‹ Précis d'anatomie comparéeChapitre 6 sur 56 · APPAREIL UE L ABSORPTION ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL UE L ABSORPTION ALIMENTAIRE

rieure est immobile, l’inférieure s’articule avec une pièce osseuse fixée au crâne ; en sorte qu’ici l’écartement des (leux mandibules ne peut jamais être si grand cjuechezles oiseaux (i), mais surtout que chez les reptiles et les poissons à large gueule. Mais ce que les mouvemens de ces appendices perdent en étendue ils le regagnent en énergie. C’est qu’ils ne doivent plus, comme dans les organisations tjue nous avons déjà passées en revue, servir principalement à saisir et à retenir la proie , et qu’ils sont plutôt appelés à l’écraser et à la diviser plus ou moins à l’aide des dents qui les garnissent. Au reste, bien que la mâchoire inférieure s’articule toujours à un os immobile , la forme des surfaces articulaires , et par suite , leur mode de mouvement, varient selon la nature de l’aliment j cette forme n’est pas la même quand la nourriture est végétale, et demande à être hachée que lorsqu’elle consiste en une proie vivante, ou en une chair qu’il s’agit moins de broyer que de couper etde déchirer ; et la forme des dents, comme nous le verrons tout-à-l’heure, offre des variations correspondantes.

Les mouvemens de l’appendice maxillaire inférieur sont de trois sortes chez les mammifères : il exécute d’abord un mouvement vertical à l’aide duquel les deux surfaces mandibulaires s’éloignent et se rapprochent l’une de l’autre alternativement 5 ce mouvement qui est essentiel à toute espèce de manducation, existe par cela même constamment. Il n’exige, pour avoir lieu, que la rencontre de l’extrémité articulaire de la mâchoire inférieure avec une surface sur laquelle elle puisse glisser sans obstacle sous l’influence de muscles abaisseurs et releveurs. Ce genre de mobilité est le seul que nous rencontrions chez les carnassiers , et leurs habitudes alimentaires n’en réclament pas d’autres , puisque la nourriture de ces animaux ne devant être que coupée ou déchirée ; elle ne peut l’être que par la rencontre des deux moitiés de l’instrument agissant comme deux branches de ciseaux (2). Mais plus

(1) Cticz les oiseaux, la luàclioire supérieure est encore mobile.

Cette comparaison est exacte, caries dents des carnivores se croissent au

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îe mouveuient dont il s’agit devait être simple chez les carnassiers pour atteindre loiUe l’énergie qui lui est nécessaire, plus le déplacement des surfaces articulaires devait être limité. Aussi , dans ces espèces , l’extrémité du maxillaire inférieure {condijle), au lieu de reposer sur une surface osseuse plus ou moins plane et élargie, est-elle reçue dans un enfoncement {cavité glénoïde) souvent assez profond , où elle se trouve dans l’impossibilité de se déplacer au-delà des bornes étroites que lui opposent les bords de celte cavité, et dans un autre sens que celui qu’exigent l’écartement et le rapprochement alternatifs des mâchoires. Des ligamens serrés contribuent en même temps que la disposition des surfaces articulaires à maintenir celles-ci dans les limites de ce mouvement vertical, auquel des faisceaux musculaires très puissans impriment une grande énergie.

Chez les espèces qui broient leurs, alimens , et en particulier dans l’ordre des ruminans y le mouvement dont il vient d’être question se combine avec un mouvement latéral , à la faveur duquel les surfaces rapprochées par le premier sont largement promenées l'une sur l’autre. Ici nous trouvons un condyle dont la plus grande longueur est dans son sens transversal , et qui se termine par une facette aplatie ; la surface sur laquelle il se meut , est plane : cette disposition, jointe à la largeur de la capsule ligamenteuse qui embrasse l’articulation, permet, comme on le voit , à des muscles disposés en conséquence, de déplacer à la fois verticalement et latéralement la mâchoire inférieure.

Chez les rongeurs y c’est un mouvement d’avant en arrière qui se combine avec le mouvement vertical. Le condyle offre alors sa plus grande longueur dans le sens antéropostérieur , et se loge dans une fosse glénoïde qui a la même direction.

