‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 64 sur 64 · LÉSIONS DES GANGLIONS LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES GANGLIONS LYMPHATIQUES

Deux parties distinctes entrent dans la composition analomique de ces ganglions: i°. du tissu cellulaire ; 2°. des vaisseaux lymphatiques qui font de nombreuses circonvolutions. Cette composition peut être prouvée soit chez l'homme par les injections, soit chez certains animaux où la trame celluleuse disparaît, et où, à la place d'un parenchyme, on ne trouve plus que des plexus composés d'une infinité de lymphatiques entrelacés les uns avec les autres comme le sont les nerfs dans les plexus nerveux. C'est donc dans ces deux principaux élémens analomiques qu'il faut chercher le siège des lésions des ganglions lyni-

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plialiques; mais d'abortl rcaiarquons que ces lésions ne sont pas également communes à loas les âges : elles sont plus fréquentes à l'époque de la viCjOÙ normalement les ganglions jouissent d'une nutrition plus active , de telle sorte que ce cas particulier vérifie cette loi générale en vertu de laquelle la fréquence des maladies de tout organe se trouve être en raison directe de son développement de structure ou d'action. C'est donc dans l'enfance que la théorie conduirait à admettre que les maladies des ganglions lymphatiques sont les plus communes, et c'est efîectivemcnt ce qui a lieu.

Un anatomiste allemand, le docteur Bœker, s'est occupé plusieurs fois d'injecter avec du mercure des ganglions lymphatiques diversement altérés , et toujours il a vu l'injection traverser librement le-s vaisseaux lymphatiques ; d'où il a conclu que dans la plupart des états morbides des ganglions le siège principal de la maladie est dans le tissu cellulaire interposé entre les vaisseaux , ou dans les parois de ceuxci , mais qu'il n'y a pas obstruction de leurs cavités. Quel que soit leur siège , les états morbides des "anglions lymphatiques se réduisent, comaie partout, à des lésions de circulation, de autrition Ou de sécrétion.

L'hyperémie active est fréquente dans les "^angilons lymphatiques ; elle est accompagnée d'une remai^qwable turgescence de leur tissu; elle peut être aiguë, ou chronique; n'aflecter qu'un ganglion isolé; s!etendre à plusieurs^ ou les envahir tous simultanément.. Ainsi hyperémiés, les ganglions lymphatiques sont rouges, tuméfiés, et ils deviennent Irès-lriables. H. ' 39

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Au lieu de devoir leur augiiienlalion d(^ volume à une simple congestion sanguine, les ganglions lyivipliatiques peuvent s'hypertrophier , et alors ils présentent un accroissement de volume et de dureté qui coïncide tantôt avec une couleur rouge grise ou brune de leur tissu , et tantôt avec une décoloration complète de ce même tissu. L'induration blanche des ganglions lymphatiques constitue ce qu'on appelle leur état squirrheux ; on n'y trouve plus alors qu'un tissu homogène, dur, criant sous le scalpel, d'un blanc mat ou resplendissant comme de la nacre. Au milieu de ce tissu apparaissent quelquefois des vaisseaux injectés, qui ne sont pas des vaisseaux de nouvelle formation, comme on l'a dit, mais qui appartiennent à la structure normale du ganglion ; ils en sont en quelque sorte un débris.

Les ganglions lymphatiques sont fréquemment le siège de diverses sécrétions morbides.

D'abord, sous l'influence d'une hyperémie antécédente plus ou moins appréciable, les ganglions peuvent suppurer, l^e pus qui s'y amasse s'y présente de trois manières : i°. infiltrant leur tissu, qui est alors grisâtre et Diou , et dont la pression fait suinter un hquide purulent; 2*. dissénfiné dans ce tissu, sous forme de points isolés, de gouttelettes en quelque sorte , autour desquels le tissu peut être ou altéré , ou parfaitement sain en apparence; 5". rassemblé au milieu du ganglion en un foyer plus ou moins considérable , qui , dans quelques circonstances, occupe tout ce ganglion; alors on ne trouve plus à son intérieur de traces de parenchyme : il ne reste plus que son enveloppe celluleuse qui entoure l'abcès, comme feraient les parois

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d'un kyste, lùifin celte enveloppe elle-même peut s'allérer; elle se rauiollit , s'ulcère, se perfore; et le pus , rassemblé dans le ganglion , se fraye une issue au dehors.

