‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 11 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LÉSIONS DE NUTRITION

RELATIVES A l'oRDRE SUIVANT lEQlEL s'aRRANGENT ET SE DIS- TRIBUENT LES MOLÉCULES QUI DOIVENT NORMALEMENT CONàTlTUEtt LES DIFFÉRENS SOLIDES.

A ces lésions se rapportent les diverses aberrations congénitales de la nutrition, d'où résulte, pour l'être qui les présente, une conformation d'un ou de plusieurs de ses organes différente de la conformation qui appartient à son existence extra-utérine, à son espèce ou à son sexe. Ce sont ces lésions que Ton désigne communément sous le nom de monstruosités^ expression qui n'a long-temps été consacrée qu'à représenter les anomalies de nutrition assez considérables pour produire des irrégularités bizarres ou hideuses dans la forme extérieure du corps. Mais, de la sorte , on sépare des vices de conformation qui ne diffèrent que par leur situation ou leur degré ; on n'en pénètre pas la cause, on ne les rattache à aucun principe déduit des lois de l'organisation, et dès-lors l'histoire des monstruosités ne consiste plus guère que dans un incohérent assemblage de récits bizarres, de descriptions inexactes , d'idées superstitieuses , ou d'absurdes préjugés. Ainsi furent long-temps envisagés les vices de conformation par les médecins eux-mêmes. Aussi , parmi les nombreuses observa-

lions de monstruosités publiées jusque vers le commencement du dix-huitième siècle , il en est peu qui maintenant puissent être considérées comme propres à éclairer la science. Ce n'est pas sans étonnement que dans la première moitié même de ce dix-huitième siècle on lit dans les Mémoires de l'Académie des Sciences la description avec planches de prétendus hommes marins, semblables aux tritons de la fable. Cependant, à mesure que l'esprit philosophique s'introduisit dans la culture des sciences, on sentit le besoin d'imprimer une autre direction aux recherches de ce genre, pour les rendre réellement utiles. Morgagni réfuta plus d'une erreur sur les causes et sur la nature des différentes monstruosités. Recueillant les faits rassemblés sur ce sujet par ses prédécesseurs ou ses contemporains, Haller les soumit à une judicieuse analyse, et en fit sortir, si je puis ainsi parler , des résultats scientifiques. Enfin , de nos jours, un grand pas a été fait : une idée mère , déjà entrevue par Liltre en 1700, a été renouvelée, fécondée, développée, soit en France par MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Serres, Béclard, Breschet, Chaussier et Adelon , Jourdan, etc. ; soit en Allemagne par Sœmmerring, Fr. Meckel, Tiedemann, etc. Cette idée consiste à regarder un certain nombre de monstruosités comme le résultat d'une sorte d'arrêt dans l'évolution des organes pendant le cours de la vie intra-utérine. De plus, dans les cas même où l'on ne peut pas dire que cet arrêt ait eu lieu , et où cependant la nature semble s'être affranchie de ses lois ordinaires, on a tenté de soumettre ces aberrations à des règles ; de sorte que , celles-ci étant

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connues, les premières peuvent être déterminées, prévues , j'allais presque dire calculées. Le principe de l'unité de composition organique, qui, entre les mains de M. Geoffroy Saint-Hilaire , est devenu d'une si séduisante vraisemblance, n'est point violé, d'après cet illustre naturaliste , dans les monstruosités elles-mêmes; loin de là, ces dernières peuvent même servir à le démontrer. Dans le cours de ce chapitre , nous aurons occasion de citer les faits que M. Geoffroy Saint-Hilaire a apportés à l'appui de son opinion. Soit d'ailleurs que ces idées ne soient applicables qu'à un certain nombre de faits particuliers, ou qu'elles puissent les embrasser toutes, elles n'en sont pas moins dignes de méditation. Quand même, a dit M. Cuvier, leurs auteurs n'atteindraient pas leur but, ils auraient toujours sur la route recueilli une infinité de faits et de vues, qui n'en seraient pas moins pour la science des richesses solides.

Nous nous éloignerions du but de cet ouvrage en donnant une description détaillée de chaque monstruosité. Nous allons essayer seulement de poser les principes généraux , de signaler les lois qui , bien établies et bien conçues, pourront guider l'observateur dans l'élude des monstruosités , et l'aider à reconnaître , à classer et à dénommer celle de ces monstruosités qui seront soumises à son investigation.

Lorsque l'on considère d'une manière générale les diverses aberrations de l'état normal que peuvent présenter les corps organisés , on voit qu'elles peuvent toutes se ranger ou dans des vices de conformation , ou dans des vices de texture. Ceux-ci ne se manifestent le plus ordinairement qu'après la nais-

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sance. Les premiers, an contraire, surviennent surtout dans le sein de la mère , avant que l'être soit complètement formé. Lorsque les vices de conformation se manifestent plus tard ^ ils ne sont le plus souvent que le résultat d'une altération de texture , sous l'influence de laquelle les organes perdent leur forme normale. De là, des apparences étranges ou hideuses , telles que des écailles sur la peau , des excroissances cornées, etc., que le vulgaire appelle des monstruosités, mais que nous devrons en distinguer, puisque nous sommes convenus de ne donner ce nom qu'aux vices congéniaux de conformation. Ici déjà un premier rapprochement peut être établi entre le fœtus humain et les êtres organisés placés beaucoup plus bas dans l'échelle. Eneflet, chez ces êtres inférieurs la conformation n'est pas tellement assujétie à des lois rigoureuses qu'elle ne puisse être modiûée, altérée assez facilement sous l'inHuencede certaines causes qui modifient leur nutrition. Les zoophytes nous en offrent de remarquables exemples. Mais ce qui existe pour ces êtres dans toutes les périodes de leur existence , ne peut plus guère avoir lieu chez l'homme que lorsqu'il est encore à l'état de fœtus.

Bien que les monstruosités s'observent chez l'être au moment où il vient au monde , il ne s'ensuit pas qu'elles soient originaires, ou, en d'autres termes, que le fœtus qui en est affecté n'ait jamais eu une forme normale. On conçoit, en effet, que celle-ci, ayant été régulière dans les premiers temps de l'évolution du fœtus, ait été modifiée plus tard par suite d'un vice quelconque de développement. Or ce vice

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àc développement peut avoir lien de plusieurs manières. Tantôt la force formatrice , suivant l'expression des 4inatomistes allemands , a moins d'énergie que de coutume, et alors le développement des organes se trouve arrêté ; on les tronve imparfaits ou absens. Tantôt cette force semble avoir, au contraire, un excès d'énergie , et alors il y a aussi excès de développement; les organes croissent en grandeur ou en nombre au delà de leurs limites naturelles. Tantôt enfin , sans que l'on puisse dire qu'il y ait plutôt excès que défaut de développement , il semble que la force formatrice subisse une simple perversion, d'où résultent des modifications plus ou moins importantes dans la direction et la situation des organes. On en voit un exemple dans les cas de transposition générale des viscères, ou de certaines variétés d'origines de troncs artérielr-. Ces faits sont pour nous d'une haute importance : si, en effet , pour l'explication de plus d'un vice de conformation , il ne suffit pas d'admettre un simple excès ou un simple défaut dans la force formatrice; si l'on ne peut s'en rendre compte qu'en admettant une perversion de cette force, nous nous laisserons guider par l'analogie , en admettant aussi, pour l'explication des diverses altérations de texture , non-seulement un excès ou un défaut de l'acte nutritif, mais encore une simple perversion de cet acte. Quant à la cause même de ces diverses altérations de la force formatrice , nous nous en occuperons plus tard. A ces trois chefs nous semblent pouvoir être rapportées toutes les espèces de monstruosités. Ces espèces, suivant l'idée de Meckel , forment des séries qui s'élèvent peu-à-peu de l'état normal aux plus

grandes difformités ; chacun de ces degrés n'est pas constitué par un cas singulier et unique ; au contraire, il n'est pas de forme anormale qui , d'après Meckel , ne se répète exactement chez un certain nombre d'individus. On pourrait donc établir ainsi un véritable rè^^ne organique des monstruosités; toutefois chacun des individus de ce règne ne serait point assujéti à des lois tellement invariables de formation qu'il ne différât sous quelques rapports des êtres qui paraissent lui ressembler le plus. Aussi M. Geoffroy Saint-Hilaire est-il plulO>t porté à regarder chaque individu monstrueux comme constituant à lui seul une espèce.

Quels que soient, d'ailleurs, la nature et le nombre des vices de conformation, c'est une chose bien remarquable que l'assujétissement à certaines règles qui est encore conservé par la nature au milieu de ces écarts apparens. Ainsi, par exemple, on n'a jamais vu la situation des organes tellement pervertie, que les pouQions fussent placés dans le crâne , ou le cerveau dans le bassin. Jamais non plus on n'a vu les organes se confondre , de manière à ce que le canal intestinal, par exemple, ne fît plus qu'un seul conduit avec l'aorte, etc. Tout cela arriverait sans doute, si des lois ne présidaient pas encore à cet état de désordre apparent. On trouve encore l'existence d'une règle bien déterminée dans cet autre fait non moins remarquable, savoir, que l'homme et les autres animaux des classes supérieures peuvent bien offrir dans leur développement un arrêt tel, que plusieurs de leurs organes représentent exactement l'état normal des êtres inférieurs ; mais ceux-ci ne peuvent jamais se développer de manière à ce que leurs organes devien-

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nent semblables aux organes correspondans des êlres supérieurs : ainsi, par exemple, arrêté dans son évolution, le cerveau de l'homme peut se montrer plus ou moins exactement analogue au cerveau d'un poisson ou d'un reptile ; mais jamais le cerveau simple de ceux-ci ne s'élève au degré de complication du cerveau humain.

Plusieurs espèces de vices de conformation peuvent exister simultanément chez un môme individu; c'est même là peut-être le cas le plus commun, toutes les fois que la monstruosité est un peu considérable \ mais tantôt ces vices de conformation appartiennent à une même classe , ils consistent tous, par exemple, dans des défauts ou dans des excès de développement. Meckel donne à ces vices de conformation le nom de monstiuosités composées ; et il appelle monstruosités compliquées celles qui résultent de l'existence chez un même individu des vices de conformation appartenant à des classes différentes.

Les monstruosités compliquées, telles que les entend Meckel, sont les plus communes; beaucoup d'entre elles résultent de celte loi, si bien développée par M. Geoffroy Saint-Hilaire, en vertu de laquelle l'exubérance de nutrition d'un organe entraîne plus ou moins nécessairement l'atrophie complète ou incomplète d'un autre organe^ et vice versa. Les applications qu'on peut faire de cette loi de balancement, comme l'appelle M. Geoffroy Saint-Hilaire, à l'étude des monstruosités, sont innombrables. Ainsi, chez beaucoup d'individus dont une main ou un pied portent des doigts surnuméraires, la main et le pied de l'autre côté ont moins de doigts que dans l'état norî- 7

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mal. Cihez un fœlus qui avait une hernie ombilicale, le pied gauche n'avait d'autre doigt que le pouce, mais le pied droit avait huit doigts, et le huitième était fendu (Neumann). Chez un autre fœtus qui n'avait qu'un pied, la main gauche portait deux pouces ( Sue). M. Ségalas a présenté à l'Académie de médecine un fœtus, atteint d'encéphalocèle, qui était privé du pouce à la main gauche , mais qui en avait deux à la main droite ; ce môme fœtus n'avait que onze côtes d'un côté et treize de l'autre. Dans beaucoup de cas où des parties plus ou moins importantes sont absentes ou incomplètement développées , on observe qu'il existe des doigts surnuméraires. Dans le cas de cyclopie , par exemple, le nombre des doigts, d'après Meckeî, est très-souvent augmenté. On a vu cette même augmentation en même temps qu'il y avait bec-dc-lièvre, spina-bifida , atrésie de l'anus, absence des parties génitales, etc. Dans un cas, cité par RosenmuUer, dans lequel les os propres du nez n'existaient pas, les apophyses montantes de l'os maxillaire supérieur s'étaient développées de telle sorte qu'elles se touchaient et remplaçaient les os du nez. Lorsque plusieurs os du crâne sont absens ou du moins n'existent qu'à l'état rudimentaire , on voit quelquefois ceux delà base acquérir une épaisseur beaucoup plus grande, une consistance comme éburnée. Si l'encéphale manque en partie ou en totalité , la face acquiert souvent un développement insolite, et alors par l'allongement ou l'élargissement de ses os , elle a plus ou moins de ressemblance avec la face de certains animaux. Chez les monstres appelés sirènes^ dans lesquels les deux extrémités inférieures sont

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Unies ou manquetit en partie, le nombre des vertèbres et des côtes est , d'après Meckel , presque toujours plus grand que de coutume. Dans son ex-cellent travail sur les acéphales, Elben remarque que chez ces êtres, en même temps qu'il y a absence très-fréquente du cœur et du foie, les reins acquièrent un très-grand développement. Enfin chez les monstres qui ont plusieurs parties doubles , telles que la tête ou le tronc, on peut observer encore l'application de la loi de balancement : ainsi les monstres à deux corps sont souvent acéphales; des monstres bicéphales, au contraire, ont offert un spina-bifida. Dans ces deux espèces, beaucoup d'organes présentent un arrêt fort remarquable de développement : les tégumens du bas-ventre n'existent pas ; le can^il intestinal est incomplet; l'urèllire est imperforé ; le rectum et la vessie urinaire s'ouvrent dans un cloaque. Le système vasculaire , en excès dans certaines parties de ces monstres, est, au contraire, dans d'autres à un état encore rudimentaire ; le cœur surtout n'est dans bien des cas que très-imparfaitement développé.