Enfin, chez les omnivores, la mâchoire jouit des trois sortes de mouvemens, à des degrés qui varient selon que

li*>n (te SP rencontrer par leur surface. C’est ce qui a lieu du uste pour toutes les (lents qui agissent comme incisives.

APPARETI, DE I.’ARSORPTrO’V ALIME:^TAIRE

les habitudes alimcnlaires se rapprochent plus ou moins de celles de l’une des catégories précédentes. Ici la forme du condylc, celle de la surface qui le reçoit, et l’étendue de la capsule ligamenteuse, enfin , la disposition et l’énergie des faisceaux musculaires varient selon qu’il s’agit de limiter ou d’étendre plus ou moins la mobilité de la mâchoire dans telle ou telle direction.

La bouche des mammifères est très diversement armée pour agir sur la nourriture. Lorsque celle-ci n’exige qu’un très faible effort pour être écrasée , et lorsque par sa nature elle est très assimilable , il peut arriver que le tégument buccal qui couvre les mâchoires se montre complètement nu ; c’est ce qu’on voit cliez les fourmiliers et les j}a?igoîins. D'autres fois , en même temps que les mâchoires sont aussi dépourvues de toute arme, le palais nous offre plusieurs séries de petites saillies cornées, pointues, dentiformes, qui rappellent un peu les dents palatines de quelques vertébrés inférieurs : ce cas est celui de Vechidné. Chez Vomiithorinque ) en échange , les arcades maxillaires inférieures portent en avant des plaques cornées â peu près comme on en trouve chez les tortues , et en arrière nous voyons aux deux mâchoires, et de chaque côté, deux pièces plus solides que les précédentes, qui représentent des espèces de dents aplaties et propres au broiement. Les haleines se distinguent entre tous les animaux, même entre ceux de leur ordre , par la singulière armure dont leur bouche est pourvue. La mâchoire supérieure et le palais sont revêtus ici d’un tégument assez épais qui donne naissance de chaque côté de la ligne médiane à des produits phanériques cornés, pileux, formant, parleur agglutination, des lames considérables, placées transversalement et qui pendent dans l’intérieur de la bouche. Ces lames, connues sous la dénomination de fanons, se terminent par une extrémité chevelue. Elles sont très nombreuses 5 on en compte jusqu’à mille sur chaque moitié latérale du palais, rangées parallèlement les unes derrière les autres. Les fanons ne peuvent ni déchirer une proie un peu volumineuse, ni servir à la trituration d’un aliment un peu résistant. Aussi les énormes cétacés qui en

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sont pourvus se nourrissent-ils de petits animaux marins qui viennent s’enofoutlrer en prodijjieuse quantité dans leur vaste g-ueule , où ils se trouvent retenus par le chevelu de ces lames cornées.

Enfin, chez tous les autres mammifères , nous rencontrons constamment des dents calcaires , et toujours ces produits sont rangés en série sur le bord des mâchoires; il n'en existe plus ni au palais, ni sur d’autres points de la bouche. Ces dents, au lieu de se trouver, comme chez poissons et la plupart des reptiles, implantés dans le tégument buccal, à la surface des mâchoires, sont toujours reçues dans des dépressions ou alvéoles des os mandibulaires.

Les dents des mammifères forment trois catégories plus reconnaissables à la constance de leur situation réciproque qu’à celle de leurs formes. En avant se trouvent des dents nommées incisives , parce que, dans la plupart des cas , leur couronne est taillée en biseau de manière à inciser. Derrière elles nous trouvons les canines, ainsi nommées à cause du développement qu’elles oUrent dans le genre chien. Ces dents sont, en généj’al , longues et pointues, et se recourbent un peu en arrière, ce qui les rend ti ès propres à saisir et à retenir une proie, et les fait ressembler aux dents crochues des poissons et des reptiles. Plus en arrière encore se montrent les dents ,

à racine simple ou multiple, et qui doivent leur dénomination à ce qu’assez ordinairement elle font l’oliice d’instrumens de trituration : leur couronne offre une surface plus ou moins large; et se trouve souvent surmontée de plusieurs tubercules ou d’inégalités qui concourent puissamment au broiement que ces dents doivent opérer.

