MO DE L\ PEA.Ü COMME APPAREIL GÉNÉRAL
appelé? Nous voyons le derme perdre sa souplesse, devenir plus serré, recevoir dans ses mailles ou se revêtir à sa surface de substances cornées ou calcaires, qui forment ce que nous nommons un têt, une coquille, etc. Son système vasctdaire diminue ou disparaît même quelquefois, du moins à sa surface et partout où un dépôt vient faire obstacle à son développement. Le pigmentum, sécrété ou avant ce dépôt, ou en même temps que lui, le colore quelquefois de teintes variables. Quant aux nerfs, ils n’ont que faire dans un organe plus ou moins pétrifié, et leur sensibilité ne manquerait même pas d’y devenir une source de douleurs, sous l’influence des parties dures, qui exerceraient alors une pression continuelle sur ces cordons, comme cela arrive accidentellement dans l’espèce d’altération épidermique désignée sous le nom de cors.
Les parties inorganiques de la peau jouent ici un rôle important, du moins dans un grand nombre de cas. C’est souvent à l’épiderme devenu plus ou moins épais, plus ou moins dur, qu’est confiée la défense* il forme alors des pièces cornées de grandeur, de figure, de dispositions très variées, que nous nommons des écailles (l). D’autres fois il recouvre seulement, et sans avoir acquis d’épaisseur, la couche la plus extérieure d’une coquille , qui l’a poussé au-devant d’elle.
Les cryptes et les phanères sont nombreux dans les parties de la peau consacrées à la défense, et servent à celle-ci, les cryptes en sécrétant souvent des fluides qui, par leur abondance, protègent l’animal contre les atteintes du dehors, les phanères en couvrant le corps ou quelques unes de ses parties de ces nombreuses productions solides que nous nommons des plumes, des poils, des piquans , des cornes, des ongles, productions dont nous aurons à nous occuper à mesure qu’elles se montreront dans la série.
La peau doit-elle, au contraire, devenir plus particulièrement organe de sensation? Nous voyons, à mesure
(1) Los patties cUiros qui ont roru le nom d’écailles ne sont pas toutes des produits épidermiques. Il en est d’autres, nous le verrons un peu plus bas, qui appartiennent au derme lui-mêrne (ex. celles des poissons), et d’autre euioie qui sont des produits de phanères (ex. dans le pangolin).
DE DÉFETISB ET DE SEISSATIOn.
que ce caractère sera plus prononcé , ses couches inorganiques s’amincir, s’amollir de plus en plus, les phancres se raréfier, et leurs produits se modifier jusqu’à devenir des instrumens parfaitement propres à transmettre à la surface sensoriale l’action du monde extérieur 5 les cryptes ne sécrètent plus que des fluides propres à entretenir la souplesse du tégument; le réseau nerveux se prononce toujours plus , et jusqu’à former dans certains points une couche assez manifeste. Le réseau vasculaire prend aussi du développement et vivifie le premier par l’abondance de ses fluides nourriciers; par lui l’organe sensorial, stimulé par les impressions du dehors , entre dans une sorte d’érection qui exalte puissamment sa sensibilité; le pigmentum manque dans quelques points, abonde dans quelques autres , et agit alors comme modérateur de certains agens physiques. Quant au derme, toujours souple , jamais encroûté de sels calcaires, il se couvre souvent de petites inégalités qui concourent à la sensation, en faisant saillir le réseau nerveux et en contribuant ainsi à former, avec ce dernier élément combiné avec la couche vasculaire , ce que nous nommons des papilles sensitives.
La couche musculaire intervient souvent d’une maniéré utile, comme auxiliaire de l’organe sensorial , en dirigeant cet organe vers les agens extérieurs dont l’animal veut acquérir la connaissance (l). Elle intervient également lorsque la peau revêt éminemment le caractère d’organe de défense ; mais elle sert alors le plus souvent à retirer les parties exposées sous l’abri de l’appareil protecteur, comme cela a lieu, bien que différemment, chez les mollusques ^ chez les tortues j chez le hérisson.
(1) Il ne faudrait pas penser néanmoins que la couche contractile sous* peaucière agira d’autant plus comme auxiliaire de la sensation, qu elle sera plus généralement unie ou même qu’elle sera complètement confondue avec le tégument; c’est plutôt le contraire qui aura lieu : car 1 activité et la sphère des fonctions sensoriales grandissent à mesure que nous nous élevons dans la série; tandis que l’union générale du tégument et de la coin'he contractile augmente en sens inverse, et n’est jamais plus complète que cher les êtres inférieurs, et cette union n'indique absolument que la confusion primitive de ^ous les éléinens organiques.
DE LA PEAC
Do la peau dans la série animale.
Chez les animaux amorphes , la peau n’existe pas encore comme couche particulière , à moins qu’on ne veuille donner ce nom à la matière gélatineuse et sémi-fluide qui couvre la surface des épotiyes. La surface de l’organisme n’a donc pas encore subi la moindre modification , pour servir à la piotection ou à la sensation.
Si nous pouvons en dire à peu près autant des rayonnés inférieurs , il n’en est déjà plus de même pour les espèces plus élevées de ce type. La peau commence à s’apercevoir chez beaucoup de polypes , sous la forme d’une pellicule extrêmement mince , dont le caractère le plus intéressant est d’exhaler une matière riche en sels calcaires , qui , se déposant à la surface de l’animal , lui fournissent un organe de proteetion , une loge , un abri , dont la forme variera beaucoup , et surtout avec celle de l’animal. Quelquefois simples , plus souvent réunies en nombre considérable , ces loges forment des polypiers, les uns lamelliformes , les autres arborescens , etc. Chez les méduses ^ le tégument n’est guère plus distinct que chez les polypes ; ce n’est qu’une sorte de réseau qui peut être comparé , pour sa finesse, à une toile d’araignée (l). Cependant nous le voyons déjà se solidifier dans quelques espèces , par le dépôt d’une matière qui se concrète à différens degrés. L’irritation urticaire que détermine , au dire des observateurs , le contact des méduses, serait produite, à ce qu’il parait, par un fluide exhalé de l’enveloppe de ces animaux, et qui servirait ainsi à leur défense. Les actinies, inférieures sous d’autres rapports aux méduses, ont une peau plus
( l) De là le nom iVanachnodermaires , donne par M. de Blainville à c« groupe de rayonnes.
DANS LA SÉRIE
loa
distincte, plus épaisse, et qui fournit souvent une grande quantité de pigtuentuai coloré et une matière visqueuse très abondante , fort utile sans doute pour protéger l’animal.
