LÉSIONS DU SANG
A une époque où dominait en France un solidisme exclusif, Bichat disait [Jlnatomie gétiérale^ introduction ) : « L'on a exagéré sans doute la médecine hu- » morale ; mais elle a des fondemens réels, et, dans » une foule de cas^ on ne peut disconvenir que tout » doit se rapporter aux vices des humeurs. » Cette dée , en quelque sorte perdue dans l'ouvrage de Bichat, ne fut fécondée ni par lui, ni par ses contemporains. Les théories humorales des siècles précédens avaient conduit à de si fausses interprétations sur la nature d'un grand nombre de maladies , et surtout à de si funestes applications thérapeutiques, qu'il n'était pas étonnant qu'on se tînt généralement en garde contre les opinions et les faits mêmes qui tendaient à faire Jouer un rôle quelconque aux humeurs dans la production des maladies. Long- temps l'humorismc parut condamné sans appel ; des faits nombreux , qui ne sont aujourd'hui que rappelés , semblaient ne plus exister , ou demeuraient stériles. Nul ne cherchait à les féconder; mais il était facile de prévoir qu'après avoir été poursuivi dans toutes ses conséquences, le solidisme exclusif viendrait à être rejeté , parce qu'eu \\\\ on ne trouverait pas la solution de toutes les ques-
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tions , et qu'alors il faudrait bien de nouveau demander cette solution à un autre système. Le mouvement de retour vers l'humorisme n'est donc qu'une conséquence naturelle de la marche de l'esprit scientifique ; c'est ainsi qu'il faut le voir et l'accepter. Entrons donc dans ce mouvement , en rassemblant les faits qui l'ont produit , en dressant en quelque sorte l'inventaire de nos connaissances sur la question de l'humoTisme ; cherchons à bien déterminer où l'on en est, afin que l'on sache où l'on va, vers quel but on marche, et comment on y peut marcher.
Les altérations des liquides doivent être étudiées, 1*. dans le sang ; 2°. dans les différentes humeurs qui concourent àforraer le sang, ou qui en émanent. Parmi ces humeurs , il en est deux surtout, le chyle et la lymphe , dont les qualités doivent influer directement sur l'état du sang. Remarquons, toutefois, que si les autres humeurs viennent elles-mêmes à être modifiées dans leur quantité et dans leurs qualités, leurs modifications peuvent aussi entraîner des modifications dans le sang; car les élémens qui forment ces humeurs ne proviennent-ils pas du sang?
Le sang en circulation semble être sous l'empire de deux forces; l'une imprime à sa masse un mouvement intestin, en vertu duquel chacun de ses globules se meut isolément, entouré d'une enveloppe de matière colorante , et maintenu à distance des autres globules. Ce double effet d'attraction et de répulsion cesse d'avoir lieu dans le sang dès qu'il sort de ses vaisseaux. Une autre force, contraire à la précédente , tend à ramener le sang au repos; elle s'exerce dans les parenchymes organiques au point de contact
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des solides et du sang. Examiné au microscope dans ces parenchymes , le sang a été comparé à une sorte de tourbillon , d'où se détachaient sans cesse des molécules , qtii allaient se perdre dans la substance solide, en même temps que d'autres molécules se détachaient de celle-ci , et rentraient dans le tourbillon. Si donc il y a une grande différence d'aspect entre le sang contenu dans les gros vaisseaux et entre les différens solides, il n'en est plus de même dans les capillaires; là tendent à se confondre et le sang et les tissus auxquels ce sang se distribue. Au point de contact, il y a fusion de nature ; le sang s'organise, et par conséquent la vie n'y est plus douteuse. Mais ce n'est pas là seulement que dans le sang nous est révélée une force d'organisation ; nous la retrouvons puissante et féconde partout où la fibrine vient à se solidifier, soit à l'intérieur même des vaisseaux, soit hors des vaisseaux. Dans celte fibrine , comme déjà nous avons eu occasion de le faire remarquer, des vaisseaux se dessinent, une circulation s'établit, des sécrétions s'opèrent, des tissus se développent. £xamine-t-on chimiquement le sang et les solides? on y découvre les mêmes principes immédiats. Étudie-Ion leur composition anatomique? on la trouve la même : dans le sang comme dans les solides, ou trouve, des globules mêlés à une substance amorphe ; Bordeu avait reconnu cette identité de composition, lorsqu'il disait : Le sang est de la chair coulanle.
