MUSCLES DU TRONC
Nous étudierons sous ce titre les muscles antérieurs du tronc (pectoraux ç^t abdominaux), les muscles du dos et delà face postérieure du cou (trapèze qx grand dorsal). — ■ Quant au muscle qui recouvre la paroi latérale du tronc (grand dentelé), son étude ne pourra être faite qu'après celle des muscles de l'épaule et du creux de l'aisselle.
Muscle grand pectoral. — Le muscle grand pectoral
QUINZIEME LEÇON. • ipj
forme une large masse charnue (i, fig. 49) qui occupe la face antérieure du thorax, de chaque côté de la ligne médiane du sternum, et sMtend en dehors jusqu^à la partie su-
Vue générale des muscles superficiels. (Écorché du Gladiateur d'Agassiaz. Comparez avec la fig. 2, p. 26.)
périeure du bras. Ce muscle s^attache, d'une part , à la moitié interne du bord antérieur de la clavicule (2, fig. 49), à toute rétendue de la face antérieure du sternum (3,
fig. 49) et à l'aponévrose du muscle grand droit de Pabdomen (voy. ci-après). Il présente, de plus, des faisceaux profonds prenant insertion sur les cartilages des sept premières côtes (9, 9, 9,fig. 49). De ces insertions thoraciques, les fibres musculaires se dirigent vers le bras, les supérieures obliquement de haut en bas et de dedans en dehors, les moyennes transversalement en dehors, les inférieures obliquement de bas en haut; il en résulte que vers la partie externe du muscle ces divers faisceaux se superposent et se croisent, les supérieurs se plaçant en avant des inférieurs, pour former une.masse charnue moins large, mais plus épaisse (en 7, fig. 49), qui correspond à la paroi antérieure du creux de Faisselle, et à laquelle succède un court tendon aponévrotique allant s'attacher à la lèvre externe de la coulisse bicipitale de rhumérus (voy. ci-dessus, p. 64, et fig. 12).
Le grand pectoral représente, lorsque le bras est pendant le long du tronc, une surface polygonale, à laquelle on peut distinguer quatre côtés ou bords, Pun supéro-externe ou deltoïdieii (en contact avec le bord antérieur du deltoïde, 12, fig. 49); Pautre, supérieur ou claviculaire ; le troisième, interne ou sterno-abdominal de forme courbe à convexité interne ; le quatrième enfin, inféro-externe ou axillaire (formant le bord inférieur de la paroi antérieure du creux de Paisselle). Mais lorsque le bras est horizontalement placé, et surtout lorsqu'il s^élève au-dessus de l'horizontale (voy. ci-après, fig. 5o), le bord claviculaire et le bord deltoïdien se trouvent placés sur la même ligne ; ils se continuent l'un avec Pautre, de sorte que la figure du muscle représente alors un triangle à base interne (bord sterno-abdominal).
QUINZIEME :.EÇOX. 195
Le grand pectoral a essentiellement pour action de rapprocher le bras du tronc: son modelé devient saillant lorsqu'on porte les deux bras en avant en les rappro-
FiG. 49.
Muscles de la face antérieure du thorax (à droite, les muscles superficiels; à gauche, les muscles profonds). — i, muscle grand pectoral; — 2, son faisceau claviculaire ;
— 3, son faisceau sterno-costal ; — 4, 5, 6, ses insertions à l'aponévrose de l'abdomen ; — 7, sa partie externe formée par la superposition des faisceaux précédents (voyez en 8); — 9, ses faisceaiïx profonds venant des cartilages des côtes; — 10, muscle petit pectoral ; — 11, muscle sous-clavier ; — 12, muscle deltoïde; — 14, digitations du muscle grand dentelé; — 15, digitation du muscle grand oblique de l'abdomen; — lô, bord antérieur du grand dorsal, et 17, tendon du même; — 18, muscle grand rond;
— 19, muscle sous-scapulaire ; — 20. longue portion du triceps brachial ; — 21, extrémité humérale au deltoïde: — 22, 22, sterno-mastoîdiens; — 23, stemo-hyoîdiens ;
— 24, muscle trapèze.
chant Tun de Tautre. comme dans l'attitude de la prière. 1 1 devient égalementtrès accentué dans l'action de grimper, car alors ce muscle prend son point îixe sur l'humérus
vers lequel il attire le tronc. En agissant d^ne manière analogue sur le thorax, avec Thumérus comme point fixe, ce muscle peut élever les côtes, par suite dilater le thorax (respiration). G^est ainsi qu'onle voit entrer en contraction lorsque le sujet fait entrer en action toutes les puissances musculaires inspiratoires (lutte, angoisse, agonie).
