, ou que le précipité formé doit être laissé en digestion à une chaleur modérée avec la liqueur dans laquelle il se trouve. Les panses de
cornues, dont il a été question précédemment (56), sont des vases fort commodes et d'une forme avantageuse pour toutes les précipitations qui nécessitent le concours de la chaleur, car on peut les chauffer au bain de sable et même à feu nu. Ces panses doivent être coupées au niveau du col, afin qu'elles se rétrécissent légèrement vers le haut; de cette manière les précipités se rassemblent complètement au fond du vase, car, en descendant à travers le H-* quide, ils ne rencontrent aucun obstacle de la part des parois du verre, dont ils tendent même plutôt à s'éloigner. Comme les évaporations se font très-rapidement dans ces mes, on doit s'en servir toutes les fois qu'il est nécessaire déconcentrer la liqueur avant de la séparer du précipité, n faut en avoir de plusieurs grandeurs; on y pratique un bec à la lampe d'émailleur (56), ce qui rend la décantation du liquide très-facile.
Dans toute précipitation on doit avoir soin do bien mé* langer le réactif avec la solution sur laquelle il doit agir. On y parvient en agitant le mélange avec une baguette de verre après chaque addition de réactif. Il faut ensuite laver Tagitateur et réunir l'eau de lavage à la solution^ afm de ne rien perdre : ce lavage s'effectue au moyen d'une pipetle ou de la fiole à jet, qui sera décrite plus bas (65). Si Ton doit agiter à plusieurs reprises, il faut dans les intervalles placer la baguette debout, l'extrémité mouillée dans un petit verre, puis laver lé verre et la baguette comme il vient d'être dit. Quand on précipite dans une fiole ou dans un matras, il suffit, pour mélanger le réactif avec la liqueur, d'imprimer au vase un léger mouvement de rotation.
6â. TrwAUmemi à^ précipités. — Le traitement auquel
108 KNSTUUMEMS, APPAKEiLS ET OrÉUATlONS.
on soumet les précipités dans le but d'en déterminer le poids, comprend plusieurs opérations qui se succèdent presque toujoui*s dans le même ordre. Ainsi, on commence par isoler lo précipité d^avec le liquide dans lequel il s*est formé, on le lave ensuite pour le débarrasser des matières solubles qu'il a entraînées; enAn, après l'avoir desséché ou calciné, on le pèse. Ces opérations, quoique très-simples, réclament cependant des soins minutieux sans lesquels les résultats obtenus seraient entachés d'eiTeur.
Avant de recueillir un précipité, il faut toujoui*s attendre qu'il se soit bien rassemblé et que le liquide dans lequel il se trouve soit redevenu tout à fait limpide; ce n'est qu'alurs qu'où doit procéder à la décantation ou à la filtration. Au reste, le temps qu'exige une précipitation pour être complète, varie beaucoup avec la nature des substances; les unes se séparent presque immédiatement et se rassemblent très-vite, tandis que d'autres ne se précipitent que peu â peu et restent longtemps en suspension dans le liquide. Aussi faut-il modifier le traitement et prendre des précautions particulières dans les divers cas qui se présentent; sous ce rapport, on tire souvent des indications fort utiles de la forme qu'affectent les précipités au moment où ils prennent naissance.
Les précipités pulvérulenls, tels que les carbonates de barjte, de strontiane, de chaux, de plomb, etc., se rassemblent en général promptement et abandonnent facilement, par le lavage, les substances solubles qu'ils ont entraînées. Toutefois, quand la substance est absolument insoluble, comme le sulfate de baryte, elle peut rester fort longtemps en suspension dans le liquide. Dans ce (.as, il arrive même assez souvent que le précipité ne se dépose pas, et qu^il
passe à travers le papier quand on essaye de filtrer la liqueur. C'est ce qui a principalement lieu quand on précipite le sulfate de baryte d'une solution neutre et à un certain degré de concentration ; mais cela n'arrive jamais quand la liqueur est très-étendue, ou acide, ou qu'elle est trèsconcentrée. Le chlorhydrate d'ammoniaque tend à s'opposer à cet effet, tandis que la présence des sels de soude contribue beaucoup à le faire naître. Une fois que le sulfate de baryte est dans cet état, on ne peut y remédier, ni en y ajoutant un acide, ni en évaporant la solution jusqu'à siccité et reprenant le résidu par l'eau. L'acide détermine bien la séparation du précipité, mais, dès qu'on se met à le laver, il passe de nouveau à travers le filtre (Berzelius). Il faut donc se tenir en garde contre ce grave incojivénient, qu'il est d'ailleurs facile de prévenir, en ne précipitant le sulfate de baryte que d'une liqueur chaude préalablement acidifiée par l'acide chlorhydrique.
