‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 51 sur 57 · CHANGEMENS DE COLLEUR · texte numérisé non relu

CHANGEMENS DE COLLEUR

Une simple modification dans la couleur de la raie semblerait être une lésion peu importante, et cependant je crois devoir ici lui consacrer un article spécial. Les aspects divers que présente la rat? , par cela seul qu'elle change partiellement de couleur, en mêmetemps que partiellement aussi elle se modifie dans sa consistance, sont très-curieux à étudier : ils peuvent singulièrement aider à comprendre l'origine et la nature de plusieurs lésions organiques appelées par Laennec et son école, tissus accidentels hétérolor

gués.

Je ne ferai d'abord que signaler les cas dans lesquels la rate est modifiée dans sa couleur, de telle sorte qu'elle présente soit une teinte rouge vermeille très-remarquable, soit une teinte d'un noir foncé; la rate ne peut présenter qu'en un certain nombre de points l'une ou l'autre de ces teintes; elle est alors comme tachetée.

Mais il est d'autres cas où , en certains points de son étendue , la raie se décolore d'une manière remarquable : elle offre successivement une teinte d'un rose clair, puis une teinte blanche ou légèrement jaunâtre, analogue à celle que présente la fibrine coar gulée et dépouillée de sa matière colorante. On aper« çoit alors au milieu du parenchyme splénique une ou plusieurs masses, qui sont surtout diiTérentes par leur couleur des parties qui les entourent. Tantôt ces ma^sps

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sont d'une teinte blanche uniforme; tantôt, dans les diverses tranches qui composent ces masses , on peut suivre tous les degrés de décoloration , depuis une teinte rouge qui ne diffère de la teinte du reste de la rate que parce qu'elle est un peu plus claire , Jusqu'au blanc mat le plus complet. Au milieu de ees masses on reconnaît facilement le parenchyme même de la rate, ainsi que les cloisons fibreuses, et on pourrait en dessiner les cellules. Si l'on dissèque les veines qui aboutissent à ces masses, on les trouve souvent remplies par un sang coagulé et décoloré. Ces masses blanches, jaunes, ou diversement colorées, peuvent avoir la consistance des autres parties de la rate; d'autres fois elles sont plus dures; d'autres fois enfm, elles sont molles, friables, à-peu-près liquides et comme pultacées en certains points de leur étendue. Dans tout cela que voyons-nous? Rien autre chose qu'un changement dans la couleur et dans la consistance du sang que contiennent les cellules spléniques ; il n'y a que simple modification des élémens de l'état normal, sans production nouvelle. S'étonnerat-on de ce que le sang des cellules spléniques peut ainsi, sans addition de principes nouveaux, se modiiier dans sa consistance? Je répondrai en citant ce qui a lieu dans les veines : là aussi le sang coagulé se dépouille de sa matière colorante, puis, perdant peuà-peu sa force de cohésion noraiale , il se transformée çà et là en une matière pultacée , en une sorte de bouillie qu'on ne consent à reconnaître pour du sang que parce qu'on a suivi tous les degrés de sa transformation. N'y a-t-il pas d'autres cas où, loin de se rauîoliir, ce sang coagulé dans les veines y acquiert

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une consistance extrême ? Dans les veines comme clans la rate , ces diverses altérations du sang sontelles Je résnltat du simple fait de sa stagnation? Estce en pareil cas une simple loi physique on chimique qui s'accomplit, et le cancer de la rate (car c'est ainsi qu'on a appelé la lésion que nous venons de décrire , et dans laquelle nous n'avons vu autre chose que du sang altéré) ne reconnaîtrait-il d'autre cause ([u'une obstruction de quelque rameau de la veine splénique? ce cancer ne ressembîe-t-il pas tout-à-fait, par son origine et par son aspect, aux produits cancéreux que M. Yelpeau dit avoir trouvés au n^ilieu de caillots veineux, et qui , dans les veines comme dans la rate , ne seraient que du sang altéré?

Ainsi altéré , le sang que contiennent les cellules spléniques peut devenir, par cela seul qu'il a perdu ses qualités normales, une sorte de corps étranger qui irrite les parties environnantes. Dès-lors il peut déterminer de la pari, de celles-ci un travail de réaction, dont le résultat peut être tantôt l'emprisonnement de la portion malade qu'une cloison accidentelle isole du reste de la rate , tantôt son élimination. Les faits suivans sont relatifs à des cas de ce genre.