Les parties surnuméraires elles-mêmes, qui résultent d'une exubérance de nutrition , peuvent aussi présenter des exemples d'arrêt de développement soit dans leur totalité, soit dans les différens élémens anatomiques qui les composent. Ainsi, chez les individus qui ont un membre surnuméraire , ce membre peut ne consister qu'en un tronçon informe ; d'autres fois, il est bien configuré extérieurement; mais si on en fait la dissection , on trouve en moins ou des os, ou des muscles, ou des tendons, etc.

Une autre application faite par J\Jeckel de cette

môme loi de balancement, c'est que, chez des enfans nés de mêmes parens , la monstruosité en excès chez l'un se trouve en moins chez l'autre. Une jeune fille, dont parle Morand, avait six doigts à chaque membre, d'où résultaient quatre doigts surnuméraires. Sa sœur avait partout le nombre de doigts accoutumés, si ce n'est à une main, qui n'avait qu'un pouce pour tout doigt; elle avait donc tout juste en moins les quatre doigts que sa sœur avait en plus.

Les monstruosités par excès ou par défaut de développement ne sont pas également fréquentes dans tous les organes. On peut établir en principe général que les parties situées à l'intérieur augmentent trèsrarement de nombre ; c'est le contraire pour les parties externes. On se convaincra de la vérité de ce principe , en comparant les cas rares dans lesquels on a vu en nombre plus grand que de coutume le cœur, les poumons, le canal digestif, les organes génitaux eturinaires, et les cas beaucoup plus communs dans lesquels on a vu des membres surnuméraires.

Si, abstraction faite de la circonstance précédente, nous comparons entre eux les différens appareils sous le rappoit de la fréquence des vices de conformation dont ils peuvent être aûectés , de cette comparaison nousdéduîronsla loi, que les organes ou appareils d'organes auxquels se distribuent des nerfs cérébro-spinaux sont en général ceux qui présentent les vices de conformation les moins fréquens. Tel est, par exemple, le système niusculaire; tels sont encore le larynx et les poumons. Au contraire, la forme est bien plus sujette à varier dans les appareils qui reçoivent spécialementleursnerfs des trisplanchniques; tels sont

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les systèmes digestifs, iirinaires, génitaux, et surtout le système vasculaire. Cette loi, établie par Meckel , est d'autant plus remarquable que le système cérébrospinal offre lui-même beaucoup plus souvent des al- -térations de conformation que les ganglions du grand sympathique.

Il est des vices de conformation qui se montrent avec une fréquence à peu près égale des deux côtés du corps, comme le nombre des doigts en plus ou en ■* moins. Il en est d'autres qui affectent une singulière prédilection pour le côté gauche : on doit à Meckel la remarque que lorsque l'artère vertébrale naît immédiatement de l'aorte , c'est toujours à gauche qu'a lieu celte variété d'origine. Les monstruosités résultant d'une exubérance de nutrition sont plus communes , d'après le même Meckel , dans les parties supérieures du corps que dans les inférieures. Ainsi les monstres bicéphales à un seul corps sont plus fréquens que les monstres monocéphales à deux corps. On voit plus souvent les doigts augmentés de nombre à la main qu'aux pieds, ce qui est en rapport, suivant Meckel, avec le développement plus précoce des membres supérieurs.

Les monstres du sexe féminin sont plus communs que ceux du sexe masculin. Sur quarante-deux monstres à deux têtes ou à deux corps dont l'histoire a été recueillie parHaller, il y avait trente femelles, neuf mâles , deux hermaphrodites , et un individu sans indice de sexe. Sur un total de quatre-vingts monstres, Meckel a trouvé soixante femelles, et seulement vingt mâles. La proportion beaucoup plus grande des monstres femelle» semble dépendre d« «e que , dans Le*

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premiers temps de la formation du fœtus , de même que dans les derniers degrés de Téchelle animale , il n'y a qu'un seul sexe , le féminin. Dire que la plus grande partie des individus monstrueux sont du sexe féminin, c'est donc dire en d'autres termes , que dans le plus grand nombre des monstruosités, quels que soient leur siège et leur nature, les organes génitaux sont arrêtés dans leur évolution.

L'hérédité de certains vices de conformation semble être démontrée par quelques faits assez curieux. On a vu des familles dont tous les individus avaient six doigts. On lit en particulier, dans Meckel, l'histoire d'un homme qui avait six doigts à chaque main et à chaque pied L'aîné seul oïTrit un vice de conformation analogue; ce dernier individu eut aussi quatre enfans , dont trois seulement présentaient la même anomalie que leur père. Morand a parlé d'une femme dont chaque membre se terminait par six doigts : elle eut une fille dont les pieds seuls présentèrent cette anomalie ; celle-ci eut à son tour huit enfans, dont quatre seulement eurent six doigts à chaque pied. Osiander a rapporté le cas d'une femme qui accoucha d'un monstre à deux corps, semblable à celui qui avait été déjà mis au monde par son aïeule. Ne pourrait-on pas conclure des faits précédens, que certaines conformations bizarres et sans utilité apparente , que nous oiFrent certains animaux , ont été l'origine des vices de conformation qui se sont transmis par voie de génération, et qui, loin d'être regardés maintenant comme des monstruosités, caractérisent quelques pspèces ou variétés d'espèces?

On a vu des parens dont tous les enfans étaient at^

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leinlsdu môiue genre demonslruosité. D'autres, après avoir donné le jour à des enfans faibles , h peine viables , en ont procréé d'autres chez lesquels il y avait arrêt dans le développement d'un ou plusieurs organes. Ailleurs , on a vu l'accouchement de Jumeaux suivi de l'accouchement de monstres à deux corps ou à deux têtes.

Après ces considérations générales, occupons-nous en particulier d'établir les lois qui peuvent être plus spécialement appliquées à chacune des trois grandes classes de monstruosités qui ont été précédemment indiquées. Traitons d'abord de celles qui paraissent résulter surtout d'une imperfection de développement.

Ce genre de monstruosité ne se présente pas avec une égale fréquence dans tous les organes. En général, les organes dans lesquels on observe en plus grand nombre des imperfections de développement sont ceux dont l'évolution complète est la plus tardive; et de plus, chacune des imperfections que présente un organe répond exactement aux diverses phases de son développement. Justifions cette assertion par des exemples.

L'un des premiers organesdont on aperçoit quelque vestige est le canal intestinal ; n'étant d'abord qu'une continuation de la vésicule ombilicale, il s'étend peu à peu en deux conduits, l'un inférieur (gros intestin ), l'autre supérieur ( intestin grêle et estomac ). Hé bien , chez tous les monstres observés jusqu'à présent on a trouvé cette portion primordiale du canal intestinal ; au contraire , on a constaté assez fréquemment l'absence des parties de ce même canal qui ne

se forment que conscciitivement : ainsi, tantôt l'appendice émané de la vésicule ombilicale ne s'étend pas en bas , et il en résulte absence complète du gros intestin ; ou bien , après que son développement â commencé de son côté , il s'arrête avant d'être complet, et l'on ne trouve alors qu'une fraction de ce gros intestin, comme une petite partie du colon , ou bien le colon en entier sans rectum, ou même enfin un commencement de celui-ci. Tantôt c'est l'intestin supérieur dont le développement est nul ou imparfait , et alors l'intestin grêle peut ne consister qu'en un canal très-court qui , non loin de son origine , se termine en cul-de-sac; d'autres fois, se développant moins incomplètement, il existe en entier, mais l'estomac manque, ou bien, n'ayant subi à son tour qu'une évolution imparfaite, il est semblable à l'intestin grêle, il paraît en être une simple continuation. On ne sait point encore bien précisément comment se forme la portion sus-diaphragmatique du tube digestif. Quelques auteurs admettent cependant qu'elle se forme indépendamment de la portion sus-diaphragmatique. Il est un vice de conformation qui semble militer en faveur de cette opinion : on a vu quelquefois la bouche et le pharynx bien formes ; mais celui-ci se terminait en cul-de-sac , on ne trouvait aucun vestige d'œsophage , et l'estomac lui-même n'avait pas d'orifice cardiaque. Il semble que, dans ce c?s, la formation de la partie sus-diaphragmatique du tube digestif ait eu lieu de la bouche vers l'estomac. Soit que la vessie soit ou non la continuation de la membrane allantoide , toujours est-il qu'on la trouve d« très-bonne heure chez l'embryon , ainsi que les

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reins. De là on peut conclure à priori., d'après la loi posée , que l'appareil urinaire peut offrir plus ou moins souvent diverses imperfections de développement, mais que son absence complète doit être infiniment rare. C'est aussi ce qu'a démontré l'observation. On en rencontre au moins quelques vestiges dans les cas où la plupart des autres organes sont ou mal conformés, ou absens. Toutefois, Fleishmann a cité un cas dans lequel on ne trouva aucune trace de l'appareil urinaire, bien que le canal intestinal et le foie fussent dans leurs conditions normales. Ces cas exceptionnels ne doivent pas être perdus de vue, dans uu sujet surtout où plus d'une loi n'a été établie que d'après l'observation de faits souvent peu nombreux. Les appareils nerveux et vasculaires se développent aussi de Irès-bonne heure ; on en observe déjà les premiers linéamens au milieu de la masse homogène qui d'abord constitue l'embryon. Cependant ces appareils présentent des vices de conformation aussi nombreux que variés; mais ce fait n'infirme qu'en apparence la loi posée : en effet , si les rudimens des syslèmes nerveux et vasculaire apparaissent dès les premiers temps de la formation du fœtus, il n'en est pas moins vrai que leur développement complet n'a lieu que très-tard, et que même au bout de neuf mois il est encore à peine achevé. Dès-lors , la fréquence des vices de conformation de ce double système, loin de contrarier la loi, sert au contraire à la confirmer ; chacun de ces systèmes peut être réeU lement considéré comme formé par la réunion successive de plusieurs autres systèmes secondaires qui ont chacun un développement indépendant : or ,

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ctudiez ce dernier, et vous trouverez précisément que ceux de ces systèmes secondaires , si je puis ainsi dire , qui se forment les premiers, sont aussi ceux cjuï présentent le moins souvent des vices de conformation. Ainsi , pour le système nerveux , il paraît bien démontré maintenant que les nerfs, au lieu de naître de l'axexérébro-spinal , se forment au contraire avant lui. Eh bien ! ces cordons s'éloignent de leur conformation normale beaucoup plus rarement que les centres nerveux. La moelle épinière se forme avant l'encéphale ; beaucoup moins souvent que celui-ci , on la trouve mal conformée. EnQn, parmi les nombreuses parties qui composent l'encéphale lui-même , celles qui se développent les dernières sont celles xjue l'on trouve le plus fréquemment écartées de leur mode d'évolution normale. Aussi l'expression d'arieiicéplialie , par laquelle on désigne les diverses imperfeclions de développeiîienl de l'encéphale , n'est-elle^; qu'un terme générique le plus souvent inexact; car il est rare que l'encéphale manque en totalité, et l'expression à\itéloencépliaUe serait peut-être plus convenable : déjà les imperfections de développement de la moelle ont été désignées par Béclard sous le nom à'atclomyéUe.

