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CHAPITRE PREMIER

LÉSIONS ACQIJISES

PE LA PORUON SU^-DIAPUllAGMATIQrE VV TUBE DIGESTIF.

ARTICLE PREMIER

LÉSIONS DE LA BOfClIE ET fôn PHARYNX.

Je n'ai rien à dire de particulier sur les divers degrés d'hyperémie , de ramollissement, d'induration que peut présenter la membrane muqueuse stomato-pharyngienne ; ils sont semblables à ceux qui ont été décrits avec détail , lorsque j'ai traité des inaladi(^s de l*es.tomac et des intestins. Cette membrane présente

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1) ANATOMIE PATUOLOfilOUE. 2J0

d'autres altérations qui Joi sont propres , et dont par conséquent la descrlptioîi doit ici trouver sa place : telle est en particulier l'espèce d'ailection qui a été récemment décrite par M. Bretonneau sous le nom de dlplitérite y et qui n'est autre chose qu'une hyperémie aiguë de la membrane muqueuse slomato-pharyngienne, suivie d'une exsudation membraniforme, exsudation qui annonce la nature spéciale de la maladie; car ce n'est certainement ni par l'intensité, ni par la durée de la congestion sangui^ie qui la j)récéde et qui coïncide avec elle, qu'on peut expliquer cette remarquable congestion morbide. Ici, comme dans mille autres circonstances , l'hyperémie est un des élémens de la maladie ; mais cet élément ne la constitue pas tout entière : aussi , d'après M. Eretonneau , la diphtérite ne cède-t-elle point aux émissions sanguines, et malgré le cortège inflammatoire qui l'accompagne , des substances stimulantes, telles que l'acide hydrocblorique , l'alun , le chlorure de chaux, en arrêtent les progrès. Que combattez-vous par ces agens? est-ce l'irritation? mais elle devrait s'exaspérer par eux; direz-vous que c*est une irritation que vous substituez à une autre? mais ce n'est là qu'une hypothèse , et si d'ailleurs elle est fondée , il devrait y avoir aussi souvent , et même plus souvent^ exaspération qu'ameodement de la maladie ; or c'est ce qui n'est pas. Reconnaissez donc que , par ces moyens thérapeutiques plus ou moins excitans, vous modifiez cette disposition inconnue , en vertu de laquelle s'opérait la sécrétion morbide de la diphtérite ; reconnaissez qu'en pareil cas l'hyperémie est un phénomène secondaire.

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produit par la nic^me cause qui détermine lexsudaliou membraniforine.

Toutefois, bien que secondaire sous le rapport de ^a causalité, cette hyperémie est, dans la diphtérite , le premier phénomène qui apparaît. Ainsi , Tabord du sang précède dans une glande la sécrétion du liquide ; ce n'est pourtant pas par dilFérens degrés dans l'abondance de cet afflux sanguin qu'on peut se rendre compte en aucune façon de la spécialité des liquides sécrétés. Avant tout autre phénomène, on observe sur la muqueuse un pointillé rouge, généralement peu intense , disposé par taches ou par stries, sans qu'il y ait tuméfaction remarquable de la mem-. brane. Mais souvent, dès cette première époque de la maladie , le tissu cellulaire environnant est engorgé,^ et les ganglions lymphatiques sous-maxillaires sont notablement gonflés. Plus ou moins de t^mps après, que la rougeur a commencé , des points blancs apparaissent; d'abord isolés les uns des autres, et semblant surtout exister sur des follicules, ils se multiplient, s'élargissent, se touchent, et finissent par constituer, en se réunissant, une couche uniforme plus ou moins étendue : tantôt il y a plusieurs plaques séparées par des intervalles encore assez considérables; tantôt il n'y en a qu'une seule qui recouvre un vaste espace , et qui tend sans cesse à en occuper un plus grand. L'épaisseur de cette couche est variable ; elle est quelquefois assez mince pour avoir une certaine transparence. De ses deux faces , l'une est libre; l'autre, adhérente à la muqueuse, présente un grand nombre de prolongemens qui s'enfoncent dans les

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lolliculcs. Sa couleur , blanche assez souvent , peut ' aussi être grisâtre et salie par le sang qu'exhale la muqueuse. Alors il en résulte une teinte cendrée qui, réunie à l'extrême fétidité de cette sécrétion, a fait souvent regarder de pareilles plaques comme des produits de gangrène , comme des escarres de la muqueuse. D'autres fois , l'on a pris pour des ulcères certaines plaques peu étendues, et qui occupent un plan inférieure celui de la muqueuse tuméfiée qui les circonscrit.