Sur le cadavre d'un homme mort à la Chxirité pendant la convalescence d'un typhus apparaissait en un point de la surface intérieure de la rate une tache blanche un peu moins large q'une pièce de cinq francs. Là où se montrait cette tache , existait une masse d'un blanc rosé , qui ne dilTérait du tissu de la lale que par sa couleur et par sa consistance qui était beaucoup moindre; dans son intérieur on reconnaissait très-bien les cloisons fibreuses. Autour de celte

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masse exlslait une disposition fort remarquable : entre elle et le reste du parenchyme splénique était interposée une couche de pus, que traversaient quelques filamens fibreux, seuls liens qui unissaient encore cette masse au reste de la raie. On eût dit de la suppuration qui s'établit autour des parties frappées de gangrène.

iSon loin de cette première masse en existait une autre semblable , mais autour de laquelle s'était formée, au lieu de pus, une pseudo-membrane jaunâtre eu quelques points, noire en d'autres, ayant environ un quart de ligne d'épaisseur. En dehoj's de cette pseudo-membrane existait une autre couche de même épaisseur, qui représentait comme une ligue cartilafrineuse.

Ainsi autour de la première de ces masses se faisait un travail d'élimination , et autour de la seconde un simple travail d'isolement. Supposez que la mort ne fût survenue que plus tard, on aurait pu trouver dans la rate des lésions différentes et dont l'origine eut été méconnue.

Les lésions suivantes^ par exemple, étaient-elles ime terminaison heureuse de celles que nous venons d'éludier ? résultaient-elles de l'absorption on de l'élimination des parties malades?

Une rate , dont plusieurs points présentaient une décoloration complète avec diminution de consistance, nous présenta, en outre, à sa périphérie , en un point correspondant à l'une des masses blanches, une dépression remarquable : dans un autre point existait une seconde dépression ; mais au dessous d'elle, à la place d'une portion de rate décolorée et ramoi-

^sS PRECIS

iie , on trouvait une petite niasse celliilo-fibrensei. Cette double dépression a-t-elle suivi un travail d'élimination ou de résorplion semblable à celui dont nous avons vu des exemples dans le paragraphe précédent? Le tissu cellulo-fibrenx accidentel qui , en un point de cetle rate, avait remplacé son parenchyme -«ordinaire, s'était-il développé par suite de l'élimination d'une des masses blanchâtres, dites encéphai.oïdes , précédemment décrites?

ARTICLE IV

PRODr-CTîOî^S NOUVELLE?!.

îl est possible qu'on démontre un Jour que les <îiverscs matières morbides dont nous allons parler îie sont autre chose que le sang des cellules spléniques modifié dans ses qualités. Quelques expériences de j\î. Gendrin , que j'ai déjà eu occasion de citer , ne porteraient-elles pas à penser que , sous l'influence de certaines causes toutes physiques, le sang devient du pus? INe venons-nous pas de voir que, simplement modifié dans sa couleur et dans sa consistance , le ^nng devient semblable au tissu encéphaloïde de .Laënnec? Supposez ce sang décoloré dans de petites masses circonscrites, et en même temps altéré dans .«^a consistance, de telle sorte qu'il soit friable et s'écrase en grumeaux, n'avez-vous pas des tubercules?

Cependant, dans l'état actuel de la science, tout , eu admcltaiil la possibilité de ramener plusieurs lé-r

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sîons , qui dans !cs autres organes se présentent comme des produits de sécrétion morbide , à n'être autre chose que du sang modifié dans sa couleur et dans sa consistance , nous devons encore décrire ces lésions comme nous les avons décrites dans les autres organes, nous devons les considérer comme des productions nouvelles formées au milieu du sang, qui, une fois coagulé , tend à s'organiser et à vivre comme un tissu.

Le pus qu'on a quelquefois rencontré dans la rate s'y est montré de deux manières : tantôt disséminé sous forme de gouttelettes isolées au milieu du sang concret des cellules spléniques, et paraissant avoir pris naissance dans ce sang lui-même, et tantôt rassemblé en collections plus ou moins vastes , qui constituent de vrais abcès de la rate. Parmi ces collections purulentes, les unes sont séparées du parenchyme splénique par une pseudo-membrane d'organisation variable ; autour des autres on ne trouve rien de semblable , le pus n'est point séparé du sang, et souvent on voit ces deux liquides se confondre insensiblement l'un avec l'autre. De semblabes abcès peuvent envahir une grande portion de la rate: j'ai vu un cas dans lequel les trois quarts environ du parenchyme splénique n'étaient plus occupés que par du pus; le tissu filamenteux de la rate , baigné par ce liquide , était resté intact en certains points; en d'autres, û était ramolli , pulpeux , tendait à se détruire ; la membrane enveloppante était devenue elîe-meme friable , là où elle était en contact immédiat avec le pus , et il est vraisemblable que si la vie se fût prolongée, le pus se s riit fait jour dans la cavité péri-

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lonéale. On a efTecliveint' nt cité des exemples Je pr\leiîles terminaisons d'abcès de la rate; on dit avoir vn d'autres abcès de cet organe ouverts dans l'esloniac , dans le colon , dans la cavité tboracique, dans les voies urinalres ; d'autres enfin se frayent une issue au dehors à travers les muscles abdominaux, dorsaux ou lombaires.