Les précipités caséeuXj comme le chlorure d'argent, ne se rassemblent qu'avec une extrême lenteur quand ils sont abandonnés à eux-mêmes; la liqueur reste trouble, et, si l'on cherche à la filtrer dans] cet état, elle passe laiteuse à travers le papier. Dans ce cas, on détermine facilement la séparation du précipité en agitant le liquide trouble avec une baguette de verre, ou mieux, en le secouant avec force dans un flacon bouché à l'émeri. Par là, les particules s'agglutinent, se réunissent en flocons qui ne tardent pas à se déposer au fond du vase en laissant le liquide tout à fait clair. La présence de l'acide nitrique libre et une chaleur modérée favorisent encore singuUèrement la précipitation du chlorure d'argent. Il convient donc de chaufl'er la liqueur et de l'aiguiser par un peu d'acide nitrique, si
d^aulres circonstances ne s'y opposent. On fera bien également de commencer par laver le précipité avec de l'eau additionnée de quelques gouttes d'acide nitrique; sans cette précaution il arrive quelquefois que, lorsque la solution est entièrement enlevée parle lavage, l'eau pure devient laiteuse et passe dans cet état à travers le filtre.
Les précipités cristallins (phosphate ammoniaco-magnésien, fluosilicate de baryte) présentent la particularité de ne pas se former immédiatement, du moins en totalité, par le mélange des liqueurs qui doivent les produire. Quand ces Hqueurs sont étendues, il peut même arriver qu'aucun trouble ne se manifeste, et que le précipité n'apparaisse qu'après qu'on les a agitées pendant quelque temps avec une baguette de verre. Mais, dans ce cas, l'agitation ne suffit pas pour rendre la précipitation complète; la seule manière d'y parvenir, c'est d'abandonner, pendant longtemps (de douze à vingt-quatre heures), le mélange au repos. Ces précipités, une fois formés, se rassemblent d'ailleurs très-bien, et se laissent recueillir et laver sans difficulté. Seulement, comme ils ne sont pas tout à fait insolubles, on doit effectuer le lavage avec aussi peu d'eau que possible.
Enfin, les précipités gélatineux ou floconneux y tels que l'alumine et l'hydrate de sesquioxyde de fer, se forment immédiatement après l'addition du réactif; mais, comme ils sont très-légers, ils peuvent rester longtemps en suspension dans le liquide. Cependant, quand on chauffe légèrement la liqueur dans laquelle ils ont pris naissance, ils ne tardent pas à prendre une densité assez grande pour se rassembler complètement au fond du vase. Ces précipités, qui sont très-volumineux tant qu'ils sont hydratés, se contractent considérablement par la dessiccation. Leur consis-
PRÉCIPITATION ET TRAITEMENT DES PRÉCIPITÉS, ill
lance gélatineuse rend le lavage très-long et difficile; souvent même on ne parvient pas à enlever complètement les matières solubles, qu'ils entraînent et retiennent avec beaucoup de force. (61 ).
En résumé, le meilleur moyen de hâter une précipitation consiste à bien agiter le mélange et à l'abandonner ensuite au repos; on peut la considérer comme complète quand, après une digestion prolongée, le liquide est tout à fait clair et le précipité rassemblé au fond du vase. Il faut alors recueillir et laver le précipité ; suivant les cas, on a recours à la décantation ou à la filtration pour le séparer du liquide dans lequel il se trouve.
