‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 17 sur 43 · MODIFICATIONS DE NUTRITION · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DE NUTRITION

RELATIVES AU CHANGEMENT DE CONSISTANCE DES MOLECULES QUI DOIVENT NORMALEMENT CONSTITUER LES DIFFÉRENS SOUDES.

Les différens tissus qui entrent dans la composition des organes sont loin d'avoir chacun une consistance tellement déterminée, qu'elle ne puisse varier suivant plusieurs circonstances , telles que l'âge , le sexe , la constitution, et de plus, dans la série animale, suivant chaque espèce. Ainsi, par exemple , le tissu cellulaire de l'embryon , mou, pulpeux , semblable à de la mucosité ou à de la gelée , est bien différent du tissu cellulaire de l'adulte et surtout du vieillard ; le cerveau ferme et sec de celui-ci diffère du cerveau sans consistance de l'enfant, et surtout du cerveau encore tout-à-fait liquide de l'embryon à une certaine époque de son existence. Suivez, dans les diverses phases de leur développement , les tissus cartilagineux et ligamenteux, ils sont d'abord autant liquides que solides. Sans cesse , dans les différens animaux, on voit, sui-

1 gG PRÉCIS

vant les espèces , un même tissu présenter les plus grandes variétés de dureté ou de mollesse. Ainsi, suivant ces espèces, une même portion de tissu cellulaire , tantôt reste molle et -éminemment extensible , tantôt, perdant cette dernière propriété , acquiert une consistance fibreuse ou cartilagineuse. Simplement ligamenteuse chez l'homme, la sclérotique tend à devenir cartilagineuse ou osseuse chez les oiseaux. L'épithélium, qui tapisse certaines portions de la membrane muqueuse digestive, si mince , si peu visible, si délicat, si pulpeux chez les carnivores, devient d'une dureté beaucoup plus grande chez les herbivores , chez le cheval en particulier ; chez les oiseaux à estomac musculeux, il forme à la surface interne du gésier une membrane d'une grande résistance , rude au toucher et comme demi-cartilagineuse. Chez un même animal , une simple différence de régime et de manière de vivre peut amener dans plusieurs de ses tissus de nombreuses variétés de consistance : ainsi la chair molle et décolorée de plusieurs de nos animaux de basse-cour ne ressemble guère à la chair ferme et noire de ces mêmes animaux à l'état sauvage. Examiné dans ses nombreuses nuances de tempérament originel ou acquis , l'homme présente encore plus de variétés dans la consistance de sa peau, de son tissu cellulaire et adipeux, de l'ensemble de son système musculaire. Enfin , il est des cas où, par l'accomplissement d'une fonction, on voit certaines parties vivantes se ramollir momentanément, pour reprendre leur consistance accoutumée , pour la reperdre encore , si de nouveau le même acte physiologique se présente à remplir. Ainsi

d'anatomie pathologique. ig-i

se ramollit chez certaines femelles d'animaux le fibrocartilage inter-pubien, à i'ëpoque de chaque parturition.

Ainsi donc , dans l'ordre physiologique , des causes nombreuses, plus ou moins appréciables , font varier sans cesse la consistance des divers solides ; plusieurs de ces causes agissent même sur les liquides, et peuvent également en augmenter ou en dipiinuer la cohésion; de telle sorte que , de même qu'on trouve, suivant les individus , la fibre musculaire ou plus molle ou plus ferme, de même on peut trouver les plus grandes variétés dans la consistance de leur sang. Parmi ces variétés de consistance, soit des solides, soit des liquides, les unes sont tout-à-fait physiologiques, et coïncident par conséquent avec un parfait état de santé. Les autres ne sont pas encore morbides, mais cependant elles commencent déjà à ne plus appartenir à l'état normal ; elles se trouvent liées, chez l'individu qui les présente, à une certaine constitution , à certaines conditions d'hématose et d'innervation, et, si une maladie vient à se déclarer chez lui, elle aura dans ses symptômes, dans sa marche, dans sa terminaison , quelque chose de spécial^ que pouvait faire prévoir la considération du degré de consistance, en plus ou en moins, de la peau, des muscles, du tissu cellulaire. Voyez, par exemple , combien est souvent différente la physionomie , si je puis ainsi dire , des phlegmasies des membranes muqueuses chez deux individus , dont l'un a, comme l'on dit vulgairement, les chairs molles, et dont l'autre présente une disposition contraire.

Mais ce n'est pas toujours comme accomplissement

de simples lois pliysiologiques , ou comme lié à certains de ces états généraux , qu'on appelle des constitutions ou des tempéramens, que se montrent dans les solides les divers degrés de consistance dont je viens de donner quelques exemples. Souvent ils sont le produit d'un véritable état morbide , et il y a alors trouble plus ou moins marqué dans les fonctions de l'organe dont la consistance s'est modifiée ; elle peut l'être d'ailleurs , soit en plus , ce qui constitue Vinduralion, soit en moins , ce qui constitue le ramollissement. Quelle est, d'ailleurs, la cause de ces deux états opposés? cette cause est-elle unique? dépendent-ils constamment, par exemple, d'une irritation , ou en d'autres termes, d'une augmentation de l'action organique de la partie qui en est le siège ? S'il était permis en médecine de résoudre une question à /)rîÊ>W, je répondrais volontiers par la négative : je rappellerais ce qui vient d'être dît sur les causes très-variées qui, dans l'ordre physiologique , changent la consistance des organes; je demanderais s'il y a quelque chose de commun entre la plupart de ces causes et le phénomène de l'irritation , si même plusieurs d'entre ces causes ne paraissent pas avoir une action précisément opposée. Or si , dans ces différens cas , il faut admettre plusieurs causes qui , suivant les circonstances, peuvent également produire un même phénomène , j'aurai droit de m'enquérir si , dans l'ordre pathologique , celui-ci ne peut pas également reconnaître plus d'une cause : c'est ce qui sera discuté dans les deux articles suivans.

d'anatomie pathologique. L9^

ARTICLE PREMIER

DE t INDURATIOir.

L'induration consiste dans une augmentation de la consistance normale des tissus, sans autre altération de leur texture. Dans cet état , ils ont une densité plus grande que de coutume ; ils résistent davantage à la pression, à la déchirure , à l'incision ; percutés, ils rendent souvent un son tout particulier; divisés par l'instrument, ils font entendre un bruit insolite, une sorte de cri sous le scalpel :, bruit qu'on a mal-àpropos regardé comme caractérisant le sqidrrlie.

L'induration des tissus peut être divisée en deux (Tspèces, suivant qu'elle est produite par une modification même dans la nutrition des molécules solides de ces tissus, ou par un changement , soit de quantité, soit de nature, des liquides exhalés dans leur trame.