Mais, pour voir le tégument acquérir une certaine importance, nous devons arriver aux rayonnés tout à fait supérieurs. Chez eux, la peau revêt un caractère assez remarquable pour servir à désigner le groupe entier des espèces que leur organisation place à la tête du type. Les échinodermes y en effet, doivent leur nom à ce tégument solide, que surmontent une multitude d’épines, de poils ou de tubercules plus ou moins développés. Tel est du moins celui des astéries et des oursins. Le flerme, chez ces animaux, s'amincit plus ou moins , pour faire place à une matière calcaire qui se dépose dans l’intérieur même de cette couche, et qui , composée de grains agglutinés, forme des plaques polygonales ou des pièces de formes div^erses, souvent immobiles et jointes par engrenures {oursins) , d’autres fois articulées de manièi’e à jouir d’une certaine mobilité { astéries ). Ces pièces portent des parties saillantes, des espèces de tubercules sur lesquels s’articulent des organes très remarquables , qui, chez les oursins y ressemblent quelquefois, par leur finesse et leur position couchée, à des poils, mais qui, plus souvent, représentent des épines ou des piquans , et forment à l’animal un appareil défensif très efficace (l). La peau des astéries est ordinairement aussi tuberculeuse , et porte dans quelques endroits des épines mobiles; mais ces épines sont bien moins remarquables que celles des oursins.
Parmi les pièces qui composent le têt calcaire des oursins et des véritables astéries y il en est qui présentent des trous disposés par doubles séries , comme les arbres d’une allée de jardin; d’où le nom d'ambulacre donné à cette partie de la surface de l’animal. Ces trous livrent passage à des appendices ou tentacules qui paraissent servir spécialement à la locomotion, mais qui peuvent bien représenter en même temps des organes de loucher.
(1) De là les noms d’ouriiri et de hérisson de mer donnés Q ces espèces.
0E LA PEAÜ
Les holothuries , bien que comprises dans le groupe des échinodermes ^ en raison de leur organisation , ne justifient nullement cette dénomination par la nature de leur peau. Celle-ci n’est point incrustée de matière calcaire; elle est molle, flexible, mais d’une certaine épaisseur, et assez distincte de la couche musculaire sous-jacente. L’absence de vaisseaux proprement dits, à ce degré de l’échelle, nous explique pourquoi nous ne trouvons pas chez ces animaux le derme couvert d’un réseau vasculaire ; le pigmentum n’y manque pas pour cela , il s’y montre coloré ; et nous ne pouvons nous refuser à admettre ici la présence de l’élément nerveux , en voyant la sensibilité dont jouit l’enveloppe. On n’a pu reconnaître encore l’épiderme sur la peau des holothuries. 11 paraîtrait donc qu’autant celle des astéries et des oursins était organisée pour la défense, autant celle des espèces dont il s’agit le serait pour la sensation. D’ailleurs ces espèces possèdent aussi, comme les autres échinodermes , des tentacules rétractiles qu’elles font sortir de leur tégument, et qui , s’ils servent surtout à la locomotion, ne sont toutefois probablement pas étrangers aux fonctions sensoriales.
Si l’organisation générale de la peau fait un progrès des échinodermes aux mollusqües , ce progrès est encore bien peu sensible pour l’anatomiste : il est vraisemblable que la présence d’un appareil spécial de circulation , dans le type que nous abordons maintenant , vient ajouter ici un réseau vasculaire aux autres élémens de l’enveloppe; il est à peu près certain que l’élément nerveux, qui, dans le groupe supérieur des rayonnés , commençait seulement à se dégager du tissu général , et qui est déjà bien autrement développé dans les malacozoaires , vient y prendre sa place à la surface du tégument. Mais s’il nous est permis d’admettre ces faits à priori , de les conclure des fonctions de la peau , c’est-à-dire de l’abondance de sa sécrétion et de sa sensibilité , nous n’avons encore pu nous convaincre de leur réalité par l’expérience ; nous n’avons
DANS LA SÉRIE
pu poursuivre les nerfs de l’enveloppe jusqu’à la surface,* nous n’avons pas injecté son réseau vasculaire. La peau , dans cette division du règne animal , ne présente distinctement à l’observation que sa couche dermique , assez souvent du pigmentum , et un produit crétacé , connu sous le nom de coquille; l’épiderme n’en est représenté que par une couche de mucus desséché. On ne peut guère y mettre en doute la présence d’un système crypteux • cependant ce système se révèle plutôt par l’abondance de son produit, par la mucosité qui sort de l’enveloppe , que par ses caractères anatomiques : tout ce qu’on aperçoit , quand on cherche la source de cette mucosité, c’est la multitude de pores et de lacunes qui criblent la surface tégumentaire. Quant à des phanères , il n’en existe que pour certaines sensations particulières , comme nous le verrons en traitant des appareils spéciaux des sens.
Le derme des mollusques se confond encore avec l’élément contractile , ce qui lui conserve une très grande mobilité. Il est ordinairement peu dense, celluleux, et présente dans un grand nombre de cas, tantôt à sa surface, tantôt dans une grande maille , ce que nous nommons une coquille , dépôt calcaire qui réclamera tout à l’heure notre attention.
Lorsque la coquille manque , le derme est beaucoup plus épais que lorsqu’elle existe. Obligé de servir lui-même à la protection , il acquiert quelquefois alors une consistance et une densité considérables, et peut même prendre un caractère cartilagineux, comme nous le voyons dans quelques acéphales, tels que les ascidies biphores.
Par la même raison , le derme d’un mollusque testacé sera plus épais là où cesse la coquille que dans les points qu’elle couvre 5 il le sera davantage , chez les espèces nues, à la partie supérieure ou dorsale du corps , qu’à la partie inférieure. Le séjour de l’animal influe aussi sur l’épaisseur du derme. Les mollusques terrestres ont, toutes choses égales d’ailleurs, cette couche plus épaisse que les espèces aquatiques , et surtout que celles d’entre ces dernières qui ne quittent jamais l’eau.
Les couches vasculaire et nerveuse de la peau des mol-
DE LA PEAÜ
lusques n’étant pas distinctes pour l’œil , et s’annonçant seulement , comme nous l’avons dit, l’une par l’abondance des sécrétions cutanées, l’autre par la sensibilité plus ou moins manifeste du tégument externe, le degré de développement de ces couches et leurs différences ne peuvent que se conclure des différences que présentent ces mêmes phénomènes; on conçoit ainsi que l’élément nerveux sera bien plus abondant lorsque la peau sera nue, que lorsqu’elle se trouvera revêtue d’une coquille; il se prononcera davantage aussi à la partie antérieure du corps, dans les espèces de prolongemens qu’on observe quelquefois sur les bords du manteau, autour de la bouche, etc., que dans les autres points de la surface.
Le pigmentum n’est évident que dans un certain nombre de cas ; il est en rapport avec l’exposition plus ou moins habituelle à la lumière, et avec l’intensité de celleci. Placé quelquefois à la surface du derme lui-même , comme nous le voyons sur la limace rouge, il se trouve d’autres fois , c’est-à-dire dans les espèces testacées , porté par la coquille, qui est alors colorée de nuances plus ou moins vives, plus ou moins variées.