Ainsi donc, sous le triple rapport des phénomènes vitaux (i), de la structure intime, de la composition
(i) Ou admet que les phénouicnes dits, vitaux ne se nianifestcat que
ù'ànàtomïE pathologique. 52;
Hcllimiqiie, aucune ligne de démarcation ne saurait «^tre établie d'une manière rigoureuse et précise entre le sang et les solides. Physîologiquement parlant , on ne saurait concevoir que de ces deux parties d'un même tout, l'une soit modifiée sans que l'autre ne le soit aussi. D'une part, puisque le sang nourrit les solides , puisque sans sa présence il n'y a plus de vie pour eux, comment l'état des solides ne serait-il pas influencé par Tétat du sang? autant vaudrait dire en chimie que la nature d'un corps n'est pas subordonnée à la nature des élémens qui le composent. D'une autre part, examinés dans leurs rapports avec le sang, il n'y a que deux classes de solides : les uns agissent pour faire le sang ( actions d'absorption , de digestion, de circulation artérielle et de respiration); les autres agissent pour le défaire (actions de circulation veineuse, de sécrétion et de nutrition). Un solide quelconque ne peut donc pas subir la moindre modification , sans qu'il y ait dérangement dans la nature
sous certaines conditions dans l'agencemont des molécules d'un corps, agencement qu'on appelle ori,'ani4fl/(on; mais le sens de ce dernier mot est loin d'être bien déterminé, et il ne faut pas croire que la manifestation de la vie n'ait lieu que là où existe cette organisation , telle qu'on l'observe cher les animaux supérieurs , et telle que nous nous sommes habitués à nous la représenter et à la concevoir pour tous les cas. Suivcr la série des êtres vivans , vous verrez les instnimens des actes vitriux diminuer de plus eu plus de nombre et de complication ; vous les verrez disparaître même ; et cependant il y aura vie. La vie n'est pas moins dans la semence végétale , dans la gouttelette liquide, premier rudiment de l'embryon animal; dans ces parties, cependant, on trouve moins encore que dans le sang des rudimens de ce qu'on appelle organisation. Ea l'absence des formes auxquelles l'opinion commune attache l'idée de vie , des actes vitaux peuvent donc s'accomplir. Loin donc d'imposer à la manifestation de la vie certaines conditions d'arrangement de la matière, l'observation nous conduit à reconnaître qu'en toiîle cas divers la vie se révèle à nous , non par des formes , mais par des actes.
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ou dans la quantité des matériaux destinés à former le sang ou à s'en séparer. La physiologie nous conduit donc à admettre qu'à la suite de toute altération des solides il doit y avoir altération du sang , de même qu'à la suite de toute modification du sang il doit y avoir modification des solides. Placé dans ce point de vue , on ne trouve plus de sens aux disputes des solidistes et des humoristes : l'économie ne paraît plus qu'un grand tout , indivisible dans l'état de santé comme dans l'état de maladie ; la distinction des parties du corps en solides et en liquides ne semble plus qu'une distinction peu importante , et qui n'est pas toujours juste, puisqu'elle cesse d'être réelle dans les trames organiques , là où s'accomplissent tous les grands phénomènes vitaux , là aussi où se passent tous les changemens qui constituent l'état morbide.
Cette dépendance intime, nécessaire, du sang et des solides, une fois reconnue par la physiologie, que reste-t-il à faire? nous n'avons plus qu'à interroger l'observation , à lui demander des faits et à en tirer de légitimes inductions. Déjà, au commencement de ce volume, le plan que nous avons adopté nous a conduits à parler des altérations que le sang peut subir dans sa quantité , et des états morbides que ces altérations produisent. Ici donc nous n'avons plus à nous occuper que des altérations que le sang est susceptible d'éprouver dans ses qualités, et de l'influence que peuvent exercer ces altérations sur la production des maladies.
L'analyse chimique a démontré que le sang de l'homme est composé de fibrine , d'albumine , d'une matière animale particulière à laquelle le sang doit sa
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couleur, de soude libre , d'oxide de fer et de calcium que l'on trouve dans la matière colorante , de difierens sels , savoir, lactate de soude , muriate de soude et de potasse, phosphate de soude, phosphate de magnésie, carbonate de chaux et de soude; ces divers élémenssont dissous dans une certaine quantité d'eau. De plus , des recherches récentes ont démontré dans le sang de l'acide carbonique (Vogel), une matière trèsanalogue au mucus , matière que l'on trouve dans les cellules du caillot (Brande), une matière huileuse (Hewart Traill), une matière grasse azotée, identique à celle du cerveau et des nerfs (Vauquelin , Chevreul) , une matière colorante jaune , semblable à celle de la bile et de l'urine ( Chevreul , Lassaigne , Magendie, etc.), une matière analogue à l'urée (Prévôt et Dumas, Vauquelin et Ségalas). Ainsi donc, dans les analyses du sang , beaucoup trop peu nombreuses , qui ont été faites Jusqu'à présent , l'on est cependant arrivé à ce résultat remarquable , savoir, que l'on aretrouvé dans le sang les élémens de la plupart des organes et d'un certain nombre de liquides de sécrétion. Chez un individu sain , le sang, tiré d'une veine se sépare en deux parties : l'une , solide , appelée caillot, spécialement formée de fibrine et de matière colorante; l'autre, liquide, spécialement constituée par de l'eau et de l'albumine. Ce même aspect est présenté par le sang artériel. Sur le cadavre on trouve également, dans les différen s vaisseaux, de la fibrine coagulée unie à de la matière colorante , ou séparée de celle-ci. Dans un grand nombre d'états morbides , il arrive que le sang, soit pendant le vivant, soit après la mort, se présente avec des aspects différens, qui I. 34
5jo précis
consliliienl pour co saag liii-meme de véritables états pathologiques. Etudions-les clans chacun des élémens du sang.
La fibrine peut ôtre altérée sous le double rapport de sa quantité et de ses qualités. Il y a d'abord des cas où ce principe immédiat est plus abondant que de coutume, où du moins il est en plus grande proportion refativement à l'eau et à l'albumine. Alors le sang , extrait d'une veine , forme dans le vase qui le reçoit un caillot avec peu ou point de sérosité. D'ailleurs, deux cas. doivent être ici distingués : un premier cas est celui où la fibrine qui constitue le caillot est mêlée encore dans celui-ci à une assez grande quantité de sérum qu'on en sépare par la pression ; alors le coagulum a peu de densité. Dans un second cas , au contraire , le caillot est très-dense , et l'on en sépare à peine quelque peu d'albumine liquide. Dans le premier cas, l'augmentation relative de la quantité de fibrine n'est qu'apparente ; elle est réelle dans le second. Il ne faut pas confondre ces deux cas, qui appartiennent à des états diiférens de l'économie. Le sang très-fibrineux est vulgairement désigné sous le nom de sang rie lie ; il peut être simplement lié à une constitution vigoureuse ou à certains états morbides.