Dans sa partie moyenne, le grand pectoral est doublé par un muscle sous-jacent, le petit pectoral (lo, fig. 49) qui, partant des troisième, quatrième et cinquième côtes, se dirige en haut et en dehors pour s^attacher au bord interne de l'apophyse coracoïde de Tomoplate. Ce muscle sert à mouvoir Fomoplate, qu'il fait basculer en tirant en bas et en avant sa partie supérieure.
Muscle grand oblique de V abdomen. — Le muscle grand oblique de Fabdomen (fig. 49et5o) forme une vaste nappe moitiécharnue, moitié aponévrotique qui recouvre les faces latérale et antérieure de l'abdomen. La portion charnue, qui forme la moitié externe du muscle, se détache de la face externe des sept dernières côtes, auxquelles elle s'insère par autant de languettes triangulaires ou digitations entrecroisées avec celles des muscles grand dorsal et grand dentelé (voy. 1 5 , fig. 49 et fig. 5 3) . De ces insertions costales les fibres se portent en bas, les plus postérieures verticalement pour aller s'attacher à la crête iliaque (fig. 53), les autres obliquement en bas et en avant pour donner bientôt naissance à un large tendon membraniforme (9, fig. 56] .,àii aponévrose du muscle grand oblique. Les fibres de cette aponévrose, continuant la direction primitive des fibres musculaires, passent en avant du muscle grand droit de l'abdomen ( 12 et i5,fig. 5o) et arrivent jusqu'à la ligne médiane, où, s'entrecroisant avec
les fibres aponévrotiques homologues.de Fautre côté, elles forment un long raphé médian, dit ligne blanche de l'abdomen, allant de Tappendice xiphoïde à la symphyse pubienne (lo, fig. 5o).
Le fait important à préciser au point de vue des formes est la direction de la ligne selon laquelle les fibres aponévrotiques succèdent aux fibres charnues du grand oblique (fig. 5o) ; cette ligne est verticalement descendante à partir de l'angle inférieur du grand pectoral ; mais à sa partie inférieure elle s'incline brusquement en dehors (4, fig. 5o) pour aller rejoindre Fépine iliaque antérieure et supérieure, en décrivant une courbe à convexité inféro-interne. C'est selon cette ligne que se dessine le relief du bord antérieur ou interne du muscle ; or comme, d'autre part, le muscle grand droit forme, par son bord externe, en soulevant l'aponévrose du grand oblique, un relief semblable, c'està-dire selon une ligne d'abord verticale, puis inférieurement inclinée en dedans (i5, fig. 5o), il en résulte que cette région de la face antérieure de l'abdomen est parcourue par une étroite gouttière verticale, laquelle s'élargit en bas en un large méplat triangulaire. Ce méplat triangulaire, limité en haut et en dehors par le grand oblique, en dedans par le grand droit, a pour limite inférieure le pli de l'aine, c'est-à-dire la ligne selon laquelle l'aponévrose du grand oblique s'attache à l'arcade crurale (voy. p. 108). Chez l'homme, cette partie de l'aponévrose du grand oblique est perforée, exactement au-dessus du tiers interne de l'arcade crurale (i3, fig. 5o), pour donner passage au cordon spermatique, détail anatomique qui se révèle sur tous les écorchés.
ip8 ■ . PRECIS D'ANATOMIE.
mais qui n^a du reste au point de vue des formes aucune importance, car la peau de la région du pubis voile entièrement le modelé du cordon spermatique et de Torilice (canal inguinal) qui lui est destiné.
Le muscle grand oblique attire les côtes en bas et en avant ; si les deux muscles de ce nom (celui du côté droit et celui du côté gauche) se contractent à la fois, il en résulte la flexion du tronc en avant ; mais lorsquMn seul muscle, par exemple celui du côté droit, se contracte, il imprime au tronc un mouvement de rotation vers le côté opposé, cVst-à-dire à gauche. D^une manière générale, toutes les fois qu^il y a effort, les muscles obliques de Tabdomen se contractent et leur relief, surtout C€lui de leurs digitatiions costales et de leurs bords antérieurs, devient très nettement accusé.