La coquille, principal moyen de défense de la plupart des mollusques, est formée , ai-je dit, par le dépôt d’une matière calcaire dans une maille du derme, ou plus souvent encore à la surface de celui-ci.
Cette matière se dépose par couches, dont les plus récentes poussent au- dehors les plus anciennes. Mais ce mode de formation n’est pas toujours facile à reconnaître dans la coquille. Il l’est chez quelques espèces, chez les huîtres, par exemple, qui ont ce qu’on nomme une coquille lamellée. Chez d’autres, au contraire, la disposition des particules calcaires se rapproche plus ou moins de la fibrosité , sinon dans toute l’épaisseur du coquillage , du moins dans ses parties les plus extérieures ; les couches internes demeurent quelquefois alors lamellées et revêtent un caractère nacré ou vitreux.
Les sèches se distinguent entre les animaux de leur type par la structure de l’espèce de coquille qu’elles portent sur le dos , et que l’on connaît , dans le commerce , sous
DANS LA SÉRIE
le nom d’os c?e /a 5èc/te. C’est une plaque très obronche, bombée sur ses deux faces, couverte d’une lame de consistance vitrée, et formée dans le reste de son épaisseur d’une succession de lames crétacées, celluleuses, de grandeurs décroissantes , et réunies entre elles par des espèces de colonnes verticales.
La coquille des mollusques est composée d’un nombre variable de pièces, qu’on nomme des valves. Quelquefois elle en présente trois et même davantage, et porte alors le nom de multivalve. Cette disposition, sans être étrangère aux mollusques proprement dits, appartient plus particulièrement encore à des espèces intermédiaires à ce type et à celui des entomozoaires , et dont M. de Blainville a fait ses deux classes des nématopodes et àcs pohjplaxiphores. Quelques acéphales ont une coquille supplémentaire en forme de tube, et qui enveloppe l’animal, et une coquille bivalve qui le recouvre incomplètement j on dit alors que le coquillage est tuhivalve. Tous les autres acéphales testacés sont bivalves, c’est-à-dire, n'ont que deux valves de grandeur égale ou inégale, selon les groupes. Enfin, nous trouvons , mais seulement dans les espèces céphalées, un très grand nombre de coquilles nnivalves.
Je ne m’arrêterai pas à décrire ici les formes si variées de ces divers genres de coquilles : c’est un sujet qui intéresse essentiellement le zoologiste, mais qui nous entraînerait au-delà des limites que nous devons donner à cette esquisse de l’organisation animale. Qu’il me suffise donc d’ajouter aux détails précédens , que les pièces calcaires qui protègent le corps de la majorité des malacozoaires , n’occupent pas toujours la même partie de la surface de ces animaux. Les coquilles bivalves sont généralement placées sur les flancs , mais quelquefois aussi elles correspondent au ventre et au dos. Il parait que les univalves recouvrent toujours le dos.
La peau des mollusques forme ordinairement des replis ou des extensions, qui sont quelquefois assez considérables, pour fournir à l’animal une enveloppe protectrice connue sous le nom de manteau. Le manteau peut avoir la forme d’un sac, comme chez les brachiocéphalés , ou
DE LA PEAU
celle de feuillets plus ou moins largues, cpii peuvent être flottants, comme dans les huîtres, ou cpii peuvent se réunir par leur bord libre , et se prolonger sous la forme de tubes simples ou multiples, comme dans les tarets , les fistulanos , etc. Les parties libres des bords du manteau fournissent souvent elles-mêmes des expansions tentaculiformes , qui servent à la sensation , comme la peau des véritables tentacules, dont nous aurons occasion de parler plus tard. C’est à des expansions du même genre qu'il faut attribuer les saillies de diverses formes , souvent épineuses, que présentent beaucoup de coquilles 5 en effet, celles-ci toujours dépendantes de la partie du to^fument qui s’étend pour constituer le manteau , se moulent sur ce dernier, et reproduisent plus ou moins exactement ses inégalités et sa configuration.
Les fonctions les plus élevées de l’animalité, et par conséquent les organes qui en sont chargés , acquièrent, chez les ANIMAUX ARTICULÉS extérieurement, uii développement et une énergie qui influent d’une manière marquée sur les caractères de la peau.
La locomotion , en effet , qui prend, dans le type supérieur des invertébrés, une activité et une importance qu’elle n’avait pas encore eues, emprunte le secours du tégument , et le modifie pour son usage d’une manière remarquable. La fibre contractile, généralement plus distincte, plus fasciculée qu’auparavant , comme nous le verrons plus tard, mais encore essentiellement attachée au derme, le façonne de manière à en tirer tout le parti possible , pour augmenter sa puissance et la diversité de ses effets. L’organisation semble préluder sur le tégument, à former pour la locomotion ce système d’agens passifs et de leviers que nous verrons apparaître bientôt sous le nom de squelette , mais qu’elle empruntera alors à un autre système protecteur plus profond et plus spécial.
Pour cela , la peau des entomozoaires se fractionne en seSmens plus ou moins nombreux , susceptibles de se
DA?TS LA SÉRIE
mouvoir les uns à l'égard des autres , par suite de l’amincissement et de la souplesse que conserve cette membrane au passage d’un segment à l’autre. Le tégument constitue ainsi des séries de pièces articulées ensemble, plus ou moins dures dans la plupart des cas, molles dans quelques autres.
C’est dans les classes inférieures du type qui nous occupe , et surtout dans les espèces aquatiques abritées contre les circonstances nuisibles du dehors, que le tégument conserve sa mollesse naturelle. Tel est le cas des o/jodes et des c^e/opor/es.Etl’on conçoit ({u’alors, par cela même que l’enveloppe ne prend pas de solidité , les segmens sont moins distincts, et la forme articulée peu prononcée. Dans les classes plus élevées, au contraire, le tégument acquiert, soit généralement, soit seulement sur certaines parties, une consistance cornée ou calcaire, qui est en rapport avec les besoins de la protection et de la locomotion. Voici d’ailleurs les caractères et les différences que nous présentent la peau et ses diverses parties chez les animaux articulés.
La solidité de la peau est souvent en rapport avec l’âge de l’animal. Chez les espèces à métamorphoses , par exemple, la larve n’a presque jamais une enveloppe aussi solide que l’insecte parfait, ni même que la chrysalide. Parmi les espèces qui naissent avec leur forme définitive, telles que les décapodes, nous trouvons aussi que tant que l’animal grandit, sa peau conserve une certaine mollesse, et se renouvelle même dans sa partie superficielle; tandis qu’une fois l’accroissement terminé, elle se solidifie et n’est plus changée.