Au lieu d'être surabondante, la fibrine du srmg peut offrir un état contraire. Il y a , en effet , des individus dont le sang, tiré d'une de leurs veines, n'offre au'un caillot fibrineux très-peu considérable relativement à la grande quantité de sérosité au milieu de laquelle ce caillot apparaît. Mais ici encore deux cas doivent être distingués : la diminution de quantité de fibrine peut n'être qu'apparente; cela arrive si, très-
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foiiement condensées, ses molécules se tiennent beaucoup plus rapprochées que dans leur état normal ; le caillot, très-petit, est alors d'une remarquable fermeté ; c'est ce qui a lieu très-fréquemment , par exemple , chez beaucoup d'individus atteints d'un rhumatisme aigu. D'autres fois le caillot, très-petit, est en même temps très-mou ; la diminution de quantité de la fibrine est alors réelle. C'est, par exemple^ ce qu'on peut observer dans beaucoup de cas de maladies chroniques, ou chez des individus qui ont un système musculaire grêle, et la peau habituellement décolorée-
L'observation démontre donc que , dans une masse de sang déterminée, la quantité de fibrine peut être ou augmentée ou dinunuée. Mais cette fibrine est elle^ même composée de quantités déterminées d'oxigène^ d'hydrogène , d'azote et de carbone ; et , si ces corps simples proviennent de l'air et des alimens , si on les trouve en proportion plus ou moins considérable dans les diverses matières excrétées, on est porté à penser qu'il peut y avoir des variétés de proportion entre ces élémens de la fibrine, qui est alors modifiée dans sa nature , et peiit-être leur rareté ou leur abondance respective ne sont pas sans influence sur la production de certains états morbides.
La force qui pendant la vie maintient à distance les globules de fibrine, peut être modifiée de telle manière que ces globules tendent à se réunîr, comme ils se réunissent normalement après la mort; et de là résulte pendant la vie la coagulation spontanée du sang dans ses vaisseaux. Des observations nombreuses ne permettent plus aujourd'hui de révoquer en doute
la possibilité de cette coagulation. Tantôt elle s'effectue sans cause connue ; tantôt elle paraît coïncider avec un état d'irritation des parois du vaisseau dans lequel elle a lieu. Une fois solidifié, le sang manifeste d'une manière non douteuse des phénomènes vitaux : des vaisseaux s'y produisent; des sécrétions s'y opèrent; diverses altérations de nutrition, semblables à celles qu'on observe dans les tissus , y prennent naissance. Que si l'on veut s'enquérir comment vit ce sang solidifié , on voit d'abord qu'il ne saurait vivre de la vie commune du reste du corps, puisque bien souvent il ne fait que toucher les tissus qui l'entourent, sans se continuer avec eux en aucune manière. Il faut donc admettre que ces concrétions polypiformes (c'est ainsi qu'on les a appelées) peuvent jouir d'une -vie propre, à l'aide d'instrumens qu'elles ont elles-mêmes créés.
On vient de voir des cas où il y a augmentation réelle de la force d'agrégation qui maintient réunies les molécules de la fibrine du sang. D'autres fois il y a au contraire diminution de cette force , d'où résulte ou une tendance plus faible du sang à se réunir en caillot , ou une absence complète de ce caillot. Si celui-ci existe encore , il est d'une remarquable mollesse ; il résiste infiniment peu aux divisions mécaniques qu'on cherche à y opérer, et une agi talion légère le résout en un liquide rougeâtre. Ailleurs il n'y a plus de coagulura ; on trouve la fibrine disséminée en parcelles qui restent suspendues dans la sérosité, ou qui se précipitent au fond du vase qui a reçu le sang. Ailleurs enfin , on n'observe même plus ces parcelles fibrineuses , mais la fibrine est entière-
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ment mêlée au sérum, et il en résulte une masse liquide, rougeâtre ou noirâtre. Ces différens aspects que présente le sang tiré de la veine se retrouvent aussi dans les vaisseaux des cadavres ; il y a des cas où ces vaisseaux sont tous remplis par un sang coagulé plus ou moins consistant ; il y a d'autres cas où l'on ne trouve partout , dans le cœur , dans les artères , dans les veines , qu'un sang entièrement liquide , semblable à de l'eau chargée d'une matière colorante rouge, brune ou noire. Dans ces cas, cependant, l'analyse chimique a démontré que la fibrine n'était point absente ; mais , altérée dans sa nature , elle n'est plus spontanément coagulable. Dans quelques cas assez rares, j'ai vu la fibrine se présenter encore sous un autre aspect : le sang n'avait point de caillot, et à sa place l'on observait, au fond du vase, une sorte de purée homogène, tantôt d'un brun foncé, tantôt d'un gris sale, et ressemblant plus à de la sanie qu'à du sang.
