‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 26 sur 43 · PREMIERE CLASSE · texte numérisé non relu

PREMIERE CLASSE

TRQDUITS DE SLCRÉTION MORBIDE NON ORGANISABLES. GENRE PREMIER.

MATIÈRF.3 d'apparence ALBUMINEV^E,

ESPÈCE PREMIÈRE

Pt'S.

On connaît depuis long-temps, sous le terme générique de pus, un produit de sécrétion morbide, dont les propriétés physiques sont loin d'être toujours les mêmes. Un liquide d'un blanc jaunâtre, crémeux, homogène, d'une saveur douce et d'une odeur fade, constitue le pus par excellence, celui qui a été appelé pus de bonne nature. Mais combien ne perd-il pas souvent cet aspect, tantôt devenant semblable à de la sérosité trouble, tantôt devenant grumeleux, se solidifiant, tendant à se confondre avec la production accidentelle appelée tubercule. Il peut arriver qu'en un même point le pus devienne lour-à-tour, en un court espace de temps, semblable à du petit-lait mal clarifié, à une crème épaisse j à une matière comme bourbeuse ou d'un aspect de lie de vin; on peut le trouver tour-à-lour dans ce même point blanc ,

d'anatomie pathologique. 589

jaune , vert ou rougeâtre ; il peut alternativement se montrer, soit inodore , soit plus ou moins fétide.

L'on a cherché à établir plusieurs variétés de pus, d'après les diversités de ses propriétés physiques. Ainsi Pearson a signalé quatre variétés de ce liquide,

V^ Variété : Pus crémeux et homogène.

IP Variété : Pus cailleboté.

IIP Variété : Pus séreux.

1V° Variété : Pus glaireux, mucilorme.

La troisième de ces variétés est aussi connue sons le nom de sérosité purulente , et la quatrième sons celui de mucus puri forme. A ces variétés plusieurs auteurs en ajoutent une cinquième , qu'ils appellent pus concret ou couenneux.

Ces liquides , dont les propriétés physiques présentent de si notables différences, paraissent identiques, lorsqu'on les examine au microscope. Tous semblent alors constitués par des globules qui nagent dans un fluide coagulable, comme le sérum du sang,*par la chaleur et par les acides, et de plus par l'hydrochlorate d'ammoniaque, ce qui le distingue du sérum du sang. Les globules du pus ont été regardés par plusieurs auteurs comme exactinnent semblables aux globules du sang, en supposant ceux-ci^ dépouillés de leur enveloppe de matière colorante. Les globules tlu pus ne diffèrent , d'après M. Gendrin ( 1), des globules du sang, qu'en ce qu'ils sont plus volumineux et d'un jaune opaque. Cet auteur admet toutefois que les globules du pus ne sont autre chose que les globules du sang, qui ont subi un certain,

(i) JJistoire anatoiuique des inpainmalions . lum, U , pag, Z'tSç),

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nombre de transformations qu'il indique de la manière suivante : En examinant, dit-il, le pus sanguinolent, on parvient à reconnaître le changement progressif qui s'opère dans les molécules par la transformation du sang en pus. On voit d'abord les globules sanguins se dépouiller de leur matière colorante , qui apparaît par stries dans leurs interstices. Ils sont alors décolorés, d'un rouge grisâtre et encore diaphanes; puis on les voit devenir opaques et d'un jaune grisâtre; c'est là", dit M. Gendrin , un globule en quelque sorte demi-purulent; si enfin ^ ajoute-t-il , ce globule est plus volumineux que ceux du sang ou de sa matière coagulât le ^ et quil se ride après quelques instans sur l'objectif du microscope ^ c'est un globule purulent achevé (1). D'après ces faits, le pus serait du sang dont les globules auraient été simplement modifiés dans leur couleur et dans leur volume. Nous reviendrons plus bas sur cette opinion. Des recherches récemment faites par les docteurs Hodykiu et ^ysler les ont portés à conclure que les molécules du pus, qu'on avait comparées aux globules du sang , n'ont avec ces globules aucune ressemblance; les globules du pus ne sont, d'après ces auteurs, que dos particules très -irrégulières sous le rapport de leur forme et de leur volume. Quoi qu'il en soit, les diiférenies variétés d'aspect que présente le pus jraraîssent dépendre des modifications que subissent , soit dans leur quantité, soit dans leur nature même, et les globules et le fluide au milieu duquel ces globules sont en suspension. La grande abondance des globules

fi) Ibidem,

d'anatomie r\T::nLOGioLE. "c)!