En général, le tégument des parties dorsales et antérieures du corps est plus dense que celui de la face inférieure et de l’abdomen; celui des appendices locomoteurs et masticateurs se distingue également par sa solidité , qui est d’ailleurs en rapport avec les mœurs de l’animal. L’insecte qui ronge le bois, celui qui creuse la terre, ont, le premier des mâchoires , le second des pattes revêtues d’une peau bien plus solide que les espèces qui vivent d’alimens mous, que celles qui ne se servent de leurs appendices que pour marcher ou nager.
DE LA PEAU
Si nous étudions séparément les élémens de l’enveloppe des animaux articulés, voici ce que l’observation nous apprend.
Le derme, quelquefois assez fort, est plus ou moins serréj d’autres fois si mince qu’on le distingue très difficilement de la couche contractile sous-jacente.
Le réseau vasculaire qu’on ne saurait supposer chez les espèces privées de circulation, n’est pas non plus appréciable chez les autres.
Le pigmentum n’en existe pas moins très évidemment dans tous les animaux artieulés qui vivent exposés à la lumière 5 et il produit fort souvent à la peau les teintes les plus vives.
L’épiderme se montre aussi très souvent, et c’est même à lui que l’enveloppe doit sa solidité, avant l’âge adulte j l’animal le rejette à mesure qu’il aurait fait ohstaele à son aceroissement.
L’appareil erypteux de la surfaee externe est tout à fait nul , ou du moins très peu développé dans ee type. Quant à des phanères, il en existe , comme nous le verrons plus tard, pour certains sens spéciaux 5 mais il est douteux qu’on en trouve pour la défense. M. Strauss admet cependant cpje les poils de certains hexapodes , et en particulier ceux des hannetons , sont sécrétés par de véritables bulbes,- il paraît certain, en échange , que les productions piliformes qui héi’issent la peau de certaines chenilles, de plusieurs annclides , etc., sont de simples prolongemens dermi(jues ou épidermiques.
Mais pour connaître un peu mieux le tégument externe des entomozoaires , il est indispensable que nous jetions un coup-d’œil sur ses caractères , dans chacune des classes qui composent cette intéressante division des invertébrés.
La peau des apodes se distingue par son adhérence intime avec la couche contractile sous-posée , par son extrême finesse , par l’absence plus ou moins complète d’épiderme et de prolongemens épidermiques. Elle est quelquefois couverte d’un pigmentum abondant et très coloré , comme nous le voyons chez les sangsues; enfin des cryptes disséminés ou groupés versent ordinairement à la surface une humeur plus ou moins visqueuse.
DANS LA SÉRIE
Celle des chétopodes présente à peu près le même caractère. Le pigmentum est nul chez les espèces qui vivent abritées dans des tubes ou autrement ; il existe au contraire , et se manifeste par une couleur rouge ou noire chez plusieurs autres espèces qui restent exposées à la lumière : chez celles-ci, la peau est plus épaisse et plus sèche que chez les tubicoles. Outre une matière muqueuse abondante, la peau d’un grand nombre de chétopodes fournit une certaine quantité de matière cornée ou crétacée, qui forme ou (les especes de poils , d’épines groupées symétricjuement sur les c(5tes du corps et destinées à la locomotion (néréides)^ ou des tubes, dont la forme peut se rapprocher de celle des coquilles univalves, mais qui en diffèrent cependant, d’abord en ce que ces tubes n’adhèrent point à l’animal qu’ils protègent, puis en ce qu’ils sont ouverts à leurs deux extrémités. Quelquefois même l’animal emprunte la partie solide de son tube au monde extérieur, et ne fournit que le ciment muqueux qui entre dans sa composition.
Les autres entomozoaires , à commencer par les myriapodes, ont généralement une peau plus ou moins complètement solidifiée et préparée pour la défense et pour la locomotion, sauf sur quelques points où elle paraît conserver les caractères réclamés par la sensation, commenous le verrons en parlant des sens spéciaux. La fibre contractile tient encore au tégument , mais elle ne sc confond pas avec lui et se divise en faisceaux plus ou moins distincts.
Chez les crustacés, la solidification de la peau, rpji augmente des hétéropodes aux décapodes, tient au dépôt d’une matière calcaire, plus ou moins abondante dans la couche la plus externe du derme lui-même, comme on le voit très bien dans une langouste (i). Cette couche, que recouvre le pigmentum et une lame épidermique, jouit d’une certaine indépendance qui permet à l’animal de s’en dé¬
fi) Le derme de la langouste se divise en trois couches, dont la plus profonde reste membraneuse, la suivante prend déjà une consistance cornée, et la troisième forme la lame calcaire dont il est ijuestion ici.
DE LA PEAU
barrasscr à mesure que sa crue se fait 5 elle est remplacée j)ar une extension de la couche sous-jacente qui s’encroûte à son tour, après avoir reproduit un nouveau pifjmentuni et un nouvel épiderme. Les choses se passent, en général, autrement chez les myriapodes , les octopodes et surtout chez les hexapodes. Ici, le derme prend tout entier une consistance cornée | au-dessus de lui viennent se déposer, comme à l’ordinaire , un jngmentum plus ou moins manifeste, et un épiderme d’une consistance et d’une épaisseur quelquefois assez notables; cette dernière couche prédomine surtout d’une manière remarquable chez les larves à'hexapodes , tandis que le derme s’y montre au contraire mince et encore peu distinct de la couche charnue sous-jacente.
Les ])incemens tégumentaires qui constituent les ailes de l’insecte parfait sont généralement d’un tissu plus mince et moins consistant (pm celui qui couvre le reste du corps. Ces appendices sont couverts, dans la plupart des cas, de petites écailles qui s’enlèvent comme une poussière avec une extrême facilité: ce sont ces squammules qui teignent les ailes des insectes , et en particulier celles des lépidoptères, des couleurs souvent si vives , si variées et si riches que nous admirons chez eux.
Nous observons , en général , quant à la coloinsation des entomozoaires , qu’elle est, comme dans les autres groupes, en rapport avec le degré de lumière qui éclaire le séjour habituel de l’animal. Ainsi les crustacés , et particulièrement les espèces tout à fait aquatiques ou habitant des lieux obscurs, sont peu ou point colorées ; tandis que les espèces éminemment aériennes, telles surtout que les hexapodes, et parmi ces derniers les lépidoptères , sont parées des plus belles nuances, surtout dans les climats où la lumière solaire a le plus d’intensité. Il est toutefois fort remarquable que quelques espèces nocturnes portent aussi des couleurs très vives.
Le tégument de quelques hexapodes se distingue aussi dans certains points par l’éclat lumineux qu’il projette pendant la nuit; ce phénomène de phosphorescence est dû à la sécrétion d'une humeur particulière.
DANS LA SÉRIE
La peau atteint enfin son sn7nviuvi de spécialisation et d’indépendance chez les vertébrés. Nous la voyons se séparer chez eux de la fibre contractile sous-jacente, cpai ne .se rattache plus à elle que dans certains endroits, pour former ce c[u’on nomme des muscles /jcnî/c/ers ; ailleurs les fibres charnues prendront leurs points d’appui sur un squelette intérieur, comme nous le verrons dans un chapitre suivant.