Le muscle grand oblique est doublé par deux couches musculaires, placées au-dessous de lui et qui sont, en allant de la superficie à la profondeur, le muscle petit oblique (i 5^ fig. 5 1), et le muscle transverse. — Le muscle petit oblique est formé de fibres qui, partant des vertèbres lombaires et de la crête de Tos iliaque, rayonnent en avant (voy. fig. 5i) pour aller s^attacher, les plus supérieures, aux trois dernières côtes, tandis que lesmoyennes et les inférieures se continuent en avant par une aponévrose ou large tendon lamelliforme. Cette aponévrose se confond bientôt en partie avec celle du muscle grand oblique et avec celle du muscle sous-jacent ou muscle transverse. — Le muscle transverse est formée de fibres horizontalement dirigées, et se terminant en avant par une aponévrose qui passe en arrière du muscle droit antérieur de Vabdomen.
LEVEILLÉ.DEL E.vzF.MCRUEt,.^!:
FiG. 50.
Muscles de la paroi antérieure du tronc. — 1,2, 3, grand pectoral; — 4, 4, grand oblique de l'abdomen; — 5, 5, grand dentelé; — 6, 6, bord antérieur du grand dorsal; — 7, 8, partie inférieure du sternum; — 9, aponévrose du grand oblique; — 10, ligne blanche; — 11, ombilic; — 12, 12, 12, intersections fibreuses du grand droit, de l'abdomen; — 13, anneau inguinal; — 14, muscle pyramidal de l'abdomen; — 15, bord externe du grand droit de l'abdomen; — 16, sterno-hyoïdien; — 17, omoplatohyoidien; — 18, sterno-mastoïdien ; — 19, trapèze; — 20, deltoïde; — 21, biceps brachial ; — 22, pectine; — 23, couturier; — 24, droit antérieur de la cuisse; — 2$, tenseur du fascla lata.
Muscle droit antérieur de V abdomen (i i , 1 1 , fig. 5 1). Ce muscle forme une longue et large bande charnue de chaque côté de la ligne médiane de Pabdomen, c^est-à-dire de chaque côté de la ligne blanche. Etendu de la région du creux épigastrique jusqu^à la région du pubis, ce muscle s^attache en haut, par sa base, c^est-à-dire par sa partie la plus large, aux cartilages des septième, sixième et cinquième côtes; en bas, son sommet, c^est-à-dire sa partie la plus étroite, s^attache par un tendon nacré à Fintervalle qui est entre la symphyse pubienne et Pépine du pubis. Ce muscle présente, au point de vue des formes, plusieurs particularités remarquables: i" il est placé dans une sorte de fourreau ou gaine fibreuse formée en avant par l'aponévrose du muscle grand oblique (i6, fig. 5i), en arrière par celle du transverse, de sorte que sur Pécorché son modelé est à demi voilé par la lame apon^vrotique qui passe au-devant de lui (voy. fig. 5o et la moitié droite de la fig. 5i). — 2" Il n'est pas formé de fibres charnues allant sans interruption des cartilages costaux jusqu'au pubis, mais il présente des interruptions ou intersections aponévrotiques (fig. 5o et 5 1), c'està-dire des lignes transversales au niveau desquelles les fibres charnues sont remplacées par de courtes fibres tendineuses. Ces intersections aponévrotiques sont en général au nombre de trois, la plus inférieure placée au niveau de la cicatrice ombilicale (4, fig. 5o), les deux autres placées plus haut, l'une au niveau de la neuvième côte, l'autre au niveau de la septième côte. Ces intersections adhèrent à la paroi antérieure de la gaine du muscle, et comme à leur niveau le muscle est moins épais, chacune d'elles se traduit sur l'écorché par une gouttière trans-
versale plus ou moins régulière. — S*^ La partie sousombilicale du muscle ne présente pas d'intersection apo-
i IG. 51.