Ce qui vient d'être dit du système nerveux s'applique exactement au système vascuîaire. Le cœur n'est point la partie de ce système qui se développe la première , ainsi qu'on l'avait cru long-temps, des vaisseaux existent déjà avant qu'on ne l'aperçoive ; mais lorsqu'il vient à paraître, il s'en faut qu'il soit encore ce qu'il sera par la suite : ce n'est d'abord qu'un simple canal qui se renfle peu à peu, et ne

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consiste d'abord que dans une cavité unique , laquelle se partage ensuite en plusieurs autres, d'après un mécanisme et des lois constantes qu'il n'est point ici de mon sujet d'exposer. Hé bien, les vices de conformation du cœur les plus fréquens s'observent précisément dans les points de cet organe qui acquièrent plus tard leur développement complet. Ainsi, immédiatement avant la naissance, le trou de botal est encore ouvert; sa persistance hors du sein de la mère est le plus commun des vices de conformation du cœur, A une époque moins avancée de la vie intrautérine , la cloison inter-vascalaire n'existe pas : l'absence ou l'imperfection de cette cloison , après la naissance , est déjà beaucoup plus rare que la persistance du trou de botal. Si l'on se rapproche encore davantage de l'instant de la conception, on trouve une époque où il n'y a aucune ligne de démarcation entre l'oreillette et les ventricules : une semblable disposition a été trouvée chez des fœtus à terme, moins souvent toutefois qu'aucune des dispositions précédemment indiquées. Plus rarement encore , on n'a rencontré à la place du cœur qu'un simple vaisseau, comme cela existé dans les premiers temps de la vie embryonnaire. Enfin ce vaisseau lui-même n'a pas été observé chez certains acéphales, qui, sous le rapport du développement de leur système vasculaire» en étaient restés à la période qui existe pour l'embryon, lorsque tout son appareil circulatoire ne consiste encore qu'en un" vaisseau né de la figure veineuse de la membrane vitellaire.

Le système osseux est un de ceux dont l'évolution complète est la p'us tardive , puisque sou développe-

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ment parfait n'est pas môme encore entièrement achevé long-temps après la naissance ; ce système est également un de ceux qui offrent le plus fréquemment des vices de conformation ; des diverses parties de ce système , celles qui sont le plus tôt développées y sont le moins sujettes; telle est la clavicule : c'est le contraire pour celles dont l'évolution n'a lieu que plus tard ; tels sont les os du crâne. Dans la suite de cet article nous aurons occasion.de revenir sur leurs vices de conformation.

Que si maintenant nous portons nos regards sur l'ensemble extérieur du corps, sur les grandes régions qui le composent , nous trouverons également que celles de ces régions qui sont le plus fréquemment absentes ou incomplètes , sont précisément celles dont le développement normal est le plus tardif. Ainsi , dans les premiers temps de sa formation , le fœtus ne consiste en quelque sorte que dans un abdomen ; cette partie, plus ou moins complètement formée, n'a jamais manqué chez les monstres. Au contraire , on n'a trouvé plus d'une fois aucun vestige de tête , de cou, de thorax, d'extrémités supérieures ou inférieures, de sorte qu'on ne voyait autre chose qu'un abdomen comme au commencement de la vie embryonnaire. Les parties génitales externes ne paraissent qu'assez tard : aussi arrive-t-il assez souvent que chez des fœtus à terme on n'en trouve aucune trace , ou bien elles se montrent dans un état d'imperfection qui , dans le principe de leur formation , constitue leur état normal. Les monstruosités des organes des sens sont encore soumises à la même loi. Ainsi lé globe de l'œil , qui se montre

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sous forme d'un point noir avant qu'on observe aucun vestige de l'oreille externe , manque moins souvent que celle-ci. Les paupières , qui ne se développent aussi que long-temps après l'apparition du globe de l'œil, offrent, plus souvent que lui, des vices de conformation. On les a vues, par exemple , manquer totalement , ou n'exister à la naissance que sous forme d'étroits bourrelets tels qu'elles commencent à se montrer vers la dixième semaine.

Est-il vrai qu'une partie ne doit en général manquer ou être incomplètement développée, qu'autant que celles qui la précèdent dans l'état normal ont subi elles-mêmes un arrêt dans leur évolution? Ce f>rincipe se trouve effectivement confirmé dans un certain nombre de cas; voilà pourquoi , par exemple , un abdomen peut exister sans tête, ni thorax, tandis qu'on n'a jamais vu un monstre ne consister que dans une tête et un cou. L'observation a également démontré que toutes les fois que le cœur manque, le foie, qui ne se développe qu'après lui^ manque également. Mais , dans d'autres cas , ce principe de connexion de développement nese trouve plus êlre vrai. Ainsi, par exemple, les organes les plus précoces dans leur développement étant très-bien conformés, on voit souvent le système osseux présenter les plus grandes anomalies.

Les progrès récens de l'embryologie et de l'anatomie comparée ont d'ailleurs démontré que la plupart des organes, dans leur formation, sont beaucoup plus indépendans les uns des autres qu'on ne l'avait cru long-temps, et que par conséquent l'arrêt de développement dç l'un de ces organes n'entraîne

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que rarement d'une manière nécessaire un semblable arrêt dans d'autres organes. Ainsi , par exemple , on sait maintenant que le développement des cordons nerveux peut avoir lieu, indépendamment de l'existence des centres nerveux. C'est ce qui a été bien constaté dans plusieurs cas d'anencépiialie et d'à* myélie. Paraissant se former primitivement dans les organes qu'ils doivent mettre en rapport avec les centres nerveux, les nerfs ne se joignent à ceux-ci que long-temps après qu'on en a aperçu les premiers rudimens dans les organes. Mais ces organes euxmêmes viennent-ils à manquer, les nerfs ne se développent pas, de telle sorte que l'existence des cordons nerveux dépend bien plutôt de l'existence des organes auxquels ils sont destinés , que de celle des centres nerveux : entre autres cas de monstruosités propres à démontrer ce fait, M, Serres a cité celui d'un monstre à deux cerveaux. Et à un seul, corps chez lequel on ne trouva que deux nerfs pneumogastriques, naissant chacun du côté externes de l'un des cerveaux, on ne trouvait aucune trace de nerf du côté par lequel les cerveaux se regardaient. Il n'y avait dans ce cas que deux nerfs pneumo-gastriques, parce qu'il n'y avait qu'un simple appareil pulmonaire et digestif. Dans d'autres cas, au contraire, cités par M. Serres , où ces appareils étaient doubles, et oij il n'y avait qu'un cerveau , les nerfs destinés à ces appareils étaient également doubles.

Ces faits tendent donc à démontrer que non seulement les nerfs, mais encore tous les organes ^ peuvent se développer malgré l'absence des centres nerveux. Mais, d'un autre côtéj quelques faits portent aussi à

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croire que , dans certaines circonstances , il y a an moins une corrélation intime entre l'évacuation complète des centres nerveux et l'évolution , également complète, de quelques organes : si, par exemple, le renflement cervical de la moelle épinière n'existe pas, il y a, d'après M. Serres, absence constante des membres thoraciques ; si c'est le renflement lombaire qui manque, il y a également , d'après le même auteur, absence des membres abdominaux. Dans des cas d'atrophies congéniales des membres, plusieurs auteurs, et M. Pvostan en particulier, ont vu le lobe cérébral situé du côté opposé à celui où existait l'atrophie', transformé en une poche séreuse , comme si ce lobe avait été arrêté dans son développement, ou que, primitivement bien conformé, il fût ensuite devenu le siège d'une hydropisie. Quoi qu'il en soit, ces diOférens faits ne sembleraient-ils pas annoncer une influence exercée par les centres nerveux sur le développement et la nutrition de certaines parties?

11 est un autre système dont l'absence ou llmperfection de développement ont été regardées comme la cause la plus puissante de toutes les monstruosités par défaut; c'est le système artériel. Selon M. Serres, l'absence ou l'évolution incomplète d'une partie quelconque dépendent du défaut de développement de l'artère qui doit apportera cette partie les matériaux de sa nutrition.

D'après ce savant anatomiste, chaque partie du système nerveux est exactement dominée dans son évolution par le développement de ses artères; plus ces derniers se forment de bonne heure , plus la portion d'encéphale à laquelle elle se distribue aura une

évolution précoce : ainsi , chez l'embryon on observe que les artères qui se rendent aux tubercules quadrijumeaux sont très-développées à une époque où les artères du cerveau et du cervelet existent à peine ; voilà pourquoi, dit M. Serres, les tubercules quadrijuraeaux se forment avant les hémisphères cérébraux et cérébelleux. Plus tard on voit la couche optique , le corps strié, la voûte et le corps calleux, augmenter graduellement de volume à mesure que les artères choroidiennes , cérébrales , postérieures, etc. , prennent de l'accroissement. Il en est de môme du cervelet; la formation précoce de son lobe médian est en rapport avec le développement également précoce de l'artère cérébelleuse antérieure , tandis que ses lobes latéraux restent à l'état rudimentaire, jusqu'à ce que l'artère cérébelleuse postérieure se développe à son tour. De même encore le prolongement caudal est lié ûu développement de l'artère sacrée moyenne; il ne se montre pas chez l'homme , où cette artère n'est que rudimentaire. Supprimez les artères fémorales ou axillaires, et il n'y aura plus de membres inférieurs ou supérieurs. Le volume desdifférens organes est en proportion directe du volume de leurs artères : ainsi s'explique chez l'homme le plus grand développement du crâne, relativement à la face ; 'mais si l'artère caroîide interne ne se développe qu'imparfaitement, et qu'en même temps la carotide externe prenne un développement insolite, le crâne restera très-petit et la face présentera des dimensions extraordinaires. Enfin la direction suivant laquelle s'opère l'évolution de certaines parties est encore liée au mode de développement des artères : ainsi les hémisphères céré-

b'ANATOMlÈ PxVTlJOLOGlQt'E. 11.")

brfiux se forment d'avant en arrière, comme l'ailère carotide qui les nourrit; au contraire, le cervelet se forme d'arrière en avant comme l'artère vertébrale. Cesfaitsctant établis, M. Serres en déduit facilement l'explicalion de tous les vices de conformation par défaut de développement, et, par exemple ^ selon lui , l'acéphalie dépend de l'absence de l'aorte ascen^ dnnte, elc.