A mesure aussi que nous nous élèverons dans ee type, nous verrons se dessiner de mieux en mieux , avec leurs caractères particuliers, les diverses couches que nous avons signalées dans la composition du tégument ; du reste, l’âge, le séjour, influeront sur le développement relatif de ses couches et des parties accessoires de la peau, savoir, des cryptes et des phanères; mais ces derniers surtout se distingueront par des ditrércnces remarquables dans les cinq classes que nous avons à parcourir.
Chez les poissons, le tégument nous présente, à côté de nombreuses différences, queh|ues caractères genciaux. Toujours très adhérent au tissu sur lequel il repose, il na cependant pas de peaucicr proprement dit, et ne jouit ])as encore d’une indépendance suflisante pour etre mobile. Le derme est en general mou et d une épaisseur mediocic, il est couvert d’un reseau vasculaire abondant, et sui celui-ci nous voyons un pigmentum qui porte, <lans beaucoup d’especes, des couleurs varices très viv'cs, surtout dans les climats les plus chauds , couleurs toujours plus prononcées sur la partie dorsale ejuc sous 1 abdomen de l’animal, et qui sont sujettes à s’altérer beaucoup , soit lorsqu’on sort celui-ci de l’eau, soit par 1 effet de la moit. Enfin , il est douteux que l’épiderme existe , du moins ordinairement : car chez quelques espèces à ])eau lisse et non muqueuse , telles cpae le vtaquereaii , etc., nous pouvons considérer comme une sorte d epidernie la couche superficielle du tégument ] cette couche est vraiscuibla-
nE LA PEAU
bleoient remplacée dans les autres cas par la mucosité abondante qui lubrifie la surface tégumentaire des poissons.
L’existence des cryptes dans la peau de ces vertébrés n’a été admise qu’à la vue de cette mucosité et pour expliquer son origine. On a cru, il est vrai, pouvoir regarder comme preuve de leur existence des séries symétriques de pores que nous apercevons quelquefois sur les cotés du corps et autour de la tête; mais l’observation n’a pas appris que ces pores appartinssent réellement à des cryptes. On n’est pas mieux autorisé à considérer comme un appareil crypteux le système de lacunes ou de canaux cutanés cartilagineux, ou même interosseux, qui, chez certains poissons, chez le congre par exemple, olTrent leurs orifices béans sur les côtés du museau, et vont de là, en se renflant d’espace en espace, se prolonger cjuelquefois dans toute la longueur de l’animal. Mais la rhembrane qui tapisse ces lacunes ne paraît pas, bien qu’éminemment vasculaire, contenir des cryptes, et les lacunes ellesmêmes ne renferment pas de mucosité (i). En somme, il est plus que probable que la peau des poissons exhale par toute sa surface la mucosité qui la couvre, comme celle des autres animaux exhale le mucus concret qui forme l’épiderme. Trouvons-nous dans cette classe de vertébrés des bulbes et des produits phanériques à la surface externe ? Nous n’en connaissons d’autres que ceux qui fournissent les appareils de la vue et de l’ouïe, et dont il ne sera question que plus tard ; mais il n’en existe pas pour la protection. Ce sont le derme et le réseau vasculaire qui fournissent ou produisent ici des instrumens de défense ; ces instrumens ne consistent, chez le plus grand nombre des espèces, qu’en de petites lames cornées ou même calcaires, de forme très v\ariable, et qui constituent des écailles du second genre ou dermiques, lesquelles
(1) O n fera Lien de consulter sur ces singulières lacunes la description qu’en donne M. de Blainville dans ses Principes d’ Anatomie comparée (t. I, pages 153 et suiv. ), Les bornes de ce conspectus ne me permettent pas de m’arrêter sur ce fait particulier, dont nous ignorons encore l’importance physiologique.
DANS LA SÉRIE
couvrent en s’imbriquant toute la surface de l’animal. Ces écailles, plus ou moins adhérentes au derme, sont logées dans de petites poches aplaties comme elles, qui résultent du pincement de la couche vasculaire, par la face interne de laquelle elles paraissent être produites; il faut donc déchirer la partie superficielle de la peau pour les mettre à nu. Simplement cornées dans le plus grand nombre des espèces qui les portent, c’est-à-dire chez la plupart despotssonsosseicx, ces petites concrétions scpjamrniformes sontcalcaires dans quelques genres, chez les léjnsostées par exemple, dans plusieurs espèces de irigles, etc.
Quelquefois, comme chez les esturgeons, parmi les poissons cartilagineux, et chez les coffres et d’autres espèces à squelette osseux, que M. de Blainville a réunies dans son groupe des hélérodermes, les écailles imbritpiées sont l’emplacées par des plaques plus ou moins complètement calcaires, qui se rencontrent et s’unissent par leurs bords , et qui forment une sorte de têt osseux. Ces pièces, d’une forme ordinairementpolygonale , selon les espèces et selon les parties du corps, sont assez généralement indépendantes , le derme reprennant, en passant de l’une à l’autre, sa consistance molle et sa flexibilité. Ailleurs cependant, commeonlevoitsurlalêted’une espèce dctrigle, elles s’engrènent les unes dans les autres, à la manière des os du crâne, par des sutures dentelées. Nous observons sur un certain nombre des plaques osseuses dont il s’agit, ou des simples tubercules, ou des espèces de cornes ( dans quelques coffres), ou même des piquans, des productions piliformes qui ne proviennent, comme les placjues ellesmêmes, que du derme , et ne sont pas plus qu’elles, pas plus que les simples écailles des produits phanériques. Il en est de même des saillies épineuses et des piquans qui couvrent la peau rude et tuberculeuse de plusieurs poissons cartilagineux ; mais ici, ainsi que chez les tétraodons et les diodons , parmi les hétérodermes osseux, les premières apparences pourraient être trompeuses, car les piquans de ces poissons sont souvent mobiles et se trouvent implantés assez profondément dans le derme pour atteindre jusqu’à la couche musculaire sous-cutanée et
DE LA PEAU
pour en recevoir des fibres, à l’aide desquelles, de couchés qu’ils sont dans leur état de repos, ils sont redressés à la volonté de l’animal (l). Cette disposition, que nous retrouverons plus tard pour quelques produits véritablement phan6ri([ues, semblerait annoncer que les épines des (liodons, ties tétraodom, etc., prennent aussi naissance dans dos bulbes J mais l’observation prouve qu’il n’en est pas ainsi, et que ces productions appartiennent directement au derme lui-même.