Dans la première espèce peuvent encore s'établir les divisions suivantes :

1°. L'induration normale de plusieurs tissus par les progrès de l'âge; il en a été question plus haut.

e°. L'induration à une époque peu avancée de la vie, soit qu'elle se montre dans les tissus qui normalement doivent s'indurer chez le vieillard , comme certaines portions des tissus cellulaire , musculaire , fibreux, cartilagineux, osseux, soit qu'elle ait son siège dans d'autres parties , qui dans la vieillesse n'acquièrent pas ordinairement plus de consistance. Ainsi on trouve quelquefois les parois du cœur tcllcmcat

aOO PRECIS

fermes et dures, que par la pression elles ne se dépriment pas; il semble que ses cavités soient distendues par un fluide élastique , qui s'oppose à l'affaissement des parois. Laennec a remarqué que si l'on percute un cœur ainsi induré, il rend un son tout particulier, assez semblable au son que l'on produit en frappant sur un cornet. Cet endurcissement du tissu du cœur peut d'ailleurs exister avec ou sans son hypertrophie ; ce sont deux altérations de nutrition que, dans le cœur comme partout ailleurs, il faut se garder de confondre. Le foie, le corps thyroïde, le pancréas, les ganglions lymphatiques, les ovaires, présentent aussi assez souvent une induration très-prononcée de leur parenchyme , sans que celuici ait d'ailleurs subi aucune autre espèce d'altération. Dans la seconde espèce d'induration, la partie solide du tissu ou de l'organe conserve son aspect ordinaire ; et son augmentation de consistance est uniquement due à une modification des fluides, modification qui peut exister ou dans le sang, ou dans les liquides émanés du sang. Dans les cas, par exemple, de pneumonie aiguë, le sang qui engorge les parois des vésicules bronchiques produit, en tuméfiant ces parois , l'efTacement de la cavité aërifère ; aucun fluide élastique n'y pénètre plus, et la consistance du parenchyme pulmonaire semble être alors singulièrement augmentée : mais ce n'est là qu'une apparence ; car, si alors le poumon a perdu sa mollesse, il a acquis une grande friabilité ; la pression ou la traction la plus légère suffit pour le déchirer ou le briser. Il n'en est plus de même dans d'autres cas où , par suite d'une congestion sanguine prolongée, la trame solide

d'anatomie pathologiquï:. 201

du poumon a elle-même augmenté de consistance ; alors il y a induration réelle, et ce n'est plus que très-difficilement qu'on peut opérer dans le poumon ainsi induré une solution de continuité. La dureté insolite que présentent certaines rates est aussi uniquement due à l'augmentatioû de la densité du sang qui en remplit ordinairement les cellules.

Il existe chez les enfans nouveau-nés une maladie qui leur est propre, que l'on connaît sous le nom d'endurcissement du tissu cellulaire, et dans laquelle , comme pour l'endurcissement de la rate , il n'y a d'altération que dans les qualités du liquide exhalé par ce tissu cellulaire. On en trouve les aréoles remplies, distendues par une matière albumineuse concrète. Mais ce n'est pas tout : si l'on examine le sang de ces individus, on trouve qu'il n'est plus dans son état normal. Le sérum de ce sang contient en abondance une matière spontanément coagulable , bien distincte du caillot fibrineux, qu'on voit se prendre en gelée, et qui a une identité parfaite avec la matière à laquelle le tissu cellulaire doit son induration apparente (Chevreul). Ainsi , dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, la maladie ne réside pas seulement dans le solide dont nous trouvons la forme modifiée , elle a également lieu dans le sang ; et la matière morbide, produite ou au moins contenue dans celuici, est aussi celle qui, épanchée dans le tissu cellulaire , y devient cause de maladie. Qui aurait osé prévoir un pareil résultat , il y a encore bien peu d'années , alors que l'on considérait comme la cause constante de l'endurcissement du tissu cellulaire , tantôt une affection organique du poumon ou du cœur,

tantôt une inflammation aiguë ou chronique du lubi? digestif, etc. ? Oseiai-je, maintenant, prévoir une desconséquences possibles d'^un pareil fait? oserai- je demander si dans certaines tumeurs dites squirr lieuses y dans lesquelles on ne trouve autre chose en définitive que du tissu cellulaire dont les mailles sont remplies par une matière albumineuse concrète , il n'y a pas aussi , comme dans l'induration générale du tissu cellulaire des nouveau-nés , altération concomitante du sang? Ne serait-ce pas du sang que pourrait provenir cette matière du squirrhe , qui apparaît à-la-fois, comme un dépôt, dans une foule de points du corps, qui se reproduit là où elle a été une fois enlevée, que ne précède souvent aucune altération appréciable de texture dans les parties qui; en sont le siège? Sans doute ce n'est là qu'une hypothèse ; mais si elle rend: raison de plus d'une circonstance de la production des tumeurs dites squirrheuses , qu'oa ne peut pas expliquer autrement; si, déplus, on y est conduit par voie d'induction , cette hypothèse me semble devoir èlre mise au nombre de celles qui méritent quelque examen. Les conjectures doivent être nécessairement nombreuses dans toute science qui n'est point encore achevée. Un bon esprit ne doit accepter comme vrai que ce qui a été démentré comme tel par l'expérience ; mais là ne se borne pas sa tâche ; il doit s'enquérir avec soin de tout ce qui n'étant encore que probable peut un jour être élevé au rang des vérités; combien de ces dernières n'ont pas été longtemps de simples vraisemblances !

Il est des cas dans lesquels on trouve réunies les deux espèces d'induration qui viennent d'être

d'anatomie pathologique. 2o5

signalées, et où l'on peut suivre le passage de l'une à l'autre : si, par exemple , on observe quel est l'état du tissu cellulaire autour d'anciens ulcères , on découvre dans ce tissu plusieurs espèces d'altérations qui ne sont manifestement que des degrés d'une lésion de même nature : ainsi, le plus près possible de l'ulcère, le tissu cellulaire , considérablement induré , ne présente qu'une masse solide homogène d'un blanc mat (tissu lardacé)^ un peu plus loin la consistance diminue , elle n'est plus uniforme ; l'aspect lardacé n'existe que par points isolés , et dans les intervalles qui séparent ces points, on trouve un tissu jaunâtre, encore mou , mais sans extensibilité, d'où la pression exprime un liquide comme gélatineux , assez consistant , demi-concret. Plus loin encore de l'ulcère , on rencontre ce môme liquide , mais moins consistant ; ce n'est plus que de la sérosité qui infiltre un tissu cellulaire pâle , extensible , semblable à celui que l'on retrouve dans une partie simplement œdématiée.

Les parties frappées d'induration présentent dans leur aspect des variétés nombreuses : les principales de ces variétés sont relatives à la couleur , au volume , à la foime, et enfin à l'absence ou à la présence d'autres espèces d'altérations organiques.

Un tissu induré conserve rarement sa couleur normale : tantôt il est remarquablement décoloré, soit que moins de sang le pénètre réellement, soit que cette décoloration ne soit qu'apparente, et qu'elle résulte de la présence de la matière albumineuse concrète , à laquelle le tissu cellulaire doit souvent son induration. Tantôt la partie indurée n'est pas plus pâle , mais elle est autrement colorée. Ainsi , elle est

2o4 PnKMS

souvent d'an rouge plus ou moins intense ; ailleui-s ,. elle est grisâtre , Jaune, brune, et enfin d'un noir foncé semblable à celui de Tébène. Ces diverses colorations dépendent bien manifestement , ainsi qu'il a été dit plus haut, soit de la stase plus ou moins prolongée du saug dans la partie indurée , soit de l'exhalation de diverses matières colorantes dans cette partie. Chez les enfans dont le tissu cellulaire est induré , nous trouvons souvent un exemple frappant d'un semblable dépôt de matière colorante. Chez plusieurs de ces malades^ en effet, la sérosité concrète qui produit l'induration sous-cutanée est teinte par deux principes colorans, l'un d'un rouge orangé, l'autre bleuâtre; et , chose remarquable, ces principes, de même que la sérosité concrète, se retrouvent dans le sang, comme l'a constaté M. Chevreul.

Ainsi, sous le rapport des diverses nuances de couleur qui l'accompagnent, l'induration peut être distinguée 1°. en induration avec décoloration notable de la partie (^induration blanche ) ; 2^ en induration avec coloration insolite (induration grise. Jaune, noire;, ces trois principales nuances pouvant d'ailleurs se subdiviser en beaucoup d'autres). L'induration blanche ou grise constitue des tumeurs, qui ont été désignées par les auteurs sous le nom de squirrlie ; l'induration noire a été mal-à-propos regardée comme formant un tissu accidentel particulier, qu'on a désigné sous le nom de mélanose. Je reviendrai plus bas sur la valeur de ces mots et sur la véritable interprétation qu'il convient , selon moi , de leur donner.