Dans certains cas où il y a augmentation de la consistance naturelle de la fibrine , ou même sans que cette augmentation de densité soit bien prononcée , on observe un autre phénomène fort remarquable : la portion de fibrine , située à la partie supérieure du caillot, se dépouille de matière colorante, et il en résulte sur ce caillot une couche blanchâtre, jaunâtre ou légèrement verdâtre , dont l'épaisseur peut varier depuis moins d'une ligne jusqu'à plusieurs pouces. On connaît cette couche sous le nom de couenne; bien qu'elle puisse être plus ou moins favorisée dans sa formation par quelques circonstances étrangères à l'étal morbide au milieu duquel elle apparaît, telles
que la grandeur de l'iiicisiou de la veine, la manière dont le sang coule , la iormo du vase , il n'en est pas moins vrai qu'elle ne peut sçi montrer que dans certaines conditions de l'économie que j'évaluerai plus lard. La couenne est formée de fibrine pure à laquelle est mêlée une certaine quantité de sérum , qui , d'après les recherches de Dawler et de M. Gendrin ^ contient beaucoup plus d'albumine que le sérum du reste du sang extrait. La plus grande analogie existe sous le rapport du simple aspect , et surtout dç la composition chimique , entre la couenne du sang e| la substance qui constitue les pseudo-membranes des séreuses.
L'albuminii , qu,i existe toujours en petite quantité dans le caillot, et qui , unie à de l'eau, constitue àpeu-près exclusivement le sérum , peut se trouver modifiée comme la fibrine. Il y a d'abord des cas où, dans une quantité donnée de sérosité , on trouve, relativement à l'eau , l'albumine beaucoup plus abondante que de coutume ; on s'en assure facilement par l'exposition de cette sérosité à la chaleur. Les recherches du docteur Traill, confirmées par les travaux, plus récens de M. Gendrin , ont démontré que , dans l'état qu'on appelle inllammatoire, le sérum du sang contient presque deux fois autant d'albumine que dans l'état sain. Par le simple toucher on peut reconnaître cette augmentation de la quantité d'albumine : le sérum présente alors une remarquable viscosité. D'autres fois, au contraire, le coagulum très-peu abondaiit que l'on obtient en chauflant le séjum , dont la plus grande partie s'évapore , y démontre une notable diminution dans la quantité d'albumine.
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Est-ce à une altération particulière dans la nature même de l'albumine du sang qu'il faut attribuer la ])résence d'une couche 7mif/ueuse qui a été observée quelquefois par M. Gendrin au fond du sérum , ou suspendue dans ce liquide comme un énéorèmo? Dans un des cas cités par M. Gendrin, le sang provenait d'un individu afiecté d'un empyème ; dans un, autre cas, l'une des cuisses était le siège d'un vaste abcès.
Le sérum, sous le rapport de sa composition, présente plusieurs variétés qu'il ne faut pas confondre : j". il peut contenir à-la-fois beaucoup d'eau et beaucoup d'albumine ; 2°. ce dernier principe peut y prédominer, la quantité de l'eau n'étant pas augmentée, ou même y étant diminuée d'une manière absolue ; 5°. le contraire peut avoir lieu , et le sérum être coni^ posé de beaucoup d'eau et de peu d'albumine.
Quelle que soit d'ailleurs la composition du séninj , tantôt il est peu abondant relativement au caillot fibrineux ; tantôt l'inverse existe. Toutes ces différences doivent être notées, comme correspondant à autant d'états morbides spéciaux. On peut d'ailleurs remarquer combien , dans plusieurs de ces cas , se trouvent justes les expressions vulgaires de sang appauvri, de sang aqueux, de sang tourné en eau.
Tandis que chez certains individus le sang , tiré d'une veine , est remarquable par sa couleur intense , chez d'autres , au contraire , ce sang est d'une grande pâleur: le caillot est d'un blanc rase, et le sérum ressemble à de l'eau ; il y a évidemment , en pareil cas, diminution dans la quantité de la matière colorante du sang , ou altération dans sa nature. Cela
coïncide le plus ordinairement avec une prédominance de la partie séreuse du sang. L'homme , sous ce rapport , semble alors redescendre l'échelle zoologique, et son sang tend à devenir analogue au sang naturellement incolore d'un certain nombre d'animaux. Les mêmes causes que nous avons vues produire l'anémie sont généralement celles qui tendent aussi à diminuer la quantité de la matière animale particulière à laquelle le sang doit sa couleur.