Cette opinion, que partage aussi i\I. Geoffroy Saint- Hilaire, et qu'il a développée en particulier d'une manière si ingénieuse dans l'histoire du monstre qu'il a désigné sous le nom de podencéphale ^ n'a pas reçu l'assentiment de tous les anatomistes. On accorde que dans tous les organes le volume des artères est en rapport direct avec le volume de ces mêmes organes; que , si ces derniers deviennent accidentellement plus volumineux, leurs artères augmentent aussi, et qu'enfin , s'ils viennent à s'atrophier, les vaisseaux qui leur apportent le sang s'atrophient également. Mais, comme l'a fait surtout remarquer Béclard (^Leçons orales su?' les monstruosités , 1822 ) , il est bien difficile de décider ce qui, dans cette connexion de jdiénomènes, est cause ou effet: rien ne prouve que ce n'est pas plutôt parce que l'organe ne se développe pas, que l'artère manque. Ce qui semblerait môme fortifier celte dernière manière de voir , c'est que , dans un assez grand nombre d'organes , les vaisseaux se forment au sein même de ces organes , où ils apparaissent comme des points rouges isolés qui , plus tard, s'allongeront en canaux, et seulement alors communiqueront avec les vaisseaux du reste de l'économie : c'est ce qui arrive , par exemple, d'une ma- I. 8

nièrc bien t'viclenle pour les fausses membranes qui s'organisent, et qui deviendront plus tard des organes aussi parfaits sous le rapport de leur texture , de leurs propriétés et de leurs fonctions, que les membranes naturelles, séreuses on muqueuses : or, dans ce cas , il est bien manifeste que l'artère n'a pas présidé au développement du tissu membraneux accidentel , mais qu'elle s'y est seulement produite à l'instar des autres élémens anatomiques qui doivent entrer dans la composition du nouveau tissu. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour la formation des diverses parties de l'embryon, dont le développement primitif a été si ingénieusement et si justement comparé au mode d'organisation des pseudo-membranes? D'un autre côté , on a vu des cas d'anencéphalie dans lesquels l'artère carotide interne fournissait, comme de coutume , ses branches cérébrales , qui , plus petites seulement que de coutume, se perdaient dans les ménino^es. Un cas fort intéressant de ce genre, dans lequel il n'existait d'autre vestige de cerveau qu'une portion des pédoncules , a été récemment communiqué à l'Académie par M. Baron. Il suit de celte discussion que , tout en reconnaissant le rapport qui existe entre le développement des artères et celui des parties auxquelles elles se distribuent , on ne peut pas rif^oureusement admettre que , dans l'état normal ou anormal, le premier de ces phénomènes soit la cause du second.

Il est encore un autre cas dans lequel l'arrêt du développement d'une partie a été regardé comme entraînant plus ou moins nécessairement un arrêt de développement dansd'autres parties; c'est lorsque

b'AxN'ÀtOMIE PATHOLOGIQUE. l ] 5

ïés parois de certaines cavit(;.s n'ont subi qu'une évolution iraparfaite : on a dit que dans ce cas les organes contenus ne se développaient non plus qu'imcomplotement, soit d'ailleurs que l'absence primitive de développement existât dans les parties contenantes ou dans les parties contenues. Il en est ainsi dans un assez grand nombre de cas, mais non pas constamment. Fleischmann a cité, par exemple, un cas dans lequel le bassin ^ ne contenant d'autres organe que le rectum, était réduit à un diamètre beaucoup plus petit que de coutume; mais, d'autres fois, les organes génitaux et urinaires manquant également , on a trouvé néanmoins le bassin avec ses dimensions normales. Dans des cas où le diaphragme n'existant pas, une partie des viscères abdominaux était contenue dans la cavité thoracique , on a vu les poumons, comprimés par ces viscères , rester à leur état rudimentaire. M. Geoffroy Saint-Hilaire s'est même servi très-ingénieusement de ce dernier fait pour démontrer, chez les crustacés, l'existence d'un appareil pulmonaire ,' qui nes'y-trouve qu'en rudiment, en raison de la forme et des dimensions de la cavité où cet appareil est contenu ; dans un seul genre seulement, les poumons deviennent plus apparens, parce qu'en raison de l'existence d'une cloison entre le thorax et l'abdomen, les viscères de la seconde de ces cavités ne s'élèvent pas dans la première , d'où résulte pour les poumons une plus grande facilité à se développer.

Mais c'est surtout pour le crâne et pour le rachîs qu'on trouve souvent un rapport direct à établir entre le développement des parties contenantes et

contenues; ici cependant il y a encore des exceptions à signaler. Ainsi M. Olivier a très-bien fait remarquer que les imperfections de développement des vertèbres ne dépendent pas nécessairement de celles de la moelle , et vice versa. On a vu des spina-bifida trèsconsidérables avec une moelle bien conformée ; et , d'un autre côté , on a également rencontré des moelles épinières incomplètement développées , les parois du canal vertébral étant exemptes d'altérations. De même , le crâne étant conformé comme dans son état normal , l'encéphale peut n'exister qu'à l'état rudimentaire; c'est ce qu'on observe , par exemple , dans un certain nombre de cas d'hydrocéphalies congéniales. M. GeofTroy-Saint-Hilaire a cité un cas observé sur un cochon rhinencéphale, où le cerveau ne remplissait qu'un tiers de la capacité du crâne. Il ajoute d'ailleurs qu'il ne connaît que ce seul exemple de boîte cérébrale bien conformée qui ne soit pas moulée sur le cerveau. Cependant, malgré ces cas exceptionnels, cyn doit regarder comme étant l'expression générale d'un très-grand nombre de faits particuliers , le principe suivant établi par M. Geoffroy Saint-Hilaire , et qu'il a développé avec autant de profondeur que de sagacité : les os qui enveloppent l'encéphale subissent dans leur développement des altérations qui sont en raison directe et proportionnelle des altérations qu'a subies l'encéphale lui-même : plusl'absence de celui-ci sera complète , plus les os du crâne seront eux-mêmes imparfaits, mais le plus souvent on en retrouvera des vesliges. D'après les dispositions variées de ces os en rudiment , M. Geoffroy a établi

D AIN ATOMIE PATHOLOGIQUE. } \ 'J

dans les anencéphales et les acéphales plusieurs espèces.

Dans trois de ces espèces le cerveau manque enlièrement. Ce sont : i°. Le coccycéphale (tète ayant Ja forme d'un coccyx ) : dans cette Qspèce les os du crâne et du cou sont réduits à un étal de petitesse extrême ; ils surmontent la colonne vertébrale de manière à représenter une sorte de bec ou de coccyx. Béclard a vu un cas de cette espèce, qu'il a décrit et représenté dans son Mémoire sur les acéphales. 2°. Le cryptocéphale ( tête invisible extérieurement). Ici la tête, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire , dont nous conservons les expressions, est réduite à un assemblage de parties osseuses , portée sur une colonne cervicale droite ; cette tête est très-petite , et non apparente au dehors (Béclard, ouvr. cit. , planch. 4). 5°. L'anencéphale (tête sans cerveau) : dans cette troisième espèce , le crâne est plus apparent que dans les deux précédentes, mais il est encore singulièrement déformé. La boîte cérébrale , ouverte vers la ligne médiane , est composée de deux moitiés renversées et écartées de chaque côté en ailes de pigeon.

Dans deux autres espèces, également établies par M. Geoffroy Saint-Hilaire, le cerveau existe, mais imparfaitement développé ; ici l'évolution des os du crâne est beaucoup moins incomplète. Ces espèces sont : i". Le cystencéphale (tête avec cerveau vésiculeux j ; le crâne est ouvert comme dans l'anencéphale , mais les occipitaux latéraux , moins renversés , sont plus rapprochés. 2°. Le dérencéphale (tête avec cerveau dans le cou 1 : le crâne est ouvert en

1 »8 PKÉCÎS

arrière , ainsi que l«s vertèbres cervicales. Le cei*^ veau, très-pelit, repose sur les occipitaux et sur le» vertèbres.

De ces espèces, où il y a imperfection simultanée de l'encéphale et de son enveloppe osseuse , M. Geoffroy Saint-Hilaire , en rapproche d'autres, qui en diffèrent notablement , en ce que te cerveau est bien conformé et de grandeur ordinaire; mais, par suite d'im vice de conformation des parois osseuses , sa situation présente de remarquables anomalies : nous aurons occasion d'y revenir plus bas. Notons toutefois que dans ce dernier cas, où il n'y a de modiGé dans l'encéphale que sa situation, on trouve une preuve bien manifeste qu'un arrêt de développement dans les os du crâne, tel qu'il existe encore ici, n'a pas pour résultat nécessaire un arrêt proportionnel de développement dans l'encéphale. Ainsi donc, dans les exemples mêmes fournis par M. Geoffroy Saint- Hilaire , nous trouvons des exceptions à la loi qu'il a posée.

A l'absence ou à l'imperfection de développement des organes, doivent être rapportés, comme à une cause commune, plusieurs vices de conformation trèsdiCTérens les uns des autres, et qui , au premier coup d'œil, semblent appartenir aux classes les plus éloignées.

Au nombre de ces vices de conformation , se prosentent d'abord les diverses fentes, ouvertures accidentelles , ou divisions de parties que l'on trouve ordinairement réunies. Ces solutions de continuité .sont toutes situées sur la ligne médiane; elles peuvent toutes s'expliquer pur un arrêt de dévcloppenicnl du

d'aNATOMIIÏ PATMOLOGIQl :E. JlQ

fœlus. Il y a en effet une époque de la vie inlra-!ilérine où Ja plupart des organes sont composés de deux parties, laissant entre elles un intervalle qui se rétrécit et tend h se combler à mesure que le fœtus approche du terme de la gestation. Cela résulte de la loi , démontrée surtout par M. Serres, en vertu de laquelle toutes les parties du corps se forment de la périphérie vers le centre , et non pas du centre vers la périphérie , comme on l'avait cru long-temps. 11 suit de là que , si l'évolution des organes s'arrête à une époque plus ou moins rapprochée de l'instant de leur première apparition , la plupart d'entre eux devront paraître comme composés de deux parties que sépare un espace plus ou moins grand. A cette évolution incomplète, d'où résulte l'existence d'ouvertures contre nature, on doit rapporter l'absence plus ou moins complète des parois du crâne, du rachis, du thorax, de l'abdomen. Les parois crâniennes manquent le plus souvent à l'endroit des sutures; celles du rachis offrent divers degrés de solution de continuité depuis celui où il y a simple division d'une apophyse épineuse, jusqu'à celui où le corps même de la vertèbre est fendu. L'ouverture des parois thoraciques peut ne consister qu'en une simple fente qui existe à la partie moyenne du sternum ; d'autres fois cet os manque entièremcvit; d'aulres fois enfin les côtes elles-: mêmes n'existent qu'en rudimens, sous forme de petits appendices qui se détachent des vertèbres. Quant aux parois abdominales, la solution de continuité peut n'être constituée que par une simple absence de la ligne blanche; ailleurs les muscles abdominaux sont eux-mêmes abôcns , et l'abdomen est

■;30 PUECIS

alors largement ouvert en avant. Il est dos cas où les parois abdominales ne manquent que dans un petit espace au-dessus du pubis; souvent alors la paroi antérieure de la vessie manque en même temps, de sorle que dans ce cas on .aperçoit entre l'ombilic et le pubis une surface rougeâtre et humide, d'où suinte un liquide par un double orifice, et qui n'est autre chose que la paroi postérieure de la vessie.

Les deux os pubis peuvent aussi rester séparés, comme ils le sont à une certaine époque de la vie fœtale; ils peuvent môme ne pas exister du tout: en même temps l'on peut observer en arrière une divij^ion complète on incomplète du sacrum et du coccix. Dans tous ces vices de conformation on retrouve exactement les lois qui président au mode normal de développement des os. Ainsi, par exemple, en vertu de la loi do formation des organes de la périphérie vers le centre, l'ilium apparaît avant l'ischion, et celui-ci avant le pubis. Hé bien , le pubis qui se montre le dernier est aussi celui qui manque le plus souvent; et, de plus, il peut manquer seul , tandis que l'absence de l'ischion entraîne nécessairement la sienne.

