Flltrcflf entonnoirs et supporte. — a. On emploie
deux sortes de filtres dans les laboratoires, les filtres à plis et les filtres unis (voy. Anal. qtiaL, 50, p. 62 et suiv.). Les premiers, filtrant très-vite, sont d'un excellent usage quand il ne s'agit que de purifier et d'éclaircir un liquide ; mais ils ne conviennent nullement en analyse, où Ton a surtout en vue le traitement des précipités. Il y aurait en effet inconvénient à étendre sur la surface irrégulière et très-grande d'un filtre plissé, un précipité destiné à être recueilli pour une pesée. Dans un filtre uni il est réparti sur une surface de moitié moins d'étendue, et l'uniformité d'épaisseur qu'il présente dans toutes ses parties rend le lavage plus facile. D'un autre côté, le filtre étant ouvert, le précipité se trouve étendu en une couche égale, sans être divisé en plusieurs parties comme dans un filtre à plis. Pour les déterminations quantitatives, on doit donc se servir exclusivement de filtres unis; on les obtient facilement en pliant deux fois un morceau de papier, coupé en cercle, dans la direction de deux diamètres perpendiculaires. En séparant alors un des quarts de cercle des trois autres, on obtient, une cavité en forme de cône régulier, qui s'applique exactement dans les entonnoirs dont les parois sont inclinées sous un angle de 60 degrés. Il est d'ailleurs facile d'ajuster
CCS filtres dans les entonnoirs dont l'angle est de moins de 60 degrés, il suffit de les réduire à la grandeur convenable par un pli partant du centre, de manière à donner au fdtre fermé un angle égal à une fois et demie celui de l'entonnoir. Il convient d'avoir une provision de filtres de diverses grandeurs, qu'on taille d'avance sur des patrons ronds tracés au compas, et que l'on conserve dans un tiroir ayant pour chaque grandeur un compartiment particulier.
b. Les entonnoirs destinés à recevoir les filtres sont toujours de verre ; leurs parois doivent être droites, et ne pas présenter de parties bombées qui font souvent déchirer les filtres. Il est bon d'en avoir un assez grand assortiment de toutes les grandeurs. La forme la plus avantageuse des entonnoirs <fui doivent servir dans les travaux analytiques est celle d'un cône dont Fangle au sommet est compris entre 50 et 60 degrés. Les filtres s'y ajustent facilement; ils tiennent beaucoup de liquide et le laissent écouler avec rapidité.
c. Les entonnoirs doivent être supportés et maintenus parfaitement immobiles pendant les filtrations. La disposition fort simple représentée dans la fi-, gurc 38, où l'entonnoir est logé dans le col d'une fiole à fond plat, satisfait très- bien à ^'S- ^^•
cette condition. Elle a l'avantage d'empêcher l'évaporalion
de la liqueur filtrée et de la mettre à Tabri de la poussière. Il faut avoir soin de placer entre Fentonnoir et IFouverture de la fiole une bande de papier pliée en plusieurs doubles, afin d'éviter un contact trop parfait qui mettrait obstacle à la filtration. Quand le liquide filtré doit être recueilli dans
une capsule ou dans un vase à précipités, on se sert du support ,^ représenté dans la figure 30. Le bras mobiles, qui porte Tentonnoir, peut éiro levé ou baissé, au moyen d*une vis, autan que l'exige la hauteur du vase que Ton place au-dessous. Le second bras b est destiné à supporter un flacon à lavage continu, ou, au besoin, un autre entonnoir. Afin que i'enlonnoir ne puisse vaciller, il faut que le trou dans lequel il passe ne soit pas cylindrique, mais légèrement creusé en cône de haut en bas. Ces supports sont fort commodes; il convient d'en avoir plusieurs de difTérentes dimensions.
Fiç. 39.
'67. Bègle* ralaUvM anx flitniaoMi. — Voici Ics précautions à prendre dans les filtrations faites en vue de déterminations quantitatives.
a. Dans toute filtration, la grandeur (lu filtre doit être proportionnée au volume du précipité qu'il doit contenir. On s'exposerait, en effet, à des pertes en disséminant une
petite quantité de malière sur une grande surface; d*un autre côté, si le filtre était trop rempli, le lavage deviendrait difûcile. Il convient donc de prendre un filtre d'une dimension telle que le précipité égoutté ne le remplisse pas à plus de moitié.