Le volume des parties indurées ne varie pas moins

d'aXATO^IE PATnOLOGIQCE. 2o5

que leur couleur. Il y a d'abord des cas où ce volume n'est ni augmenté ni diminué. Ailleurs il est augmenté , et ce cas est même le plus commun de tous; ailleurs enfin, on observe que l'organe induré a subi dans son volume une diminution réelle. Cela peut dépendre de plusieurs circonstances: i°. Dans certains organes parenchymateux, plusieurs de leurs élémens anatomiques s'atrophient quelquefois, subissent une sorte de retrait, et ceux qui restent acquièrent en même temps une grande dureté : dans ce cas se trouve le foie, dont un des tissus peut augmenter de volume et s'indurer, en même temps que l'autre s'affaisse et tend à disparaître. Dans ce môme cas se trouvent encore les ovaires , dont l'enveloppe fibreuse s'indure souvent de plus en plus, à mesure que leur parenchyme proprement dit se réduit à n'être plus qu'un peu de cellulosité que parcourent quelques vaisseaux. 2°. Lorsque l'induration d'un organe dépend de la condensation plus grande des liquides qui entrent dans sa composition, il peut encore en résulter pour la masse totale de l'organe une notable diminution de volume : c'est ainsi que certaines rates très-dures sont en même temps très-petites. 0°. Un autre cas peut être celui où la partie liquide de l'organe devient de moins en moins considérable , à mesure que survient une augmentation plus grande de consistance dans la partie solide. Une fois, par exemple , j'ai trouvé la rate singulièrement diminuée de volume, ayant à peine la grosseur d'une noix, et uniquement constituée par une sorte de coque fibreuse extrêmement dure et épaisse , dont l'intérieur ne présentait autre chose qu'une cavité séparée en

2o6 PRÉCIS

plusieurs comparlimcns par quelques cloisons fibreiiscs ; entre celles-ci existait un peu de S(5rosité rougeâtre, qui ne ressemblait plus en aucune façon à la matière ordinairement contenue dans les cellules de la rate. L'artère splénique était ossifiée , et son calibre tellement diminué, qu'un stylet fin pouvait à peine y être introduit ; la veine, à partir du point où elle sort de la rate , avait ses dimensions accoutumées, et ne présentait rien d'insolite dans sa structure. Les modifications de forme cfue peut subir une parlie indurée sont les mêmes que celles qui existent dans les cas d'hypertrophie ou d'atrophie ; je renvoyé donc à cet égard aux deux articles qui traitent de ces altérations.

L'induration des organes ne se forme jantais que lentement, si ce n'est dans les cas où elle dépend d'un changement dans les proportions ou dans la consistance de la parlie liquide de ces organes ; alors elle peut s'effectuer dans un très-court espace de temps. Ainsi chez l'animal vivant, sous le couteau de l'expérimentateur, on voit souvent la rate acquérir tout-à-coup une fermeté insolite, consécutivement à de grands troubles dans la respiration et la circulation , soit d'ailleurs qu'en même temps qu'elle durcit, elle augmente ou diminue de volume ; car ces deux cas se présentent également.

Quelles sont les causes sous l'influence desquelles s'indure un tissu? Voici à cet égard ce qu'apprend l 'observation- Dans un grand nombre de cas l'induration apparaît dans une parlie où ont long-temps existé tous les signes d'une hyperémie active; plusieurs portions du

d'anatomie ï>àthologique. 207

tissu cellulaire , les membranes muqueuses , le parenchyme pulmonaire , nous en offrent de continuels exemples. Mais ce qu'il ne faut pas perdre de vue^ c'est que, bien que, dans ces cas, un travail d'irritation ait précédé l'induration et l'ait produite , il peut arriver un moment où celte irritation n'existe plus : une fois augmentées de consistance , les molécules organiques continuent à se nourrir et à vivre avec cette nouvelle condition ; et il n'est pas besoin , pour que celle-ci persiste, qu'une plus grande somme de sang et de vitalité continue à être portée vers I'ofgane induré. Loin de là, il y a des cas où ce sang, où cette vitalité deviennent moindres dans cet organe qu'avant que sa consistance ne fût augmentée , et c'est alors qu'on le voit se décolorer, et manifester si peu de phénomènes vitaux , que dans un organe partiellement induré , les parties, dont la consistance s'est accrue, semblent être parfois comme des masses étrangères , inertes , déposées au milieu de cet organe. Ces particularités sont très-importantes à connaître : elles expliquent comment il se fait que , dans un grand nombre de cas, l'on est parvenu à rendre à leur consistance primitive certains tissus frappés d'induration , en y produisant une hyperémie artificielle , soit par des irritans locaux, soit par l'introduction dans l'estomac d'un certain nombre de substances propres à exciter, à placer dans des conditions nouvelles, d'une part, l'innervation, et, d'autre part, les différentes circulations capillaires.

Si bien souvent l'on ne peut douter que l'induration d'un tissu n'ait été précédée d'un accroissement de son action organique , est-ce à dire qu'il en soit

2o8 PRÉCIS

toujours ainsi? A cet égard interrogeons encore les faits : ils nous montreront plus d'un cas où, dans une partie indurée ^ aucun signe n'a révélé pendant la vie l'existence d'une congestion sanguine , antécédente ou actuelle, et où rien ne la démontre non plus sur le cadavre , de telle sorte qu'en pareil cas ce n'est que par analogie qu'on peut admettre une byperémie active comme cause de l'induration. Mais, d'abord, connaissons-nous assez les lois qui régissent le mou- ' vement nutritif de tout tissu, pour être fondé à établir que ce tissu ne peut changer de consistance , sans avoir été primitivement irrité , ou en d'autres termes, sans que les lois qui président à son double mouvement de composition et de décomposition n'ayentpris un surcroît d'activité? Dans l'état actuel de la science, tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que l'induration des tissus est souvent précédée ou accompagnée de leur stimulation ; mais rien ne nous autorise à poser en principe que celle-ci soit la cause indispensable, nécessaire de tout accroissement de consistance des molécules organiques. Si nous ne voulons pas sortir de la stricte observation des faits, nous devons nous contenter de dire que cette stimulation est un des élémens fréquens de l'accomplissement du phénomène. Si l'on dit qu'elle en est le premier et l'indispensable élément , je demanderai encore ce qui le prouve , si ce n'est une analogie qui peut être trompeuse. En tout cas , cet élément ne saurait en aucune manière expliquer le phénomène : car, dans la plupart des altérations de nutrition , on le retrouve , sans qu'on puisse rapporter la différence de chacune de ces altérations à des différences dans le degré ou dans

d'anatosue PATHotoCxintE. 209

la durée de la stimulation. Dira-t-on qu'il y a dans celle-ci différence de mode ou de nature? mais ce n'est encore là qu'une hypothèse. Reçue dans la science , cette hypothèse a fini par être regardée comme la simple expression des faits, tandis qu'elle n'est en réalité qu'une manière toute conjecturale de les interpréter. Que si l'on cherchait à se rendre autrement compte de ces faits , que si , par exemple , on établissait que, dans beaucoup de cas où un tissu s'indure, il y a diminution d'activité de la faculté absorbante, retard dans la désassimilation, stagnation insolite des liquides dans les aréoles du tissu cellulaire, et par suite condensation , augmentation de consistance des molécules organiques ; que si l'on disait encore que , dans certains cas d'induration , il y a retard dans la circulation veineuse de la parlie qui s'indure , et par suite dépôt de sérosité qui se concrète dans le tissu cellulaire , on ne ferait non plus que des hypothèses ; mais , comme l'hypothèse de l'irritation , elles auraient aussi des analogies en leur faveur, et, pour tout esprit placé hors de l'influence des doctrines actuelles , elles seraient tout aussi acceptables. A mon avis , nous ne connaissons en aucune façon la cause première, nécessaire , qui produit l'induration des tissus , pas plus que la cause qui produit toute autre altération de nutrition; tout ce que nous savons, c'est que cette cause manifeste très-souvent ses effets à l'occasion d'une stimulation antécédente; mais, selon moi , rien , absolument rien ne prouve qu'il soit nécessaire que cette stimulation précède toujours le changement de nulrilion. Qui oserait dire qu'un os qui se sature, outre mesure ; l. ' 14