La fente double ou simple de la lèvre supérieure , la fissure de la voûte palatine et du voile du palais, d'où résultent les divers degrés du bec-de-lièvre , représentent l'état normal de ces parties au commencement de la vie intrà-utérine , et sont encore par con^ séquent les résultats bien manifestes d'un arrêt de développement. Les lèvres, dans le principe de leur formation , paraissent être composées d'autant do points indépenduns qu'il y a de parties osseuses dervière elles , et chacun des intervalles qui séparent ces

d'aNATOMIE PATHOLOGiOti:. } 2\

diverses portions des lèvres correspond à l'espace interposé entre les diflerens os , ou du moins entre les différens points d'ossification. La lèvre inférieure ne doit donc être jamais composée que de deux pièces , tandis que la supérieure doit l'être d'abord de quatre ; savoir: de deux mamelons moyens, dont chacun correspond à un os incisif, et de deux autres portions latérales plus considérables qui sont appliquées sur chaque os maxillaire. Il paraît que les deux mamelons moyens se réunissent de très-bonne heure, de même que les deux os incisifs; de là l'extrême rareté du bec-de-lièvre situé sur la ligne médiane , bien que, d'après ce qui vient d'être dit, on en conçoive la popsibilité. Au contraire , les deux portions latérales ne se réunissent que plus tard à la portion moyenne ; et, soit que cette réunion n'ait pas lieu des deux côtés ou d'un seul, il en résultera un bec-de-lièvre double ou simple. Quant à la lèvre inférieure , la précocité de la réunion des deux pièces qui la composent primitivement rend raison de la grande rareté de sa division congéniale.

Non-seulement arrêtées dans leur développement, les lèvres peuvent rester divisées; mais encore elles peuvent ne pas se développer du tout , et il en résulte alors une ouverture contre nature , qui laisse voir tout l'intérieur de la cavité buccale.

L'hypospadias congénial est encore le produit non douteux d'un arrêt dans l'évolution des parties génitales mâles, qui, à une certaine époque de leur formation , sont fendues sur la ligne médiane. Celte fente primordiale peut se conserver sous forme d'une gouttière qui occupe la face inférieure du pénis, et

dont retendue, plus ou moins grande, constitue divers degrés d'hypospadias. Dans un premier degré, on n'observe qu'une simple ouverture au-dessous du gland ; dans un second degré, cette ouverture se continue sous le pénis ; enfin , dans le troisième degré , le scrotum lui-môme est divisé , et la fente inférieure de l'urèthre s'étend jusque près de l'origine de ce canal. Ces divers degrés d'hypospadias, et surtout le dernier, coïncident fréquemment avec d'autres vices de conformation des parties génitales, d'où peut résulter une apparence d'hermaphrodisme. Ainsi , en même temps que l'urèlhre est ouvert inférieurement, le pénis, très-petit et imperforé, peut se rapprocher des formes du clitoris; la fente de l'urèthre peut simuler l'ouverture vulvaire, lorsqu'il y a surtout division du scrotum : chaque portion de celui-ci, soit qu'elle contienne ou non un testicule, représente une grande lèvre; d'autres fois, de la division du pénis résultent deux replis qui descendent Jusqu'au périnée comme des nymphes. Dans ces dilférens cas l'apparence du sexe féminin est bien plus grande, si les testicules sont encore contenus dans Tabdomen- C'est d'ailleurs une circonstance fort remarquable , que, dans un grand nombre de cas où la fente primordiale des organes génitaux maies se conserve à divers degrés, on observe, soit dans les parties génitales , soit dans le reste de l'économie , d'autres caractères du sexe féminin, de telle sorte qu'on peut en déduire cette loi : que, lorsque le caractère distinclif d'un sexe se trouve modifié, cette modification a pour résultat une tendance marquée vers les caractères de l'autre sexe. Ainsi, dans le cas d'hypospadias consi-

u'aNATOMIE rATHOLOGIQtE. 1 SJ

déiable, non-seulement, comme nous l'avons déjà dit, le pénis reste petit et imperforé , mais encore les testicules, peu développés, restent dans l'abdomen, plus ou moins éloignés de la place naturelle aux ovaires. L'individu est faible, lymphatique; il a peu de barbe, sa voix est grêle , et ses mamelles sont quelquefois remarquablement développées. Be m<^me , chez la femme , lorsque le clitoris acquiert une grandeur insolite, les formes deviennent masculines, le menton se couvre de poils, etc.

Que si nous étudions maintenant les ouvertures , les communications accidentelles que présentent plusieurs organes internes, nous pourrons encore facilement les rapporter à un arrêt de développement de ces organes. Ainsi nous avons déjà indiqué le mode de formation successive des cavités du cœur; toutes les ouvertures de communication anormale qu'on a observées chez l'enfant ou môme chez l'adulte entre ces diverses cavités , ont été un état normal à certaines périodes de l'évolution du fœlus. On a vu plus d'une fois les organes génitaux femelles, urinaires et digestifs, communiquer tous ensemble, et se réunir dans une sorte de réservoir commun avant de s'ouvrir au dehors. Suivez dans leurs divers phases le développement de ces organes, et vous trouverez une époque où cette triple communication est une conformation normale.

Ici encore pourrait se placer la conservation de la cavité de certains vaisseaux ou conduits, qui, dans l'état naturel, doivent s'oblitérer à l'époque de la naissance, tels que le canal artériel, la veine ombilicale, l'ouraque.

I !?4 riîEcis

Du défaut de réunion des parois des cavilés dépendent un grand nombre de vices congéniaux de situation. Ainsi s'expliquent les cas où l'on a trouvé hors de l'abdomen, ou du thorax, tous les organes qui sont ordinairement contenus dans ces cavités; de cette cause dépend également l'encéphalocèle; mais en même temps que le crâne reste ouvert postérieurement, les diÛerens os qui en composent les parties latérales et la base changent quelquefois de position ; et, selon qu'ils s'abaissent ou s'élèvent, ils peuvent pousser plus ou moins complètement le cerveau hors de la boîte destinée à le contenir : de là plusieurs formes bizarres d'encéphalocèle, qui ont été signalées surtout par M. GeoCfroy Sainl-Hilaire : tantôt, par exemple, chassé presque entièrement hors du crâne, )e cerveau est repoussé en arrière et en bas, et repose sur le dos , enfermé dans les tégumens communs. M. Geoffroy a donné à cet encéphalocèle, en raison de sa situation, le nom de notencépliale (tête avec cerveau sur le dos); tantôt, consécutivement à l'élévation insolite du sphénoïde d'où sont résultés, pour les autres os, divers changemens de position , le cerveau, situé hors du crâne, semble porté sur un pédicule qui traverse le sommet de la boîte cérébrale; ici l'encéphale est incomplet , plusieurs de ses parties manquent (commissures cérébrales ) , ou sont mal conformées ( tubercules quadrijumeaux , lobes cérébraux) ; de là sa forme insolite. C'est le podencéphalede M. Geoffroy Saint-Hilaire (tête avec cerveau sur tige. ) De ce cas se rapproche encore une espèce d'encéphalocèle , décrite par le saviint illustre dont nous mettons si souvent les travaux à contribution.

b'ANATOMiE PATftOLOCIQt'E. 1 .iî%

SOUS le nom d'hypérencéphale ( cerveau sur le crâne ).

D'autres vices de situation sont encore le résultat bien manifeste de divers arrêts de développement. Ainsi chez l'adulte la présence des testicules dans l'abdomen , la position des reins au devant de la colonne vertébrale , l'éloignement du fond de la vésicule biliaire du bord tranchant du foie , la suspension immédiate des mains ou des pieds, soit au scapulum, soit à l'os coxal , sont autant de vices de situation qui constituent l'état normal de certaines périodes de la vie fœtale. Il ne faudrait pas croire cependant que tous les vices congéniaux de situation pussent être ainsi expliqués. Une fois , par exemple, j'ai trouvé un des reins situé dans l'excavation du bassin ; il recevait son artère du tronc hypogastrique , ce qui prouvait que cette situation n'était point survenue depuis la naissance: or, je ne crois pas qu'une situation pareille ait son analogue à aucune des époques de la formation du fœtus.

De même que certains vices de conformation consistent dans des ouvertures contre nature, de même il en est qui résultent de l'oblitération, ou pour mieux dire , de l'absence des ouvertures ou cavités naturelles; et cette espèce de monstruosité, qui a été désignée sous le terme générique d'atréste, doit encore être rapportée à un arrêt de développement. Ici se rangent l'imperforation de l'anus, celle de l'urèlhre, la terminaison de l'intestin en cul-de-sac en divers points de son étendue, la conservation de la membrane pupillaire l'absence chez l'adulte des sinus frontaux ou maxillaires. Les testicules restent-

\ 26 t>RlîCts

ils dans l'abdomen? on observe souvent liné oblitélalion du canal inguinal ; mais ici l'alrésie est acquise. Dans quelques cas l'on a trouvé les lobes cérébraux sans ventricule : cette imperfection est encore un résultat manifeste d'un arrêt de développement de ces lobes. C'est en effet une loi , soit en anatomie Comparée, soit en embryologie, que des cavités n'existent dans une partie quelconque du cerveau , que lorsque cette partie est à son maximum de développement. C'est dans ce dernier cas que se trouvent ordinairement chez 1 homme les lobes céré* braux; conformément à la loi posée» ils doivent être creusés intérieurement; mais remontez au commen*cement de la vie intrà-utérine , vous trouverez que les hémisphères du cerveau, constitués par une simple membrane recourbée , sont d'abord beaucoup moins développés que d'autres parties , que les tubercules quadrijumeaux, par exemple: Hé bien, à cette époque , les tubercules ont une cavité beaucoup plus grande que les hémisphères; plus tard une disposition inverse s'établit. Mais supposez qu'il y ait arrêt de développement de l'encéphale , les parties resteront telles qu'elles avaient été d'abord observées; on trouvera à la naissance absence des ventricules dans les hémisphères , présence d'une cavité dans les tubercules quadrijumeaux. Ce dernier cas, en particulier , existait chez le monstre appelé podcnccpliale par M. Geoffroy Saint-Hilaire , dont il a déjà été question.

A côté du vice de conformation appelé atrésiCj se place assez naturellement celui que M. Breschet a appelé aymphisiej et qui résulte de la réunion anor-

b'ANATOilIE PATHOLor.ini E. 12'7

»iialc de parties ordinairement divisées, soit qu'il y ait simple rapprochement de position , soit qu'il y ait fusion de parties doubles en une seule. Cette classe renferme des vices de conformation fort intéressans , qui, à l'instar des précédens , peuvent encore être expliqués très-bien par un arrêt de développement. Une de ces sympliises le plus anciennement connues est celle qui consiste dans la réunion ou la fusion plus ou moins complète des deux yeux, qui , en se rapprochant, se placent sur la ligne médiane. Ce vice de conformation a été décrit tour à tour sous les noms de cyclopie , monopsie , rhinencephalie,

La cyclopie , plus commune chez certains animaux que chez l'homme , coïncide constamment avec ime absence ou une imperfection de développemeni , i ". des lobules olfactifs et des nerfs du même nom ; 2°. de l'os ethmoïde. Ainsi, dans ces cas, c'est l'absence d'un sens qui produit le déplacement d'un autre; il est d'ailleurs tout naturel qu'en raison du défaut de développement des portions osseuses ordinairement interposées entre Jes deux orbites, ceux-ci se rapprochent et tendent à se confondre ; mais dans cette confusionMes orbites , et , par suite , des organes qui y sont renfermés, il existe plusieurs degrés qu'il importe de signaler.

Dans un premier degré, par suite du défaut de développement de la paroi interne de chaque orbite, les deux orbites communiquent* mais chacune contient encore un œil distinct. Dans un second degré, on ne voit plus qu'une seule cavité orbitaire; mais elle contient deux yeux qui se touchent sans se confondre. Dans un troisième degré, les deux yeux se

J2S tRÉCÏS

réunissent, se confondent, mais de manière à ce qu'on retrouve encore toutes les parties qui appartenaient à chacun d'eux : ainsi toutes les humeurs ^ toutes les membranes sont doubles ; il y a aussi deux nerfs optiques; d'autres fois on n'en trouve qu'un seul, bien qu'il y ait deux cristallins. Assez souvent on croirait d'abord qu'il n'y a qu'un seul œil: en effet l'on n'aperçoit qu'un seul globe dans l'orbite ; mais dans son intérieur, ce globe contient tous les élé* mens de deux yeux qui sont renfermés dans une seule sclérotique comme dans une enveloppe commune. Ailleurs on ne trouve plus réellement qu'un seul œil; mais dans ce cas il est remarquable par son volume. (Haller. ) Enfin Tenon, et plus anciennement Thomas Bartholin , ont cité des cas où il y avait absence complète d'œil et d'orbite. II y a alors anopsie. Dans quelques observations de cyclopie rapportées par Haller, on lit que pour un seul œil il existait quatre paupières et deux glandes lacrymales.