tend le pus épais et op:>que ; il se niuiiUe de plus en plus séreux à mesure que les globules y deviennent plus rares. Son état grumeleux , concret, peut dépendre ou d'une altération de sa partie fluide, qui devient spontanément coagulable , sans être pour cela <'iganisable , ou d'une augmentation de quantité des i;lobules. Si , d'ailleurs , ces globules sont les globules du sang, il faut admettre qu'en même temp^ qu'ils ont été modiQés dans leur forme, dans leur coulctir . dans leur volume, ils ont perdu leur faculté de p/aslicilé ou d'organisation.

I.e pus a été analysé par divers aiîleurs, Schwiîgué l'a trouvé formé d'albumine à un état particulier , de m ilière cxtractive , d'une matière grasse , de soude , de muriatc de soude , de pbospbatede chaux et aulres sels. Le pus, d'après celte analyse , ne diffélerail donc du sérum du sang que par l'état particulier dans lequel se trouverait l'albumine, et pnr la présence d'une matière cxtractive. La nature de celte matière a été daillcuis mal déferininée : on Ta regardée, tantôt comme une substance animale sans analogue d<tns l'état sain, tanlôl comme un mélange d'albumine et de fibrine, tantôt comme de la fibrine altérée , devenue incoagulable sponlanément et inorganisable. Péarson appelle cette manière un oxyde animal; il lui assigne, comme caractère physique, <rètre blanc , oj)aque . peu soluble. Enfin , selon ^quelques-uns. cette malièrr particulière présetiterait beaucoup d'analogie avec la matière caséeuse. Si celte analogie se trouvait confirmée, ne pourrait-on pas trouver à établir quelque rapport <Milre Ii présence jiaimile«du caséum dans le pus o\ la romarquable

tendance à la suppuration que présentent un grand nombre de femmes après raccouchement? D'après M. Gendrin (1) , le pus fourni par les ulcères scrophuleux contient une plus grande proportion de soude et de muriate de soude; est-ce en raison de cette circonstance, comme est porté à le croire M. Gendrin, que le j)us des scroplnileux est remarquable par sa liquidité? Cruickshanks a analysé le pus fétide et ichoreux provenant de la pourriture d'hôpital ; il n'y a pas trouvé d'autres principes que ceux qui viennent d'être signalés.

Le pus versé dans de l'eau se précipite au fond de ce liquide; si on agile le mélange, l'eau devient uniformément blanche. Mis en contact avec du papier de tournesol, on le voit, suivant les cas, ou le rougir, ou le ramener au bleu, ou n'exercer sur lui aucune action. Ce dernier cas arrive souvent pour le pus sorti récemment d'un phlegmon aigu de bonne nature. Le pus des scrophuleux paraît être le plus fréquemment alcalin ; enfin le pusdevient acide tontes les fois qu'il a été long-temps en contact avec l'air. D'après quelques chimistes , une dissolution de potasse caustique , versée sur du pus, ne le dissout pas ; mais il se forme une matière demi-transparente , visqueuse , gluante et filandreuse, qui reste suspendue dans l'eau sans se mêlera elle. Tomson (2) a reinaiqué que ce pus, ainsi changé par les alcalis, ressemble d'une manière fiappanle au mucus sécrété par la vessie malade. D'autres auteurs , et récemment

(0 Opr,:. cil., Inni. Il, pr.g. 4SS.

(2) Traite de l'inflantw.alion . ttadiii! par Bokitau et Juuulita , p. ji8.

d'anatomik patiiologiole- ."q!)