aïO PRECIS

de phosphate calcaire , et qui passe à l'éburnation , a été préliminairemcnt un os irrité ou enflammé? Si vous n'osez l'afTirmer pour ce cas , pourquoi l'aflirmerez-vous pour une portion de tissu cellulaire ou de membrane muqueuse? Si ces vues ont quelque justesse , elles doivent être méditées; car elles ne sont pas indifférentes sous le rapport de l'application thérapeutique. Pour ramener à son type de nutrition normale une partie indurée , cherchera-t-on seulement à la stimuler ou à l'affaiblir ? non , sans doute ; et il ne sera pas déraisonnable de chercher empiriquement dans la matière médicale des substances qui, portées dans le torrent circulatoire , mises en contact avec les élémens de tout soHde et de tout liquide , pourront modifier ou détruire la cause inconnue sous l'influence de laquelle s'est accompHe l'induration d'un tissu.

En résumé , considérée dans ses rapports avec le grand phénomène de l'irritation , l'induration se présente avec les variétés suivantes :

1°. L'irritation peut être le premier phénomène apparent ; elle précède manifestement l'induration , et persiste après que celle-ci s'est établie.

2°. L'irritation ayant existé au début , comme dans le cas précédent, plus lard elle cesse , de telle sorte que le tissu induré continue de l'être , bien qu'il rie soit plus irrité.

3°. Dans plusieurs cas, il n'est pas démontré que l'induration d'un tissu ait été précédée de son irritalion.

4°. Soit qu'au début il y ait eu ou non irritation , il peut arriver une époque , où , dans un tissu induré ,

d'anatomie pathologique. an

il y a retrait du sang , et où la somme de vitalité devient moindre que dans l'état normal de ce tissu.

5°. Daus un tissu induré il faut distinguer l'irritation primitive qui a précédé l'induration, et en a été une des causes au moins occasioneiles, d'une autre irritation, qu'on peut appeler secondaire , et qui survient plus ou moins long-temps après que l'induration s'est établie. Par cette irritation secondaire s'opère quelquefois le retour de la partie indurée h. son état normal; mais plus souvent elle produit, là où existe l'induration , des changemens funestes : on voit alors l'organe frappé d'induration tendre à se détruire , s'ulcérer, devenir le siège de diverses sécrétions morbides, et en même temps des symptômes graves annoncent ces nouvelles modifications de nutrition. En cela consiste, par exemple, la transformation du squirrhe en cancer, suivant l'ancien langage chirurgical; ou dans le langage de l'école de Bayle , le passage du squirrhe de l'état de crudité à l'état de ramollissement.

Plusieurs indications thérapeutiques se déduisent des faits précédens, soit pour prévenir l'induration , soit pour la détruire.

Ces faits étant bien conçus , on comprend, en effet , comment des méthodes opposées de traitement ont pu également réussir suivant les conditions dans lesquelles se trouvait l'organe malade, conditions qui , d'après ce que j'ai établi précédemment, sont loin d'être toujours les mêmes. Ainsi il est des cas où l'on ne doit s'occuper d'autre chose que d'éloigner la congestion sanguine ou d'en empêcher les retours; la méthode antiphlogistique , plus ou moins activement

2 1 2 TnÉr.is

«tiiployée, est la seule 6 laquelle il faut alors avoir recours. Que si , au contraire , on croit que l'organe frappe d'induration se trouve dans cet état signalé plus haut où il a réellement moifis de sang et de vie que dans son état normal , il faut essayer une autre méthode : c'est en pareille circonstance que des sliluulans plus ou moins énergiques, appliqués sur le lieu malade , ou môme administrés à l'intérieur , peuvent être rationnellement essayés ; ce précepte est loin d'être un simple résultat de la théorie ; celle-ci ne fait que justiûer, légitimer en quelque sorte une pratique dont on a, sans doute, beaucoup abusé, mais qui ne compte pas moins en sa faveur d'incontestables succès. Qu'est-il d'ailleurs besoin de dire que cette pratique exige une grande prudence de la part de celui ^ui l'employé? jamais en effet il ne doit perdre de vue que si , par la méthode stimulante , il peut, dans quelques cas, ramènera ses conditions de nutrition normale un tissu induré , il peut aussi , par une semblable méthode , ou augmenter l'irritation , si elle persiste , ou faire naître cette irritation secondaire dont plus haut j'ai signalé les fâcheux efifets. Enfin, à côté de ces méthodes également ration^ nelles , quoiqu'opposées , on pourrait concevoir, dans le traitement de l'induration, une autre partie purement empirique : il s'agirait de rechercher par l'observation s'il n'est pas fies substances qui, mêlées au sang, auraient la faculté de modifier la nutrition, de manière à rendre aux molécules des tissus indurés leur consistance physiologique ; ces substances existent-elles? Je l'ignore; mais, pour tout médecin qui A vu le mercure faire disparaître des exosloses, ou ci-

d'aNATOxMIE PATlIOtoeiQîlE. 'A'}^

catcicer des ulcérations, de pareilles recherches ne peuvent pas être un objet de dédain.

Il est d'autant plus important de bien établir ce que l'on peut tenter dans les cas d'induration , qu'il €st des cas où l'on a vu des parties Indurées, extérieurement situées , reveniiîà leur état lout-à-tait normal. Ce retour des tissus à leur consistance accoutumée a été en particulier bien observé dans des portions de tissu, cellulaire frappées de cette espèce d'induration connue depuis long-temps sous le nom d'état lârdacé ; on les voit successivement perdre leur grande consistance , arriver bientôt à présenter , au lieu d'un tout solide, un tissu aiéolaire encore assez dense, infiltré d'une sérosité jaune ou blanche; plus tard enfin ce tissu aréolaire devient de plus en plus mince et extensible ; la sérosité devient de moins en moins abond"ante, et il prend toutes les qualités du tissu celliikire dans l'état sain. Dans quelques cas on observe un autre genre de travail : l'induration ayant disparu comme daas le cas précédent, le tissu cellulaire , qui en était le siège , subit une véritable atrophie , et dans une partie naguère plus volumineuse que de coutume , on observe une sorte de retrait dû à l'absence de la quantité normale de tissu cellulaire et adipeux; d'autres fois, enfin , la diminution de volume que présente une partie naguère tuméfiée et indurée , ne dépend pas de cette simple atrophie du tissu cellulaire ; elle est due à l'état des muscles qui, comprimés , atrophiés par la masse de tissu cellulaire induré , restent tels, après le retour de ce tissu à son état physiologique. Si le tissu cellulaire qui entoure d'anciens uU Itères,, extérieurement situés, peut ainsi perdre son

2l4 PRÉCIS

état lardacé, reprendre sa consistance physiologique, ou subir une atrophie, qui doit être regardée comme un autre mode de guérison , ne peut-il pas en être de même pour le tissu cellulaire plus intérieurement situé , pour celui , par exemple, qui double les membranes muqueuses , et dont l'induration constitue , dans l'estomac, la plupart des tumeurs dites squirrheuses de cet organe? Dans ces différens cas, il y a analogie d'organisation comme de maladie : pourquoi n'y aurait-il pas analogie dans les voies de guérison ?