Quelques poissons se distinguent entre tous les autres par une peau nue ou à peine couverte parfois de très petites écailles que le dessèchement fait seul apercevoir^ eette peau est alors ordinairement plus ou moins gélatineuse 5 elle l’est beaucoup, par exemple, chez les latnjyroies J les myxifics, les baudroies , ce qui n’empêche pas (ju’en même temps le derme ait assez d’épaisseur 5 elle l’est moins et acquiert de la résistance dans les angmllesj où l’on commence à voir quelques petites écailles.
Chez d’autres espèces, les \eschiinères , etc., le tégument n’est protégé que par une pellicule épidermique très mince.
Si nous passons aux amphibiens, nous voyons la peau , encore adhérente chez les espèces inférieures, se détacher <lans le groupe supérieur des batraciens, du tissu sousjacent. Sa composition est assez complète^ elle possède des oiganes spéciaux de sécrétion muqueuse; mais ce progrès, ({ui s’harmonise parfaitement avec le caractère encore mou et gélatineux cjue conserve ici le tégument,, n’est pas complété par l’existence de bulbe phanériques , et l’épiderme lui-même n’est encore représenté que par une couche de mucus plus ou moins concret, c£ui se détache de temps en temps comme fait l’épiderme des serpens. Cette peau des amphibiens est entièrement nue : dans, les pipas seulement elle est couverte de petits tubercules gra^ nuleux, un peu encroûtés de matière calcaire ; quant aux tubercules verruqueux des crapauds, ils sont formés par-
(1) Ce EcilressfOicnt est couiple'té par le gonflement du corps,
DArîS LA SÉRIE.
tles amas de cryptes, et la défense n’est généralement confrcc dans toute cette classe qu’à la mucosité abondante qui s’exhale de tous les follicules répandus à la surface du corps. On sait les fables que l’on a débitées sur la prétendue incombustibilité des salamandres ; elles n’avaient d’autre raison que la propriété que possède ce pseudosaurien, d’éteindre les charbons sur lesquels on le place, par l’abondance de la viscosité qu’il verse sur eux. La peau des amphihiens est donc, en général, plutôt une mambrane muqueuse, qu’un tégument vraiment détenseur. Voici , du reste , ce que nous observons quand nous étudions ces divei'ses couches.
- Son derme, bien que généralement assez épais , est d’un tissu peu dense et peu fibreux. La couche vasculaire est très développée. Le pigmentum est abondant , surtout dans certaines régions, et peut offrir des colorations très variées et très vives. Le système nerveux, sans donner naissance à des papilles, doit être aussi passablement développé, si l’on en juge par le nombre des nerfs qui vont se distribuer à la surface. Nous avons déjà dit que l’épiderme manquait.
Il en est bien autrement dans la classe des vrais reptiles y où cette couche anorganique va jouer un rôle important pour la protection. Le caractère général de l’enveloppe, dans cette classe, est d’avoir une certaine densité, d’adhérer plus ou moins intimement aux muscles , et quelquefois même aux os sous-jacens , enfin de présenter à sa surface des pièces écailleuses ordinairement d’une autre nature que eelles des
On conçoit qu’avec cette disposition éminemment protectrice de la peau des reptiles ^ son réseau vasculaire et sa couche nerveuse doivent s’effacer considérablement j le pigmentum existe et présente même des teintes variées. •Mais ce sont les caractères et les dispositions du derme, et surtout de l’épiderme , qui méritent ici notre principale attention 5 car c’est ordinairement par le concours de ces deux couches que se forment les pièces sqnammcuscs. Le derme y contribue, dans la plupart des cas , en fournis.-
DE L\ PEAU
sant une multitude de saillies formées par des espèces de pincemcns de cette membrane , qui est ici toujours plus ou moins résistante 5 puis l’épiderme , en se moulant sur ces saillies , et en y acquérantplus ou moins de consistance, leur donne la solidité que nous leur connaissons. Il existe, dans la classe qui nous occupe, des cryptes, ou organes spéciaux de sécrétion , pour le tégument ; mais le nombre et leur siège sont généralement très limités. Nous connaissons également, chez beaucoup de reptiles , des pbanères qui produisent ou des ongles pour armer l’extrémité des doigts, ou des cornes.
Tel est, en somme , le caractère général de la peau dans le groupe dont nous parlons 5 mais des différences intéressantes se font remarquer, à cet égard, comme à tant d’autres, entre les divers ordres qui composent ce groupe.
En l’abordant, selon notre habitude, par les espèces inférieures, par les ophidiens, nous trouvons le tégument couvert d’écailles qui rappellent encore plus ou moins, par leur forme et leur disposition souvent imbriquée, celle des poissons , bien qu’elles ne soient pas , comme nous l’avons vu , de même nature^ lorsqu’elles s’imbriquent ainsi , c’est que l’épiderme , qui constitue leur partie solide , dépasse le derme , au lieu de suivre seulement et de reproduire ses saillies. Ailleurs l’épiderme ,' en se moulant sur de simples éminences du derme , de formes diverses , et quelquefois fort peu prononcées , constitue , non plus des écailles, mais de véritables plaques, dont les bords se rencontrent au lieu de s’imbriquer. On en voit souvent sur la tête d’assez grandes , disposées d’une manière régulière et fixe. En général , la forme , la disposition et les combinaisons des squammes épidermiques des ophidiens sont assez constantes pour fournir de bons caractères de classification aux zoologistes. Les serpens , comme au reste tous les reptiles , dépouillent , à certaines époques , leur robe écailleuse pour en revêtir une nouvelle. La coloration de leur pigmentum offre des nuances très variées , parmi lesquelles il en est même de très vives , et jamais eette coloration n’est aussi prononcée qu’au moment où l’animal vient de changer d’épiderme. Les seuls cryptes
DAISS LA SÉRIE.
cutanés que nous connaissons dans ce groupe se voient autour de l’anus de quelques espèces , des aniphishè^ies , par exemple; ils s’ouvrent là par une série de pores disposés en fer à cheval , et qu’on découvre sous les écailles qui entourent l’ouverture postérieure de l’intestin.
Chez les autres reptiles hispeimiens , c’est-à-dire dans le sous-ordre des sauriens, le tégument tend de plus en plus à perdre le caractère protecteur qu’il porte à un degré si éminent dans la sous-classe précédente. Cependant il présente encore des saillies tuberculeuses ou squammiformes , et se montre revêtu d’un épiderme qui conserve encore une certaine épaisseur et une certaine consistance dans quelques genres , surtout au-dessus des tubercules et des squamraes. A défaut d’un appareil crypteux général , <Iont on pourrait cependant soupçonner l’existence dans (quelques espèces, nous trouvons à la partie interne des cuisses, chez la plupart des sauriens, des follicules disposés en série , qui s’ouvrent au-dehors par des pores très visibles , connus, à cause de leur siège, sous le nom de pores fémoraux ; ces porcs fournissent, par la constance de leur nombre dans chaque espèce , de bons caractères distinctifs , dont les zoologistes n’ont pas manqué de faire usage. Nous voyons apparaître dans ce groupe le système phanérique cutané , qui produit, à l’extrémité des doigts , des ongles tantôt petits et aigus , comme dans les geckos , tantôt plus ou moins forts et crochus, notamment chez les iguanoïdes.