M. Gendrin (i) , ont admis que le pus, dissous par une solution de potasse caustique, s'en précipite par J'addition de l'eau. Ces résultats opposés sont dus Ircs-vraiseniblablement à ce qu'on n'a pas opéré sur des liquides identiques. L'ammoniaque concentrée transforme le pus en une gelée transparente. J'ai plusieurs fois répété cette expérience avec la matière purulente qui remplit les cavernes des phtliisiques : le plus souvent, en effet, j'ai vu cette matière prendre, par son mélange avec l'ammoniaque, rasj)ect el la consistance d'une gelée transparente , incolore , d'une grande lénacité. On a dit que le pus, traire par l'acide sulfurique , se dissolvait en présentant ime couleur rouge, et que par l'addilion de l'eau on le précipitait de cette dissolution. Voici ce que j'ai observé à cet égard : J'ai mis en contact avec de l'acide sulfurique du commerce, i". de la matière tuberculeuse ramollie ; 2°. du pus crémeux recueilli dans des cavernes de phtliisiques; 5°. du pus fourni par un épanchement pleurétique; /\°. des crachats de phlhisiques ; 5°. des crachats de malades atteints de calarrhe pulmonaire chronique; 6". du mucus provenant du pharynx et des fosses nasales. Tous ces liquides ont été également dissous. On voit l'acide rougir d'abord . puis noircir en même temps que la température s'élève. Verse-t-on sur ces diverses dissolutions une petite quantité d'eau? le liquide prend une couleur d'un blanc grisâtre ; si l'on ajoute plus d'eau , on voit un dépôt grumeleux abondant se former peu-à-peu , et, au bout de quelques heures, lors-

(i) Oper, cit. . pag, ^S6.

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que ce dépôt s'est complèleuieni opéré, le reste <hi Irquide est devenu incolore et transparent. Je n'ai pas vu que dans ces expériences, conxne l'avait annoncé Darwin , le pus seul formât au fojid du vas« un sédiment grisâtre , et que le ifeutus , au contraire , restât suspendu sous forme de petits flocons. Darwin avait aussi annoncé que l'acide nitrique dissout éii;alement le pus et le uiucus. En ajoutant de l'eau, ditil, on précipite le pus, et le licjuîde reste transparent; le mucus, au contraire, ne se précipite pas, et la dissolution devient trouble et sale. Ces résultats ne sont pas ceux que j'ai obtenus : ayant mis les divers liquides ci-dessus énumérés en contact avec de l'acide nitrique du commerce, je les ai vus, loin de se dissoudre , acquérir constamment une consistance plus grande, et rester suspendus, sous forme de grumeaux ji;unes, au milieu du liquide qui conservait sa transparence. Baumes (i) a obtenu des résultats semblables aux miens.

rsous ne nous étendrons pas plus long-temps sur ce sujet, car l'étude des modifications que reçoit le pus de la part des différens réactifs n'a mené jus([u'à présent, il faut l'avouer, à aucun résultat utile; on n'a pas été plus heureux dans les distinctions chimi/qucs que l'on a essayé d'établir entre le pus et le mucus : sans doute des diflerences tranchées doivent <'xister dans un certain nombre de cas; sans doute le liquide fourni par une muqueuse saine doit se distinguer facilement , par les caractères chimiques, du {)us fourni par un phlegmon aigu« Mais en est-il de

(i) Trallc i!c lu jlilliliic futnionuirc j lom. 1".

d'anatomik pathologique. 095

mcine pour le mucus sécrélé par une uiembrane malade ? c'est alors un liquide qui présente dans sa composition autant de variétés qu'il peut y avoir de modes différens d'irritation dans la membrane qui le fournit. Alors le pus et le mucus se changent alternativement l'un dans l'autre, et entre eux aucune ligne précise de démarcation ne peut plus être établie. On devait d'ailleurs attacher un beaucoup plus grand prix à cette distinction, à une époque où l'on croyait que le pus ne pouvait se former que par suite de l'ulcération d'un tissu; alors, par exemple , démontrer l'existence du pus dans les crachats, c'eût été croire démontrer la présence d'un ulcère dans le poumon. l\Iais aujourd'hui que gagnerait le diagnostic à ce que l'on prouvât que des différences tranchées séparent constamment le pus et le mucus? rien, sans doute, puisque la membrane muqueuse des bronches , chroniquemcnt irritée, mais non ulcérée , peut sécréter toutes les nuances de liquides que fournit une cavité * creusée dans le parenchyme puhnonairc.

