MUSCLES DU TRONC
Nous étudierons sous ce titre les muscles antérieurs du tronc (pectoraux ex abdominaux), les muscles du dos et de la face postérieure du cou (trapèze et grand dorsal ). — Quant au muscle qui recouvre la paroi latérale du tronc (grand dentelé), son étude ne pourra être faite qu’après celle des muscles de l’épaule et du creux de l’aisselle.
Muscle grand pectoral . — Le muscle grand pectoral
QUINZIÈME LEÇON
forme une large masse charnue (i, fig. 497 qui occupe la face antérieure du thorax, de chaque côté de la ligne médiane du sternum, et s’étend en dehors jusqu’à la partie su-
Fig. 48.
Vue générale des muscles superficiels. (Écorché du Giaàiuteur d’Agasias. Comparez avec la fig. 2, p. 26.)
périeure du bras. Ce muscle s’attache, d’une part, àla moitié interne du bord antérieur de la clavicule (2, fig. 49), à toute l’étendue de la face antérieure du sternum (3,
fig. 49) et à l’aponévrose du muscle grand droit de l’abdomen (voy. ci-après). Il présente, de plus, des faisceaux profonds prenant insertion sur les cartilages des sept premières côtes (9,9,9, fig. 49) . De ces insertions thoraciques, les fibres musculaires se dirigent vers le bras, les supérieures obliquement de haut en bas et de dedans en dehors, les moyennes transversalement en dehors, les inférieures obliquement de bas en haut; il en résulte que vers la partie externe du muscle ces divers faisceaux se superposent et se croisent, les supérieurs se plaçant en avant des inférieurs, pour former une masse charnue moins large, mais plus épaisse (en 7, fig. 49), qui correspond à la paroi antérieure du creux de l’aisselle, et à laquelle succède un court tendon aponévrotique allant s’attacher à la lèvre externe de la coulisse bicipitale de l’humérus (voy. ci-dessus, p. 64, et fig. 12).
Le grand pectoral représente, lorsque le bras est pendant le long du tronc, une surface polygonale, à laquelle on peut distinguer quatre côtés ou bords, l’un supéro-externe ou deltoïdien (en contact avec le bord antérieur du deltoïde, 12, fig. 49); l’autre, supérieur ou claviculaire ; le troisième, interne ou sterno-abdominal de forme courbe à convexité interne ; le quatrième enfin, inféro-externe ou axillaire (formant le bord inférieur de la paroi antérieure du creux de l’aisselle). Mais lorsque le bras est horizontalement placé, et surtout lorsqu’il s’élève au-dessus de l’horizontale (voy. ci-après, fig. 5o)r le bord claviculaire et le bord deltoïdien se trouvent placés sur la même ligne ; ils se continuent l’un avec l’autre, de sorte que la figure du muscle représente alors un triangle à base interne (bord sterno-abdominal).
QUINZIEME LEÇON
Le grand pectoral a essentiellement pour action de rapprocher le bras du tronc; son modelé devient saillant lorsqu’on porte les deux bras en avant en les rappro-
Fig. 49.
Muscles de la face antérieure du thorax (à droite, les muscles superficiels; à gauche, les muscles profonds). — 1, muscle grand pectoral; — 2, son faisceau claviculaire;
— 3, son faisceau sterno-costal; — 4, 5, 6, ses insertions à l’aponévrose de l’abdomen; — 7, sa partie externe formée par la superposition des faisceaux précédents (voyez en 8); — 9, ses faisceaux profonds venant des cartilages des côtes; — 10, muscle petit pectoral ; — 11, muscle sous-clavier ; — 12, muscle deltoïde; — 14, digitations du muscle grand dentelé; — 15, digitation du muscle grand oblique de l’abdomen; — 16, bord antérieur du gfand dorsal, et 17, tendon du même ; — 18, muscle grand rond ;
— 19, muscle sous-scapulaire ; — 20, longue portion du triceps brachial ; — 21, extrémité humérale du deltoïde; — 22, 22. sterno-mastoidiens; — 23, sterno-hyoidiens ;
— 24, muscle trapèze.
chant l’un de l’autre, comme dans l’attitude delà prière. Il devient également très accentuédans l’action de grimper, car alors ce muscle prend son point fixe sur l’humérus
vers lequel il attire le tronc. En agissant d’une manière analoguesurle thorax, avec l’humérus comme point fixe, ce muscle peut élever les côtes, par suite dilater le thorax (respiration). C’est ainsi qu’onle voit entrer en contraction lorsque le sujet fait entrer en action toutes les puissances musculaires inspiratoires (lutte, angoisse, agonie).