Ces trois sortes de dents n’existent pas constamment ensemble, et surtout elles se présentent en nombre très variable et sous des formes très différentes, selon le mode d’alimentation des animaux. Quand la nourriture est essentiellement végétale, c[uand elle exige une mastication plus ou moins complète, chez les ruminans, par exemple, et chez les proboscidiens , on ne trouve souvent que des incisives et des molaires. Les incisives manquent même

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chez quelques-uns de ces animaux à l’une ou à l’autre mâchoire, et celles qui existent perdent quelquefois leur forme normale pour se transformer en longues défenses , comme on le voit chez V éléphant.

En échange, les molaires de tous ces animaux se distinguent par la largeur de leur surface triturante , et par des inégalités qui rendent cette surface parfaitement propre à broyer les herbes, les feuilles et les branches qui lui sont présentées; quand il y a des canines chez les espèces herbivores , elles ne sont ni pointues ni recourbées, et ne dépassent pas les dents voisines. Les rongeurs n’ont également que des incisives et des molaires; mais chez eux ce sont les incisives qui jouent le principal rôle. Les dents, au nombre de deux à chaque mâchoire, sont remarquables par leur longueur, par la saillie qu’elles font en avant, par l’usure en biseau de leur face interne, par la profondeur de leur implantation dans une pièce osseuse intermédiaire aux os maxillaires supérieurs et qui leur doit la dénomination d’os incisif. 11 est facile de voir que ces incisives sont éminemment propres par leur forme, par la manière dont leurs extrémités se rencontrent, et à l’aide du mouvement antéro-postérieur de la mâchoire inférieure, à user, ou, pour me servir de l’expression ordinaire , à ronger les matières souvent très-dures qui offrent une nourriture aux animaux qui les portent. Ces dents s’useraient elles-mêmes promptement à ce travail si un accroissement continuel ne réparait leurs pertes à mesure qu’elles ont lieu. Quant aux molaires des rongeurs ^ elles ont une couronne à surface sillonnée transversalement chez les espèces éminemment frugivores, tuberculeuse ciiez les omnivores, et surmontée d’éminences pointues et tranchantes dans les genres qui se nourrissent de proies vivantes.

Dans l’ordre des carnassiers^ chez la plupart des omnivores , et chez un grand nombre d’herbivores , on trouve les trois espèces de dents, mais avec des caractères particuliers dans chacun de ces groupes. Tandis que chez les herbivores les molaires ont une couronne large, aplatie, surmontée de légères inégalités linéaires dont la direction

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est toujours inverse de celle des mouvemcns trituraleurs de la mâchoire, ces mêmes dents offrent dans les omnivores une surface beaucoup plus inégale, tuberculeuse, mais qui, toutefois, conserve encore plus ou moins de largeur 5 dans les carnassiers cette surface se rétrécit d’autant plus que l’animal revêt davantage le caractère de son ordre , et les tubercules qui la hérissent , peu saillans , mousses encore chez les omnivores, deviennent ici des pointes plus ou moins tranchantes. Les molaires des deux mâchoires cessent alors de s’appliquer les unes sur les autres, pour se croiser et agir comme des branches de ciseaux. Les canines sont longues, pointues et un peu crochues chez les carnassiers j chez les omnivores elles ont, en général , moins de développement, sauf dans les ongttlogrades pachydermes (i), parmi lesquels le sanglier nous offre, comme chacun le sait, d’énormes canines saillantes et recourbées, connues sous le nom de défenses. Chez les espèces lierbivores qui possèdent des canines, les solipèdes j)ar exemple, et plusieurs ruminans, ces dents se rapprochent plus ou moins de la longueur des incisives, et prennent une extrémité plus ou moins mousse. Les incisives des carnassiers sont de longueur inégale et en général plus courtes que celles des omnivores et des herbivores; dans les deux premiers de ces groupes , nous les trouvons ordinairement plus tranchantes que dans le dernier , où ces dents prennent même quelquefois une forme plus ou moins cylindrique. Chez quelques animaux , leur forme se rapproche de celles des canines (2).

A l’extrémité postérieure du palais le tégument buccal se prolonge, chez beaucoup de mammifères, en un repli musculo-membraneux , qui se termine chez l’homme et quelques autres espèces par un renflement connu sous le nom de luetle. Ce repli est le voile du palais ; il sert de valvule aux narines postérieures , et s’oppose , en s’appli-

(1) Ce ne sont pas tous les pachydermes de Cuvier, comme on peut le voir en consultant le tableau zoologique placé à la fin du volume.