Le pus ne diffère pas seulement de lui-même par ses propriétés physiques ou chimiques. Deux pus, d'un aspect parfaitement semblable, et dans lesquels l'analyse ne peut saisir aucune différence, peuvent cependant diûérer tellement, que l'un, appliqué sur une portion de membrane muqueuse ou porté sous l'épiderme , ne déterminera autre chose qu'une irritation locale , dont l'intensité et les caractères seront infiniment variables, tandis que l'autre pus produira lu variole ou la syphilis.

11 est fort intéressant d'étudier les diverses circonstances qui couhibueni à niodiûcr les propriétés phy-

596 ruÉCLs

siques du pus, el à lui donner , chez un uiôme individu, d'une manière passagère ou permanente, l'un ou l'autre des aspects signales plus haut. Il suflit , par exemple, d'une modification, souvent très-légère en apparence , dans le travail d'irritation dont une plaie est le siège, pour que cette plaie ne fournisse plus, au lieu d'un pus blanc et épais, qu'un peu de sérosilc roussâtre, ou pour que cette sérosité redevienne de nouveau ce qu'on appelle du bon pus : pour obtenir ces résultats, tantôt il est besoin d'augmenter l'irritation , tantôt il faut en diminuer l'activité. Mais les qualités du pus ne sont pas seulement modifiées par ces conditions purement locales ; elles le sont encore par tout changement physiologique ou pathologique survenu dans un organe éloigné de celui où existe la suppuration , et qui n'a d'ailleurs avec lui aucune connexion particulière de fonction ou de tissu. Qui ne sait, par exemple, que le pus sécrété par la surface d'une plaie s'altère subitement en quantité et en qualité sous l'influence d'une simple émotion morale , du travail de la chimification , de la diminution ou de l'augmentation , soit spontanée , soit artificielle, d'uiie sécrétion quelconque, sous l'influence enfin de toute maladie intercurrente? Ce n'est pas tout : suivant la constitution spéciale des individus, suivant certaines dispositions de leur organisme tout entier , on voit se former spécialement tel ou tel pus. Ainsi il est des malades dont les organes irrités ne fournissent jamais que de la sérosité, que du sang plus ou moins pur, ou bien un liquide grumeleux , qui représente comme des fragmens de caséum nageant dans de l'albumine liquide. Dans ce casse trouvent, par exemple, les^

d'anatomie irtMHOLor.îQUE. 097

individus alleinl:; de scorbut on de scrophules. Vainement alors essayeriez-vous de niodiiier les qualités de la suppuration , en tourmentant de mille manières le lieu de l'économie où elle existe ; c'est cette économie toute entière qui se trouve dans des conditions spéciales de nutrition et de sécrétion. Voulez-vous imprimer d'autres qualités au pus des scorbutiques ou des scrophuîeux, commencez donc par modifier chez eux l'innervation , l'hématose , le mouvement nutritif.

Des hypothèses nombreuses ont été émises pour expliquer l'origine et la formation du pus. II serait inutile de les rappeler ici. Aujourd'hui on est généralement convenu de regarder le pus comme le produit d'une sécrétion morbide , qui s'accomplit au sein des solides, irrités d'une certaine manière et dans de certaines limites, f Nous discuterons plus bas si parlent où l'on trouve du pus il y a eu un travail antécédent d'irritation. ) Dans un ouvrage qui contient d'excellenlcs recherches sur plusieurs points d'analomie pathologique , le docteur Gendrin a récemment essayé de démontrer que le pus n'est autre chose que du sang altéré. D'après lui, les globules du sang, altérés par le fait de la stase qu'éprouve ce liquide dans certains degrés d'hyperémie active, sortiraient des capillaires à l'état de pus. Voici les faits que cite M. Gendrin à l'appui de son opinion (1).