De la bouche et du pharynx, ces plaques membraniformes peuvent s'étendre , soit aux voies aériennes, soit à l'œsophage , soit aux fosses nasales ; elles peuvent aussi occuper simultanément le conduit auditif externe , la surface temporale du pavillon de l'oreille, et enfin, comme si partout où se produit un travail quelconque d'irritation, il tendait à se terminer par une semblable sécrétion, on voit les vésiçatoires , et en général toutes les surfaces dénudées , se recouvrir d*une couche pseudo-membraneuse plus ou moins analogue à celle qui existe à l'intérieur de la bouche et du pharynx.

Sous l|e. rapport de sa consistance, cette couche présente plusieurs variétés : elle est pultacée, caséi-. forme, couenneuse. Elle peut être située au-dessous de l'épithélium, ou exister à nu sur la membrane muqueuse. Détachée, elle peut ou non se renouveler plusieurs fois. Toutes ces variétés ne me semblent devoir être considérées que comme des nuances de l;a même maladie.

Vcs différens tissus subjacens à la membrane miî>

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quense stomato-pharyngionne ne restent pas étrangers aux désordres de celle membrane. Souvent, par exemple , on voit s'aÛ'ecter le tissu cellulaire qui entre dans la composition des parois de la bouche ou du pharynx. D'abord, il n'est pas rare qu'il soit le siège d'un afflux sanguin considérable, et alors il peut en résulter une tuméfaction subite de la partie où a lieu cet afflux ; les joues en offrent d'assez fréquens exemples dans les maladies que l'on désigne sous le nom de fluxions. C'est aussi par un semblable gonflement sanguin du tissu cellulaire qui entre dans sa composition , que la langue acquiert quelquefois , dans un très-court espace de temps, un volume assez énorme pour oblitérer î'arrière-bouche , gêner considérablement le passage de l'air , sortir de la cavité buccale et faire saillie au-devant des lèvres. Cette tuméfaction de la langue, qui peut être compliquée, d'une hémorrhagie à sa surface, est si bien le résultat d'un engorgement sanguin , qu'à l'aide de profondes incisions on la fait prompte ment disparaître. Elle a existé quelquefois d'une manière intermittente. Au lieu de sang, c'est quelquefois de la sérosité qui infiltre le tissu cellulaire. On a vu dans la langue de semblables engorgemens séreux ; on les observe plus fréquemment encore dans la luette : elle acquiert alors une sorte de transparence, augmenle singulièrement de volume, et gêne la déglutition. Cet œdème de la luetle peut exister d'une manière idiopathique , se lier à quelques variétés d'angines , ou coïncider avec une induration des amygdales. Du pus peut aussi exister dans ce tis>ii cellulaire, soit inliitré, soit réuni en foyer; on le

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rencontre le plus souvent dans 1 épaisseur des joues, dans celle des gencives, des amygdales, et quelquefois dans l'intérieur de la langue.

Altéré chroniquement dans sa nutrition, ce même tissu cellulaire s'épaissit et s'indure, il s'infdtre en même temps d'un liquide albumineux concret , qui fait corps avec lui, et de là résulte , dans les points de la bouche ou du pharynx où a lieu cette altération du tissu cellulaire, la lésion appelée dé génération s qidrrheuse» En même temps que se développe et s'indure ainsi ce tissu cellulaire, les tissus qui l'environnent, en vertu d'une loi que j'ai ailleurs établie , tendent souvent à s'atrophier; ils deviennent de moins en moins visibles , disparaissent enfin , et à leur place on ne trouve plus qu'une masse dure, homogène, blanche ou grisâtre. Chez un individu dont la maladie avait été qualifiée de squirrhe de la langue, cet organe , augmenté de volume et d'une remarquable dureté, n'offrait plus qu'un lissu blanchâtre , semblable au lissu cellulaire induré qui entoure d'anciens ulcères de la peau , et au milieu duquel apparaissaient çà et là quelques vestiges de faisceaux musculaires minces , décolorés , comprimés et comme effacés par le tissu cellulaire hypertrophié qui les entourait. Celui-ci, exubérant à la face supérieure delà langue et sur ses bords, y formait des espèces de bosselures, sur plusieurs desquelles la meuibrane muqueuse était ulcérée.