Les ganglions lymphatiques sont une des parties du corps où se sécrète le plus souvent de la matière tuberculeuse. Elle y présente les mêmes variétés d'aspect que le pus; comme celui-ci elle peut s'infiltrer, n'occuper que quelques j>oints isolés du ganglion , ou en avoir envahi la totalité. Les ganglions lymphatiques sont une des parties où r»n peut voir le mieux la. matière tuberculeuse naître à la suite d'un travail d'hyperémie. Souvent, en effet, au sein de ganglions volumineux et rouges dans leur totalité, on aperçoit quelques points tuberculeux, qui semblent s'être déposés dans un tissu préliminairement hyperémié , comme chez d'autres individus s'y serait déposé du pus. Mais il faut reconnaître qu'il y a aussi d'autres cas où l'on trouve des tubercules dans un ganglion, sans que rien démontre dans celui-ci l'existence d'une hyperémié actuelle ou antécédente; et ce n'est plus que par hypothèse ou par analogie que cette hyperémié peut être alors admise.

J'ai dit qu'il y avait sécrétion de la matière tuberculeuse au sein des ganglions. Dans l'état actuel de la science , c'est ce qui doit être admis. Mais peutêtre un jour les faits conduiront-ils à donner à cette matière une autre origine ; peut-être la regardera-t-on comme susceptible de se former dans l'intérieur même des vaisseaux lymphatiques qui s'entrecroisent dans les ganglions; peut-être, enfin, ne reculera-t-on pas devant l'idée que cette matière est

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un simple résultat d'une altération de la lymphe elle"-^ même , altération soit spontanée , soit produite par un état morbide des vaisseaux eux-mêmes , soit résultant du simple fait d'un obstacle mécanique à la libre circulation du sérum dans les plexus lymphatiques. Supposez ce sérum venant à contenir accidentellement de la fibrine : pourquoi ne se coaguleraitil pas dans Içs lymphatiques , soit isolés , soit réunis en plexus, comme cette même fibrine se coagule dans les vaisseaux sanguins? Rappelons- nous ces cas cités plus haut, où nous avf ns trouvé remplis de matières tuberculeuse le canal thoracique et plusieurs vaisseaux lymphatiques. Pourquoi cette môme matière n'auraitelle pas existé dans les lymphatiques mêmes des ganglions d'où naissaientces canaux, ganglions qui étaient transformés en masses blanchâtres, soit dures, soit plus ou moins ramollies? Rapprochons ces cas de ceux où nous avons vu des mosses dites cancéreuses être constituées dans la rate, dans le foie, dans le poumon, par du sang coagulé et plus ou moins altéré, et lirons-en la conséquence, que nous avons encore bien des recherches à faire sur l'origine et sur la nature d'un grand nombre de productions morbides.

Un autre produit de sécrétion morbide, la mélanose , se dépose souvent aussi dans les ganglions lymphatiques. Un grand nombre de tumeurs mélaniques , décrites par les auteurs soit chez l'homme, soit chez les animaux, ne me paraissent être autre chose que des ganglions lymphatiques colorés en noir. Quelles sont, dans les ganglions lymphatiques, les causes qui favorisent la production de la mélanose ? Est-ce l'irritation qui lui donne naissance? Oui, dans

quelques cas; car, nous le répéterons sans cesse, en modifiant dans les ganglions comme ailleurs les deux grands actes de nutrition et de sécrétion, il n'est aucune altération dont l'irritation ne puisse être la cause occasionelle. Mais certainement personne, je crois, n'oserait soutenir que la teinte noire que présentent si souvent les ganglions bronchiques est une ganglionite.

Des amas de phosphate calcaire s'observent parfois dans les ganglions lymphatiques. La présence de ce sel dans les ganglions y coïncide souvent avec la présence de matière tuberculeuse ; souvent il n'y existe que comme de petils grains de sable mêlés à cetle matière ; d'autres fois ce sel y forme des masses considérables , et il est des cas où tout un ganglion se trouve métamorphosé en un corps comme pierreux, où l'analyse découvre à peine quelques traces de matière animale.