1°. Si l'on examine au microscope une portion de tissu cellulaire où l'œil nu fait connaître un mélange de sérosité sanguinolente et de pus, on constate d'abord que le plus loin possible du lieu où existe le

(i) Oper. citai, , pag. 463 et suiv.

pus, il n'y a qu'un liquide Iranspnrcnt sans globules ; nn peu plus près de l'endroit en suppuration l'on commence à apercevoir au milieu du liquide un certain nombre de globules exactement semblables aux globules du sang; à mesure qu'on s'approche du point en suppuration les globules s'altèrent; ils perdent un peu de leur transparence; enfin, dans le lieu même de la suppuration, on les voit devenir complètement opaques. Ainsi , dans cette expérience , on peut suivre 1°. l'apparition de globules fibriueux au milieu du sérum; 2°. la transformation graduelle de ces globules fibrineux en globules purulens.

1°. Si l'on passe un séton à travers une portion d'artère qui est oblitérée par de la fibrine coagulée , cette fibrine vient à suppurer : elle se ramollit et se convertit graduellement en pus. Celte même conversion s'observe autour de grains de plomb ou de mercuie qu'on a introduits dans une [lortion d'artère , préllminairement vidée du sang qu'elle contenait. Une matière coagulable vient alors à oblitérer le vaisseau, et de plus , elle se ramollit et se convertit eîi pus autour du corps étranger.

2°. SI l'on injecte une solution de nitrate d'argent ou de potasse c.austique dans une artère ou dans une veine, dans lesquelles la circulation a été momentanément interrompue, qu'ensuite on y laisse revenir le sang, et qu'on l'y retienne par une double ligature, on voit le sang, d' abord coagulé ^ ensuite décoloré ^ se changer progressivement en pus.

5°. Si, après avoir irrité de diverses manières la patte ou le mésentère d'une grenouille , on observe avec le microscope les modifications que subit le cours

D ANATOMii: rATLioLoniQUE. ôgcj

ilii sang dans ces parties irritées, on voit le sang, ainsi qu'il a été dit au commencement de ce volume , circuler plus vite en certains endroits ; mais dans d'autres points son cours se rallenlit de plus en plus, et là o%qe rallentissement a lieu, l'eil peut suivre les cliangemens qu'éprouvent les globules du sang : on les voit d'abord se rider en se débarrassant de leur enveloppe colorée ; puis ils perdent peu-à-peu leur transparence, et arrivent sur les bords de la solution de continuité, au point où l'irritation est la plus forte, transformés en globules purulens.

Ces expériences ont besoin d'être répétées : leur atileur, s'en laissant imposer par des ressemblances de couleur , n'a-t-il pas pris pour du pus des globules du sang décolorés? Je suis loin , d'ailleurs, de rejeter, sans examen ultérieur, l'opinion dans laquelle on regarde le pus comme çi'étant autre chose que la fibrine du sang qui a subi un certain nombre de modifications, dont la cause réside dans le trouble même du cours du sang. Je crois qu'une semblable opinion entraîne avec elle d'assez graves conséquences , et a une assez grande portée pour qu'on l'examine sérieusement; mais c'est là aussi une raison pour ne l'admettre que lorsque des faits plus nombreux et des expériences plus variées en auront rigoureusement démontré l'exactitude.

Le pus a été trouvé dans tous les tissus, et Jusque dans le. sang , ainsi que j'en ai cité plus haut des exemples. D'abord dans certaines portions du tissu cellu-' laire , les collections de pus sont très-fréquentes ; le tissu cellulaire sous-cutané et interniusculaire en est surtout le siège. On n'en voit que rarement dans le

/|O0 TRI' (lis

lissu cellulaire sons-muqneux ; quelquefois, cependant, il m'est arrivé de trouver de petits abcès dans le tissu cellulaire sous-muqueux du tube digestif, et une fois j'ai constaté l'existence d'une vaste couche purulente qui était interposée, dans toute rél,eadue de l'estomac, entre les membranes muqueuse et musculaire. Parmi les diverses portions du tissu cellulaire sous-séreux , celle où l'on trouve le plus fréquemment du pus est la portion de tissu cellulaire qui, sous le nom de pie-mère^ est en contact avec la surface adhérente de l'arachnoïde ; tantôt l'infdtration de la piemère par du pus n'a lieu qu'en quelques points de son étendue ; tantôt cette infiltration est générale ; on l'a vue, par exemple, former comme une vaste enveloppe autour de tout l'encéphale et de la moelle. Quant aux autres membranes séreuses, on trouve bien plus souvent du pus épanché, dans leur cavité que retenu à leur surface externe. Pourquoi sous ce rapport l'arachnoïde difîere-t-elle des autres séreuses ?