Parmi les nombreux follicules qui s'ouvrent à la surface de la membrane muqueuse stomato-pharyngienne, ceux dont l'assemblage constitue les amygdales sont sujets à plusieurs lésions qui méritent une

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description spéciale. Ces lésions peuvent d'ailleurs avoir leur siège dans le tissu cellulaire situé entre les follicules, lequel peut, ou s'hyperémier , ou sécréter du pus , ou s'indurer en augmentant de volume , et produire ainsi un état dit squirrheux des amygdales. D'autres fois ce sont les follicules eux-mêmes , ainsi que les lacunes dans lesquelles ils s'ouvrent , qui sont altérés, soit dans la texture de leurs parois, soit dans le liquide contenu dans leurs cavités. Leurs parois, à l'instar de celles de tout follicule , se présentent, suivant les cas , simplement hyperémiées , hypertrophiées, indurées, ramollies. Le liquide normalement sécrété par ces follicules peut être modifié dans ses qualités, de manière à devenir, soit du pus, soit une matière concrète , friable , assez semblable à des grumeaux tuberculeux , soit une matière encore plus solide , assez consistante pour être appelée concrétion calcule use y et dont le volume varie depuis celui d'un grain de millet, d'un petit pois, d'une lentille , jusqu'au volume d'une fève de haricot. Ces divers produits de sécrétion morbide paraissent être contenus, tantôt dans une seule lacune considérablement agrandie , tantôt dans une cavité formée par la réunion accidentelle de plusieurs de ces lacunes. Ces faits n'ont pas seulement, si je puis ainsi dire, un intérêt local; ils sont encore bons à méditer , en ce qu'ils peuvent nous servir à mieux comprendre la nature d'altérations de texture d'autres portions de membranes muqueuses, où des cavités accidentelles remplies de pus , de matière dite tuberculeuse ou de concrétions ealculeuses , ne semblent être non plus autre chose que dos follicules altérés à-la-fois et sous le ra})port de la

b'ANATOilIE PATUOLOGIQli:. 23C)

¥îulriliôn de leurs parois, et sous le rapport de la secrclion qu'ils sont destinés à fournir. On a décrit sous le nom de cancers des amygdales quelques cas qui peuvent être réduits, sous le rapport anatomique^ aux lésions qui viennent d'être indiquées : qu'y a-ton effectivement trouvé? une augQienlation de consistance et de volume, soit des parois folliculaires, soit du tissu cellulaire interposé entr'elles, et çà et là des cavités accidentelles remplies d'un pus fétide, qui s'écoulait plus ou moins librement au-dehors. Chez une femme, morte à l'Hôtel-Dieu en iSsS, les parties molles qui entouraient une des amygdales présentaient, comme celles-ci, le genre d'altération que "je viens de signaler. 11 en résultait une tumeur, qui non seulement faisait saillie sur !e côté de l'isthme du gosier, où existait une vaste ulcération avec suppuration fétide , mais qui encore apparaissait sur la partie latérale et supérieure du cou, au-dessous et en arrière de l'angle de la mâchoire, où existaient des orifices fistuîeux. La tumeur oblitéra de plus en plus le passage de l'air en s'étendant vers le larynx, et la mort eut lieu par asphyxie (i).

L'hypertrophie des amygdales peut exister sans leur induration : souvent acquise, elle est quelquefois congénitale ; elle devient pour la membrane muqueuse qui avoisine les tonsilles une cause permanente d'irritation , et produit ainsi de fréquentes angines. Ce fait est un exemple d'un développement de tissu subjacent à une muqueuse , qui , au lieu d'être l'effet d'une irritation aiguë ou chronique de

(i) Pertus, T'xèse sur V amygdale ^ 1823.