63. DécaDtatloD. — Ce moyen de séparer et de laver les précipités est assez rarement employé en analyse quantitative. On ne peut y avoir recours que pour les précipités lourds dont aucune parcelle ne reste en suspension dans le liquide, qui doit être d'une limpidité parfaite. Dans ce cas, la décantation ne présente pas de difficulté : il suffit de l'effectuer avec les précautions indiquées précédemment pour le transvasement des liquides (47). Il faut seulement avoir soin de n'imprimer aucune secousse au vase, afin de ne pas agiter le précipité. Si le vase est trop plein pour qu'on puisse commodément décanter le liquide, on fait le transvasement, en partie du moins, avec une pipette. On lave ensuite la pipette avec un peu d'eau distillée et on réunit l'eau de lavage à la solution principale.
Quant on a enlevé de cette manière autant de liquide que possible, on verse sur le précipité une assez grande quantité d'eau, froide ou chaude, suivant les cas, on remue le tout avec une baguette de verre, puis on laisse déposer.
lia INSTRUMENTS, APPAREILS ET OPÉRATIONS.
Aussitôt que le liquide est tout à fait clair, on le décante comme il vient d'être dit, ensuite on verse de nouveau de Teau sur le précipité, et on recommence cette opération jusqu'à ce qu'une goutte du liquide, étant évaporée sur une lame de platine, n'y laisse plus de résidu sensible. On réunit alors le précipité dans une petite capsule tarée, en ayant soin d'enlever avec une pipette ou avec la fiole à jet (69) les dernières traces de substance qui restent adhérentes au verre; on le dessèche ensuite complètement, d'abord aubain-marie et finalement à l'étuve, et, après l'avoir calciné, si cela est nécessaire, on le pèse (59 et 60).
Le lavage par décantation permet d'évaluer le degré de pureté auquel on aamené un précipité. Supposons, en effet, qu'après la décantation on verse sur le précipité neuf fois son volume d'eau; si l'on décante alors un volume de liquide égal à celui de l'eau ajoutée, il est évident qu'on enlèvera les Vio ^cs impuretés. Un second on un troisième lavage, faits dans les mêmes conditions, ne laisseraient plus dans le précipité que la centième ou la millième partie des matières entraînées. Toutefois, il ne faudrait pas exagérer cet avantage, car les observations qui précèdent ne sont vraies que s'il s'agit de substances dissoutes ou entraînées mécaniquement, ou seulement en vertu de la force que M. Chevreul a désignée sous le nom d'affinité capillaire.
Le principal inconvénient de ce mode de lavage, c'est qu'il exige une quantité considérable de liquide; aussi ne convient-il de l'employer que lorsque le précipité est entièrement insoluble et que la solution ne contient pas d'autres substances à doser. Il faut également le rejeter si l'on a affaire à un précipité qui ne se dépose que lentement, parce qu'alors l'opération nécessiterait trop de temps.
On isole et on lave par décantation le mercure métallique ainsi que le chlorure d'argent, et en général les précipités qui pourraient être altérés par l'incinération du filtre.
64. FiUratioD. — Dans presque tous les cas, c'est à la filtration qu'on a recours pour isoler et laver les précipités. Cette opération, purement mécanique^ est un véritable tamisage qui permet de séparer la substance précipitée, en ne laissant passer que le liquide dans lequel elle est insoluble. Elle se présente plus fréquemment que beaucoup d'autre dans le cours d'une analyse, et, quoique fort simple, elle exige des soins et de l'habitude, quand elle est faite en vue d'une détermination quantitative.
La seule substance dont on se sert pour filtrer, dans les travaux analytiques, est le papier non collé (papier Joseph). On doit apporter de l'attention dans le choix de ce papier, dont la nature n'est nullement indifférente. La première condition à exiger, c'est qu'il se laisse traverser rapidement par les liqueurs, sans qu'elles passent troubles ou imparfaitement limpides. Un papier qui filtre lentement doit toujours être rejeté, à cause de la grande perte de temps qu'il occasionne. Le papier suédois, fabriqué d'après les indications de Bcrzelius, est le meilleur de tous; il est très-mince et ressemble à du papier vélin non collé. Les acides et l'eau n'extraient rien de ce papier, et, lorsqu'on le brûle, il ne laisse qu'une cendre siliceuse qui ne s'élève pas à plus de 0,006 de son poids (1). On peut cependant faire usage des bons papiers ordinaires ; mais, comme ils cèdent aux acides des quantités appréciables de chaux, de fer et de magnésie,
(1) On trouve actueUement dans le commerce, à un prix très-modéré, un excellent papier à filtre, tout à fait semblable à celui qui vient de Suède. Il est très-pur, et ne laisse parTincinéralion que 0,007 à 0,008 de cendres.