La formation du pus dans ia rate a lieu souvent en même-temps qu'il s'en forme ou qu'il s'en dépose dans plusieurs autres parencliymes; il semble qu'alors la rate ne fait que le recevoir du sang, comme ]e reçoivent le foie , le pouinon , le cerveau , etc. ; mais son origine est ailleurs. Cette origine paraissait être dans l'utérus chez une femme qui succomba à la Charité aune métro-péritonite. Des foyers purulens existaient dans le parenchyme utérin; les veines utérines élaient pleines de pus ; il y en avait aussi dans plusieurs veines du bassin , et de plus un grand nombre de petits abcès furent trouvés, i°. dans la rate ; 2°. dans le poumon, le foie et le cerveau.

Les cas où l'on ne trouve de pus que dans la rate , et où toute la maladie a eu son point de départ dans une irritation de cet organe, terminée par une supj>uration , sont peut-être plus rares que les précédens. Un des cas les plus remarquables de ce genre est celui d'un enfant de trois ans dont la rate m'a été montrée par M. Iluguier, alors élève inîerne à riîô{)ilal dos Lnfans. Cette rate n'était plus en quelque sorte qu'uîi kyste plein 'de pus, à l'intérieur duquel on apercevait à peine quelques débris du parenchyme splénique; il y avait eu pendant la vie une douleur vive vers l'hypochondre gauche 5 une fièvre continue, et plu-

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sieurs symploiiies crirrilalion aiguë des mi^ninges; le tube digestif fut trouvé sain ainsi que le cerveau. Dans ce cas l'abcès de la rate donna lieu à la plupart des accidens qui sont le plus souvent le résultat d'une irritation orstro-inteslinale.

A la place du pus , et plus souvent que ce liquide , on observe dans la rate des dépôîs de matière tuberculeuse , qui y est déposée sous forme de grains isolés ou agglomérés. Comme le pus , celte matière apparaît au milieu du sang concret des cellules spléniques. J'ai déjà parlé des diflerentes manières dont son origine peut être conçue.

Les tubercules de la rate sont très-rares cbez \e^ adultes : ils sont plus communs chez les enfans. A tous les âges ils ne se montrent guères que lorsqu'il y en a en nieme-temps dans d'autres parties. Les tubercules spléniques sont assez communs chez certains animaux ; j'en ai souvent constaté l'existence chez le cheval ; et , en ouvrant des cadavres de singes, morts à Paris à la Ménagerie, M. Reynaud s'est assiu^é que , bien que très-fréquens chez ces animaux, les tubercules du poumon sont cependant, chez eux, nioins nombreux et moins constans que les tubercules de la rate.

Des kystes de diflerentes sortes peuvent se former dans la rate, et, comme le pus, comme les tubercules, ils paraissent être principalement développés à l'intérieur des cellules spléniques, à lu place du sang qui remplit ces cellules.

Les plus simples de ces kystes sont de petites vésicules remplies d'un liquide séreux , que l'on trouve quelquefois disséminées en grand nombre dans l'inlé-

rieur de la rate. Elles y sont tantôt isolées les une^ lies autres , et tantôt aglomérëes ; on ne saurait mieux les comparer qu'à ces petits kystes séreux qui parfois remplissent les parois du col utérin. Ces vésicules n'existent pas seulement à l'intérieur des cellules spléniques; nous les avons retrouvées, M. Reynaud et moi, jusque dans l'intérieur des veines spléniques : les unes y étaient libres ; les autres tenaient aux parois mêmes par un pédicule plus ou moins étroit ; d'autres enfin étaient contenues dans l'épaisseur même de ces parois.

La rate peut donner naissance à des kystes beaucoup plus compliqués. J'en ai vu un , à parois fîbroséreuses , dont l'intérieurcontenait une matière grasse , comme suifFeuse, au milieu de laquelle étaient disséminés quelques poils. Dans une autre rate, j'ai trouvé un kyste, à parois simplement séreuses, que distendait une substance d'un jaune brillant, semblable à du miel.

Enfin, dans la rate, comme partout ailleurs, se développent quelquefois des kystes hydatiques ; on les y observe moins souvent que dans le foie, ils offrent la même disposition que dans les autres organes ; il est donc inutile d'en parler ici avec détail.

Du sang concret logé dans des cellules à parois fibreuses, voilà tout ce qu'on trouve dans la rate pour servir de canevas ou de matière première à tanl de produits divers !

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