Les ganglions lymphatiques ne se remplissent ordinairement de phosphate calcaire qu'à une époque assez avancée de la vie. Cependant , chez un jeune garçon à peine âgé de seize ans, j'ai trouvé dans les ganglions qui entourent leg bronches, dans ceux du mésentère et du bassin , un grand nombre de concrétions semblables à de la craie, à laquelle était mêlée une matière grasse , comme suifeuse , qui étail très-loin d'avoir l'aspect du tubercule ordinaire. Des masses de concrétions crayeuses existaient aussi dans les poumons de ce jeune homme ; mais chez lui existait de plus une circonstance digne de remarque : c'était un vaste foyer purulent dans l'une des fosses

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iliaques, avec déperdition cessez, considérable de Fa substance de l'os des îles.

Ces amas de phosphate calcaire dans les ganglions lymphatiques et dans les poumons étaient-ils liés à l'état de l'os des île&? Le phosphate calcaire qui ne se déposait plus en quantité convenable dans une partie de cet os étai[-il déposé dans les ganglions et dans le poumon? Je n'oserais pas l'affirmer, et cependant , en rapprochant ce fait du suivant, il me semble que c'est là au moins une question à agiter.

Une femme, âgée de trente-trois ans seulement^ meurt a la Charité d'une pleurésie aiguë , qui se déclare chez elle pendant le cours d'une affection chronique de l'appareil respiratoire. A l'ouverture du cadavre , on trouve complètement détruit le corps de '^ix vertèbres ( la dernière dorsale, et les cinq lombaires ). On trouve en même te3î;^ps des concrétions calculeuses , i°. dans les ganglions lymphatiques du cou; 2°. dans ceux qui existent soit entre la trachée et l'œsophage , soit entre l'œsophagç et la colonne vertébrale ; 5°. dans les ganglions bronchiques; 4°- dans ceux qui occupent la scissure du foie et de la rate ; 5°. dans ceux du bassin , où ils forment des chapelets considérables ; 6". dans les ganglions axillaires ; ■y", dans les ganglions inguinaux. De plus, au milieu d'une des excavations ulcéreuses qui remplissaient les poumons, existait une concrétioi^calculeuse trèsdure , du volume d'une grosse noisette. De semblables concrétions étaient enchatonnées en beaucoup d'autres points du poumon; on y voyait très-peu de tubercules propiiMneni dits.

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Ainsi, dans ce cas, comme dans le précédent, t'xiste une coïncidence entre l'absence d'une certaine «juanlité de ia matière osseuse dans la trame destinée à la recevoir, et de nombreux dé{3Ôts de phoephate calcaire à un âge où on ne les rencontre pas ordinaireuvcnt. Dans ces deux cas ce sont les mêmes parties ( ganglions lymphatiques '^t poumon ) dans lesquelles se retrouve le phosphate calcaire ; enfin , c'est dans celui de ces deux cas où la déperdition de matière osseuse a été la plus considérable , que les dépôts calcaires sont les plus nombreux. M. Pieynaud m'a dit avoir observé à la Charité un autre cas analogue aux précédens.

Devant de tels faits qui n'hésiterait pas à regarder, au moins comme incertaine et ébranlable, l'opiniou qui admet que tout dépôt calcaire dans les ganglions , comme tout dépôt tuberculeux, mélanique, etc. , dans ces ganglions , est le résultat tout local de leur irritation ntilritive , sécrétoire , ou autre ? D'une part , dans cette opinion , on suppose un fait qui n'est pas démontré , et d'une autre part on néglige et ou laisse en quelque sorte en dehors de l'observation , parce qu'ils sont en dehors de la théorie , d'autres faits dont l'examen et la discussion conduiraient à de tout autres conséquences.

Du reste, parmi les états morbides des ganglions lymphatiques, il en est peu dont il faille chercher la t;a!ise unique ou constante dans le ganglion lui-même. Je ne parle pas des cas où les ganglions ne s'aflectent que par suite de l'irritation des parties d'où naissent k's vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent, ces. cas sont généralement connus, et tout le monde sait au-