Muscles de l'abdomen (les superficiels sur le côté droit, les profonds sur le côté gauche). — i, grand oblique; — 2, 2, grand dentelé; — 3, 3, aponévrose du grand oblique; — 4, ombilic; — $,6, ligne blanche; — 7, arcade crurale ou ligament de Fallope; — 8, anneau inguinal; — 9, grand pectoral ; — 10, grand dorsal; — 11, 11, muscle grand droit antérieur de l'abdomen; — 13, feuillet antérieur de sa gaine; — 14, muscle pyramidal; — 15, 15, muscle petit oblique de l'abdomen; — 16, partie inférieure de l'aponévrose du grand oblique renversée en bas; — 18, partie supérieure de la cuisse recouverte de son aponévrose d'enveloppq; — 19, coupe du grand oblique de l'abdomen.
névrotique; mais elle va en diminuant rapidement de largeur depuis Pombilic jusqu'au pubis, de sorte que le
bord externe du muscle est oblique de haut en bas et de dehors en dedans. C'est à cette disposition qu'est dû le fait sur lequel nous avons ci-dessus longuement insisté (p. 197), à savoir que la gouttière e'troite limitée par le muscle grand oblique et par le grand droit s'élargit audessous du niveau de l'ombilic en un large méplat triangulaire, ayant pour limite inférieure le pli de l'aine.
Ce muscle a pour action de fléchir le tronc, c'està-dire d'abaisser la cage thoracique en la rapprochant du pubis, mouvement qui s'accomplit par la flexion de la colonne vertébrale.
La partie tout inférieure du muscle droit antérieur de l'abdomen est recouverte par un petit muscle, dit 7nus de pyramidal (14, fig. 5i), dont le modelé ne se révèle pas à travers la peau de la région suspubienne, cette peau étant toujours doublée d'une couche de tissu graisseux. Ce muscle pyramidal, qui ne doit être indiqué ici que pour mémoire, forme de chaque côté de la ligne médiane un petit triangle charnu, dont la base s'attache au pubis et dont le sommet forme un court tendon qui va se continuer avec la ligne blanche, c'est-à-dire avec le raphé fibreux médian résultant de l'entrecroisement des aponévroses des muscles obliques et transverses de l'abdomen.
Sommaire. — Muscles postérieurs du tronc (muscles du dos). — Trapèze; ses insertions; ses parties aponévrotiques; figure en capuchon dessinée par l'ensemble des parties inférieures des deux trapèzes. — Grand dorsal. — Muscles profonds en partie visibles dans les interstices du trapèze et du grand dorsal: i" région latérale du cou (m. splénius et m. grand complexus); 2° région de l'omoplate (m. rhomboïde, sous-épineux^ petit rond et grand rond).
Muscle trapèze. — Ce muscle forme, avec le grand dorsal, deux nappes musculaires très larges qui, recouvrant toute la région du dos et la partie postérieure du cou, s^étendent jusqu^à Fépaule et jusqu^au bras (fig. 52).
Le muscle trapèze s^insère: i*' dMne part, au tiers interne de la ligne courbe supérieure de Foccipital (i3, fig. 52), à une lame fibreuse qui va de la protubérance occipitale à Papophyse épineuse de la septième vertèbre cervicale (ligament cervical postérieur, voy. p. 34), puis à cette apophyse épineuse de la septième vertèbre cervicale, et enfin aux apophyses épineuses des douze vertèbres dorsales. — 2** De ces insertions, qui toutes correspondent à la ligne médiane du dos, les fibres musculaires se portent en dehors vers Pépaule, les moyennes transversalement, les supérieures selon une ligne obliquement descendante (9-, fig. 53), les inférieures selon une ligne obliquement ascendante, et vont ainsi s^attacher,
d^autre part, à la ceinture osseuse de Pépaule, c^est-à-dire au bord supérieur de Pépine de Tomoplate (fig. 52) et au tiers externe du bord postérieur de la clavicule (fig. 5o, en 19).
Au point de vue du modelé extérieur, ce muscle présente ce fait remarquable que sur certaines de ses parties les fibres musculaires sont remplacées par des fibres aponévrotiques, de sorte que dans ces régions le muscle est moins épais et dessine des méplats légèrement déprimés. Ces régions sont au nombre de trois, savoir : — i"» à la partie inférieure du cou. et supérieure du dos (en 10, fig. 52); à ce niveau, les fibres d^origine du muscle sont aponévrotiques et forment, celles d\m côté avec celles du côté opposé, une surface elliptique, à grand diamètre vertical, vers le centre de laquelle les apophyses épineuses des sixième et septième vertèbres cervicales font une saillie très prononcée [vertèbî^e proéminente, voy., p. 3i). — 2° A la partie tout inférieure du dos, au niveau des dernières vertèbres dorsales, les fibres d^origine du trapèze sont également aponévrotiques dans Tétendue d'un petit triangle assez court, mais tel cependant que sur le modèle vivant, lorsque le trapèze est fortement contracté, son sommet inférieur paraît comme échancré ou tronqué, parce qu'à ce niveau il n'y a pas de fibres musculaires et, par suite, pas de gonflement lorsque le muscle entre en action. — 3° Au niveau de la racine de l'épine de l'omoplate (8, fig. 52), les faisceaux les plus infé-rieurs du trapèze forment une petite aponévrose triangulaire qui glisse sur la partie osseuse correspondante ; puis commence la série des insertions du muscle sur le bord postérieur de l'épine scapulaire.