ARTICLE IL

DU RAMOLIISSEMENT.

Vaguement décrit par d'anciens anatomistes , le ramollissement, ou en d'autres termes la diminution de cohésion des tissus, a particulièrement fixé l'attention des observateurs modernes , et il n'estaujourd'hui presque aucun organe dans lequel cette remarquable altération de nutrition n'ait été constatée. Devant décrire, dans la seconde partie de cet ouvrage, le ramollissement de chaque organe en particulier , je ne ferai ici que passer rapidement en revue les différens tissus élémentaires , sous le rapport de la diminution de cohésion dont ils peuvent être le siège.

Les différentes portions du tissu cellulaire sont assez souvent frappées de ramollissement ; en pareil cas les autres tissus qu'il contribue à réunir perdent entre eux leur cohésion accoutumée , on les sépare les uns des autres avec une remarquable facilité :

DAiNATOMlE PATllOLOGIQLi: . 2l5

ainsi, par exemple , rien de plus aisé que de séparer des parties subjacenles , de très-làrges porlioiis de meiubranes muqueuses ou séreuses, lorsque le tissu cellulaire qui leur est subjacent a perdu sa consistance ordinaire. Tandis que , dans certains cas , le tissu cellulaire d'un organe est le seul, parmi les tissus nombreux dont il est composé, qui se ramollisse , on observe d'autres cas dans lesquels, au contraire, il reste seul intact ^ les autres tissus ayant perdu toute espèce de consistance. C'est ainsi que dans quelques cas de ramollissement des centres nerveux , on n'a trouvé autre chose à la place de la substance encéphalique ou rachidienne , qu'une trame cellulaire, sorte de canevas organique qui survivait à la destruclion de la matière nerveuse contenue dans ses mailles ; c'est même seulement en pareille circonstance qu'on a pubien constaterl'existence du tissu cellulaire dans les masses nerveuses.

Le tissu séreux perd souvent aussi sa consistance normale : privé de son degré ordinaire de cohésion , on le voit se briser, se réduire en pulpe sous l'influence d'un léger frottement. Une semblable diminution de cohésion existe souvent dans ce tissu , sans autre altération appréciable ; il se ramollit , sans que rien démontre qu'il ait été préliminairement parcouru par plus de sang que de coutume ; mais souvent divers liquides sont en même temps exhalés , soit à sa face libre, par laquelle il est en contact avec lui-môme, soit à sa face adhérente , par laquelle il est contigu à d'autres tissus.

Le ramollissement du tissu muqueux s'observe très-fréquemment : il peut ne consister qu'en une

ai6 PRÉCIS

légère dimiriulion (le comshslanGe, ou être porté au point que le tissu soit transformé en une véritable pulpe , en un liquide qui ne présente plus de trace d'organisation. Tantôt irenvahi.l la totalité de l'épaîs^ seur dune membrane muqueuse j tantôt on le trouve borné à quelques -uns des élemens de celte rnembrane. Ainsi dans les portions de muqueuse munie d'uu épithélium, il peut arriver que celui-ci ait seul perdu 6on degré de cohésion norniale j on le voit alors s'enlever par lambeaux d'nne friabilité remarquable; alors il est devenu semblable à du mucus, au-dessous duquel on trouve à nu le tissu muqueux proprement dit. Dans \^a, membranes muqueuses pourvues de villosités, celles-ci peuvent se ramollir» indépendamment du corps même de la membrane ; par suite de ce ramollissement elles tombent en déliquîum, disparaissent, et à la place qu'elles occi;ipaient existe sur la muqueuse une ulcération superficielle, une érosion, sans qu'ily ait véritable solution de continuité ^e la membrane.

A l'instar du tissq muqueux, le tissu tégumenlaire externe subit souvent divers degrés de ramollissement, et, comme lui, il se ramollit tantôt dans son épaisseur, tantôt seulement dans quelques-unes de ses couches. Quelques maladies de la peau consistent, par exemple, dans une altération telle de la sécrétion épMermique, qu'au lieu de former une couche solide au-dessus du réseau de Malpighi , répiderme n'est plus qu'un liquide , plus ou moins consistant suivant les points où on rexaminc, qui existe à la surface de la peau dénudée. On peut fsilivre dans plus d'une circonstance les diflcrcR^

d'anatomib pathologique. 2 I 7

degrés par lesquels il passe pour arriver de l'élat solide à l'élat liquide , ou pour revenir du second de ces états au premier. Il est bon de remarquer qu'une pareille altération dans la sécrétion de l'épiderrae , cï'où résulte sa liquéfaction , est souvent liée à la constitution dite scrophuleuse ^ de telle sorte qu'ici encore noas trouvons une liaison à établir entre ce vice de sécrétion et l'état du reste de l'économie ; c'est donc celle-ci toute entière qu'il faudra chercher à modifier, pour détruire celui-là. Le derme proprement dit peut perdre sa consistance de plusieurs manières : 1°. distendu mécaniquement par des liquides acculiiulés dans le tissu cellulaire subjacent, il devient d'une remarquable mollesse , et il finit quelquefois en pareil cas par ne plus représenter qu'une toile mince , friable , que déchire le moindre eflbrt ; a". chez certains individus, il perd peu-à-peu sa texture fibreuse, devient semblable au tissu cellulaire auquel il est ordinairement contïgu , se confond avec lui, devient mou çt friable comme lui ; 3°. fréquemment encore il se ramollit , se transforme en pulpe et se détruit sous l'influence de divers degrés de congestions sanguines actives. De même que la peau dont ils sont une dépendance , les divers produits cornés, observés soit chez l'homme, soit chez les animaux, peuvent également se ramollir au point de devenir semblables , sous le rapport de la consistance , aune sorte de substance caséeuse ; ils peuvent même être sécrétés à l'état liquide , et y rester ; et ce qu'il y a encore ici de bien remarquable , comme dans le ramollissement de l'épiderme dont il était question tout-à-l'heurc , c'est que chez l'homme , du

2l8 l'ULClS

moins, cette diminution de consistance des ongfes coïncide également, dans un grand nombre de cas, avec d'autres altérations qui caractérisent l'affection scrophuleuse; de telle sorte que, pour ce ramollissement des ongles , comme pour les autres lésions coexistantes, ce serait une grave erreur, sous le double rapport de l'élioiogie et de la thérapeutique , que de chercher seulement dans la partie affectée la raison de sa modification de nutrition.

Le tissu vasculaire peut , comme les tissus précédens, perdre sa cohésion normale. Le ramollissement qui en résulte s'observe fréquemment dans les parois des artères et des veines; il n'existe assez souvent que dans leur membrane interne , et paraît y être une des lésions qui en précèdent l'ulcération; ailleurs on trouve toutes les tuniques simultanéaient ramoHies, et il y a long-temps que M. Dupuytren a constaté que la facilité avee laquelle la ligature appliquée sur une portion d'artère enflammée en opérait la section complète dépendait du ramollissement de la tunique celluleuse. Le ramollissement de la tunique fibreuse la transforme quelquefois en une matière comme pulpeuse, dépourvue d'élasticité, et qui par la pression se déchire , se réduit en liquide avec la plus grande facilité. On peut trouver ainsi dans une même artère un certain nombre de points isolément ramollis; telle est l'origine de plusieurs perforations d'artères ou de veines.