Dans sa partie moyenne, le grand pectoral est doublé par un muscle sous-jacent, le petit pectoral (10, fig. 49) qui, partant des troisième, quatrième et cinquième côtes, se dirige en haut et en dehors pour s’attacher au bord interne de l’apophyse coracoïde de l’omoplate. Ce muscle sert à mouvoir l’omoplate, qu’il fait basculer en tirant en bas et en avant sa partie supérieure.
Muscle grand oblique de V abdomen. — Le muscle grand oblique de l’abdomen (fig. 49et5o) forme une vaste nappe moitiécharnue, moitié aponévrotique qui recouvre les faces latérale et antérieure de l’abdomen. La portion charnue, qui forme la moitié externe du muscle, se détache de la face externe des sept dernières côtes, auxquelles elle s’insère par autant de languettes triangulaires ou digitations entrecroisées avec celles des muscles grand dorsal et grand dentelé (voy . 1 5 , fig. 49 et fig. 5 3) . De ces insertions costales les fibres se portent en bas, les plus postérieures verticalement pour aller s’attacher à la crête iliaque (fig. 53), les autres obliquement en bas et en avant pour donner bientôt naissance à un large tendon membraniforme (9, fig. 5o) , dit aponévrose du muscle grand oblique. Les fibres de cette aponévrose, continuant la direction primitive des fibres musculaires, passent en avant du muscle grand droit de l’abdomen (12 et i5,fig. 5o) et arrivent jusqu’à la ligne médiane, où, s’entrecroisant avec
QUINZIEME LEÇON
les fibres aponévrotiques homologues de l’autre côté, elles forment un long raphé médian, dit ligne blanche de l'abdomen , allant de l’appendice xiphoïde à la symphyse pubienne (io, fig. 5o).
Le fait important à préciser au point de vue des formes est la direction de la ligne selon laquelle les fibres aponévrotiques succèdent aux fibres charnues du grand oblique (fig. 5o) ; cette ligne est verticalement descendante à partir de l’angle inférieur du grand pectoral ; mais à sa partie' inférieure elle s’incline brusquement en dehors (4, fig. 5o) pour aller rejoindre l’épine iliaque antérieure et supérieure, en décrivant une courbe à convexité inféro-interne. C’est selon cette ligne que se dessine le relief du bord antérieur ou interne du muscle ; or comme, d’autre part, le muscle grand droit forme, par son bord externe, en soulevant l’aponévrose du grand oblique, un relief semblable, c’està-dire selon une ligne d’abord verticale, puis inférieurement inclinée en dedans (1 5, fig. 5o), il en résulte que cette région de la face antérieure de l’abdomen est parcourue par une étroite gouttière verticale, laquelle s’élargit en bas en un large méplat triangulaire. Ce méplat triangulaire, limité en haut et en dehors par le grand oblique, en dedans par le grand droit, a pour limite inférieure le pli de l’aine, c’est-à-dire la ligne selon laquelle l’aponévrose du grand oblique s’attache à l’arcade crurale (voy. p. 108). Chez l’homme, cette partie de l’aponévrose du grand oblique est perforée, exactement au-dessus du tiers interne de l’arcade crurale (i3, fig. 5o), pour donner passage au cordon spermatique, détail anatomique qui se révèle sur tous les écorches,
PRÉCIS D’ANATOMIE
mais qui n’a du reste au point de vue des formes aucune importance, car la peau de la région du pubis voile entièrement le modelé du cordon spermatique et de l’orifice (canal inguinal) qui lui est destiné.
Le muscle grand oblique attire les côtes en bas et en avant ; si les deux muscles de ce nom (celui du côté droit et celui du côté gauche) se contractent à la fois, il en résulte la flexion du tronc en avant; mais lorsqu’un seul muscle, par exemple celui du côté droit, se contracte, il imprime au tronc un mouvement de rotation vers le côté opposé, c’est-à-dire à gauche. D’une manière générale, toutes les fois qu’il y a effort, les muscles obliques de l’abdomen se contractent et leur relief, surtout celui de leurs digitations costales et de leurs bords antérieurs, devient très nettement accusé.