^2) ojez pour l’histoire comparée du développement et de la composition des dents, la note additionnelle placée sous ce titre à la Cn du volume.

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qunnt sur elles lors de la déglutition , à ce que les alimens et les boissons pénètrent dans les fosses nasales. Le voile du palais divise la dilatation buccale du condint digestif en deux parties qui ont chacune leur office spécial , la bouche proprement dite , où s’opère la division mécanique et l’insalivation de l’aliment, et l’arrière-bouche ou le pharynx qui est chargé de transmettre celui-ci à l’œsophage, en un mot, de la déglutition, acte volontaire, pour l’accomplissement duquel des faisceaux musculaires de la couche sous* peaucière ( muscles extrinsèques ) , viennent aider les plans charnus qui appartiennent plus particulièrement au tégument rentré ( muscles mtrinsèques ).

L’œsophage des mammifères est tout à la fois plus étroit et plus charnu que celui des classes précédentes. Sa couche musculaire se montre surtout fort développée chez les ruminans , où elle se contracte sous l’influence de la volonté 5 aussi , prend-elle ici une coloration rouge que nous ne retrouvons pas dans le plan charnu du reste du canal alimentaire. On voit en outre chez ces mêmes ruminans j ainsi que dans quelques autres groupes , les fibres contractiles de l’œsophage former autour de ce conduit deux plans spiroïdes qui se croisent. Le tégument interne est en général assez dense dans cette portion de l’appareil , et s’y montre revêtu d’un couche épidermique plus ou moins prononcée. L’œsophage a plus de capacité dans les espèces carnivores et voraces que dans les mammifères frugivores.

Les rapports de la nourriture avec la forme et l’organisation de la dilatation gastrique sont plus prononcés dans les mammifères que dans aucun autre groupe de vertébrés : de là les différences nombreuses et considérables que nous observons à cet égard entre les divers ordres d’animaux de la classe qui nous occupe. Une observation attentive permet toutefois de reconnaître un plan commun à travers toutes ces différences 5 de telle sorte qu’il est permis de dire que le plus haut degré de complication de l’estomac n’est, en dernière analyse, que le résultat du développement exagéré de sa forme la plus simple. Cet organe peut être divisé en trois régions, qui sont , en allant de gauche à droite : la panse ou le grand cul-de-sac , qui tend , en se

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développant, à former une poche distincte, le corps ou région moyenne J à lacjuelle s’abouche l’œsophafjej enfin, la région pyloriqtie. De ces trois portions du ventricule digestif, c’est la première qui varie le plus selon le mode d’alimentation : le rapport de son dévelop])ement avec l’espèce de nourriture est tel, que nous voyons la panse changer notablement de volume chez le meme animal quand il vient à changer d’aliment par suite de son âge : c’est ce qu’on peut surtout vérifier en comparant l’estomac d’un ruminant à la mamelle avec celui d’un ruminant adulte. C’est dans les espèces éminemment herbivores que l’estomac et tout particulièrement son grand cul-de-sac , offrent le plus d’ampleur et de complication , et dans les espèces éminemment carnassières que cet organe est le plus simple, et que sa région gauche a le moins de développement. Dans les animaux plus ou moins omnivores, sa forme et sa grandeur se rap})rüchent aussi plus ou moins de ces deux extrêmes, selon que la nourriture est plus végétale qu’animale, ou plus animale que végétale. Il existe néanmoins quelques exceptions à cette règle générale : ainsi , les cétacés , bien qu’essentiellemcnt carnassiers , nous présentent un estomac divisé en plusieurs poches. En échange, celui de quelques herbivores, tels que les qirohoscidiens ^ est d’une grande simplicité. Mais ces exceptions ont moins d’importance qu’on ne pourrait être tenté de leur en attribuer au premier abord j car, si le ventricule d’une haleino est compliqué, tandis que celui de Vélôphant est uniloculaire, c’est que la première avale son aliment sans le broyer (i), tandis que la nourriture du second n’arrive dans l’organe digestif qu’après avoir été parfaitement réduite en bouillie par l’action combinée de la salive et des énormes molaires dont est pourvu ce graingradc. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que l’estomac des mammifères carnassiers diffère encore de celui des herbivores par l’é-

(1) Les baleines, conime nous l’avons vu , n’ont rjue (les fanons ; les carlielols et surtout les daupliiiis, n’ont ejuc des dents connjues rjui ne sotrt pinjues fju’à saisir et à retenir la jiroie; le système dentaire du narval sc lèduit a la longue défense iinjdantéc dans son oj incisif.