Dans la cyclopie , les os propres du nez abandonnent leur situation ordinaire. Ils existent, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire , au-dessus de l'appareil ophthalmique , groupés et saillans sur le milieu du front. De ces os se détachent les parties molles, qui se prolongent en bas comme une trompe ; de là la dénomination de rhinencéphales imposée par M. Geoffroy Saint-Hilaire aux fœtus monopses. Plusieurs de ces fœtus ont présenté d'ailleurs une singulière conformalion du cerveau; ils n'avaient qu'un seul lobe cérébral situé sur la ligne médiane , et peu développé. La réunion des yeux vers la parlie moyenne de la face ne dépendrait-elle pas autant de celle circons-

AxXATOiMIE PATHOLOGIQUE. 12C)

tance que de l'absence de l'appareil nerveux olfactif?

Nous venons de voir qu'avec l'absence de l'organe de l'olfaction , coïncide la réunion des yeux. Si en même temps il y a absence des différentes parties de la cavité buccale (astomie) , d'autres organes sensoriaux tendront encore à se confondre et à se réunir sur la ligne médiane; de là, une autre espèce de sympliisie qui consiste dans le rapprochement et quelquefois la fusion des oreilles. Dans un cas de ce genre, décrit par M. Geoffroy Saint-Hilaîre sous le noui de triencéphale , en raison de l'absence simultanée des organes du goût, de la vue et de l'odorat , les oreilles étaient réunies en-dessous, et de chaque côté se prolongeait un pavillon tégumentaire ; au centre on voyait un seul trou auriculaire et une seule caisse. Dans d'autres cas plus ou moins analogues au précédent, l'une et l'autre cavité du tympan sont réunies par soudure sur la ligne médiane; d'après M. Geoffroy Saint-Hilaire , cette disposition peut simuler jusqu'à un certain point la mâchoire inférieure, qui n'est alors le plus souvent que rudimentaire.

Consécutivement à une évolution imparfaite , il peut arriver que plusieurs organes présentent même des dimensions plus considérables que de coutume; c'est le cas du foie , du thymus , des capsules surrénales, du clitoris. C'est également le cas de la moelle épinière, dont l'excès de longueur, observé quelquefois après la naissance, semble dépendre de ce que le canal vertébral ne s'est pas suffisamment accru. Il y a une époque de la formation de l'embrvon où le coccyx, beaucoup plus long qu'il ne le sera parla suite , constitue une sorte de queue : si , à mesure

l5o PRECIS

que les membres inférieurs prennent de l'accroissement^ le coccyx ne diminue pas , ainsi que cela arrive dans l'état normal , il en résultera pour le fœtus à terme l'existence d'un prolongement caudal qui dépendra réellement d'une évolulion incomplète.

11 semble encore que ce soit avancer un paradoxe, que de dire que l'augmentation de nombre de certaines parties est aussi le résultat d'un arrêt de développement de ces mêmes parties; et cependant il e^ est réellement ainsi pour le système osseux. Tantôt celte augmentation de nombre est réelle , comme lorsque les os wormiens viennent à remplir les espaces que les os du crâne ont laissés entre eux ; plus ces os surnuméraires sont considérables, plus l'évolution des os du crâne a été incomplète. Le plus remarquable de ces os wormiens est celui que l'on a nommé épactal (os intercalé) ; il apparaît au point de réunion des pariétaux et de l'occipital , lorsque ces os ont cessé de croître long-temps avant de combler l'espace qu'ils laissent d'abord entre eux : cet os ne se fornu' qu'après la naissance. D'autres fois , et c'est là le cas le plus commun , l'augmentation de nombre des os chez le fœtus à terme n'est qu'apparente : chez lui seulement les diflérentes pièces dont chaque os est composé sont restées séparées , et constituent comme autant d'os distincts, ainsi que cela existe soit à diverses périodes de la vie de l'embryon, soit chez plusieurs animaux. Ainsi, par exemple, tous les anatomistes ont simplement décrit le frontal comme étant formé chez le fœtus de deux pièces, qiw plus tard s'unissent sur la ligne médiane; mais aucun n'a dit que chez l'embryon chacune de ces pièces latérales était elle-

d'anatomie pathologique. l5l

îiiême formée de deux autres parties , l'une crânienne , l'autre orbitaire. Cependant, chez des fœtus arrêtés dans Jeur développement , j'ai constaté l'existence isolée de ces deux parties. Dans l'un de ces fœtus (c'était un anencéphale) la portion orbitaire existait seule ; elle se terminait par un bord tranchant, là où se montre ordinairement l'arcade sourcilière. Chez un autre fœtus qui avait un bec-de-lièvre , et dont la partie moyenne des parois du crûne, du thorax et de l'abdomen, n'existaient pas, j'ai trouvé entièrement séparées l'une de l'autre de chaque côté les portions crânienne et orbitaire de chaque demi-frontal; celuici était ainsi réellement composé dedeuxos, séparés l'un de l'autre par une ligne oblique dfe bas en haut et de dedans en dehors, étendue de l'angle orbitaire interne au bord externe frontal. Ce retard dans la soudure des pièces osseuses est devenu , entre les mains de plusieurs anatomistes modernes, un puissant argument en faveur de la théorie de l'unité de composition organique. Mais il y a aussi d'autres cas dans lesquels les os, et spécialement ceux du crâne, loin de paraître ou plus volumineux ou plus nombreux que de coutume, semblent au contraire manquer en grande partie. Or , de même que nous avons établi tout à l'heure que l'augmentation dans le nombre des os n'est le plus souvent qu'apparente , de môme M. Geoffroy Saint-Hilaire a essayé de démontrer que le plus souvent aussi leur absence n'est également qu'apparente. D'après lui, les crâne;^ des anencéphales présentent toutes les pièces osseuses de l'élat normal, non dans leur forme et dans leur grandeur, mais , ce qui est la seule circonstance importante ,

dans leurs matériaux et dans leur connexion. Le cerveau n'existant pas , tous les os qui servent à l'envelopper , et dont la grande étendue est en rapport avec celle de la niasse cérébrale , ne disparaissent pas , mais deviennent infiniment plus petits , et tels qu'on les retrouve chez les animaux à cerveau peu développé. Le pariétal , par exemple, dans un cas d'anencéphale décrit par M. Lallemand , ne consistait plus qu'en une bandelette de quelques lignes d'étendue. J'ai vu un cas semblable. Mais ce n'était pas là un débris , dit M. Geoffroy- Saint-Hilaire, c'était un os resté rudimentaire , parce qu'il était sans emploi; d'ailleurs il avait toutes ses connexions ordinaires. Chez ce même anencéphale , l'occipital était singulièrement déformé ; mais, parune ingénieuse etsavante analyse, M. Geoffroy le montre constitué par les pièces nombreuses desquelles il est d'abord composé chez l'embryon , et qui, chez l'anencéphale, ne se trouvent modifiées qu'en forme et en grandeur. En un mot, suivant l'expression de M. Geoffroy Saint-Hilaire, aucun de ces os ne rétrograde jamais jus qu' à zéro d'existence.

Au nombre des parties surnuméraires qui résultent d'une imperfection de développement, faut-il placer le prolongement digitiforme, connu sous le nom de diverticule, que l'on trouve quelquefois chez l'adulte, se détachant d'un point de l'ileum. Telle est l'opinion de Meckel , qui regarde ce diverticule comme un vestige du canal , qui , lors de la formation de l'embryon , établissait une communication entre la vésicule ombilicale et l'intestin, ou plutôt était lui-même tout l'intestin. Ce qui semblerait donner un nouvel appui

DANATOWIE PATHOLOGIQUE. l 53

à cette mauière de voir , c'est que , d'après le même Meckel , le diverticuie dont il est ici question est souvent accompagné par des débris des vaisseaux omphalo-mésentériques. Ce diverticuie doit au contraire être considéré comme une simple disposition accidentelle par ceux qui , avec Oken , M. Geoffroy Saint-Hilaire , etc., établissent en un autre point, vers le cœcum , par exemple , l'origine du canal intestinal et sa séparation de la vésicule ombilicale. Ici, comme dans beaucoup d'autres circonstances, de nouveaux faits sont nécessaires pour que l'une ou l'autre de ces opinions puisse être définitivement adoptée.

Dans les premiers mois de la vie fœtale, plusieurs organes , qui plus tard s'inclineront à droite ou à gauche , occupent sur la ligne médiane une position perpendiculaire. Ainsi le cœur n'a point encore sa direction oblique de droite à gauche ; il est parallèle à l'axe du corps; il en est de même de l'estomac, et enfin de tout le tube digestif, qui n'est lui-même d'abord qu'un simple canal sans circonvolution, étendu en ligne droite depuis l'estomac jusqu'à l'anus. Ces différentes dispositions peuvent persister après la naissance; de là des vices de direction qui sont encore le résultat d'une évolution incomplète.

Enfin il n'y a pas jusqu'à de simples vices congéniaux de coloration qu'on ne puisse aussi regarder comme dépendans de la même cause. ^Ainsi le pigment noir de la choroïde ne commence à paraître que vers le cinquième mois de la grossesse : s'il ne se forme pas, la choroïde restera rouge après la naissance. ( Albinos. )

î ^4 pnÉcis

Les différens vices de conformation qui résultent d'un arrêt de développement , représentent la ])lupart, et d'une manière plus ou moins parfaite, l'état normal des animaux des classes inférieures. Ce principe est une conséquence immédiate de la loi en vertu de laquelle l'homme parcourt, dans les diverses périodes de sa vie fœtale, les divers degrés d'organisation qui sont l'état permanent des animaux placés au-dessous de lui dans l'échelle des êtres. Ici nous ne sommes en quelque sorte qu'embarrassés du choix des preuves , et nous ne pourrons qu'indiquer les faits les plus saillans.

Le corps de l'homme , arrêté dans son développement, peut reproduire l'état normal des autres animaux , 1°. dans sa forme extérieure, 2°. dans la conformation particulière des différens organes.

Les ressemblances de forme extérieure ont été longtemps singulièrement exagérées; de là les dénomina lions bizarres et d'ailleurs inexactes de tôle de crapaud, gueule de loup, etc., imposées à certaines monstruosités de la têle. De là auîsi , l'espèce d'éloignement que manifestent beaucoup de bons esprits pour ces rapprochemens entre la forme anormale de l'homme et la forme normale d'autres animaux; mais il n'y a rien de commun entre ces rapprochemens grossiers et ceux qui résultent de la théorie des analogues , telle qu'elle a été développée par ïiedemann, ^leckel , GeoUVoy Saint-Hilaire. Cette théorie, si on n'en exagère pas ies inconvéniens , si on ne lui demande pas en quelque sorte plus qu'elle ne peut donner, me semble ê!ro <|jnc des plus hautes conceptions dont puisse s'honorer l'époque scientifique aciuclle.

d'aNATOMIE PATITOLOGIQUE 1j5

Quoi qu'il en soit, plusieurs altérations de la forme extérieure dans l'homme se retrouvent exactement reproduites dans l'échelle animale. Telle est l'absence de plusieurs membres ou de tous, qui est l'état normal, i". des cétacés, parmi les mammifères; 2°. de plusieurs poissons et reptiles. Telles sont encore l'existence des membres sous forme de moignons courts, sans trace de division à leur extrémité , un moindre nombre de doigts, la réunion de ceux-ci par des membranes , etc. Telle est enfin la présence chez l'homme d'un prolongement caudal.