celle membrane , en est au contraire la cause. Le tissu byperlropliié agit ici, en quelque sorte, comme un corps étranger. ÎNotera!-|e encore que , chez beaucoup d'individus dont les amygdales offrent ainsi un excès de développement ( disposition qu'on a vue d'ailleurs être héréditaire ) , on observe une mauvaise conformation de la poitrine et plusieurs traits de la constiluHon scrophuleuso ? tant il est vrai que, dans ce cas, comme cans bien d'ftutres, une modification de nutrition légère , circonscrite, frappant un organe sans importance et en quelque façon insignifiant , se rattache cependant à des modifications plus graves dans l'ensemble du mouvement nutritif, de telle sorle que- c'est dans les conditions spéciales de nutrition où se trouvent toutes les molécules organiques des scrophuîeux, qu'il faut chercher la raison de l'hypertrophie de quelques follicules qui entourent l'isthme du gosier. Ainsi , pour comprendre les phénomènes de la sanlé comme ceux de la maladie , il est bien rare qu'on puisse se borner à l'examen purement local de ia partie où ces phénomènes s'accomplissent; presque toujours il faut avoir présent à l'esprit le grand fait de l'individualité organique ; presque toujours c'est dans la modification du tout qu'il faut chercher la raison de la modification de chaque partie (1), L'on a regardé pendant long-temps comme une affection commune la gangrène de la bouche et du

(1) Sans doute un grand nombre de maladies reconnaissent pour point do départ une lésion toute locale; mais la gravité de celle lésion, les syniplùmcs qui se manifestent à son occasion, ses terminaisons diverses, la modification même que lui impriment les méthodes thérapeutiques qu'on lui oppose, dépendent des conditions dans lesquelles cette lésion locale a trouvé le tout vivant.

DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 24 l

pharynx : des recherches récentes ont démontre l'inexactitude de cette opinion. Nul doute que la plupart des cas de gangrène de ces parties décrits par les anciens auteurs, ne doivent être rapportés à certaines variétés de stomatites ou de pharyngites, avec formation de pseudo-membranes grisâtres. Cependant il ne faudrait pas tomber dans un excès contraire et nier l'existence d'une pareille gangrène. Il est bien certain que, plus d'une fois, on l'a vue succéder à une irritation aiguë de la membrane muqueuse stoniato-pharyngiennc. Ailleurs, la gangrène semble être «n quelque sorte l'affection primitive ; c'est d'emblée, pour ainsi dire , et sans l'apparilion préalable des signes anatomiques qui annoncent ordinairement l'existence d'un travail d'irritation , qu'en un ou plusieurs points, soit de la bouche, soit peut-être aussi du pharynx, se montrent des taches d'un rouge brun qui deviennent bientôt noires, s'étendent plus ou moins rapidement , et se transforment en escarres qui occupent un espace variable, soit en superficie, soit en profondeur. Cette affection gangreneuse de la bouche a été plus fréquemment observée chez les enfans que chez les adultes. Parmi les enfans euxmêmes on ne la rencontre guère que chez ceux des classes pauvres, qui ont habité des lieux humides et sans soleil , qui se nourrissent d'alimens malsains ou non suffisamment réparateurs, ou bien chez ceux qui ont une constitution éminemment scrophuleuse, ou qui offrent quelques symptômes de scorbut. Tantôt elle frappe des individus qui, placés dans les conditions précédentes, n'étaient d'ailleurs atteints d'aucune maladie aiguë; tantôt elle se montre chez ces II. 16

mêmes enfans pendant le cours d'une gastro-cnlorilo ou d*une éruption cutanée (variole , rougeole ou scarlatine). Elle peut n'envahir que la membrane muqueuse , qu'elle détruit dans une largeur plus ou moins grande , se propager aux tissus subjacens , mais dans une petite étendue, ou enfin s'emparer de la totalité des parties molles qui entrent dans la composition des parois buccales , et de là attaquer le périoste lui-même et les os. A ce degré, on voit tomber les dents déjà poussées : les germes de seconde dentition sont aussi détruits, et si l'individu guérit, il peut arriver qu'il reste pour toujours privé de dents. En même temps l'enfant est d'une pâleur remarquable ; ses joues s'infiltrent, tout son corps maigrit rapidement , le pouls devient petit, misérable, la peau se refroidit, et si la gangrène ne se borne pas , la mort ne tarde pas à survenir. JN'y a-t-il dans tout cela qu'une stomatite terminée par gangrène? S'il est vrai que cette gangrène survient surtout dans des conditions données d'innervation et d'hématose , si de plus aucune réaction inflammatoire évidente n'en devance l'apparition, ne doit-on pas ici encore regarder l'affection de la bouche comme liée à un état morbide qui n'a pas seulement son siège là où s'est montrée la gangrène? Ainsi, lorsque, sous l'influence du seigle ergoté introduit pendant quelque temps comme aliment dans les voies digestives , les extrémités inférieures viennent à être frappées de gangrène , la cause de )a mortification rie réside point dans ces extrémités.