Le sang, considéré dans l'ensemble de ses principes constituaus , peut être altéré par son mélange avec diverses substances qu'on n'y rencontre pas ordinairement. En d'autres endroits de cet ouvrage , J'ai cité des cas dans lesquels ont été trouvés dans le sang, soit divers élémens des liquides sécrétés , soit diverses matières morbides , telles que pus , matière encéphaloide , entozoaires , concrétions calculeuses. Je ne discute pas maintenant la question de savoir si ces substances sont nées dans le sang ou y ont été introduites ; quelle que soit leur origine , toujours est-il qu'elles ne sont pas seulement mêlées au sang, mais qu'en se combinant avec lui elles l'altèrent au point d'en changer tout-à -fait les propriétés physiques; souvent, en pareil cas, à la place du sang, on ne trouve plus qu'une matière plus ou moins consistante , grumeleuse , friable , d'un gris sale , assez semblable par fois , soit au pus demi concret de certains abcès froids , soit à la sanie qui s'écoule d'ulcères de mauvaise nature , soit encore aux masses eneéphaloïdes du foie, lorsqu'elles sont réduites en détritus, et rougies par un peu de sang. Tantôt je n'ai trouvé une semblable matière que dans quelques vaisseaux ; tan-
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tôt elle existait dans la plus grande partie de l'arbre circulatoire. Qui pourrait nier que dans des cas de ce genre le sang ne soit gravement altéré dans sa nature? Le plus souvent, d'ailleurs, il y a en même temps, dans la trame de plusieurs solides , des sécrétions morbides, purulentes ou autres, formées par une matière qui a la plus grande analogie avec celle qu'on trouve dans les vaisseaux. Entre autres cas de ce genre, que j'ai eu occasion d'observer, je pourrais citer les suivans : chez une femme qui succomba à la Charité avec tous les signes d'une double affection chronique du poumon et des voies digestives^ je trouvai au-devant de la colonne vertébrale une énorme tumeur constituée par une agglomération de ganglions lymphatiques, qui, à la place de leur tissu normal, n'offraient plus qu'une bouillie inorganique , grisâtre ou rougeâtre. Une semblable matière apparaissait dans le foie sous forme de masses arrondies et isolées ; elle se montrait aussi dans la rate, où elle semblait comme déposée dans les cellules de cet organe , à la place du sang qu'elles contiennent ordinairement ; enfin , en plusieurs points du poumon on voyait des lobules infiltrés de cette même matière. Mais ce n'était pas tout : dans les deux poumons un grand nombre de rameaux de l'artère pulmonaire contenaient, au lieu de sang, une matière grumeleuse , d'un gris rougeâtre, d'un aspect semblable à celui de la matière morbide trouvée dans les ganglions mésentériques, le foie , la rate et les poumons. Les cavités droites du cœur , l'artère pulmonaire et ses premières divisions contenaient un sang peu coloré et mal lié. Chez une autre femme, atteinte d'un cancer utérin en détritus,
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toules les veines de la malrice, et le tronc de la veine cuve jusqu'à son passage sous le foie , étaient remplies par une matièt'e demi-liquide, sanieuse, d'un blanc grisâtre ou rougeâtre. Chez un homme, encore jeune, qui avait dans un grand nombre d'organes des masses encéphaloïdes ramollies, les veines cave inférieure, rénale, spléniquc , quelques rameaux des veines sushépatiques et des vaisseaux pulmonaires étaient remplis par une sorte de détritus d'un gris rougeâtre, sans adhérence aux parois veineuses, qui, dans ce cas d'ailleurs , qon plus que danjs les précédens, n'offraient aucune trace d'altération appréciable. Des faits semblables à ceux que je viens de rapporter ont été signalés par d'autres observateurs. Ainsi Béclard a vu le cœur elles principaux troncs vasculaires remplis par im caillot solide, dont l'intérieur présentait des amas nombreux de substance encéphaloïde. M. Yelpeau a trouvé une masse encéphaloïde au miheu d'un caillot de sang contenu dans la veine cave. Le même observateur a trouvé une masse encéphaloïde au milieu d'un caillot de sang contenu dans la veine cave. Il a cité aussi le cas d'un homme mort presque subitement après avoir offert des symptômes de eon^ gestion cérébrale , et à l'autopsie duquel on trouva dans toute l'étendue du système circulatoire un sang de consistance pultacée, de couleur roux noirâtre, semblable à la matière de certains abcès du foie. Bichat a rapporté dans son Anatomie générale un cas où il a vu les veines porte , hépatique et splénique , remplies jusque dans leurs dernières ramifications d'une sanie grisâtre occupant la place du sang. J'ai cité ailleurs des cas où une matière tout-à-fait sem-
n*ANATOMili PATHOLOGIQUE. 53()
blable à du pus fui Irouvée au sc\n d'un caillot dans une des cavités du cœur , sans cju'ii existât ailleurs aucun foyer purulent.
i,es altérations du sang peuvent être encore autre-^ meut constatées que parla simple inspection ou que par l'analyse chimique. On sait que , le plus souvent , le sang d'un animal peut être porté dans les organes, d'un autre apimal sans qu'il en résulte pour celui-ci aucun accident. Mais s'il est des cas où il n'en est plus ainsi , et où le sang d'un individu malade, introduit dans le corps d'un autre individu, est pour celui-ci lin véritable poison, on ne pourra se refuser à con-f-lure que la nature de ce sang est réellement altérée. Or, voici ce qu'on a observé à cet égard.
Dans son ouvrage sur les fièvres (tom. H, p. i45),, M. Gendrin rapporte l'histoire d'un écorcheur qu'il soigna d'une fièvre dite putride avec éruption de pus-^ tules gangreneuses. Une once de sang , tiré d'une veine de ce ujalade, fut injectée dans le tissu cellulaire de l'aine d'un chat, On observa lovir-à-tour chez cet animal des vomissemens copieux de bile d'abord jaune , puis verdâtre , de la dyspnée , un pouls petit , fréquent et irrégulier, une langue sèche et brune, une prostration de plus en plus grande, et par intervalles , vers la fin , quelques légers mouvemens convulsifs. La mort eut lieu six heures cinquante minutes ftprès rinjection. M. Gendrin décrit de la manière suivante les lésions trouvées sur le cadavre. La peau de l'aine était décollée; le tissu cellulaire était iîiou, comme pulpeux, d'une couleur jaune cendrée; il répandait une odeur fétide et était parsemé de petites lâches rouges; |a membrane muqueuse gaslro-inles-
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linale était dans l'état physiologique, celle des voies respiratoires d'un brun rougeâtre ; les poumons contenaient du sang noir, surtout le gauche , ils étaient parsemés de taches noires brunâtres ; partout le sang était liquide et noir ; il y avait dans la plèvre gauche deux onces environ de sang noir très-séreux; le cœur était flasque , mou Pas de lésion dans le cerveau ni dans la moelle épinière Le cadavre de
l'animal exhala promptement une odeur fétide.