Les rapprochemens qu'on peut établir entre la conformation irrégulière des organes de l'homme et la conformation normale de ces mêmes organes chez les animaux sont beaucoup plus nombreux. Ainsi ^ par exemple , si l'on étudie sous ce rapport le système vasculaire , on trouvera des cas de monstruosités où l'on observe d'autre trace d'appareil circulatoire que quelques vaisseaux qui ont à peine des parois distinctes, disposition qui rappelle l'état également rudimentaire du système vasculaire chez les zoophytes. Le cœur allongé en vaisseau qu'on trouve dans quelques acéphales reproduit assez bien le vaisseau dorsal des insectes. Resserré en un sac muscuJeux à une .'eule cavité, il représente le cœur éminemment simple des crustacés. Constitué par deux seules cavil s, il répète le cœur des poissons et de beaucoup de mollusques. A-t-il deux oreillettes et un seul ventricule, c'est le cœur des Batraciens. Ce ventricule unique se subdivise-t-il lui-même en deux autres par une cloison incomplète, c'est le cœur des Chélonieus. Chez certains monstres , comme chez

l56 PRÉCIS

les Batraciens, l'artère pulmonaire n'est qu'une branche de l'aorte; chez d'autres, comme chez les tortues , l'aorte communique avec l'artère pulmonaire par un large canal. Chez d'autres enfin, comme cela existe pour les oiseaux, le cœur donne naissance à deux aortes. Le système nerveux offre encore à faire un plus grand nombre de rapprochemens de ce genre. Ainsi la prolongation de la moelle épinière Jusqu'à l'extrémité inférieure du canal vertébral, l'existence d'une cavité dans son intérieur constituent l'état normal de la plupart des vertébrés. Les divers degrés de développement auxquels s'arrête le cerveau des anencéphales, correspondent la plupart à l'état permanent de ce même cerveau chez les animaux inférieurs. Les cas de monstruosités humaines , dans lesquels on a vu les nerfs rachidiehs être implantés sur les méninges , existent naturellement , suivant M. Desmoulins , dans certains poissons, où les nerfs , insérés aux membranes, ne se continuent pas avec la moelle épinière. Enfin l'absence complète de l'axe cérébro-spinal, avec réunion des deux ganglions spénopalalins et conservation des ganglions vertébraux et de leurs nerfs, assimile, suivant M. Serres, les fœtus humainsquiontprésenté ce vicede conformation, aux animaux invertébrés. La plupart des imperfections de développement du canal digestif sont également une image exacte de l'étatnormal de ce môme canal dans les autres êtres organisés qui en sontpourvus. Ainsi, sous le rapport de ses orifices^ le canal digestif n'en présente souvent qu'un seul chez les monstres humains, et c'est le plus ordinairement le supérieur qui existe : cet état peut être comparé à ce qui a lieu chezplusieurs

d'a>ATOMIE PATIIOLOGIQLE. 107

zoophytes dont le tube digestif représente im eul-desac. Chez les reptiles et les poissons, la cavité buccale n'est point séparée des fosses nasales; chez les oiseaux la communication entre ces deux cavités n'a plus lieu que dans une certaine partie de leur étendue ; chez certains mammifères, chez les rongeurs par exemple, cette communication existe encore, mais plus restreinte ; l'espèce de cloison musculo-membraneuse (septum staphylin) qui prolonge en arrière la voûte palatine est fendue chez les oiseaux et chez beaucoup de reptiles; enfin, chez plusieurs mammifères, la lèvre supérieure reste divisée. Ces différens états se retrouvent accidentellement chez l'homme, isolés ou réunis, dans le vice de conformation appelé bec-dclièvre. Dans certaines classes, de même que chez plusieurs monstres humains , l'estomac n'est pas distinct an reste du tube digestif, celui-ci est droit, etc. Les reins qu'on a trouvés quelquefois chez l'homme adulte ou réunis ou divisés en lobes , comme ils le sont chez le fœtus, présentent l'une ou l'autre de ces dispositions pendant toute la vie d'un grand nombre de reptiles, de poissons et même de mammifères. Le cloaque dont nous avons signalé l'existence comme un vice de conformation chez l'adulte , tandis qu'il existe naturellement quelques mois avantla naissance, est l'état normal des oiseaux et des reptiles. L'absence de la vésicule biliaire est une disposition physiologique chez plusieurs mammifères , tels que les solipèdes, chez beaucoup d'oiseaux et de poissons. Le thymus et les capsules surrénales, qui disparaissent ou au moins diminuent chez l'homme après la naissance , conservent quelquefois chez lui un grand

1 38 piuîcis

Jcvoloppement ; c'est aussi ce qui a lieu d'une manière normale chez les rongeurs , les amphibies , et plusieurs plantigrades. Les irrégularifés du système osseux chez l'homme pri'senlent aussi une répétition souvent remarquable des formes régulières de ce système chez beaucoup d'animaux. D'abord chez l'homme un grand nombre d'os restent quelquefois à l'état muqueux ou cartilagineux , comme ils le sont primitivement chez le fœtus, et comme ils continuent à l'être soit chez les invertébrés , soit même parmi les vertébrés , chez les poissons chondroptérygiens. La division des vertébrés existe comme forme normale chez plusieurs poissons. Le sternum manque naturellement dans quelques espèces de reptiles et dans beaucoup de poissons. Les os du pubis, qui ne se dissocient qu'accidentellement chez les mammifères , sont divisés chez les oiseaux et chez plusieurs reptiles. Enfin, dans les os delà tête, on rencontre, chez les différons animaux, comme disposition normale, ce grand nombre de pièces osseuses qui se soudent prématurément chez l'homme , et dont rexislence isolée constitue chez lui un vice de conformation. Enfin , les organes génitaux des deux sexes présentent peu de vices de conformation qui n'aient des analogues dans la disposition régidière de ces mêmes organes chez d'autre êtres. Telles sont plusieurs des variétés de l'hypospadias que nous avons signalées , l'existence d'un utérus bicorne, l'absence ou l'imperforation du pénis , la permanence des testicules dans l'abdomen , etc.

Il est d'autres vices de conformation qui semblent répéter j comme les précédens, des formes animales

d'anatomiiï pathologique. i5()

régulières, niais qui ne paraissent plus avoir t'ié IV'lat normal de certaines périodes de la vie intrà-utérine. Telles sont plusieurs variétés d'origine des artères dont nous parlerons ailleurs (plus bas aussi nous indiquerons les rapproclieniens beaucoup moins nombreux qui peuvent être établis entre les monstruosités humaines par excès de développement, et l'état normal de plusieurs animaux). Il est cnûn certains vices de conformation qui,, bien que résultant d'une évolution incomplète, ne répèlent ni les formes normales de quelqu'une des époques de la vie iufràutérine , ni même celles des anin::aux inférieurs : telle est la cyclopie.

Tels sont les traits les plus généraux de l'histoire des monstruosités qui résultent du développement incomplet des organes. A ces monstruosités opposons celles qui dépendent d'un excès de développement, d'une exubérance de nutrition. De là peut naître une augmentation dans le' nombre ou dans le volume des organes. L'augmentation de volume dans tout le corjis constitue les géans. L'augmentation de volume de quelque organe en particulier est aussi souvent acquise que congéniale; dans ce dernier cas, nous avons déjà vu qu'elle comcidait fréquemment avec l'atrophie d'un autre organe. L'augmentation dans le non)bre des parties peut n'exister que dans quelques organes isolés, ou bien l'individu peut offrir une reraarqual^le multiplication de tous ses organes; cette multiplication ne fait guère que les doubler , de sorte que Meckel propose de l'appeler dapilcation des organes. Dans un grand nombre de cas de ce genre, la diiplicalion est si complète sous le rapport de l'importance

l/|0 PRÉCIS

OU du nombre des parties doublées, qu'il esl bien probable qu'elle résulte de la réunion ou de la fusion de deux fœtus. C'est ce qu'on trouve surtout très-bien démontré dans le savant travail publié sur les monstruosités par MM. Chaussier et Adelon. ( Dicl. des Sciences mcdic. )

Étudions d'abord les cas les plus sailtans où quelques organes sont simplement augmentés de nombre , sans qu'il y ait encore tendance à la duplication de l'individu. Les organes les plus importans à examiner sous ce rapport sont les os, parce que les variétés de nombre qu'ils subissent entraînent le plus souvent de notables modifications dans le nombre et la disposition des muscles qui s'y insèrent, des vaisseaux et des nerfs qui les avoisinent. D'après Meckel , les vertèbres sont les os qui chez l'homme varient le plus en nombre; ce sont aussi précisément ceux qui, chez les animaux, présentent sous ce rapport le plus de variétés normales. L'augmentation de nombre des vertèbres est parfaite , s'il existe une ou plusieurs vertèbres de plus; elle est imparfaite, s'il existe seulement une portion de vertèbre intercalée entre deux normales, ou si quelque partie surnuméraire est ajoutée à une vertèbre. Comme les vertèbres , les côtes peuvent présenter une augmentation de nombre, tantôt imparfaite , laquelle résulte soit de l'union de deux côtes par un prolongement osseux , soit de la bifurcation d'une côte qui , simple d'abord, se termine au sternum par deux appendices isolés; tantôt parfaite, et ici se présentent plusieurs variétés qui sont relatives , i". au rapport des côtes surnuméraires avec les vertèbres; celles-ci peuvent Cire ou non augmen-

d'aNATOMIC l'ATITOI.Or.IQîE. l/p

tées de nombre ; 2°. à leur situation ; les cotes surnuméraires font suite à la douzième dont elles ont la disposition, ou bien elles sont situées au-dessus de la première, s'insèrent aux vertèbres cervicales, et représentent ainsi un état normal des poissons; 5". à leur grandeur ; elles arrivent rarement jusqu'au sternum, et semblent n'être souvent que des appendices qui se détachent des vertèbres ; 4°' à leur nombre ; on observe trèsrrarement au-delà d'une paire de côtes surnuméraires. Nous avons déjà parlé , au commencement de cet article , de l'augmentation de nombre des os des membres. Quant aux os de la tête, nous avons vu également que leur multiplication n'était le plus souvent qu'apparente et dépendait constamment d'une imperfection de développement, ou en d'autres termes, de la non réunion des pièces d'un même os.

Les muscles peuvent augmenter en nombre, soit par suite de la production de nouveaux faisceaux dans un muscle normal , soit par suite de la formation d'un muscle tout-à-fait nouveau. D'après Meckel , presque toutes ces variétés répètent les formes régulières du système musculaire chez les différens animaux.

Si nous passons à la considération des organes internes, nous trouverons qu'en général leur nonibre augmente moins souvent que celui des pai-ties externes. Celte augmentation de nombre n'a guère lieu que lorsque les parties situées à l'extérieur du corps se sont elles-mêmes multipliées. Jl en est ainsi surtout des appareils circulatoire et respiratoire.

L'appareil digestif présente plus souvent, le reste du corps étant simple, une augmentation de nombre

\l\2 PRKCIS

(le quelqu'une tic ses parties. On peut signaler les ca^ suivans : i". l'existence de deux langues, qui presque toujours sont placées l'une au-dessus de l'autre; leur grandeur est le plus souvent inégale : elles se confondent en arrière en une base commune ; '2°. un double œsophage ; 5°. un double daodénum terminé à un pylore en cul-de-sac ; ce cas, qui a été rapporté dans les mémoires d'Edimbourg, n'a encore été vu qu'une seule fois.

Les organes génitaux n'augmentent non plus que très-rarement de nombre. Lorsque cette augmentation a lieu , deux cas peuvent se présenter : ou bien les parties surnuméraires appartiennent à un autre sexe , d'où résultent diverses apparences d'hermaphrodisme , ou bien elles appartiennent au même sexe. Dans cette dernière classe se rangent les cas de duplication du pénis ou du clitoris , qui a été observée quelquefois, et qui rappelle l'état normal des didelphes et de plusieurs reptiles. Ces organes étaient situés l'un au-dessus de l'autre, donnaient également issue à l'urine, et plus rarement au sperme , et se terminaient à une racine commune. Il n'est pas certain qu'on ait jamais observé des testicules surnuméraires; Weber dit avoir trouvé une fois quatre vésicules séminales. Plusieurs auteurs ont signalé des cas d'augmentation de nombre des mamelles ; on en a trouvé trois, quatre et même cinq, variables sous fe rapport de leur volume et de leur situation.

