LESIONS DE LA LYMPHE
A la place du liquide que doivent normalement contenir les vaisseaux lymphatiques et le canal ihoracique, on trouve quelquefois dans leur cavité diverses uiatières liquides ou solides qui tantôt paraissent y avoir été créées , et qui tantôt ne semblent y avoir é:é qu'introduites par absorption.
Un liquide semblable à du sang a été trouvé dans les vaisseaux lymphatiques. Ainsi Mascagni a cité plusieurs cas d'épanchemens sanguins de la plèvre ou du péritoine . et où du sang remplissait plusieurs des lymphatiques qui rampaient sous ces membranes. Ceux qui se livreront à de semblables recherches ne doivent pas oublier que la lymphe du canal thoracique a quelquefois une teinte rosée , et môme une couleur rouge assez prononcée, et que cette même couleur a été retrouvée dans quelques lymphatiques , sans que rien portât à soupçonner que du sang y ait été introduit par voie d'absorption. M. Magendie a d'ailleurs trouvé à ccl égard un fait très-important : c'est que le liquide
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contenu dans le système lymphatique présente une teinte rosée plus ou moins claire , toutes les fois que les animaux soumis à l'expérience ont subi un jeûne prolongé.
M. Dupuytren a trouvé , il y a plusieurs années , distendus par du pus les vaisseaux lymphatiques d'un des membres abdominaux , dans lequel existait un foyer purulent. Pendant long-temps ce fait resta sans analogue ; mais depuis deux ou trois ans les recherches s'étant de nouveau portées de ce côté , du pus a été assez fréquemment rencontré dans l'appareil de Ja circulation de la lymphe. Outre le cas cité plus haut, j'ai trouvé une autre fois le canal ihoracique rempli de pus, chez une femme dont une des veines était en suppuration ; les parois du canal étaient en même temps rouges et friables. M. Velpeau a trouvé du pus dans les lymphatiques des membres abdominaux ^ chez des femmes affectées du plilegmasia alba dolens. Chez une femme qui avait des abcès dans les h'gamens larges et une péritonite, j'ai vu plusieurs vaisseaux lymphatiques qui vont se rendre au réservoir de Pecquet, remplis par une matière puriforme. J'ai aussi retrouvé plus d'une fois un liquide , ayant toutes les qualités du pus , dans des vaisseaux lymphatiques qui partaient d'ulcérations intestinales. La même observation a été faite par Sœmmering , ainsi que par M. Gendrin. Au rapport de Mascagni , il ne serait pas non plus très-rare de rencontrer du pus dans les vaisseaux lymphatiques des poumons dans les phthisiques. Mes propres recherches n'ont pas confirmé cette assertion. Dans un cas de gangrène des extrémités
inférieures, le docteur Laulh, de Strasbourg, dit avoir conslalc dans plusieurs vaisseaux lymphatiques, et jusque dans le canal thoracique , la présence d'une matière sanicuse, semblable à celle qui existait dans les parties gangrenées.
Au lieu de pus , j'ai trouvé plusieurs fois dans les lymphatiques une matière concrète, blanche, friable, semblal)le à des tubercules ; le canal thoracique en était rempli , chez une femme qui mourut à la Charité d'un cancer utérin, en 1824. H n'est pas trèsrare d'observer une pareille matière dans les vaisseaux lymphatiques des intestins chez les femmes phthisiqucs ; c'est ordinaii-ement au voisinage des ulcéralions qu'elle existe. Les lymphatiques apparaissent alors comme des cordons noueux et blanchâtres , qui des intestins se dirigent vers le mésentère , où on peut les suivre pendant un trajet plus ou moins long. J'ai vu un cas où une matière d'apparence tuberculeuse remplissait simultanément, 1°. plusieurs lymphatiques inguinaux; 2°. d'autres lymphatiques qui se dessinaient sur les parois du bassin ; 5°. les lymphatiques de la périphérie du poumon ; l^". le canal thoracique. Je crois devoir replacer ici, avec quelque détail, ce dernier fait que j'ai déjà publié ailleurs (1).
Unejemme atteinte d'un cancer utérin, mourut à la Charité dans le cours du mois d'août 1824. Les canolions du mésentère et ceux de l'excavation du bassin formaient au-devant de la colonne vertébrale d'énormes masses cancéreuses. Les ganglions de l'aine
(1) Rccliorchcs pour servira t'Iiislolrc des mnLidics du sysUmc lymphuliquc, dans les Archiicy de Médecine, tona. VI.
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et ceux qui entourent les bronches avant leur entrée dans le poumon , étaient également cancéreux, les uns en partie, les autres en totalité.