Du sang , fourni par une épistaxis survenue chez le même malade , fut injecté dans la veine crurale d'un chien ; celui-ci succomba avec la même série de phénomènes que l'animal soumis à la précédente expérience.
Dans un autre ouvrage [Hist. des Inflammations, lora. 2 ) , M. Gendrin rapporte quelques expériences où il a injecté dans les veines d'animaux du sang d'individus atteints de variole confluente : des symptômes très-graves, rapidetnent mortels, se sont manifestés, et, à l'ouverture des cadavres, on a trouvé plusieurs organes fortement enflammés.
MM. Dupuy et Leuret ont introduit dans le tissu cellulaire , et injecté dans les veines d'un cheval sain du sang provenant de chevaux atteints de charbon ; ils sont ainsi parvenus à développer cette maladie. 11 n'y a donc pas de doute que dans ce cas le sang ne fût lui-même altéré dans sa nature, puisqu'on le trouva susceptible de transmettre l'affection charbonneuse.
Ces faits en rappellent d'autres dont on doit la connaissance à Duhamel : au rapport de ce célèbre observateur , un bœuf surmène fut tue dans une
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auberge de Pithiviers. Le boucher mit dans sa bouche, pendant quelques instans, le couteau dont il s'était servi pour égorger l'animal. Quelques heures après, gonflement de la langue, difficulté de respirer, puis apparition de pustules noirâtres sur tout le corps; mort au bout de quatre jours. L'aubergiste se blessa avec un os du même bœuf à la paume de la main : il en résulta un sphacèle du bras , et la mort au bout de sept jours. Deux femmes ayant reçu quelques gouttes du sang de ce même animal , l'une sur la main , l'autre sur la joue, ces parties furent frappées d'une inflam mation gangreneuse. N'est-ce pas également au simple contact du sang des animaux malades qu'est dû chez l'homme le développement de la pustule maligne?
De ces faits il faut conclure que , dans certaines circonstances, le sang peut s'altérer dans sa nature intime, de manière à acquérir des propriétés malfaisantes, qui se révèlent, lorsqu'il est mêlé au sang d'autres animaux sains.
Les altérations de qualités du sang dont j'ai parlé jusqu'à présent peuvent être expérimentalement constatées; il en est d'autres qui, par simple voie d'induction, semblent également devoir être admises. Si , par exemple , un individu respire un air chargé de miasmes délétères , s'il se nourrit d'alimens malfaisans ou insuffisans , et s'il devient malade par suite de l'influence de ces causes , la physiologie nous conduira à penser qu'en pareil cas le sang a été au moins le véhicule de la matière morbifique qui résidait, ou dans l'air, ou dans l'aliment. S'il est physiologique d'admettre qu'une mauvaise alimentation doit produire du mauvais chyle , celui-ci à son tour
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ne devra-t-il pas former tîu mauvais sang? Que sî d'ailleurs l'on injecte dans les veines d'animaux diverses matières organisées en putréfaction , le sang en pareil cas n'est pas seulement un véhicule par lequel sont portées aux solides les substances délétères qui les enflamment; l'aspect insolite de ce sang ne permet pas de douter qu'il ne soit réellement altéré dans sa nature; ainsi il se putréfie facilement, il a perdu la faculté de se coaguler, la force d'agrégation qui unit ses molécules est singulièrement diminuée , et la plupart des tissus deviennent comme des filtres à travers lesquels il suinte de toutes parts. Divers venins, comme celui de pîusievrs ophidiens, divers poisons minéraux , comme le mercure , par exemple, agissent encore sur le sang de la même manière.
11 est d'autres modifications que le sang peut encore subir, qui plus tard seront vraisemblablement étudiées avec soin , et sur lesquelles nous n'avons encore que quelques notions bien vagues. C'est ainsi qu'au rapport de Bellingeri la quantité appréciable d'électricité diminue dans le sang veineux, soit dans la vieillesse , soit dans certaines iTialadies; s'il faut en croire Rossi, le sang , dans les fièvres graves, ppésenterait dans son électricité des caractères différens de ceux qu'il présente dans l'état sain (i).
Barthez a beaucoup parlé d'une influence directe qu'exercerait le système nerveux sur le sang. Sans doute une pareille idée semble dénuée de londement, si l'on ne considère le sang que dàiis ses gras vais-
''i) Je trouve ces faits siir les modifications de l'électricilé du sang consignés dans une bonne thèse sur les altérations des liquides, soutenue a la Faculté par M. Saucerottc , en août 1828.
ty'ANÀTÔMTE l'AtliOLOGIOtii;. ?)/,5
seaux. Mais, dans les capillaires, \h où il est au point de contact avec les solides , où il se confond avec euXj, où il manifeste des phénomènes de vitalité , où, conjointement avec les nerfs, il va faire vivre les organes qu'il parcourt, qui osera affirmer que le sanj^ n'est point influencé par ces nerfs? Là s'exerce dans toute son énergie cette loi de solidarité qui lie entre eux tous les points de l'économie , qui de tantd'élémens divers ne fait qu'un seul tout, et de tant de vies partielles une seule vie. Là le nerf doit agir sur le sang, comme le sang agit sur le nerf. Il y a déjà long-temps que M. Dupuytren a démontré que la section des ïierfs pneumo-gastriques empêche dans le poumon la transformation du sang veineux en sang artériel. Fondé sur une expérience , le docteur Mayer a admis cette influence du système nerveux sur le sang , non plus seulement dans les capillaires, mais jusque dans les vaisseaux d'un gros calibre. Ce médecin ayant lié sur des animaux les deux nerfs pneumo-gastriques, vit, comme phénomène constant, la coagulation du sang de tout l'arbre circulatoire pulmonaire , et la séparation de la matière colorante et de la fibrine; il eut soin de s'assurer que ce n'étaient pas là des phénomènes cadavériques, en ouvrant les animaux au moment môme où ils expiraient.