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j)aisseur et Ja composition anatomique de ses parois. Dans les premiers, celles-ci n’ont qu’une épaisseur médiocre j leur réseau vasculaire a moins de développement, leurs cryptes sont moins nombreux; elles manquent complètement d’épitheliuai. L’estomac des herbivores au contraire SC fait remarquer par la force de sa couche musculaire , j)ar le développement de ses vaisseaux , le nombre de ses cryptes, et parla présence d’un épithélium plus ou moins épais dans le grand cul-de-sac.

Citons quelques exemples des différences que nous venons de signaler dans la forme et la texture de l’estomac des mammifères.

Les deux extrêmes de la simplicité et de la complication (le cet organe se rencontrent, d’une part, dans la famille des carnassiers /jfnx/ÿrudes ; de l’autre, dans celles des ru~ minans

Chez les pinnigrades , savoir chez le/a/io^we et le morse y l’estomac se rapproche beaucoup de la forme qu’il nous a offerte chez les poissons; c’est une dilatation fort médiocre du conduit alimentaire, sans cul-de-sac gauche, et dont le cardia et le pylore occupent les deux extrémités. Viennent ensuite les estomacs de digitigrades (l), celui de Vhomme et de quelques autres omnivores, qui n’offrent (]u’un cul-de-sac gauche fort médiocre bien que le cardia et le pylore soient déjà plus rapprochés. Chez les singes y animaux frugivores , mais qui ont des molaires tuberculeuses très propres à la mastication, l’estomac est simple, mais plus globuleux que celui de l’homme. Chez beaucoup d’herbivores, tels ejue \cs solipèdes y la dilatation gastrique est encore uniloculaire, et même d’un développement médiocre ; toutefois les portions gauche et droite commencent à se distinguer par la présence de l’épiderme dans la première, et chacune de ces portions tend à se réserver un rôle particulier dans l’acte digestif, la gauche se chargeant de la macération de l’herbe, la droite, de sa chymifîca-

(1) L’ours, le tigre et le lion font neanmoins exception à cet égard, la portion gauche de. leur ventricule étant passablement développée, sans doute pour suppléer à l’imparfaite mastication de ces grands carnassiers.

tioii (i). Mais chez d’autres herbivores, chez plusieurs rongeurs, tels que \e porc-épic , chez V hippopotame ^ paruii les gravigrades ; chez quelques didelphes , l’estomac se suhsubdivise plus ou moins nettement en plusieurs poches. Nous arrivons ainsi à l’estomac compliqué des ruminans , dont l’organisation mérite de nous occuper un instant.

Le système gastrique des rumhians se compose de quatre poches : les deux premières, la panse et le bonnet, représentent la région gauche, le grand cul-de-sac du ventricule des autres mammifères 5 une troisième , \c feuillet, est formée par le corps ou la partie moyenne de l’organe ; la quatrième nommée la caillette, n’est autre que la section pylorique.

Les hei’bes , grossièrement divisées, sont d’abord versées par l’œsophage dans la panse , sac énorme , espèce de réservoir où l’aliment est mis provisoirement en dépôt jusqu’à ce que l’animal ait achevé sa provision. A ce moment commence ce qu’on appelle la rumination : la panse se contracte, fait passer successivement son contenu dans le bonnet , petite poche globuleuse qui s’ouvre à la partie supérieure delà panse, dont elle n’est à vrai dire, qu’une dépendance. Dans le bonnet la nourriture s’imbibe de sucs macérateurs et se façonne en petites pelotes qui sont rendues à l’œsophage ; ce conduit , par une anti-déglutition , ramène ces petits bols alimentaires dans la bouche, où ils sont soumis à une mastication complète. Celle-ci achevée, l’aliment est avalé de nouveau , et cette fois l’œsophage le verse à droite , dans le feuillet , où il arrive à la faveur de deux colonnes charnues qui, par leur contraction, lui forment à la suite du canal œsophagien un conduit complémentaire, du feuillet où elle commence à subir la véritable action digestive, la nourriture passe dans la caillette, où elle achève de se convertir en chyme.