11 est d'autres cas dans lesquels on trouve réunis sur nu même individu des organes surnuméraires appartenant à différons sexes. Nous tirons principale-

d'aNATOMIE rATUOLOGlQLE. K'|3

ment les exemples que nous allons en donner, d'une Dissertation aiir l'hermaphrodisme j, publiée en Allemagne par Stegleluicr.

A. Testicules contenus dans le bassin ; état normal des vésicules séminales et du canal déférent, qui s'ouvrait dans un urèthre bien conformé. Utérus sans orifice , occupant sa place ordinaire.

B. Imperforation du gland, avec hypospadias. A i'Iutérieur , un testicule et une vésicule séminale d'un côté; et de l'autre, un ovaire avec une trompe, se terminant à im sac membraneux qui occupait la place de l'utérus. On trouve dans ce cas réunies les parties génitales des deux sexes ; mais elles ne sont chacune qu'imparfaitement développées.

C. Pénis très-petit, gland imperforé, testicules dans l'anneau avec canal déférent. Fente du scrotum , qui est l'orifice d'un conduit aboutissant à-lafois à un urèthre et à un utérus.

D. Existence d'un utérus bien conformé , sans trompe ni ovaire ; il n'a pas de col et s'ouvre dans l'urèthre. Le pénis et les testicules sont bien conformés ; mais chaque canal déférent, après avoir franchi l'anneau , s'engage dans l'épaisseur des parois de l'utérus, y forme de nombreux replis, comme pour représenter les vésicules séminales; il s'ouvre dans l'urèthre comme de coutume.

E. Parties génitales maies externes et internes bien conformées , si ce n'est que les testicules sont encore dans le bassin. Existence d'un utérus qui s'ouvre dans l'urèthre , et d'où partent deux cordons sans cavité intérieure qui se terminent aux testicules, et simulent

1 4 \ rr.Écis

ainsi les trompes do Fallope, les testicules se rapprochant d'ailleurs des ovaires par leur position.

Dans les cas qui viennent d'être cités, on trouve comme étant l'organe surnuméraire le plus fréquent, un utérus plus ou moins bien conformé; mais en même temps les organes génitaux mâles présentent quelque imperfection de développement, de telle sorte qu'ici encore peut être faite l'application de la loi de balancement de M. Geoffroy Saint-Hilaire.

L'appareil urinaire ne présente jamais une augmenlatio.i réelle de parties, mais seulement des cloisons, des ouvertures contre nature, qui pourraient en imposer pour une augmentation de parties, comme nous l'avons déjà dit.

Les diverses parties que nous venons de passer en revue peuvent augmenter de nombre sans que le corps se double ; au contraire, il- est d'autres parties dont l'augmentation de nombre n'existe que trèsrarement d'une manière isolée , et dont la duplication est comme le premier degré qui indique celle de tout le corps. Ces parties sont : i°. le cœur; 2°. les membres. Toutefois , dans quelques cas rares , le cœur peut offrir plusieurs parties surnaturelles et se doubler même, bien que le reste du corps demeure simple. Ainsi , dans un cœur d'ailleurs bien conformé , i3eliaen a vu une sorte d'appendice creux et musculaire annexé à l'oreillette gauche. Iverkringius a trouvé le ventricule droit divisé en deux cavités, de chacune desquelles naissait une artère pulmonaire, qui bientôt s'unissait à sa congénère. Winslow a constaté dans un thorax simple l'existence de deux cœurs, renfermés

d'aNATOMIE rATIIOLOGIQLE. 1 45

chacun dans un péricarde particulier; les vaisseaux artériels et veineux, doublés à leur origine, se réunissaient bientôt en troncs simples. Ce qui est digne de remarque, c'est que dans ce cas plusieurs organes avaient subi un arrêt de développement : il y avait cyclopie , absence de l'œsophage et de la trachée. D'ailleurs, l'état double du cœur, infiniment rare chez l'homme et chez les mammifères, s'observe plus fréquemment chez les oiseaux. Litlre a vu cette disposition sur des perdrix, Sœmmering et Meckel sur des oies. D'autres fois , le corps étant bien conformé , il en naît deux aortes qui ordinairement se réunissent au bout d'un certain espace. Dans un cas cité par Malacarne , il n'y avait pas deux aortes; mais celle qui existait , beaucoup plus grande que de coutume , était pourvue de cinq valvules à son origine. Les dispositions insolites du cœur, de l'artère pulmonaire et de l'aorte, qui viennent d'être signalées, constituent l'état normal de plusieurs animaux. Ainsi , dans les diverses classes de mollusques, on trouve tantôt, avec un cœur aortique simple , deux cœurs pulmonaires entièrement séparés l'un de l'autre , tantôt deux cœurs aortiques. Chez tous les reptiles il y a deux aortes, qui, chez les uns, naissent chacune isolément du cœur, et qui, chez les autres , résultent de la bifurcation d'un tronc d'abord unique.

L'augmentation de nombre des extrémités est véritablement le premier degré des monstres doubles. Chaque membre peut se trouver doublé, d'où résulte l'existence de huit extrémités. D'autres fois , au contraire , il n'y a qu'une seulcF-extrémité surnuméraire; ou bien celle-ci , simple à son origine , se double ou L 10

l46 pnÉf-is

se triple Tcrs sa terminaison ; on voit , par exempt*^, deux ou trois pieds sortir d'une seule jambe. Quel que soit leur nombre , les membres surajoutés présentent de grandes différences sous le rapport de leur forme, de leur structure, et de leur point d'insertion. Ainsi leur forme est quelquefois tout-à-fait semblable à celle des membres ordinaires; ailleurs ils ne consistent que dans un appendice , un moignon plus ou moins difforme. Leurstructure est très-variée : 1°. On peut y trouver toutes les parties qui constituent les membres auxquels ils correspondent. 2°. Une ou plusieurs de ces parties peuvent manquer ; les muscles paraissent être le système dont l'absence est la plus fréquente; souvent, par exemple, on trouve tous les os enveloppés seulement par de la graisse et de la peau. Enfin ces os eux-mêmes peuvent n'exister qu'en rudimens , ou manquer même tout-à-fait. Rien de moins déterminé que le point d'insertion des membres snrnuméraires; on les a vus se fixer soit à l'une des extrémités normales dont ils semblaient se détacher, ils n'existent alors que d'une manière très-incomplète ; soit à un point quelconque du bassin , ou du scapulum , en avant , de côté ou en arrière. Là où ils s'insèrent, on trouve quelquefois une articulation mobile.

Dans un grand nombre de ces cas , on observe des traces de la duplication d'autres parties. Ainsi on a vu des débris d'os du bassin être annexés à un bassin normal , et c'est de ces os rudimentaires que se détachait le membre surajouté. Dans un cas cité par Meckel , une sorte de sac contenant des vestiges d'intestin avec un orifice anal , s'étendait de la fesse

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ail jarret , de son extrémité inférieure partait un bras de deux pouces et demi de long, muni d'un humérus, de deux os de i'avant-bras. Il était diflbrraeet dépourvu de muscles. Dans un autre cas également consigné dans l'ouvrage de Meckel [de DupUcitate monstr. ), on trouvait adhérente à l'épine dorsale une tumeur irrégnlière , d'où sortaient deux pieds. Elle contenait un intestin long d'un pied, entouré dégraisse, et sans ouverture. Cet intestin était placé sur un os qui représentait une sorte de sacrum, et de plus on y trouvait deux tibias, les os de deux pieds et d'une main.

Lorsqu'il y a deux extrémités inférieures surnuméraires bien conformées, on trouve le plus ordinairement doubles quelques parties internes : le canal intestinal en particulier se divise en deux portions , qui se terminent chacune à un anus. Souvent aussi les organes génitaux et urinaires sont doublés.

Nous arrivons enfin aux cas dans lesquels la multiplication insolite de plusieurs parties semble dépendre de la réunion de deux fœtus qui ont subi chacun im développement plus ou moins parfait. Ici deux classes peuvent être établies, la première comprenant les cas dans lesquels à un fœtus bien conformé est annexée, soit une simple fraction d'un autre fœtus, soit une masse informe qui en renferme les débris ; la seconde classe comprenant les cas dans lesquels il semble y avoir fusion de deux fœtus, qui ont encore distinctes un plus oumoins grand nombre de parties.

Comme exemples de la première classe , nous citerons les cas suivans qui sont consignés dans l'ouvrage de Meckel [de Diipl. monstr.).

lO.

l48 PRÉCIS

Sur le sommet de la tête d'un enfant d^ailleurs bien conformé , étak placée une seconde tête qui était unie à la première par son sommet. Cette tête surnuméraire était supportée par un cou qui se terminait à une tumeur arrondie. L'enfant mourut à un an. Les deux têtes étaient réunies par une suture osseuse.

Ou a vu d'autres fœtus auxquels adhérait une tumeur qui avait la forme d'un abdomen , contenant intérieurement des viscères, et surtout un canal intestinal ; d'autres fois offrant des rudimens de thorax ou de bassin, avec ou sans membres.

Dans ces divers cas , les vestiges du fœtus surnuméraire sont placés extérieurement; ils adhèrent à la peau, aii tissu cellulaire , ou à la charpente osseuse. Mais il est d'autres cas dans lesquels les débris de fœtus sont renfermés dans l'intérieur même d'un autre individu. Un des cas les plus remarquables de ce genre est celui qui a été consigné par M. Dupuytren , dans le premier volume des bulletins de la Faculté de médecine : un kyste existant dans le mésocolon transverse d'un enfant mâle de treize ans renfermait une masse organisée qui fut regardée par M. Dupuytren comme étant un véritable fœtus : on y trouva en effet des traces de quelques organes des sens , un cerveau, une moelle épinière , des nerfs, des musclea, la plupart des os; mais on n'y observa aucun vestige des organes digestifs, circulatoires, respiratoires, génitaux et urinaires. Il est remarquable que dans un cas où le squelette était aussi bien développé, on n'ait rencontré aucune trace de canal intestinal, puisque celui-ci se forme bien avant les

DANATOMIE PATHOLOGIQUE. l49

OS. D'après les lois connues de l'évolulion des organes, cette existence d'une apparence de fœtus dans l'intérieur d'un autre fœtus n'est pas d'ailleurs plus difficile à concevoir que le fait de sa simple réunion extérieure. On peut consulter sur ce sujet une excellente thèse de M. La Chaise, soutenue en 1822, sous la présidence de M. Béclard, intitulée : De la Duplicité monstrueuse par inclusion ^ ainsi qu'un intéressant mémoire sur le mêmje sujet, récemment publié par M. Ollivier.

La seconde classe comprend les trois divisions suivantes : 1°. corps double à divers degrés, avec tête simple ; 2°. tête doubïe avec corps simple; 3°. tête et corps doubles.

La première division peut être comprise sous le terme générique de monstres monocéphales à deux corps. Tantôt la séparation complète des corps n'a lieu qu'inférieurement ; au-dessus de l'ombilic et vers le thorax, les parties encore doubles, tendent déjà à se confondre : tantôt la division est complète jusqu'au cou. Mais, ce qu'il y a de remarquable , c'est que, presque toujours , la tête , bien que simple, présente à la dissection des parties surnuméraires qui semblent indiquer une tendance de la tête, comme celle du corps, à se doubler : il semble qu'inférieurement les deux fœtus sont restés isolés , tandis qu'ils se sont confondus supérieurement : ainsi aux os normaux de la tête bien développée sont ajoutés d'autres os qui semblent constituer les rudimens d'une seconde tête, et qui affectent le plus souvent la disposition suivante : l'occipital et les temporaires sont les os les plus développés, au-devant d'eux on trouve une masse d'osselets informes,

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