Le savant et laborieux professeur d'Alfort, M. Dupuy , ayant récemment pratiqué sur des chevaux «la section des nerfs pneumo-gastriques à la région cervicale, a constaté dans le sang artériel tiré de la carotide une notable dinainution de la quantité de fibrine. Le sang tiré de cette artère au moment de l'opération contonait vingt-un grains de fibrine.
Quatre heures après, il n'en présenta plus que dixneuf grains ; au bout de seize heures , dix-huit grains; au bout de vingt-huit heures , seize grains ; au bout de quarante heures, douze grains. Au bout de cinquante-deux heures, mort de l'animal dans un état de suffocation ; alors la même quantité de sang , toujours extraite de la carotide , n'offrit plus que sept grains de fibrine. La section des pneumo-gastriques influença-t-elle directement la diminution progressive de la quantité de fibrine ? ne l'influença-t-elle qu'indirectement , en gênant de plus en plus dans le poumon l'accomplissement de l'hématose ?
M. Dupuy a également vu la fibrine diminuer de quantité dans le sang d'un cheval , atteint de cornage , après qu'une course forcée avait rendu laborieuse la respiration de l'animal. Dans ce dernier fait, la modification subie par l'hématose est en rapport direct avec la gêne de la respiration.
Il y aurait d'ailleurs à bien constater si , lorsque dans un très-court espace de temps , on saigne plusieurs fois un animal , on ne trouve pas constamment moins de fibrine dans les dernières saignées.
M. Dupuy dit avoir trouvé entièrement dissous le sang de l'animal dont il avait coupé les nerfs pneumogastriques. En injectant ce sang dans la veine jugulaire d'un autre cheval , il affirme avoir produit chez celui-ci une affection gangreneuse. Ces expériences auraient une telle portée, que je n'oserai en admettre définitivement les résultats que lorsqu'elles auront été répétées.
Je viens de retracer les faits, les raisonnemens, qui , dans l'état actuel de la science , doivent con-
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duire à reconnaître dans le sang l'existence d'un Certain nombre d'altérations. Ce que j'ai dit à cet égard suffirait déjà, à mon avis , pour démontrer que non seulement ces altérations sont réelles, mais qu'elles sont souvent primitives, qu'elles précèdent celles des solides, et que dans le sang, par conséquent, se trouve le point de départ de plus d'une maladie. S'il est vrai que la masse du sang peut être , dans certains cas, primitivement altérée, il s'ensuit que l'existence des maladies générales n'est point une chimère : lorsqu'en effet tous les tissus viennent ainsi à recevoir un sang altéré , n'est-il pas phy- «ologique d'admettre que leur mode normal de vilrrlité, de nutrition, de sécrétion, doit être plus ou moins profondément modifié ? Ou il faut accepter celle conséquence , ou il faut nier l'influence que , de l'aveu de tous les physiologistes, le sang exerce sur tout solide. Alors il peut arriver qu'un ou plusieurs organes viennent à s'affecter d'une manière plus prononcée que d'autres. Alors peuvent naître dans ces organes diverses lésions qui ne sont qu'accidentelles et secondaires ; mais ce n'est point dans ces lésions qu'a été le point de départ de l'affection; ce n'est point d'elles que dépendent tous les symptômes; et enGn ce n'est point à elles seules qu'il faut demander, si l'on peut ainsi dire , de nous éclairer sur la véritable nature de la maladie, non plus que sur les agens thérapeutiques qu'il est convenable de lui opposer. Aussi l'observation apprend-elle que ces lésions peuvent être graves ou léguas, présentes ou absentes, identiques ou différentes, et que, cependant, nuancée dans ses syiïipfomeis variables, dus à ces lésions^ la I. 55
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maladie n'en existe pas moins, consliliiée par des
symptômes constans dus à l'état du sang.
N'oublions pas, d'ailleurs, que diverses altérations du sang peuvent exister, et ont été réellement rencontrées chez des individus ayant toute l'apparciice d'une bonne santé. Mais ces individus sont dans l'imminence de la 7ualadie , et si une cause quelconque vient à déranger l'équilibre de leur économie , une partie des phénomènes morbides qu'ils présenteront sera en rapport avec l'état de leur sang.
Les maladies dont l'existence semble liée à l'élat morbide du sang , peuvent être ou aiguës ou chroniques. Je vais parler successivement des unes et des autres.