Ces ouatre estomacs dilfèrent éminemment les uns des

autres par le développement et la disposition de leurs

(1} La ilirection transversale de l’estomac des solipèdes a d’ailleurs pour effet de p^rolonger le s(?jour du bol alimentaire dans cet organe et rend superflue tout autre tlisposilion tendant à ce but. C’est à cette même direction qu’il faut attribuer lu difficulté avec laquelle vomissent les clievanx.

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incmbraDes conslituantes, La surface interne de la panse est couverte île saillies ])apillaircs plus ou moins fj^rosses j celle (lu bonnet nous offre un réseau de plis qui forment, j)ar leur rencontre , un grand nombre de petites cellules jiolygonales; dans le feuillet nous trouvons d’autres plis ])lus saillans, et qui, par la ressemblance de leur forme et de leur disposition réciproque avec celles des feuillets d’un livre, ont valu à cet estomac le nom (ju’il portej la caillette enfin, nous offre aussi quelques plis, mais beaucoup moins nombreux et moins saillans que les précédons j et à cela près, la surface {gastrique , couverte de papilles jus(jue dans le feuillet , devient ici parfaitement unie.

L'épidenne de rœsophage se prolonge dans les trois premières poches gastriques des ruviinans ; il ne manque que dans la caillette, dont le tégument interne se monlre à nu avec tous les caractères d’une membrane muqueuse. La tunique musculeuse est surtout très développée dans la panse et dans le bonnet. Enfin, le système crypteux de l’estomac est fort peu abondant dans la panse, un peu plus dans le bonnet , etdevient d’autant plus considérable qu’on se rapproche davantage du pylore.

Telle est la disposition générale de l’estomac des ruminons. Plusieurs différences se font remarquer entre les ruminons à cornes et les caméliens , sous le rapport de la forme et du développement proportionnel des diverses poches dont se compose cet organe. Entre toutes ses particularités, nous ne croyons devoir signaler ici que la présence d’énormes cellules à la partie la plus déclive de la panse des chameaux. Ces cellules , dont l’ensemble a été considéré comme formant une cinquième poche gastrique, font l’oflice de réservoirs dans lesquels ces ruminans conservent pendant un temps considérable nue provision d’ean suflisante à leurs besoins. Cette disposition, si utile à des animaux appelés à servir l’homme dans les contrées les plus arides du globe, et qui rendlcs chameaux si précieux pour les longs voyages du désert, n’est pas un des moindres témoignages rendus par la nature à la sagesse et à la bonté providentielle de son Auteur.

L’extremilé p} loi'i(|ue de l’estomac des mammifères est

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renforcée par un bourrelet annulaire assez dense , formé parle tissu cellulaire sous-dermique. Après l’avoir traversé, nous arrivons dans l’intestin, où ce bourrelet forme une saillie plus ou moins marquée. L’intestin est ici généralement plus long que chez les autres ostéozoaires. Ses dimensions sont assez constamment en rapport avec la nourriture, c’est-à-dire que , toutes choses égales d’ailleurs, ce conduit est plus long et plus large chez les mammifères herbivores que chez les carnassiers 5 les omnivores occupent, sous ce rapport, un rang intermédiaire. Ainsi, chez les ruminans , qui de tous les mammifères phytophages, ont les intestins les plus considérables, ces organes ont jusqu’à vingt-huit fois la longueur totale du corps, tandis que dans les carnassiers f//9f//'|5frade.î ils ne sont que de trois à cinq fois plus longs que ce dernier.

Les deux sections du canal intestinal se distinguent assez ordinairement par une différence plus ou moins sensible de diamètre, et surtout par l’aspect de leur surface interne : elles sont , en outre, très fréquemment séparées par un repli valvulaire du tégument interne.