Le système de coloration varie beaucoup et se compose de nuances diverses ou uniformes , selon les espèces; l’âge, le climat influent beaucoup sur ces nuances, qui sont (juclquefois très vives, par exemple encore chez quelques iguanoïdes. hecaméléon { f. des agamoïdes) se distingue, comme on le sait , par les changemens instantanés qu’éprouve sa coloration; il doit cette singulière disposition au développement considérable de son réseau vasculaire , dont le degré de pléthore, pouvant augmenter ou diminuer beaucoup, selon les influences d’excitation ou de débilitation que subit l’animal , modifie et fait varier par cela même très promptement l’état anatomique et physiologique de la surface.
DE LA TEAD
Ce sont les lacertoïdes , et surtout eeux des animaux de cette famille , qui se rapprochent le plus des formes ophidiennes, soit par réloijjnement ou le raccourcissement des membres, soit meme par leur disparition partielle ou entière , qui conservent le tégument le plus protecteurj nous trouvons même dans ce groupe une espèce d’écailles très rapprochée des écailles des Ainsi, dans les
scinques et les orvets , le derme, fort mince, est presque entièrement couvert de petits sacs résultant des pincemens de la couche vasculaire surmontée du pigmentum 5 et l’on voit dans ces loges des écailles subosseuses dont la structure varie 5 cette production est plus ou moins adhérente au derme.
C’est dans les geckos, au contraire, que le tégument a le plus perdu son caractère protecteur • il est devenu plus ou moins nu et mou, plus ou moins adhérent, et se rapproche davantage des conditions favorables à la sensation, l’épiderme étant en général fort mince. Ces animaux se font remarquer par l’espèce de pelotte que forme la peau de leurs doigts en s’élargissant de chaque côté de ceux-ci j ù leur surface inférieure , ces pelottes digitales portent des saillies tranversales , espèces de squainmes séparées par ' des sillons plus ou moins profonds, et armés à leur Lord I libre d’une production cornée divisée en dents de peigne j j cette disposition permet aux geckos de s’attacher aux moin- 1 dres saillies des surfaces sur lesquelles ils se tiennent I placés, et même de s’y maintenir contre leur propre poids, j jusqu’à pouvoir marcher sous une voûte ou sous un pla- ■ fond.
La peau redevient très protectrice dans l’ordre des cto- ‘ codiles. Elle doit ce caractère à deux causes différentes : !
sur le dns et les flancs, à des plaques osseuses développées ! dans l’intérieur du derme, et de même nature que celles ) des poissons ; sur les parties inférieures du corps, à des 1 plaques épidermiques. Nous retrouvons un certain nombre de ces dernières sur le dos et sur la queue , où elles se 1 se relèvent en crêtes. Du reste, le derme est assez épais, surtout à la face dorsale de l’animal j le réseau vasculaire ' a peu de développement ; le pigmentum est manifeste et co-
DANS LA SÉRIE. 211
lore différemment les faces dorsale et abdominale ; la partie sensoriale du tégument paraît être très rudimentaire. Le système crypteux général semble exister chez ces animaux, du moins voyons-nous une sorte de pore au milieu du bord postérieur de cbarjue squamme du corps 5 nous en trouvons aussi qui sont épars sur la peau de la mâchoire inférieure. Mais ce que le système crypteux nous offre ici de plus intéressant et de plus positif , c'est un amas de follicules qu’on aperçoit de chaque côté, entre les branches de la mâchoire inférieure , sous la forme d une glande ovale, et qui verse à la surface, par une lacune ou espece de fente cachée dans les plis de la peau du gosier, une humeur musquée, dont l’abondance augmente sensiblement à l’époque du rut.
Sans avoir de muscle propre ou depeaucier, le tégument des êmido-saurions reçoit des muscles rachidiens superficiels, de petits faisceaux qui vont s’attacher séparément à chaque rangée des tubercules stjuammeux du dos et de la queue: chacun de ces tubercules reçoit deux faisceaux.
Dans les tortues , la peau est encore éminemment protectrice, mais nous ne rencontrons que des écailles épidermiques, et celles-ci le plus souvent sous la forme de plaques plus ou moins grandes, supportées par des saillies du derme imbriquées ou non. Le tégument différé au reste, â cet égard, comme à plusieurs autres, selon la partie du corps qu’on examine. En général , le derme est plus épais sur les membres et le col , notamment aux régions externes et dorsale de ces parties, (jue sur les endroits ou il recouvre immédiatement le système osseux, savoii sur le crâne, sur la carapace et sur le plastron. 11 est plus distinct chez les dermochéUjdcs , ou tortues à cuir, qui ont le derme le plus prononcé. La couche vasculaire , toujours assez peu développée, l’est en général en raison inverse de l’épaisseur de l’épiderme. La couche colorante se montre en rapport avec le séjourj elle est plus abondante dans les espèces terrestres que dans les aquati({ues. Les })apilles nerveuses manquent à peu ])rès complètement. Quant à l’épiderme, très mince chez certaines tortues marines ou fluviales, telles que le luth et les trionyx , un peu plus
DE LA PEAÜ
épais et formant déjà des plaques écailleuses chez d’autres genres aquatiques, chez les chélonées, il couvre la carapace et le plastron de plaques écailleuses plus ou moins épaisses, et les membres de tubercules squammeux de plus en plus ])rononcés à mesure que les espèces deviennent plus terrestres.
On ne connaît pas de cryptes chez les chéloniens; quant à des phanères cutanés, ils ne possèdent, comme les sauriens et les crocodiles , outre ceux qui fournissent des appareils de sens spéciaux , que quelques bulbes pour la production des ongles qui arment les doigts médians.
Jusqu’aux reptiles inclusivement, nous avons vu la protection confiée ou à des parties solidifiées de l’enveloppe, ou à des produits exhalés du tissu même de celle-ci. Il n’en est plus de même dans les deux classes supérieures de la série , et nous allons voir désormais des organes spéciaux être chargés presque exclusivement de fournir des instrumens de défense aussi bien que des armes offensives. Ces organes, on le prévoit, ne seront autres que des bulbes phanériques. Déjà il en existait, comme nous le verrons plus tard, à partir des animaux invertébrés, pour les sensations spéciales; déjà nous en avons signalé dans les reptiles sauriens , érny do -sauriens et chéloniens , où ils commençaient à fournir les productions piliformes qui, en s’agglutinant , constituent les ongles. Mais le système pbanérique était encore réduit à un rôle très limité.