J'ai déjà établi plus haut que sous l'influence d'un état d'hyperémie générale tous les organes se trouvaient dans une excitation également générale , que la mort pouvait résulter directement de cette excitation, et qu'alors partout on trouvait une surabondance de sang , mais nulle part de lésion grave, nulle part d'altération de texture. Alors existe cet état de pyrexie qui a été désigné par les nosographes sous le nom de fièvre inflammatoire. Mais si au lieu d'être simplement en excès, le sang contient plus de fibrine que de coutume , il aura encore une vertu excitante j>lus grande , et ce qu'il ne faisait que par son augmonlation de quantité , il le fera encore par l'altération de ses qualités (i\ S'il en est ainsi . une des in-
fi) L'aii^rmpntalion de quantité de fibrine du sang a des effets remarquables sur pliisieurs actions vitales. C'est ainsi que MM. l'iévôtet Dumas, ont constaté que la faculté de produire de la cbaleur s'accroît chez les •au'rniaus avec !e nombre des globules sanguins.
d'ANATO.MIF. rATllOI.OGIQL'E. 5/(7
dications qui , en pareil cas , se pjésentent à remplir , n'est-ce pas d'étendre la fibrine dans une plus grande quantité d'eau? de là l'utilité des boissons aqueuses données en abondance. M. Piorry a récemment annoncé qu'un des moyens de s'opposer au développement des fausses membranes du croup était de gorger d'eau les malades, et l'on sait que M. Magendie a vu diminuer les symptômes d'une méningite chez un individu dans les veines duquel il avait injecté de l'eau. Les qualités du sang peuvent encore être modifiées de manière qu'il en résulte la formation de la croûte couenneuse. Or, la couenne n'est point le résultat d'un travail d'irritation locale , car on la trouve avant que celle-ci existe , par celâ^scul qu'il y a état pléthorique ou disposition aux congestions sanguines actives ; on la trouve chez les femmes enceintes, qui, à la suite de leurs couches, sont si disposées aux hyperémies. Les anciens avaient-ils donc raison lorsqu'ils admettaient dans le sang un étal inflammatoire j dont les phlegmasies des solides n'étalent souvent que l'effet et comme la manifestation extérieure? De cet état inflammatoire du sang paraîtraient surtout dépendre, dans un certain nombre de cas, les phlegmasies séreuses et articulaires. Notez d'abord que la sécrétion morbide qui s'opère à la surface de plusieurs membranes séreuses enflammées est identique, par ses propriétés physiques et chimiques, avec le produit alburaino-fibrineux qui constitue la couenne; ce produit peut s'organiser au sein même des vaisseaux, pourvu qu'il y ait stase des molécules qui le forment , de même qu'on le voit s'organiser dans les membranes séreuses où il a été déposé. Que
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si vous obsei*Yez les syuiptôracs, la marche du rhumatisme aigu , d'abord vous verrez q^ue bien souvent un mouvement fébrile très- prononcé , avec réaction énergique , mais sans symptôme d'affection locale quelconque , précède l'apparition des douleurs. En un mot, il y a d'abord une fièvre inflammatoire, puis un rhumatisme. Voyez ensuite l'extrême mobilité de ces douleurs; elles se promènent en quelque sorte partout où le sang se distribue ; des applicationsxle sangsues enlèvent souvent la douleur en un point , mais elle reparaît dans un autre; plus d'une fois elle abandonne les tissus articulaires , elle se fixe sur différens «rganes internes, et du trouble des fonctions de ceuxci résultent alors des symptômes plus ou moins graves. Souvent une large ouverture de la veine met fin à la maladie, comme si, en diminuant la masse du sang, e\\e diminuait d'autant le stimulus qui produit toutes ces irritations ambulantes. Alors, dans les saignées subséquentes, la couenne devient moins prononcée, puis disparaît. Que si , au contraire , le rhumatisme ne cède pas, la couenne persiste; on la retrouve à mesure que l'on multiplie les saignées; la sérosité augmente en même temps que le caillot diminue; et cependant , quelle que soit la petitesse de ce caillot) il n'en reste pas moins couvert d'une couenne tant que le rhumatisme existe.
Ce que je viens de dire n'est d'ailleurs qu'une sim* pie probabilité; c'est un des points de vue sous lesquels , d'après quelques faits, il peut être permis d'envisager une question obscure , afin d'en préparer, dans l'avenir de la science , une solution large et complète.
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"L'introductioa d!un cerlaia nombre de substances délétères dans le sang, telles que pus, substances putréfiées, poisons de l'un des, trois règnes, a pour effet non douteux de produire dans le sang diverses altérations d'où résulte en définitive son incoagulabilité , et sa tendance plus rapide à la décomposition. Lorsqu'on! ainsi été produites ces altérations du sang» on observe souvent les phénomènes suivans : T. les centres. nerveux s'affectent, et, suivant le degré ou la nature de cette affection, surviennent, soit une mort, instantanée, soit une prostration plus ou moins considérable, soit, des convulsions, du délire, etc., soit des névroses de la vie organique, comme dyspnée, palpitations, vomissemens; 2°. la gangrène d'une ou plusieurs parties ; 3°. un grand nombre d'exhalations séreuses ou sanguines; 4°- ^^^ sécrétions gazeuses insolites; 5°^ un désordre plus ou moins général dans les fonctions des différens organes.
Si l'on fait l'ouverture des cadavres des animaux chez lesquels, ces différons phénomènes morbides ont existé , tantôt on ne trouve aucune lésion appréciable , tantôt on rencontre des congestions, des épanchemens de sang semblables à ceux qui avaient été observés pendant la vie ; tantôt, enfin, on constate l'existence d'altérations plus ou moins profondes dans la texture des différens solides. Au milieu de ces phénomènes variables, on observe, comme phénomènes constans , i% une remarquable liquidité du sang ; 2°. une décomposition plus rapide soit de ce sang lui-même , soit des solides qui en sont pénétrés. Où est le point de départ de ces divers phénomènes? n'est -il pas manifestement dans le sang, où