L’intestin grêle, beaucoup plus long que le gros , et d’autant plus distinct de lui à tous égards (jue la nourriture est plus végétale, a été subdivisé lui-même en trois portions désignées sous les noms de duodôniitn , jéjiimim et iléon; mais cette division est toute gratuite, du moins quant aux deux dernières portions, qu’aucun caractère anatomique ni physiologique ne distingue l’une de l’autre. On n’en peut pas dire autant de la distinction établie entre le duodénum et le reste de l’intestin grêle, car elle repose sur des différences anatomiques incontestables, et qui nous indiquent chez les mammifères un nouveau degré de localisation de fonctions. Le duodénum, riche surtout en cryptes, est beaucoup moins un organe d’absorption que de seconde digestion , et la pâle alimentaire ne fait guère qu’y subir l’action modificatrice de la bile et du suc pancréatique. C’est le reste de l’intestin grêle qui est plus spécialement chargé de la séparation et de l’absorption du chyle; aussi les cryptes deviennent-ils ici plus rares et sont-ils remplacés par des villosités nombreuses et souvent

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fort longues , dont l’action est favorisée par de nombreux pincemens de la membrane muqueuse connus sous le nom tle valmdes conniventes . L’intestin grêle forme un grand nombre de circonvolutions qui contribuent aussi à ralentir la marche de la matière alimentaire et à la maintenir plus long- temps en contact avec la surface absorbante.

Le gros intestin débute souvent par une sorte de renflement que sa disposition en cul-de-sac a fait désigner sous le nom de cæcum. 11 faut se garder d’assimiler le cæcum des mammifères aux diverticules que nous avons signalés sous le même nom chez les autres classes de vertébrés, et notamment chez les oiseaux. Placé sur le trajet même du canal intestinal, dont il est partie intégrante, traversé comme toute autre portion de ce tube, par le résidu de la pâte nutritive , qui paraît même s’y arrêter plus qu’ailleurs , et y subir une nouvelle et dernière élaboration, ce cæcum n’est autre chose qu’une nouvelle dilatation ax^êogue à l'estomac , dont elle atteint et surpasse même le volume chez quelques espèces telles que le lièvre. C’est dans les mammifères phytophages que ce renflement intestinal a le plus de développement, et l’on en conçoit aisément la raison* organe de dépôt pour le résidu excrémentiliel, il devait être plus volumineux là où un aliment moins assimilable fournit une plus grande quantité de ce résidu. C’est pour cette même raison que nous voyons diminuer et disparaître même cette poche dans les espèces carnassières.

Si le cæcum des mammifères ne peut être pour nous l’analogue des diverticules qui se trouvent chez les oiseaux sur la limite des deux intestins , ce n’est pas à dire cependant que ces derniers aient disparu dans la première classe des vertébrés. Loin de là , nous rencontrons chez un grand nombre d’entre eux , notamment chez les édentés, chez \esro7igeurs, chez \es solijjèdes , chez r/iomme,etc., un ou mêmedeux (i) appendices aveugles, d’une longueur considérable dans certaines espèces , et dont la fonction semble être de verser dans le gros intestin , à l’origine

(1) Clifi le fourmilier.

DAMS LA SÉRIE.

duquel ils sont aussi placés , le produit d’une sécrétion crypteuse.

Le reste de cet intestin , d’un calibre d’autant plus différent de celui de l’intestin grêle que l’animal est plus herbivore, souvent boursouflé d’espace en espace par le froncement que lui impriment trois rubans musculaires plus courts que lui, et qui régnent dans sa longueur, le gros intestin, dis-je, après avoir, sous le nom de colon y contourné la masse des intestins grêles, se porte vers la ligne médiane et va se terminer en prenant la dénomination de rectum, à l’extrémité postérieure du tronc par un orifice particulier. Une seule espèce, Vornithoy'inqiie , nous offre, comme les oiseaux, un cloaque ou réceptable commun des excréraens solides, de l’urine et des produits de l’appareil génital.

Les cryptes annexés au conduit alimentaire ne sont, dans aucune classe, aussi nombreux que dans celle des mammifères ; nulle part leurs produits ne sont aussi variés; nulle part aussi les glandes qu’ils forment par leur agglomération n’atteignent un volume aussi considérable.