Le tissu cartilagineux peut perdre sa cohésion de manière à ce qu'il en résulte dans ce tissu trois aspects différens : i°. perdant son élasticité accoutumée, on l'a vu parfois , dans quelques-unes de ses portions,

1) ANATOMIli rATHOLOGIQUE. 2 » f)

devenir semblable à une sorte de pâte qui s'écrasait ou cédait sous le doigt ; 2°. le tissu cartilagineux sec et élastique de l'adulte devient quelquefois ce qu'il était dans la première enfance , c'est-à-dire que la partie aqueuse y devient prédominante, et qu'en même temps que son élasticité diminue , il acquiert de l'extensibilité ; il semble passer, en un mot, de l'état de cartilage à celui de fibro-cartilage. 5°. Enfin le tissu cartilagineux de l'adulte peut revenir à l'état même du tissu cartilagineux , tel qu'on l'observe dans la vie embryonnaire , c'est-à-dire , que la proportion d'eau y devenant extrêmement grande , les cartilages sont mous , muqueux et transparens comme de la gelée ou de la glu. Le tissu fibreux présente dans son ramollissement à-peu-près les mêmes degrés et les mêmes variétés que le tissu cartilagineux.

Le ramollissement du tissu osseux est connu de- ])uis bien long-temps : qui ne sait que dans le rachitisme les os contenant moins de sels calcaires que de coutume, se laissent plier, courber avec la plus grande facilité j soit par des impressions extérieures quelque temps continuées , soit par des efforts musculaires ? qui ne sait que dans certaines maladies des os , le bistouri s'enfonce aisément dans leur tissu , et le divise comme du lard ; que dans d'autres cas , consécutivement à l'amincissement de plus en plus grand de la substance compacte , le tissu osseux se trouve réduit à n'être plus qu'un assemblage d'aréoles gorgées de liquide, et limitées par des parois très-minces, extrêmement friables , que l'instrument traverse sans effort, et qui se brisent par une pression légère?

Le tissu musculaire de la vie animale perd sa con^

sistaiïce, 1*^ dans la plupart dos cas où lé tissu.» Gellulaire qui l'entoure est infiltré de pus, ainsi qu'on l'observe dans un grand" nombre d'abcès^ 2°. 11 se Famollit aussi, mais seulement en ce sens qu'il perd la fermeté de son élat normal , soit dans le cours des maladies chroniques, soit à la suite- d'une longue immobilité ! dans oes^ circonstances, on le voit ea même temps se décolorer. Dehaen a cité un cas remarquable de ramollissement d«s muscles chez un individu qui , ayant eu la- colique de- poltou^, fut atteint d'une paralysie des membres supérieur* : les, muscles de ces membres , bien que jouissant encore* d'un peu de contraction , furent réduits à la consis' tmice d'une pulpe très molle; plus tard la paralysia cessa, et les mtisclfe« des bras reprirent en même temps leur fermeté accoutumée. Au rapport de Barlhez, un homme , placé dans les mêmes conditions que le précédent , fut atteint d'un semblable ramollissement de l'un et l'autre deltoïde. Ce ra-r mollissement disparut aussi en même temps que la paralysie. N'oublions pas qu'il y a souvent une coïncir dence remarquable entre l'état de flaccidité du sys-r tème musculaire, et une dim^inution dans la cohésion normale des molécules du sang. Est-il bien démontré que dans certains genres de morts , comme dans celles qui sont causées par l'électricité , par le venin de la vipère , par quelques végétaux narcotiques , les muscles se ramollissent plus rapidement etpluscomr fJèlement que sur les autres cadavres?

Les muscles de la vie organique ont été vus ramollis, comme ceux de la vie animale : une notabh* diminution de cohésion a été constatée , par exemple .

n'ANATOMIF. PATIIOLOGIQUK. 52 1

^lans la plupart des plans charnus qui doublent les inembranes muqueuses. Ce rauioilissement est quelquefois tel dans le cœur, qu'il suflit d'en presser légèrement les parois avec le doigt, pour les percer d'outre en outre ^ et de les tirailler foiblement pour •en opérer la déchirure.

Le ramollissement du tissu nerveux , déjà indique par Morgagni d'une manière assez exacte , a été surtout étudié avec soin de nos jours , et c'est même depuis que cette espèce de ramollissement a été l'objet des travaux de MM. Lall«mand et Rostan , que d'autres observateurs ont commencé à faire des recherches sur le ramollissement des autres tissus.

Enfin, dans la plupart des tissus dits parenchymateux , tels que les poumons, le foie, la rate, les reins, l'utérus, les ovaires, on a observé divers degrés de diminution de consistance, qui seront décrits avec détail dans des articles spéciaux de la seconde partie. Dans ces parenchymes, d'ailleurs, le ramollissement peutêtre dû, i °. à la diminution delà consistance de leur tissu propre ; 2°. à la diminution de la consistance du tissu cellulaire interposé entre le tissu propre, et qui le divise en lobules, en grains, etc. ; 5°. à la présence, dans les mailles de ce tissu, d'une certaine quantité de liquide, qui tend à en désunir les molécules; 4°- quelquefois à un état de liquidité du sang plus grande que de coutume. Dans ce dernier cas peut se rencontrer la rate : il n'est pas rare de la trouver tellement ramollie , qu'elle ne ressemble plus , dans son intérieur, qu'à une sorte de pulpe rougeâtre, et qu'en la louchant avant de l'avoir incisée , elle présente même parfois une fluctuation obscure. Mais ce ramollisse-

iî2 2 PUliCIS

ment n'appartient pas au tissu môme de la rate ; il est uniquement dû à la liquéfaction qu'a subie le sang ordinairement concret épanché dans ses cellules; alors, en soumettant la rate à un filet d'eau, et la pressant légèrement , on en exprime tout ce sang , et on la réduit à son tissu aréolaire, qui ne paraît en aucune manière altéré.

Considéré d'une manière générale dans les différens tissus ou organes qui peuvent en être atteints , le ramollissement présente trois degrés qu'il est utile de distinguer: dans un premier degré, le tissu ramolli est encore solide , mais il se rompt , se déchire , se perfore avec la plus grande facilité; dans un second degré , au lieu d'un solide , on ne trouve plus qu'une pulpe, qu'une substance à-peu-près liquide; enfin, dans un troisième degré, cette pulpe a ellemême disparu en partie et le tissu n'existe plus qu'en débris : c'est ainsi qu'à la surface libre des cavités revêtues par une membrane muqueuse , il peut arriver qu'on ne trouve plus , dans une étendue plus ou moins grande, que quelques débris liquéfiés du tissu muqueux entre lesquels existe à nu le tissu cellulaire subjacent. C'est de la sorte que s'accomplissent plusieurs perforations d'organes creux, lorsque le ramollissement envahit successivement to,ute l'épaisseur de leurs parois.

Outre ces dilTérens degrés, il faut admettre dans le ramollissement plusieurs espèces , en raison des différens états dans lesquels peuvent se trouver les tissus ou organes qui en sont le siège ; ces espèces sopt d'autant plus importantes à établir, qu'il n'y a pas seulement ici différence d'aspect , mais qu'il peut

I>'an'aTO.MIE PATHOtoniQUE. 323

encore y avoir différence de nature. C'est ainsi que les différentes nuances de coloration des parties diminuées de consistance peuvent servir à distinguer dans le ramollissement les espèces suivantes :

1°. Ramollissement avec conservation de la couleur normale des tissus. Les membranes muqueuses et séreuses, le tissu suî generis de la cornée transparente , le cerveau , le cœur , le foie , l'utérus , etc. , €?n offrent de fréquens exemples.