On admet maintenant qu'un véritable pus peut être fourni par les membranes muqueuses ; dans ces membranes, c'est par des nuances insensibles qu'on voit le mucus , qui ordinairement les lubréfie , se transformer en pus.

Du pus a été souvent troiwé dans les vaisseaux. On en a constaté l'existence :

1°. Dans des veines qui ramenaient le sang des parties où existait un foyer de pus. C'est ainsi que, dans plusieurs cas de métrites terminées par suppuration, on a vu, pleines de pus, les veines utérines , les dififérentes veines hypogastriques, les veines iliaques et cave inférieure.

d'ana-tomie pathologique. !^o[

2*. Dans des veines qui avaient été irritées par une piqûre ou autrement, sans existence de foyer purulent. En pareil cas, le pus se forme dans l'intérieur même de la veine.

5°. Dans des caillots sanguins du cœur ou de gros vaisseaux , soit qu'il y eût en ujême temps une collection purulente en quelque autre point du corps, soit qu'un ancien écoulement de pus ait été tari peu de temps avant la mort, soit qu'enfin, ou sur le cadavre ou pendant la vie, n'eût,existé aucune trace de sécrétion de pus.

4°. Dans les vaisseaux lymphatiques. Tantôt, d'ailleurs, ceux de ces vaisseaux où l'on trouvait du pus, partaient d'un lieu où existait un foyer de suppuration ; tantôt il n'y avait de pus que daos le vaisseau lymphatique lui-même. J'ai trouvé quelquefois remplis d'un pus, soit liquide, soit demi-concret, et se rapprochant, dans ce dernier cas, de l'aspect du tubercule , des vaisseaux lymphatiques qui partaient d'une ulcération intestinale. /■

On a beaucoup parlé des qualités particulières du pus du tissu osseux. Je crois que dans le plus grand nombre des cas ce pus n'est pas fourni par l'os luimême , mais bien par les parties molles environnantes. Sa couleur, son odeur, ses diverses qualités physiques, sur lesquelles on a tant insisté, me paraissent dépendre surtout de l'état dans lequel se trouvent ces parties, de l'exposition à l'air du foyer de pus, soit directement, soit à travers un trajet fistuleux, de la nature même des substances dont on se sert pour les pansemcns, etc.

Le pus du tissu musculaire n'est autre chose que I. 26

4o'-> pnr.c.is

le pus du lissu cellulaire interposé entre ses fibres. C'est une question de savoir si, lorsque le tissu nerveux vient à être le siège d'une sécrétion de pus , cette matière est fournie parle tissu nerveux lui-même ou par le tissu cellulaire qui entre dans la composition du tissu nerveux. Ce qu'il y a de certain , c'est que dans certains cas d'abcès du cerveau , on trouve, là où existe le pus, une simple trame celluleuse , qui semble seule fournir le pus, le tissu nerveux ayant disparu en cet endroit. L'on a regardé comme produits par une infiltration purulente du tissu nerveux certains ramollissemens blancs d'il cerveau : c'est là , selon moi , une pure hypothèse ; rien ne démontre dans ces ramollissemens la présence du pus; on n'y voit qu'une diminution de consistance du tissu nerveux , qu'une sorte de retour de ce tissu à l'état liquide , et rien autre chose.

Il n'est aucun tissu parenchyraateux dans lequel du pus n'ait été rencontré; là, comme partout ailleurs, tantôt on le trouve à l'état d'infiltration , tantôt à l'état de foyer ou d'abcès. L'état d'infiltration est plus commun dans le poumon, et l'état d'abcès dans le foie.