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jourcriiuî que l'e^igorgement des ganglions mésentériqucs , par exemple , n'est le plus souvent que la suite d'une irritation primitivement fixée sur la membrane muqueuse intestinale. Mais j'appellerai ici l'attention sur ces cas, au moins aussi communs que les précédens, où l'alTeclion des ganglions lymphatiques n'est qu'un des effets d'une cause qui exerce simullanément son influence sur vingt autres poinîs de l'économie , et dont l'existence se manifeste par 1 apparition de cet ensemble de symptômes qui caractérisant l'état scropliuleux. Alors la simple hyperémie d'un ganglion lymphatique, sa suppuration, ou sa tuherculisation , ne nous apparaissent plus comme des phénomènes isolés; la raison de leur existence se trouve dans l'état du reste de l'économie. Croirezvous les détruire en cherchant à combattre la Ganglionile par des émissions sanguines? mais ne voyezvous pas qu'en pareil cas l'irritation n'est elle-même qu'un effet? ne voyez-vous pas que, derrière tous ces désordres, il y a une cause qui en est le lieu commun et le point de départ? Cette cause, sans doute on ne la voit ni on ne la touche ; mais , à mon avis , c'est précisément une des plus grandes erreurs où l'on ait pu tomber, que de ne vouloir admettre, comme cause des phénomènes de l'état sain ou morbide, que ce qui est saisissable par nos sens.

Une fois altérés , les ganglions lymphatiques peuvent déranger la slruclure ou l'action des parties qui les environnent, soit par la compression qu'ils peuvent exercer sur elles en se développant, soit par rircitalion qu'ils déterminent en elles. Ainsi, dans la poitrine, on voit quelquefois les ganglions bronchi-

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ques comprimer assez fortement les bronches pour s'opposer à la libre entrée de l'air dans les poumons. M. Rcynaud m'a fait voir sur un singe un cas de ce genre bien remarcpiable : un ganglion très -volumineux , et plein de matière tubercuieusc , pressait de telle sorte sur la bronche principale d'un des poumons, que sa cavité était à-peu-près complètement effacée , et que le poumon auquel cette bronche distribuait l'air avait subi une atrophie notable; il était d'un tiers moins volumineux que l'autre poumon. Du côté du poumon atrophié les parois thoraciques s'étaient aflaissées, comme dans le cas de résorption d'un épanchement pleurétiquc. 11 n'y avait d'ailleurs dans la plèvre aucune trace de maladie ancienne ou récente.

Au lieu de- comprimer les bronches, les ganglions malades qui en entourent l'origine peuvent les irriter de telle sorte qu'il en résulte une perforation de ces conduits, et qu'une libre communication s'établisse entre la cavité bronchique et l'intérieur du ganglion. Si celui-ci est en suppuration , le pus qu'il contient pourra ainsi trouver une route au dehors, et la guérison survenir; il en sera de même si, au lieu de pus, c'est du tubercule qu'a sécrété le ganglion. Seulement , dans ce dernier cas , la guérison sera beaucoup plus rare, parce que, dans la très-grande majorité des cas, il ne se forme de tubercules dans les ganglions bronchiques , que lorsqu'il y en a dans le poumon ; cependant le contraire a été observé, et pour ma part j'ai vu plus d'une fois des tubercules dans les ganglions bronchiques, sans qu'il y en eût la

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moindre appai^^nce <lans les {3oumons(i). M. Reynaud m'a mi^ntré une pièce dans laquelle on voyait un ganglion bronchique , rempli de concrétions calcaires, qui communiquait avec l'intérieur d'une bronche. L'orifice de communication était arrondi, à bords lisses et noirs. L'individu chez lequel fut trouve ce cas était une femme âgée , qui toussait depuis long-temps. Cette femme anrait pu expectorer des calculs qui ne seraient pas venues du poumon.

Dans ''"abdomen, les ganglions lymphatiques peuvent ttre, d'une manière toute mécanique, la cause de plusieurs maladies. Ainsi, développés en én-ornies chapelets autour du pylore, ils compriment cet orifice, et donnent lieu à tous, les accidens qui caractérisent ordinairement le squirrhe de cette portion de l'estomac. Accumulés autour des canaux biliaires, ils. en rapprochent les parois, la bile ne coule plus quedifficileraent dans le duodénum, et un ictère en est le résultat. J'en ai vu d'autres occuper la place de la. vésicule biliaire, qu'ils avaient vidée, aplatie et atrophiée. D'autres fois, ce sont les uretères qui se trouvent comprimées par ces ganglions; d'autres foi? enfin ils passent sur la veine cave, et l'oblitèrent au point de donner naissance à un œdème des membres inférieurs par la gêne qu'ils apportent dans la circulatioft, du sang à travers cette veine.

(i) Clinifjuc Mtdicule.

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