2°. Ramollissement avec décoloration des tissus. La partie ramollie est , dans ce cas , remarquable par sa pâleur notablement plus grande que de coutume; ailleurs , elle a une teinte d'un blanc mat, sans mélange d'aucune apparence d'injection vasculaire. Cette espèce de ramollissement a été également constatée dans les tissus membraneux et parenchymateux. En même temps qu'un de ces tissus perd sa consistance , il est alors le siège d'un autre travail morbide , en vertu duquel il y a diminution dans la quantité de sang qui en pénètre ordinairement la trame. D'autres fois la décoloration paraît principalement résulter d'une infiltration anormale de sérosité dans les mailles du tissu ramolli. On a dit que certains ramollissemens du cerveau dans lesquels les portions ramollies de la pulpe nerveuse, loin d'être congestionnées, sont d'un blanc pâle fort remarquable, que ces ramollissemens, dis-je, étaient dus à une infiltration purulente de la substance de l'encéphale : à mon avis, cette assertion est loin d'être prouvée , et elle me semble n'avoir été établie que pour faire rentrer tous les cas de ramollissemens dans le cadre d'une théorie.

5°. Ramollissement avec rougeur des tissus. Ce cas

294' PRBCiS '

est très-commun , el il est de fait que i^Ur le cadavre ott trouve le plus souvent un étal plus ou moins grand d'ijyperémie coïncider dans un organe avec la diminution de sa consistance. En pareil cas le sang peut encore être contenu dans ses vaisseaux, ou en être sorti, et constituer en divers points des tissus ramollis des épanchemens plus ou moins considérables. On comprend que "ces hémorrhagies peuvent avoir en pareil cas une cause toute mécanique , savoir la perforation, la destruction des vaisseaux par suite de la diminution de plus en plus grande de la cohésion de leurs parois* Uue partie ramollie peut d'ailleurs offrir de nombreuses nuances de coloration , depuis le rouge vermeil jusqu'au rouge brun, au noir, au gris ou au jaune. Ces diverses nuances dépendent , soit de la diversité dans la proportion du sang que reçoit l'organe malade , soit du ralentissement de son cours ou même de sa stase dans cet organe, soit enfin de la production ou de la séparation de quelque matière colorante. La rougeur des parties ramollies peut être partielle ou générale ; dans ces deux cas , elle présente plusieurs degrés, depuis celui où elle n'est constituée que par quelques vaisseaux injectés qui se dessinent sur une surface blanche, jusqu'à celui où l'on n'observe plus qu'une pulpe rougeâtre , sorte d'intermédiaire entre le solide et le liquide.

Considérés sous le rapport de leur volume , les organes ramollis présentent trois états diffère ns ; 1°. ils peuvent avoir conservé leur volume normal ; 2°. ils peuvent être plus volumineux, soit par hypertrophie réelle , ce qui est rare , soit par simple engorgement de liquides; 5°. ils peuvent être enfin dimi-

r> ANATOMIE PATHOLDGTQLE. 320

nues de volume, avoir subi une véritable atrophie. Quelques faits porteraient à penser que , dans une partie ramollie, l'hyperémie, avec augmentalion de volume par engorgement sanguin , peut précéder cet état tout contraire dans lequel il y a à-la-fois retrait de sang et diminution de volume.

Quel temps faut-il aux différens tissus pour perdre leur cohésion normale , au point de présenter les divers degrés de ramollissement qui viennent d'ôtre passés en revue? A cet égard , rien de général ne peut être établi : il y a effectivement des cas où, en trèspeu de jours, en quelques heures même, un tissu peut tellement s'éloigner de son état de consistance accoutumée, qu'il ne constitue plus qu'une pulpe, une bouillie, une substance réellement liquide. Ce ramollissement aigu peut avoir lieu soit avec hyperémie de l'organe qui en est le siège , soit sans trace de congestion sanguine, avec conservation de la couleur ordinaire de cet organe : d'autres fois , c est d'une manière tout-à-fait chronique que se produit et que marche le ramollissement. Le ramollissement est donc une altération de nutrition qui appartient à-la-fois aux affections aiguës et chroniques , différant en cela de l'induration , qui existe bien plus souvent dans l'état chronique.

Une fois qu'un tissu a perdu sa consistance accoutumée , peut-il la recouvrer? De nouveaux faits sont nécessaires pour décider cette question.

Il ne nous est pas donné de connaître la cause prochaine, immédiate, et qui doit être toujours identique , sous l'influence de laquelle s'accomplit le ramollissement ; mais nous pouvons constater les I. i5

phénomènes qui, en précédant le plus souvent l'apparition , nous semblent en conséquence devoir concourir à sa production. Mais aucun de ces phénomènes n'en est certainement la cause unique , puisqu'ils peuvent se manifester dans tous leurs degrés , dans toutes leurs variétés , sans être suivis du ramollissement. Comme toute altération de nutrition, le ramollissement reconnaît donc une cause spéciale, déterminante, identique dans tous les cas, et de plus des causes occasionelles dont l'identité constante n'est plus nécessaire comme celle de la cause déterminante , et qui ne sont autre chose que la série des phénomènes que nous voyons le plus ordinairement précéder ou accompagner le ramollissement. Or, parmi ces phénomènes, il en est un qui dans bien des cas est tellement prédominant, qu'on n'a fait qu'accepter un raisonnement naturel à l'esprit humain en le regardant comme la cause du plus grand nombre des ramollissemens. Ce phénomène saillant est une hyperémie active qui précède le ramollissement , et qui , une fois celui-ci établi, peut ultérieurement persister ou disparaître. C'est ce qu'il est facile de démontrer, I*. par l'examen des lésions qui coïncident souvent avec le ramollissement, et qui, de l'aveu de tout le raonde , sont liées elles-mêmes à un travail d'hyperémie active ; 2°. par l'examen des causes sous l'influence desquelles s'est développé le ramollissement, et qui sont dé nature éminemment stimulante; 3°. par l'examen des symptômes auxquels peut donner lieu le ramollissement, et qui sont semblables à ceux que peut produire toute hyperémie active ; 4^ enfin , par la considération du traitement, qui n'est pas autre

d'aKATOMIÉ fATUOLO&IQUÈ. Ss^

ique celui employé contre toute hyperémie. Ain^ c'est en raôuie temps Ou après qiie> sous l'influence d'une stimulation externe ou interne, iin organe s'est congestionné, qu'il perd souvent sa cohésion Oîi se ramollit. Cela est de toute évidence dans un grand nombre de cas. Mais , dans d'aulres cas . il n'en est plus ainsi, et les lésions qui coïncident avec le ramollissement peuvent ne plus être celles qui se lient Ordinairement à tout travail d'hyperémio j ou peuvent même lui être opposées ( ramollissement blanc avec décoloration , ou avec atrophie de l'organe qui en est le siège ) ; souvent encore il arrive que non-seulement aucune cause stimulante appréciable n'a agi pour produire ce ramollissement (circonstance qui ne serait qlie d'une valeur secondaire pour la solution de la question ); mais de plus, avant que le ramollissement ne se produisît , existaient dans l'économie d'autres conditions qui se liaient bien moins à la production de quelque hyperémie locale , qu'à d'importantes modifications dans le travail nutritif de tout tissu : ces conditions étaient ou externes, telles qu'insufiBsance ou mauvaise qualité des agens réparateurs ordinaires; ou internes, et consistaient dans une afl'ection directe ou indirecte, primitive ou secondaire , des organes de l'hématose. Quant aux symptômes , on observe des cas où ils sont loin d'être ceux qui appartiennent ordinairement à la stimulalion des organes : qu'y a-t-il de commun , par exemple , entre les accidens auxquels donnent lieu toutes les variétés d'inflammation des os , et ceux que produit chez les rachitiques le ramollissement du système osseux ? Où retrouver les symptômes d'une encéphalite , d'une