Le muscle grand oblique est doublé par deux couches musculaires, placées au-dessous de lui et qui sont, en allant de la superficie à la profondeur, le muscle petit oblique (1 5, fig. 5 1), et le muscle transverse. — Le muscle petit oblique est formé de fibres qui, partant des vertèbres lombaires et de la crête de l’os iliaque, rayonnent en avant (voy. fig. 5 1) pour aller s’attacher, les plus supérieures, aux trois dernières côtes, tandis que les moyennes et les inférieures se continuent en avant par une aponévrose ou large tendon lamelliforme. Cette aponévrose se confond bientôt en partie avec celle du muscle grand oblique et avec celle du muscle sous-jacent ou muscle transverse. — Le muscle transverse est formée de fibres horizontalement dirigées, et se terminant en avant par une aponévrose qui passe en arrière du muscle droit antérieur de V abdomen.
Fig. so.
Muscles de la paroi antérieure du tronc. — X, 2, 3, grand pectoral; — 4, 4, grand oblique de l’abdomen; — 5, 5, grand dentelé; — 6, 6, bord antérieur du grand dorsal; — 7, 8, partie inférieure du sternum; — 9, aponévrose du grand oblique; — 10, ligne blanche; — 11, ombilic; — 12, 12, 12, intersections fibreuses du grand droit de l’abdomen; — 13, anneau inguinal; — 14, muscle pyramidal de l’abdomen; — 15, bord externe du grand droit de l’abdomen; — 16, sterno-hyoïdien; — 17, omoplatohyoîdien; — 18, sterno-mastoïdien ; — 19, trapeze; — 20, deltoïde; — 21, biceps orachial ; — 22, pectiné; — 23, couturier; — 24, droit anterieur de la cuisse; — 23, tenseur du fascia lata.
PRÉCIS D’ANATOMIE
Muscle droit antérieur de V abdomen (i i, 1 1, fig. 5i). Ce muscle forme une longue et large bande charnue de chaque côté de la ligne médiane de Pabdomen, c’est-à-dire de chaque côté de la ligne blanche. Étendu de la région du creux épigastrique jusqu’à la région du pubis, ce muscle s’attache en haut, par sa base, c’est-à-dire par sa partie la plus large, aux cartilages des septième, sixième et cinquième côtes; en bas, son sommet, c'est-à-dire sa partie la plus étroite, s’attache par un tendon nacré à l’intervalle qui est entre la symphyse pubienne et l’épine du pubis. Ce muscle présente, au point de vue des formes, plusieurs particularités remarquables: i° il est placé dans une sorte de fourreau ou gaine fibreuse formée en avant par l’aponévrose du muscle grand oblique ( 1 6, fig. 5 r) , en arrière par celle du transverse, de sorte que sur l’écorché son modelé est à demi voilé par la lame aponévrotique qui passe au-devant de lui (voy. fig. 5o et la moitié droite de la fig. 5 1 ). — 2° Il n’est pas formé de fibres charnues allant sans interruption des cartilages costaux jusqu’au pubis, mais il présente des interruptions ou intersections aponévrotiques (fig. 5o et 5 1), c’està-dire des lignes transversales au niveau desquelles les fibres charnues sont remplacées par de courtes fibres tendineuses. Ces intersections aponévrotiques sont en général au nombre de trois, la plus inférieure placée au niveau de la cicatrice ombilicale (4, fig. 5o), les deux autres placées plus haut, l’une au niveau de la neuvième côte, l’autre au niveau de la septième côte. Ces intersections adhèrent à la paroi antérieure de la gaine du muscle, et comme à leur niveau le muscle est moins épais, chacune d’elles se traduit sur l’écorché par une gouttière trans*
QUINZIEME LEÇON
versale plus ou moins régulière. — 3° La partie sousombilicale du muscle ne présente pas d’intersection apo-
névrotique; mais elle va en diminuant rapidement de largeur depuis l’ombilic jusqu’au pubis, de sorte que le
Muscles de l’abdomen (les superficiels sur le côté droit, les profonds sur le côté gauche). — i, grand oblique; — 2, 2, grand dentelé; — 3, 3, aponévrose du grand .oblique; — 4, ombilic; — *>> ligne blanche; — *7, arcade crurale ou ligament de
Fallope; — 8, anneau inguinal; — 9, grand pectoral; — 10, grand dorsal; — 11, 11, muscle grand droit antérieur de l'abdomen; — 13, feuillet antérieur de sa gaine; — 14, muscle pyramidal; — 15, 15, muscle petit oblique de l’abdomen; — 16, partie inférieure de l’aponévrose du grand obliaue renversée en bas; — 18, partie supérieure de la cuisse recouverte de son aponévrose d'enveloppe; — 19, coupe du grand oblique de l’abdomen.