Oili a décrit sous le hom de glossantlirax une variété de la gangrène de la bouche, dont la langue est le siège , et qui est également remarquable sous le

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rapport des causes qui en favorisent la production. En un point de la surface de la langue on voit d'abord apparaître une vésicule que remplit une sérosité sanguinolente, et qui, d'abord livide , passe bientôt au noir : elle ne tarde pas à se rompre , au-dessous d*elle la gangrène s'étend de plus en plus , et la langue entière peut tomber frappée de sphacèle ; lorsque la maladie a cette gravité , des symptômes nerveux se déclarent , et la mort survient promptement. Le glossanthrax a été rencontré quelquefois chez l'homme, mais on l'a particulièrement observé chez les chevaux habitant un lieu humide et se nourrissant d'alimens qui contenaient beaucoup d'eau. Plus d'une fois on a pu constater qu'en même temps que cette affection sévissait sur un grand nombre de chevaux placés sous ces influences, d'autres , habitant le même pays , mais non exposés à l'humidité et nourris de bons fourrages , en étaient préservés. Plusieurs fois on a trouvé, sur des chevaux , que cette gangrène de la langue coïncidait avec la gangrène d'autres organes.

Comme fin commune , mais non nécessaire , des diverses altéra^ons de la bouche et du pharynx qui viennent d'être passées en revue , on trouve l'ulcération. Tantôt, avant qu'elle n'apparaisse, l'on n'a observé autre chose qu'un simple état d'hyperémie de la membrane muqueuse , qui , en un point circonscrit, se ramollit et se détruit. Tantôt l'ulcération succède à une vésicule ou à une pustule; tantôt enfin elle est la terminaison d'une irritation diphtéritique ou gangreneuse. Ces ulcérations ne présentent rien à dire que nous n'ayons déjà indiqué dans la des-

criplion que nous avons donnée des ulcérations dé 4a portion sous-diaphragmatîque.

ARTICLE IL

LESIONS DE L OESOPHAGE.

L'œsophage est beaucoup moins souvent altéré que la bouche et que le pharynx; il l'est surlout beaucoup moins fréquemment que l'estomac et que les autres parties de la portion sous- diaphragmatique du tube digestif.

L'épithélium , qui revêt la membrane muqueuse œsophagienne, est quelquefois comme érodé , ramolli, détruit dans une partie plus ou moins grande de son étendue. C'est surtout inférieurement, non loin de l'estomac, qu'on rencontre le plus fréquemment ces altérations de l'épithélium œsophagien. Dans quelques cas je l'ai trouvé notablement épaissi.

La membrane muqueuse présente les mêmes altérations que celles que nous avons étudiées dans les autres parties du tube digestif. Son hyperémîe est rare. Son épaississement est tantôt général, tantôt partiel. De sa surface interne on a vu quelquefois s'élever des végétations, de forme et de grandeur diverses , qui rétrécissent le conduit et apportent à la déglutition une gêne plus ou moins grande. On n'y a que rarement constaté l'existence d'ulcérations. On a cité un cas dans lequel , chez un individu mort à la suite d'une variole , on a trouvé les parois de l'œsophage agglutinées par une matière plastique qu'avait sécréti'c la membrane muqueuse.

D*ANATOMIE rATHOLOGIQUE. Li'\^

Ihtns rœsophage , comme dans les auUes parties tlu tube digestif, le tissu cellulaire sous-muqueux s'indure, s'épaissit, se transforme en un tissu , soit squirrlieux , soit d'apparence fibreuse ou cartilagineuse , et il en résulte , dans le point où existe cette altération, un rétrécissement du canal , qui peut aller jusqu'à son oblitération complète. Le môme elTet peut être produit par des abcès développés dans l'épaisseur même des parois de Toesophage, ou par des tumeurs qui se sont lentement formées autour de ce conduit. C'est ainsi qu'une impossibilité de plus en plus grande de Ja déglutition a été quelquefois le résultat d'une compression exercée sur l'œsophage par un anévrysme de l'aorte , par un amas de ganglions lymphatiques engorgés, par une exostose du corps d'une vertèbre. (Bleuland. )

Au lieu de s'épaissir et de s'indurer, les parois de l'œsophage subissent quelquefois un amincissement et un ramollissement tels, qu'elles ne sont plus eu quelque sorte constituées que par une toile cellulomuqueuse , et que par la moindre traction on les déchire avec la plus grande facilité. Une des suites de ce ramollissement des parois œsophagiennes est leur perforation spontanée , qui présente les mêmes caractères anatomiques que la perforation de l'estomac. On a décrit quelques cas dans lesquels on aurait vu les parois de l'œsophage frappées de gangrène ; mais plusieurs de ces cas , au moins , ne me semblent être autre chose que des cas de ramollissemens pullacés des parois œsophagiennes avec teinte brunâtre de leur tissu , et parfois déchirure.