Les tissus dans lesquels on rencontre du pus , soit disséminé, soit rassemblé en foyer, ne présentent aucune lésion spéciale que l'on puisse regarder comme ayant déterminé la sécrétion purulente. On ne croit plus aujourd'hui que le pus ne peut exister que là où il y a ulcération. Dans la très-grande majorité des cas, la présence du pus est accompagnée de signes anatomiques d'irritation dans le lieu où on l'observe. Ainsi l'on y trouve , i". divejses nuances d'hyperémie ;

D ANATOMIE PATHOLOGIQUE. /jOJ

2°. diverses variétés de ramollissement ; 3'. do^ solutions de continuité, qui tantôt paraissent avoir pré-cédé et tantôt avoir suivi la suppuration ; 4°. la disparition du tissu propre de l'organe où le pus est rassemblé, et à la place de ce tissu une simple trame celluleuse dans les mailles de laquelle le pus est infiltré. Rassemblé en foyer, ou constituant ce qu'on appelle un abcès j le pus est contenu dans une cavité dont les parois , tantôt présentent à nu le tissu même de l'organe où l'abcès s'est formé , tantôt sont tapissées par une couche inorganique , qui ne semble être autre chose que la partie la plus concrète du pus, et tantôt, enfin, sont tapissées par une couche membraneuse qui s'organise , et dont l'aspect peut rappeler plus ou moins celui des membranes muqueuses. (Ployez plus haut, arlicïe Transfoi^maiion iiniqucuse.) Il est enfin des cas où pendant la vie aucun symp^tome d'irritation n'a révélé que du pus se farmait là où on le trouvait après la mort; et où, par l'anatomie, on ne découvre autour de la collection purulente aucune trace d'un travail d'^irritation actuel ou antécédent. Couleur, consistance, épaisseur, tout est dans l'étal normal ; on trouve des molécules de pus logées entre les molécules des solides, el voilà tout. Il arrive souvent que ce n'est pas seulement en un point du corps que s'observe cette accumulation de pus , sans lésion appréciable du solide qui le confient; on en trouve en plusieurs endroits à-la-fois, comme en divers points du tissu cellulaire in ter- musculaire, dans le foie, la rate, le poumon, le cerveau. Chacun de ces organes peut ne contenir qu'une seule collection purulente, ou en être parsemée au point qu'on peut

àpeiix* ies compler; chaque incision du scalpel tombe en quelque sorte sur un petit foyer de pus. J'en ai compté une fois plus de trente dans un seul poumon. Si dans ces cas l'on examine l'intérieur des vaisseaux , tantôt on trouve également du pus mêlé au sang que contiennent le cœur, les veines ou les artères; on en trouve aussi dans les lymphatiques ; tantôt les vaisseaux n'en présentent aucune trace à leur intérieur. Dans ces mêmes cas enfin, tantôt hors des vaisseaux et hors des points où existent des amas de pus, on n'observe aucune apparence de suppuration ; mais tantôt aussi (et ce second cas est même beaucoup plus commun), ces collections purulentes, ainsi disséminées à l'intérieur en un grand nombre de points à-la-fois , se montrent dans les cas où a été pratiquée une grande opération, une amputation , par exemple ; dans les cas surtout où cette opération a détruit la source d'un foyer plus ou moins ancien. Enfin il n'est pas rare de rencontrer ces mêmes collections purulentes chez des femmes qui, à une époque peu éloignée de l'accouchement , succombent à une métropéritonite. Au lieu d'être rassemblé en foyer grand ou petit, le pus peut en pareil cas infiltrer les tissus de telle sorte , qu'on n'observe aucune matière liquide, et qu'il n'en résulte autre chose qu'une coloration insolite de ces tissus en quelques points de leur étendue. De là ces masses grises ou jaunes. A la suite des grandes opérations , par exemple , on en trouve souvent dans divers parenchymes, et qui , d'abord dures ^ assez semblables à des portions de poumon en hépatisation grise , ou à ce qu'on appelle de la matière tuberculeuse infiltrée ., se ramollissent peu-à-peu, et se

d'anATOMIB BATimCOGIQUE. /^0$

liquéfient,, parce que la matière purulenlc, d'abord combinée molécule à molécule avec le tissu organique, s'en sépare et s'en isole peu-à-peu pour se rassembler en foyer.