De plusieurs des ganglions inguinaux, devenus cancéreux , partaient des vaisseaux lymphatiques distendus par de la sérosité limpide et incolore, et présentant d'espace en espace des points blancs qu'une légère pression déplaçait. La matière qui formait ces points blancs semblait donc n'être que contenue dans la cavité des vaisseaux. En effet , une incision légère ayant été pratiquée aux parois vasculaires, cette matière s'en échappa spontanément par le seul fait de l'élasticité des vaisseaux qui la contenaient. Elle était d'un blanc mat, d'une consistance médiocre, s'écrasait facilement sous le doigt, et ne présentait d'ailleurs aucune trace apparente d'organisation. Plusieurs de ces caractères la rapprochaient davantage du tubercule que du cancer. Des vaisseaux lymphatiques ainsi distendus d'espace en espace par de semblables grumeaux de matière blanche, tantôt arrondis en petites masses , tantôt allongés en cylindres , pouvaient être suivis très-facilement sous l'arcade crurale, dans le bassin , jusqu'au milieu de la masse cancéreuse qui existait au-devant du rachis. Le canal thoracique se dégageait du milieu de cette masse au niveau des dernières vertèbres dorsales. En trois ou quatre endroits ce canal était fortement distendu et comme obstrué par cette même matière d'un blanc opaque qui remplissait les lympliatiques. Elle y formait des masses dont la plus grosse égalait le volume d'une noisette, et qui, comme dans les vaisseaux.
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était contenue dans la cavité du canal sans avoir aucune sorte de connexion avec son tissu.
Enfin, la surface interne des deux poumons était parcourue par un grand nombre de stries blanches , entièrement semblables par leur disposition à des vaisseaux lymphatiques pleins de mercure. Ces stries étaient effectivement des vaisseaux que remplissait la même matière que nous venions de trouver dans d'autres lymphatiques et dans le canal thoracique. On en suivait facilement plusieurs jusqu'aux ganglions bronchiques dégénérés en cancer. L'intérieur des deux poumons, et surtout du gauche, contenait également plusieurs de ces vaisseaux, semblables à des filets blancs , renflés par intervalles. Tantôt on les y trouvait isolés ; tantôt agglomérés en quantité plus ou moins grande , ils représentaient des espèces de plexus. D'ailleurs , en aucun point des poumons on ne trouva rien qui ressemblât à des tubercules ; les parois mêmes, soit des vaisseaux lymphatiques de l'aine, soit du canal thoracique, du bassin et des poumons, ne présentèrent aucune altération appréciable.
Mascagni et Saunders disent avoir rencontré un liquide semblable à de la bile dans les lymphatiques du foie : je n'ai jamais observé rien de semblable ; mais j'ai souvent reconnu une teinte jaune très-prononcée dans la lymphe du canal thoracique, chez des individus ictériques.
Au rapport de Sœmmering , des amas de phosphate calcaire ont été rencontrés dans les vaisseaux lymphatiques, et M. Lauth , dans sa thèse inaugurale déjà citée, parle d'un cas de carie de l'os des iles
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dans lequel on trouva les lymphatiques du bassin reaiplis de matière osseuse.
Nous avons déjà vu que le canal thoracique peut s'oblitérer par suite d'une altération qui a son siège dans ses parois mômes. Sa cavité peut aussi être obstruée par des matières morbides qui y ont été créées ou introduites; enfm, son obstruction pourrait résulter de la présence d'une tumeur qui comprimerait le canal.
Lorsque le canal thoracique est oblitéré , plusieurs voies supplémentaires sont ouvertes à la circulation de la lymphe. Ces voies sont particulièrement les suivantes :
1°. Le grand tronc lymphatique droit.
2°. Des vaisseaux collatéraux qui se détachent, comme des espèces d'anses, d'un point du canal thoracique , et vont s'y terminer au dessus du point où a lieu l'oblitération.
5°. Au lieu de ces vaisseaux, un second canal thoracique qui, naissant du réservoir de Pecquet, marche parallèlement à l'autre , sans communiquer avec lui , jusque près de la veine sous-clavière gauche ; là, les deux canaux se réunissent, et la veine n'en reçoit qu'un seul.
4°. De gros vaisseaux lymphatiques qui s'ouvrent directement dans diverses parties du système veineux. Ainsi des recherches récentes ont montré qu'un vaisseau lymphatique considérable s'ouvre souvent dans la veine azygos; qu'un autre , non moins volumineux,, se termine à la veine cave vers la troisième vertèbre lombaire ; que d'autres lymphatiques versent le li-
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quille qu'ils contiennent dans la VQÎne iliaque primitive, dans la splénique, dans la mésent(5rique , dans les rénales, enfin dans la veine porte. Ces voies anastomotiques, qui ne sont pas constatées chez l'homme, le sont au contraire beaucoup plus chez les oiseaux. Chez eux c'est de toutes parts, en quelque sorte, que de libres et nombreuses communications sont ouvertes entre les systèmes veineux et lymphatique.
5°. On a enfin admis que les vaisseaux lymphatiques communiquaient avec les veines soit dans l'intérieur des ganglions, soit à leur origine au sein des divers parenchymes.