iU [NSTRUMENTS, APPAREILS ET OPÉRATIONS.
il est nécessaire de les purifier quand ils doivent servir pour des analyses délicates. Dans ce but, on met quinze ou vingt feuilles de papier dans une cuvette à fond plat, semblable à celles que Ton emploie en photographie, et on les fait macérer pendant un quart d'heure dans de l'acide chlorhydrique étendu de deux ou trois fois son volume d'eau. On décante ensuite l'acide et on le remplace par de l'eau distillée, qu'on renouvelle plusieurs fois, jusqu'à ce qu'elle n'aït plus de réaction acide, puis on fait sécher le papier et on le conserve pour l'usage.
65. En analyse quantitative, presque toutes les filtrations doivent être suivies de la pesée des précipités. Comme la substance recueillie sur le filtre y adhère avec assez de force pour qu'il ne soit pas possible de l'enlever complètement, il faut avoir recoursà d'autres moyens pour déterminer exactement le poids d'un précipité.
Le procédé le plus usité consiste à enlever, après dessiccation, le précipité de dessus le filtre, à le calciner à part dans un creuset de platine taré, et à briller ensuite le filtre jusqu'à disparition de toute trace de charbon (voy. plus bas). Après le refroidissement, on pèse le tout et on défalque le poids des cendres laissées par le filtre. Il est donc nécessaire de connaître la quantité de cendres que laisse le papier dont on se sert; on la détermine directement, une fois pour toutes, en incinérantun certain poids de ce papier pris dans plusieurs feuilles. Les bons papiers à filtre ne contiennent que G à 8 millièmes de substances minérales fixes, en sorte que pour les petits filtres, que l'on emploie le plus fréquemment, et qui pèsent 5 à 6 décigrammes, la quantité de cendres ne s'élève pas à plus de 4 à 5 milligrammes en-
viron. Ce procédé pour déterminer le poids des précipités en incinérant les filtres, conduit à des résultats très-exacts quand on opère avec soin; il est préférable à tout autre dans le cas, très-fréquçnt, où la substance n'éprouve pas d'altération à la chaleur rouge.
Lorsque la calcination altère ou volatilise les précipités (tel que le chloroplalinate de potasse, le cyanure de mercure, les sulfures d'arsenic, de mercure, de plomb, etc.), la mé thode précédente n'est pas applicable. Il faut alors laisser le précipité dans son filtre, peser le tout après dessiccation complète à 100 degrés, puis défalquer le poids du filtredont on fait la tare exacte. Comme le papier est très-hygroscopique, il est nécessaire de dessécher le filtre avant d'en faire la tare, et d'empêcher qu'il n'absorbe de l'humidité pendant les pesées. Dans ce but, on met le filtre dans un creuset de platine taré avec son couvercle, et on l'expose assez longtemps à la chaleur du bain-marie. On couvre ensuite le creuset, on le laisse refroidir sous une cloche de verre en présence d'acide sulfurique concentré (36), puis on le pèse aussi rapidement que possible. Les mêmes soins doivent être pris pour dessécher et peser le filtre chargé du précipité. Il est également indispensable, dans ce cas, que le papier ne contienne pas de substances susceptibles d'être dissoutes pendant la filtration; on feradoncbiende se servir d'un papier préalablement traité par l'acide chlorhydrique (64).
Pour éviter toutes ces précautions assez minutieuses, on recueille quelquefois les précipités sur un double filtre, c'està-dire sur deux filtres mis l'un dans l'autre, faits avec le même papier et ayant le même poids. De cette manière, les deux filtres étant placés dans des conditions identiques pendant toute l'opération, le filtre extérieur reste la tare
du filtre intérieur qui porte le précipité. Après la dessiccation aubain-marie, il suHit donc de peser comparativement le filtre extérieur seul, et le filtre intérieur avec son contenu : la différence représente le poids du précipité.
La présence du filtre laissant toujours quelque incertitude dans les pesées, on doit Tincinérer toutes les fois que la nature de la substance recueillie ne s*y oppose pas.