Nous en observons d’abord un grand nombre dans la dépendance de la bouche. Les uns isolés et répandus sur toute la surface de cette cavité, ou agrégés et formant de petites masses immédiatement sous-tégumentaires {les amygdales) , versent à la surlace un liquide muqueux qui sert à préserver celle-ci de l’action irritante des divers corps qui passent ou séjournent sur elle; aussi ce genre de cryptes est-il d’autant plus abondant que l’épiderme buccal est moins épais. Les autres cryptes buccaux forment plusieurs paires de glandes salivaires qui sont moins imméj diatement sous-tégumentaires que les masses précédentes,

! et versent leurs produits dans la bouche par de vrais canaux excréteurs plus ou moins longs. La plus volumineuse de ces glandes est la parotide placée derrière la branche montante de la mâchoire inférieure. Les glandes salivaires sont en rapport de développement avec la nature plus ou moins sèche de l’aliment; très grosses chez les animaux qui, tels que beaucoup de rongeurs , les sohpèdes , les ruminans , etc. , vivent d’écorces, de feuilles ou de plantes

7G APPAREIL RE l’aIJSORPTIOIN ALIMENTAIRE

herbacées, elles sont médiocres, petites chez carnassiers ^ et milles chez les mammifères aquatiques, dont la nourriture, toujours plus ou moins humectée, ne s arrête pas dans la bouche. On remarque aussi que chez les rongeurs ce sont les {^landes antérieures, et chez les carnassiers , les postérieures qui l’emportent en développement. .

L’estomac est semé d’un très jjrand nombre de cryptes , tant mucipares (pic producteurs des liquides qui doivent modifier l’aliment pour le convertir en chyme. Lorsque la nourriture a besoin de subir une certaine macération dans la portion gauche de l’organe, avant d’arriver dans la région pylorique, on trouve dans la première un très grand nombre de ces -petits agens sécréteurs ; il 3" en a beaucoup dans la panse, et surtout dans le bonnet des ruminans. Chez le castor , on remarque au côté droit du cardia une agglomération considérable de cryptes qui produisent une humeur muqueuse. Le nombre des cryptes isolés ou simplement agrégés est encore plus considérable dans le duodénum , surtout chez les espèces herbivores. Leur produit concourt à la cliylification de la pâte chymeuse , avec la bile et la salive pancréatique. Le pancréas existe constamment c\\ç.z\e.s mammifères ; il se compose ordinairement de deux lobes , et s’ouvre souvent dans le duodénum par deux canaux distincts. Le foie, proportionnellement moins volumineux dans cette classe que dans les précédentes, est composé généralement de trois lobes qui se subdivisent souvent en plusieurs lobules. Cette dernière disposition se remarque surtout chez les rongeurs et chez les animaux qui sautent; mais on ne sait à quelle circonstance physiologique elle se rattache. Le tissu de cette glande, homogène dans la plupart des cas, se montre ici quelquefois composé de deux substances dont l’une est plus foncée que l’autre, et qui, par la manière dont elles sont disposées l’une à l’égard de l'autre , donnent au parenchyme hépatique un aspect granuleux. La vésicule biliaire manque dans beaucoup de mammifères y sans qu’on puisse établir les 'conditions de son absence ou de sa présence , car on la voit exister ou manquer chez des genres très voisins ;

DANS LA SÉRIE

•c^est ainsi que nous la rencontrons chez les runiùians à corne J tandis que les rtimmans à bois en sont privés.

Le reste du canal intestinal nous offre encore un certain nombre de cryptes. Ces organes forment dans Tintestin grêle les plaques auxquelles Peyer a donné son nom , plaques qui ont ceci de remarquable qu’elles revêtent une forme particulière dans chaque espèce. Le cæcum , et sur-* tout son appendice , sont très riches en follicules sécréteurs. Enfin, dans beaucoup de mammifères, chez la plupart des carnassiers, chez quelques rongeurs, nous trouvons autour de l’anus des agglomérations considérables de cryptes qui sécrètent une humeur plus ou moins odorante j mais, comme cette humeur n’est pas versée dans l’intérieur même de l’intestin , comme elle n’a rien de commun avec la fonction de l’appareil alimentaire, nous ne croyons devoir parler de ces petites glandes anales qu’en traitant des appareils auxquels elles semblent se rattacher physiologiquement.

APPAREIL DE l’aRSORPTION GAZEUSE

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