228 PRÉCîe

cartlile , d'une hépalile , d'une néphrite, d'une mé- Irite, etc. , d:ins certains cas de ramollissemens du cerveau^ de ses parties blanches centrales en particulier, du cœur, du foie, des reins, de l'utérus? Ces différens organes peuvent être ramollis au point de se laisser déchirer, réduire en pulpe par une pression légère, sans que pendant la vie on ait observé aucun des accidens qui se lient ordinairement à un travail d'irrilalion aiguë ou chronique. D'ailleurs, les organes frappés de ramollissement peuvent être distingués en deux classes, suivant qu'il y a , ou non , trouble de leurs fonctions. Lorsque ce trouble n'existe pas , le ramollissement reste souvent complètement latent : il ne révèle en effet son existence par aucune modification morbide de la sensibilité, par aucun trouble de la circulation , par aucune sympathie , par rien , en un mot, de ce qui accompagne ordinairement toute irritation , ou en d'autres termes toute augmentation de l'action organique d'une partie. C'est en pareil cas que le ramollissement paraît surtout s'isoler des lésions dites inflammatoires. Lorsqu'au contraire il trouble les fonctions de l'organe où il existe, comme cela arrive pour le plus grand nombre des ramollissemens de l'estomac ou du cerveau , divers troubles sympathiques tendent à se produire par suite du désordre de la fonction , et les accidens du ramollissement tendent dès-lors à se confondre avec les accidens auxquels peut donner lieu tout travail d'irritation aiguë ou chronique ; mais, en pareil cas, gardons-nous d'oublier que des désordres fonctionnels identiques peuvent résulter de lésions de nature trèsdifférente , et que , par conséquent , de ceux-là seuls

D ANATOMIE FATllOl.OGlOl E. 22Q

nous ne sommes pas en droit de conclure à celles-ci. Enfin , sous le rapport du traitement , la science attend encore une série d'expériences bien faites, dans lesquelles soient comparées et jugées les diverses méthodes thérapeutiques par lesquelles le ramollissement a été le plus avantageusement combattu , suivant les organes où il avait son siège, suivant les disions qui existaient en même temps dans ces organes , suivant la nature des symptômes auxquels il donnait lieu. Qui oserait maintenant affirmer ou nier d'une manière absolue qu'un traitement identique doit être employé, et dans le cas où il y a diminution de consistance avec hyperémie, et dans le cas où il n'y a pas de traces de cette hyperémie , soit qu'elle ait disparu , soit qu'elle n'ait jamais existé d'une manière appréciable pour nous? Opposera-t-on un traitement purement antiphlogistique au ramollissement des os des rachitiques, au ramollissement des cartilages, des ongles, de l'épidermc , chez certains scrophuleux, à la diminution de consistance non moins remarquable que présentent les scorbutiques dans plusieurs de leurs tissus ?

De cette discussion que faut-il conclure? c'est que, dans l'état actuel de la science , loin d'affirmer que tout ramollissement est le résultat nécessaire d'un travail d'irritation , on peut établir que beaucoup d'organes perdent leur consistance accoutumée, avec un ensemble de circonstances qui éloignent toute idée d'un travail d'irritation actuel ou antécédent. En aucun cas d'ailleurs cette irritation ne peut suffire seule pour expliquer la production du ramollissement : toute son influence se borne à troubler le mouvement

nutfhif du lissii dont elle s'est emparée ; elle dérange la nutrition de «on type nornaal ; mais d'elle ne dépen* dent ni le mode de ce dérangement , ni encore moins ses résultats ultérieurs. L'irritation donne l'impulsion à l'aberration de nutrition , elle ne la produit pas ; car la nature de cette aherratioii ne peut être jamais calculée ni 4'après l'intensité , ni d'après la durée de l'irritation qui l'a précédée. En théorie , rien n'autorise à admettre que lo ramollissement , pas plus que l'jnduration qu toute auj:r§ altération de nutrition , soil nécessairement précédé d'un afflux sanguin insolite, produit lui-même d'une irritation. En fait, nous ne devons pas admettre la liaison nécessaire de ces deux ordres de phénomènes, puisque dans plus d'un cas l'un apparaît sans que rien démontre que l'autre l'ait précédé ou accompagné. Que si nous voulions aussi théoriser, nous pourrions dire que chez beaucoup, d'individus, comme chez certains enfans cacochymes , débiles, doués réellement d'une moindre somme de vitalité que celle dont ils doivent normalement jouir, chez des vieillards décrépits , chez des adultes scrophuleux, rachitiques ou scorbutiques, chez des personnes de toiit âge épuisées par des maladies chroniques ou par un régime non suffisamment réparateur , comme chez les animaux dont M. Magendie a vu la cornée se ramollir sous l'influence d'une alimentation insuffisante ; dans toutes ces conditions, dis-je , les divers ramoUissemens qui surviennent peuvent être considérais comme n'étant qu'un degré de plus de la diminution de consistance que présentent en pareil cas soit la fibre musculaire , soit le sang luitnême. C'est par une force toule vitale d'agrégation

d'anatomie patiiologiolï:. 23 i

que se réunissent et se maintiennent réunie^ les molécules des tissus : si donc , comme cela existe réellement dans une foule de cas , le sang et les nerfs ne nourrissent plus, ne vivifient plus suffisamment ou convenablement ces tissus, on peut concevoir qu'un des résultats de cette modification d'influence des deux principaux agens de la vie soit une cohésion moindre dans les molécules des tissus où elle se fait ressentir. De là, leur ramollissement plus ou moins considérable depuis le degré où, comme on le dit vulgairement, il y a flaccidité des chairs ^ jusqu'à celui où , perdant le caractère de l'organisation , le solide tend à redevenir liquide.

Le ramollissement de plusieurs tissus a été attribué à l'action exercée sur eux, pendant la vie , par des sucs acides qu'ils auraient eux-mêmes sécrétés; cette idée, en faveur de laquelle on a cité quelques faits, que nous aurons occasion d'examiner par la suite (i), me semble loin d'être démontrée. On a encore rattaché certains ramollissemens, spécialement ceux de l'estomac, à des lésions des centres nerveux. Un médecin allemand a dit, par exemple, avoir constaté un notable ramollissement de la membrane muqueuse gastrique chez tous les lapins qu'il avait tués en leur donnant un violent coup sur la nuque. J'ai répété celte expérience sans obtenir le même résultat.

Un certain nombre de ramollissemens trouvés sur le cadavre semblent ne s'être formés qu'après la mort. Ces ramollissemens cadavériques ont été rapportés aux causes suivantes : i\ la simple diminulion^

fi) roy. tom. H, Maladicide l'appareil di^-estif.

de cohésion que tendent à subir tous les tissus plus ou moins long-temps après que la vie a cessé ; le ramollissement qui en résulte est surtout très-marqué dans le tissu nerveux ; déjà on trouve sa consistance singulièrement diminuée, avant que le cadavre présente encore des signes bien apparens de putréfaction. Il est d'autres tissus , au contraire , dont le ramollissement ne commence à être considérable que lorsque cette putréfaction commence à être bien manifeste : tel est le tissu muqueux , dont le ramollissement s'effectue d'ailleurs plus ou moins rapidement, suivant qu'il est soustrait à l'air, ou exposé au contact de l'atmosphère, et soumis en même temps à l'influence d'une température élevée.

2°. L'imbibition d'un tissu par un liquide qui en opère une sorte de macération ; ce liquide peut être ou épanché à la surface interne de la cavité d'un organe , ou infiltré dans les mailles de son tissu , ou contenu , en quantité surabondante , dans ses vaisseaux.

5°. L'action corrosîve exercée après la mort sur les tissus par des sucs qu'ils ont eux-mêmes sécrétés. Cette hypothèse , par laquelle Morgagni avait jadis expliqué la formation des ramollissemens du cerveau, a été reproduite de nos jours pour expliquer un certain nombre de ramollissemens de l'estomac ; nous y reviendrons ea traitant de l'anatoraie pathologique de cet organe.

DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 2JJ

Page 1