FiG. 52.
Muscles superficiels du dos. — i, aponévrose lombo-sacrée ; — 2, muscle grand dorsal; — 3, son faisceau iliaque; — 4, espace qui le sépare du grand oblique de l'abdomen; — $, partie supérieure du grand dorsal; — 6, 6, muscle grand rond; — 7, partie inférieure du trapèze, avec sa partie aponévrotique (8) au niveau de l'épine de l'omoplate; — 9, partie moyenne du trapèze, avec son aponévrose (10); — 11, 12, 13, partie supérieure du trapèze; — 15, muscle occipital; — 16, sterno-cléido-mastoïdien ; — 17, splénius; — 18, deltoïde, — 19, muscle sous-éplueux ; — 20, muscle petit rond ; — 21, 21, vaste externe, et 22, 22, vaste interne du triceps brachial ; — 23, partie postérieure du grand oblique de l'abdomen; — 24, n, muscle grand fessier.
206 PRECIS D'ANATOMIF.
^ensemble du trapèze se contracte lorsque le sujet porte fortement Tépaule en arrière, et dans ce cas c^est la partie moyenne, celle dont les fibres sont horizontales, qui fait le plus nettement saillie sous la peau ; mais le plus souvent ses divers ordres de fibres se contractent à part; ainsi les supérieures agissent soit en prenant leur point fixe sur Tépaule pour incliner la tête du côté correspondant (en tournant légèrement la face du côté opposé), soit en prenant leur point fixe sur Toccipital et le ligament cervical, pour élever et soutenir Tomoplate, comme dans le cas de porter un fardeau sur Pépaule. Dans ces circonstances, le bord cervical du trapèze, celui qui va de Toccipital à la clavicule (fig. 53), devient fortement saillant et forme un relief parallèle à celui du bord externe du muscle sterno-cléido-mastoïdien (26, fig. 53) ; entre ces deux reliefs est une gouttière sur laquelle nous reviendrons dans un instant pour jeter un coup d'œil sur les muscles profonds de la région. D^autre part, si les fibres inférieures du trapèze se contractent isolément, elles abaissent Tépaule, et c'est ainsi qu'on les voit devenir saillantes toutes les fois que le sujet exerce, avec ses membres supérieurs, une traction de haut en bas, par exemple sur un sonneur de cloche qui tire violemment et de tout son poids sur une corde.
L'ensemble des deux muscles trapèzes (droit et gauche) dessine sur Técorché du dos (voy. fig. 52) une figure triangulaire, à sommet inférieur, qui rappelle le contour d'un capuchon de moine; aussi a-t-on donné parfois au trapèze le nom de muscle ciiciillaire [ciicullus, capuchon); les artistes le nomment familièrement le capuchon ou le fichu du dos.
Muscle grand doj^sal (i, 2, 3, 5, lig. 52). — Il forme une vaste nappe musculaire étendue de la région des lombes à la partie supérieure du bras. En effet, il part, au moyen d'une large aponévrose triangulaire (aponévrose lombo-sacrée; i, fig. 52), des apophyses épineuses des six ou sept dernières vertèbres dorsales, des apophyses épineuses des vertèbres lombaires et sacrées, et du tiers postérieur de la crête de Pos iliaque (3, fig. 52); les fibres musculaires succèdent à cette aponévrose selon une ligne oblique allant de la crête iliaque vers les dernières apophyses épineuses dorsales, et en même temps se joignent au muscle trois ou quatre nouveaux faisceaux charnus qui partent de la face externe des trois ou quatre dernières côtes par des digitations entrecroisées avec les digitations les plus inférieures du muscle grand oblique de Tabdomen (4, 4, fig. 53). De ces insertions les fibres musculaires se dirigent, les inférieures presque verticalement en haut, les supérieures presque horizontalement en dehors et toutes convergent ainsi pour former un gros faisceau charnu (5, fig. 52), -qui recouvre Tangle inférieur de l'omoplate, puis longe son bord axillaire, en se juxtaposant au muscle grand rond (voy. ci-après), pour monter dans la paroi postérieure du creux de Taisselle et atteindre la partie supérieure du corps de l'humérus, auquel il s'insère, par un tendon aplati, sur la lèvre externe ou postérieure de la coulisse bicipitafe (p. 64).