Chez les oiseaux, il se généralise et se charge de pourvoir à la protection ; il fournit pour cela un produit particulier qui caractériserait à lui seul cette grande classe de vertébrés. Les plumes, c’est le nom de ce produit, répondent, à tous égards , par leur composition et par leur nature, au rôle qui leur est confié. Destinées à garantir l’organisme non seulement des atteintes générales auxquelles la nature avait opposé jusqu’ici des écailles, des coquilles , etc. , mais à lui conserver sa haute température, elles jouissent des propriétés réclamées pour cette
DANS LA SÉRIK.
fonction J elles sont, selon l’expression des physiciens, éminemment mauvaises conductrices du calorique. La locomotion les emploie en outre comme de précieux auxiliaires.
On sent que le système plianérique protecteur ne pouvait prendre tant d’importance et de développement qu’aux dépens de la sensibilité générale de la surface , qui ne jouit effectivement encore que de très peu d’activité.
Les cinq couches , tant organiques qu’inorganiques du tégument, existent constamment chez les oiseaux.
Le derme a peu d’épaisseur partout où il est protégé par des plumes ; il en a davantage et devient même plus ou moins inégal dans les points où le système phanérique vient à manquer, comme cela a lieu généralement aux membres postérieurs , dans une étendue qui varie beaucoup, selon les espèces.
Le réseau vasculaire offre beaucoup de développement , comme on peut le prévoir en songeant au nombre des bulbes producteurs qu’il doit alimenter; ce réseau joue surtout un très grand rôle dans la composition des appendi ces érectiles, tels que les crêtes, etc., qui parent la tête et le commencement du cou de plusieurs gallinacés .
Il n'y a de pigmentum disposé en couche sur le derme que dans les points qui ne sont pas couverts de plumes : c’est ce qu'on voit surtout sur les jambes et les pieds, que ce produit, alors assez abondant, colore diversement en noir , en jaune , en bleu , en rouge ; quant à la coloration en rouge des appendices tégumentaires des gallinacés ^ elle est toute vasculaire. La couche nerveuse doit être extrêmement rudimentaire et ne forme pas de papilles sensoriales; on ne saurait considérer comme telle aucune des saillies que présente le derme. Peut-être cependant cette couche a-t-elle un peu de développement sur la peau qui couvre la face palmaire des doigts chez certains oiseaux préhenseurs^ tels que \es perroquets ; mais, dans les espèces qui marchent beaucoup , il n’en peut jamais être de même.
L’épiderme est mince partout où les plumes sont cliar-
DE L\ PEAU
géos de la protection^ il s’épaissit aux points où manquent CCS produits, et forme même alors ou des placfues squammeuscs ou îles callosités j ainsi les tarses et la face dorsale des doigts sont couverts d’un épiderme plus ou moins épais, quelquefois tuberculeux et ([uelquefois aussi divisé en plaques plus ou moins sijuammiformes , dont la configuration offre assez de constance j)our fournir des caractères de classification aux zoologistes. Les callosités se voient sur les points où la ])eau éprouve des pressions et des froltcmens habituels, et notamment à la face inférieure des doigts.
Le système cryptcux du tégument externe est peu prononcé chez les oiseaux ,• il n’y a chez eux de bien évident qu’un amas de follicules placé au-dessus du coccyx, et qui forme là une masse mamillaire plus ou moins adipeuse que tout le monde a remar({uée.
C’est le système plianéi-eux ([ui est , dans cette classe, la partie la plus intéressante de la peau, puisque, ainsi que nous l’avons dit , c’est lui qui donne à l’enveloppe le caractère éminemment, j’ai presque dit exclusivement protecteur qu’elle nous présente encore ici.
Ce système fournit plusieurs productions plus ou moins cornées. Les plus nombreuses sont les plumes; elles couvrent généralement presque toute la surface de l’oiseau ; les poils simples se montrent aussi, mais rarement et sur des parties fort limitées; enfin nous trouvons toujours à l’extrémité de chaque doigt des poils agglutinés formant des ongles, et quelquefois nous en trouvons d’autres qui revêtent certaines saillies osseuses de la tête et des membres , et constituent des éperons ou des espèces de cornes. Indiquons successivement les caractères et les variations qu'offrent ces trois genres de produits.
Les bulbes qui produisent les plumes sont assez considérables , mais ne diffèrent en rien des autres phanères par leur composition; nous y trouvons comme toujours une capsule fibreuse que tapisse intérieurement, d’abord le réseau vasculaire surmonté ou non d'un pigmentum colorant, et enfin une partie nerveuse qui va se terminer avec le réseau vasculaire dans une pulpe productrice.
DANS LA SÉKïEt
relle-ci a une forme déterminée dans les bulbes qui produisent les plumes, et c’est de cette forme que résulté celle du produit, par cela même que ce dernier se moule sur la pulpe qui l’exhale. Ainsi se constituent successivement les deux parties dont une plume est ordinairement composée: la lame d’abord, ou la portion destinee a paraître au-deliors, portion pleine intérieurement , formée dans le moment de la plus jîrande activité du ])liaiieie, et moulée sur la forme primitive de la pulpe productrice ; puis le tube , nortion creuse qui accuse uii decroissemeiit dans l’activité ‘et une altération dans la forme de celte même pulpe. En général , la lame est la partie la plus longue de la plume ; elle se compose elle-meme d une tige médiane qui se termine en pointe, concave et creuscc d’un sillon sur une de scs faces, convexe et lisse sur la face opposée, et portant des lamelles ou barbes ou moins fines qui s’implantent obliquement sur leur axe 'commun, barbes qui en portent eîlcs-memes souvent sur leurs bords d’autres beaucoup plus petites connues sous le nom de barbules ; ce sont ces barbules (jui, en s entrecroisant avec celles des barbes contiguës, permettent a la lame de la plume d’opposer à l’air une certaine résistance. Latif^e est formée intérieurement d’une matière médullaire blanchâtre, extérieurement d’une substance cornée. C est cette dernière couche, demeurée à peu près seule, epu constitue le tube, partie creuse et à peu près cylindrique, comme l'indique son nom; le tube se termine a son extrémité bulbaire par une pointe arrondie , percee d’un trou qui livrait passage à la pulpe génémtrice de la plume jusqu’au moment où la plume a cesse de croître (l).
a) Je ne puis mieux faire comprendre le mode de génération des plumes qu’en citant ici les détails que donne sur ce sujet M. de IDainville, dans e 1er volume de ses Principes d’anatomie comparée, page 105 et suiv.
La cavité du l.ulhe est entièrement remplie, dit notre savant anatom.ste , par une matière sul.gélatineuse, vivante, avant une forme determmee e^t offrant à sa surface des stries ou cannelures dont la disposition indique la forme <le la ^lUuiie. 1,0 île cos sillons occM\i^ le ilos du hu\hc et s clcn us
ou moins tVuiic cxlrcmilé à l’autre, en diminuant seulement de argiur