Ces collections purulentes sont -elles le résultat d'une riisorpliou? cela me paraît très-vraisemblable dans les cas où on les trouve sur les cadavi'es d'individus qui , peu de temps avant leur mort , avaient eu, en un point quelconque de leur économie, un foyer plus ou moins considérable de suppuration. Porté dans le torrent circulatoire, le pus s'en sépare à la surface ou dans la trame des divers organes ; c'est ainsi que lorsque du mercure a été injecté dans une veine , on retrouve ses globules déposés en diverses parties du corps, et particulièrement dans le poumon et le foie. Quant aux cas beaucoup moins nombreux où des collections purulentes semblables ont été ob-^ servées sans trace de suppuration antécédente ; dans le cas, par exemple, que j'ai cité plus haut, où nous avons trouvé du pus dans un caillot sanguin , sans qu'il y en eût en aucun autre point du corps, on ne peut rien dire, dans l'état actuel de la science, sur l'origine et les causes de ces collections. Il faut seulement en tirer cette conséquence, que du puspeut se former, soit dans un solide, soit dans un liquide solidifié, tel que le sang, bien qu'on ne découvre, ni par l'anatomie ni par l'examen des symptômes, l'indice d'aucun travail d'irritation , d'aucune congestion passée ou ac' tuelle, d'aucune altération de texture. On ne peufe douter qu'il n'y ait certains individus chez lesquels il ne se, forme du pus beaucoup plus facilement que cbcz d'autres, de telle sorte qu'il faudrait admettre parfoîn,

4o6 ' PRÉeis

une Uiathése \)uvu\enle , comme on admet une dialhhe tuberculeuse; dans oei!e-ci, on a à-j)eu-piès renoncé à admettre l'existence d'une irritation , d'une congestion antécédente, lorsqu'à-la-fois on trouvait des tubercules dans presque tous les points de l'économie;; pourquoi ce qui a lieu pour le tubercule n'aurait-il pas lieu pour îe pus?

Un des élèves les plus distingués du savant professeur Roux , M, Maréchal , a cité , dans sa Dissertation inaugurale (i)^ plusieurs faits de ce genre recueillis à la clinique chirurgicale de la Charité. Outre les cas nombreux où M. Roux a vu de semblables collections à la suite d'amputations des membres, il en a rencontré deux fois après l'amputation de mamelles cancéreuses; et, dans l'un des deux cas, outre les abcès que renfermait le poumon , il y en avait une quantité innombrable au milieu clp la substance encéphalique. M. Maréchal en a encore trouvé plusieurs fois, 1°. après des opérations de taille , dans certains cas où l'opération avait été suivie d'une inflammation suppurative du tissu cellulaire du bassin ; 2°,, à la suite de vastes abcès urineux qui avaient causé promptement la mort des malades; 5°. après l'incision d'une hydrocèle; 4"- à la suite d'une ligature d'artère crurale, ligature autour de laquelle s'était développé un abcès avec phlébite fort étendue ; dans ce cas et dans le précédent, les poumons seuls contenaient des foyers de pus ; 5°. après quatre opérations de fistule à l'anus ; dans trois de ces derniers cas, il n'y avait de pus que

(i) Redurchci sur certaines allerations gui se développent au sein des principauM viscères , à la suite des blessures ou des opéralicnt , par M. MaiécLa) j 10-4", i8aS.

D ANATOIIIE PATHOLOGIQCE. 4^7

dans le poumon ; dans le quatrième , il y en avait dans le poumon et dans le foie. M. Hervez de Chégoin a vu à la Charité un individu qui mourut avec un abcès dans le petit bassin, presque toul-à-coup, en trentesix heures , au moment où on le croyait guéri. A l'ouverture du cadavre, on trouva du pus dans les ventricules cérébraux et dans la substance même de l'en- €épha!e (i).

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