Un épanchement dans le thorax est le résultat le

2l\6 vnr.cjs

plus comaiim de la perl"oralio:i de it^isophagc. Celte perforation , dans tous les cas observés jusqu'à présent, a eu lieu dans la portion thoracique de ce conduit , près du cardia. Tantôt , autour de la perforation , on a trouvé l'œsophage altéré , ramolli, tel qiie nous l'avons précédemment indiqué ; tantôt , autour de cette perforation , les parois de l'œsophage ne présentaient aucune altération appréciable. On l'a observé à tous les âges. M. Véron en a cité un cas chez un fœtus qui venait de naître. M. Guersent (i) en a publié une observation recueillie sur une fille de sept ans, qui fut emportée par une maladie aiguë pendant laquelle les symptômes prédominans furent des vomissemens au début, puis de la diarrhée, un étal comateux et des convulsions. Le côté droit de la poitrine, qui ne résonnait plus, était rempli par un liquide de couleur brune , dans lequel nageaient des

flocons d'un vert foncé On aperçut dans la plèvre

droite, à quelques lignes au-dessus du diaphragme, dans les parois mêmes de l'œsophage, une déchirure ovalaire , d'un centimètre de large sur deux de long. Partout ailleurs les parois de l'œsophage et de l'estomac étaient saines.

Un autre cas de perforation de l'œsophage coïncidant avec quatre perforations de l'estomac , a été rapporté par M. Bouillaud (2). L'individu qui fait le sujet de cette observation éprouvait depuis six semaines de la douleur à l'estomac. Lorsqu'il fut soumis à l'examen de M. Bouillaud, il présentait tous les signes d'une irritation aiguë du tube digestif. Les

(1) DuUclins de, la Faculté de Mcdeeine , iSo?, pag. jS.

(2) Archives de Mcdacinc , loin. I, pjg. 53 1.

DANATOMIE rATHOLOGIQUI". ^47

quatre jours suivans il a des vomisse mens abondans; puis il est frappé d'une sorle d'attaque d'apoplexie , et succombe dans un ëtat comateux. Au moment où l'on incisa les parois thoraciques, des gaz s'échappèrent du côté gauche de la poitrine; le poumon gauche était refoulé , et deux verres d'un liquide rouge brunâtre étaient épanchés dans les plèvres. Cette membrane , très-injectée , offrait plusieurs plaques d'un rouge vif. L'œsophage , un peu au-dessus du cardia, et à gauche , présentait une perforalion de la grandeur de l'ongle , et, un peu plus haut , une déchirure d'un pouce et demi de longueur l'estomac offrait, dans sa région splénique, quatre perforations, dont la plus grande avait la largeur d'un centime. La membrane muqueuse gastrique était généralement injectée.

Il est d'autres cas où les parois détruites de l'œsophage sont suppléées, soit par l'aorte , soit par la trachée, de telle sorte qu'alors aucun épanchement n'a lieu. D'autres fois , enfin , une double perforation existe, et l'œsophage communique avec l'intérieur de l'aorte ou de la trachée.

L'œsophage présente quelquefois des lésions de sécrétion analogues à celles que nous ont offertes les. autres portions du tube digestif. Au dessous de la muqueuse on a trouvé du pus, et parfois des tubercules. A la surface libre de cette membrane on a rencontré des concrétions membraniformes. M. Gari, interne à l'hôpital des Enfans-Trouvés , m'a montré récemment l'œsophage d'un enfant nouveau-né, dont la surface interne était revêtue , dans un tiers environ de son étendue , par une couche de matière blan-

châtre, solide, qu'on ne détachait que difficilement de la membrane subjacente , et qui me parut exister au-dessous de l'épithélium. Il n*y avait aucune trace de pseudo-membrane dans les autres parties du tube digestif. Ainsi c'était là un muguet borné à l'œsophage.

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