Après avoir choisi le filtre convenable, il faut en déterminer le poids, soit pour le peser ensuite avec le précipité sec, soit pour le brûler, et déduire alors le poids de ses cendres (65). Il est bon d'inscrire avec un crayon ce poids sur le filtre même ; on évite ainsi toute confusion quand on a plusieurs filtrations à faire en même temps.
b. Il importe beaucoup de plier le filtre de façon à en former un cône régulier qui s'applique exactement contre les parois de l'entonnoir destiné à le recevoir (66). Il faut aussi que le filtre soit toujours un peu plus petit que l'entonnoir, afin qu'aucune partie ne fasse saillie au dehors, mais que son bord soit, au contraire, de 3 à 4 millimètres au-dessous de celui de l'entonnoir. Si le bord du filtre dépassait le verre, la solution, qui s'y concentrerait par l'évaporation, ne pourrait ensuite être enlevée par le lavage. C'est pour prévenir d'une manière complète ce grave inconvénient qu'on donne au filtre une forme qui correspond exactement à celle de l'entonnoir, et qu'on a soin de bien appliquer ses bords contre le verre.
r. Le filtre étant placé dans l'entonnoir, on doit toujours l'humecter uniformément avec un peu d'eau distillée, avant d'y verser le liquide à filtrer. Le filtre, ainsi humecté, s'applique mieux contre le verre et peut être plus facilement ajusté dans l'entonnoir. D'un autre côté, si Ton versait directement sur le filtre sec un liquide tenant en suspension des matières solides, celles-ci seraient absorbées parle
pores du papier, ce qui ralentirait sensiblement la fiUralion.
d. Le liquide à séparer du précipité doit toujours être versé de manière que le jet, dirijjé au moyen d'une baguette de verre contre laquelle on le fait glisser (47), frappe, non pas le fond, mais la paroi latérale du filtre. Si Ton négligeait cette précaution, on s'exposerait à perdre une analyse déjà avancée; car, lorsque le jet de liquide tombe directement au fond du filtre, il arrive souvent qu'une goutte soit projetée au dehors et entraine avec elle une petite quantité de précipité. Cet effet a lieu tant que le fond du filtre est encore pointu ; il ne se produit plus quand le précipité s'y trouve en quantité suffisante pour former une couche arrondie (Berzeufs). Lorsque les vases sont trop pleins et que la décantation directe présente des difficultés, il faut commencer par transporter sur le filtre, au moyen d'une pipette, une quantité suffisante de liquide. On passe ensuite dans la pipette un peu d'eau distillée, qu'on peut immédiatement mettre sur le filtre ou réserver pour commencer le lavage.
Pour retirer du vase la portion du précipité qui reste après la décantation du liquide, on y passe à plusieurs reprises de l'eau distillée; puis on l'incline au-dessus de l'entonnoir, et, à l'aide de la fiole à jet, on dirige l'eau de manière à entraîner et à amener sur le filtre toutes les parcelles attachées aux parois du vase. Cependant on n'arrive pas toujours à enlever, par le lavage, les dernières traces du précipité qui adhèrent au verre et deviennent surtout visibles quand on a laissé sécher le vase. Pour les détacher et les mettre sur le filtre, Berzelius recommande de les frotter avec une plume dont on n'a laiss(5 subsister la barbe qu'à l'extrémité. Les plumes de cygne
conviennent mieux que toutes les autres, à cause de l'épaisseur de leurs barbes et de la force .de leur tige. On peut également se servir dans ce but d'un petit pinceau. Quand une précipitation a été faite dans un ballon ou dans une fiole, la seule manière d'enlever les dernières traces de substances consiste à les dissoudre dans un réactif approprié, et à les précipiter de nouveau après avoir décanté le liquide dans un verre. Il faut donc éviter de se servir de ces vases pour y précipiter des substances, telles que le sulfate de baryte, qui n'ont pas de dissolvant.
e. Pendant les filtrations, il faut toujours avoir soin de faire appuyer le bec de l'entonnoir contre les parois du vase placé au-dessous, afin que le liquide filtré coule le long du verre et ne tombe pas par gouttes. Sans cela, il arrive fréquemment que les grosses gouttes qui s'échappent de l'entonnoir projettent des gouttes plus petites, qui peuvent s'élever assez pour être lancées au dehors, même quand l'orifice de l'entonnoir est très-enfoncé dans lo vase.
f. Toutes les fois qu'une filtration dure longtemps, il faut couvrir l'entonnoir et le vase qui reçoit le liquide filtré, avec des disques de verre, pour s'opposer à l'introduction de la poussière. Ces disques doivent porter sur leur bord une échancrure qui donne passage au col de l'entonnoir. Quand on a affaire à des solutions alcooliques, ou à d'autres liquides volatils dont on veut prévenir l'évaporation, le mieux est de les recueillir dans des fioles à fond plat sur lesquelles on pose directement l'entonnoir (66, c; fig. 38).