Ce muscle agit comme la partie inférieure du trapèze, mais avec plus d'énergie, puisqu'il abaisse non seulement l'omoplate, mais l'humérus lui-même; c'est la contraction du grand dorsal qui nous permet de rapprocher fortement le bras du tronc en portant le membre supé-
2o8 PRÉCIS D'ANATOMIE.
rieur légèrement en arrière, de manière, si la contraction est poussée très loin, à venir croiser les'deux bras derrière le dos. Mais le relief formé par le bord externe du grand dorsal en contraction (fig. 53) se révèle surtout lorsque ce muscle accomplit une action plus énergique, celle d'une traction violente de haut en bas, comme dans Faction de tirer sur une corde verticale (sonneur de cloche) ou de se suspendre par les bras à une barre transversale. Si dans cette situation, dans Fexercicedu trapèze par exemple, le sujet se soulève et rapproche son tronc de la barre fixe, les muscles grands dorsaux deviennent très saillants, car alors ils prennent leurs points fixes sur les bras et agissent sur le tronc pour le porter en haut et en avant.
Le trapèze et le grand dorsal forment à eux seuls Técorché superficiel du dos (fig. 52) ; parmi les nombreux muscles profonds de la région dorsale, il n'en est pas qui soit complètement visible sur le modelé extérieur, mais il en est plusieurs qui apparaissent en partie dans les interstices que limitent les bords des muscles trapèze, grand dorsal et les muscles superficiels de Fépaule et du cou. Ces interstices sont au nombre de deux: Fun à la partie latérale du cou, Fautre au niveau de la moitié inférieure de Fomoplate.
L'interstjce de la face latérale du cou est limité (fig. 52 et 53) en arrière par le bord supéro-antérieur du trapèze, en avant par le bord postéro-externe du sterno-cléidomastoïdien; cet interstice, qui représente une gouttière longue et très superficielle descendant de la région occi^ pitale à la partie moyenne de la clavicule, présente une partie inférieure voilée (25, fig. 53) par le muscle peau-
cier du cou (et sur laquelle nous reviendrons à propos de la région antérieure du cou), et une partie supérieure dans laquelle on aperçoit une faible partie de deux puissants muscles de la nuque. — ^ i'' Les fibres musculaires qu'on voit (i7,fig. 52) se diriger obliquement de bas en haut et de dedans en dehors vers Papophyse mastoïde appartiennent au muscle splénius, qui part des apophyses épineuses des dernières vertèbres cervicales et des quatre ou cinq premières dorsales et monte obliquement en dehors pour s'attacher en partie aux apophyses transverses de l'atlas et de l'axis (splénius du cou) et en partie (splénius de la tête) à l'apophyse mastoïde de l'os temporal, en passant au-dessous du sterno-cléido-mastoïdien (i6, fig. 52). — 2° Le petit triangle charnu, qui appai::aît au-dessous du splénius, entre ce muscle et la partie toute supérieure du trapèze, appartient à un puissant muscle de la nuque, nommé gi^and complexe à cause de la disposition compliquée de ses faisceaux, muscle dont nous dirons seulement qu'il part de l'occipital pour descendre obliquement en dehors et aller s'attacher, par une série de digitations, aux apophyses transverses des cinq ou six premières vertèbres dorsales.
L'interstice situé au niveau de la partie inférieure de l'omoplate est de forme triangulaire (fig. 52 et 53); lorsque le bras est pendant le long du tronc, des trois côtés qui le circonscrivent alors, le supérieur et interne est formé par le trapèze, le supérieur et externe est formé par le deltoïde, enfin l'inférieur est formé par le bord supérieur du muscle grand dorsal. Le bord spinal de l'omoplate apparaît vers la partie interne de cet interstice triangulaire et le divise en deux parties inégales :