‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 42 sur 43 · S.S rr.i':cis · texte numérisé non relu

S.S rr.i':cis

(i.fns les dilTcrcns solides, on voit cclaler des lésions dont la cause déterminante ne nous est pas plus connue. De plus, il y a quelques poisons qui, introduits pendant long -temps à petite dose dans l'économie, finissent par produire , soit dans les solides , soit dans le sang, des altérations lout-à-f;jit semblables à celles que l'on rapporte au scorbut ; tel est le mercure. Par analogie , on est alors porté à penser que les effets pernicieux de ce mercure sont souvent le résultat de l'altération primitive qu'il a déterminée dans le sang. D'ailleurs, en pareil cas, quelle que soit la cause externe ou interne qui ait altéré le sang, on voit apparaître danslessolidcs diverses altérations, bien dignes de remarque en ce sens , qu'on y trouve la preuve que plus d'une lésion d'aspect inflammatoire , soitd'organe , soit de fonction , est loin de dépendre d'un simple état morbide local , et que , liée à certaines conditions d'hématose , cette lésion ne peut disparaître que par le retour de l'hématose à son état normal. Tels sont les nombreux épancheraens de sang qui se manifestent si facilement dans tous les organes des scorbutiques, la tuméfaction de leurs gencives, les ulcérations qui surviennent sur divers points de leur enveloppe cutanée, l'engorgement de leur rate, îa dyspnée , les palpitations de cœur dont ils se plaignent, etc. Or , si l'on ne peut nier chez les scorbutiques l'existence d'affections locales très-diverses produites et entretenues par une affection plus générale , qui en est la cause première et le lien commun , n'est-on pas porté à penser que le scorbut n'est pas vraisemblablement la seule maladie qui soit dans ce cas? Ne doit-on pas soupçonner que, dans toutes les

d'anATOMIE l'ATnOLOGIQlE. 55c)

circon«lanccsoù l'on voit également un grand nombie d'organes simultanément alTeclés dans leur nutrition, où ces organes sont simultanément aussi le siège de sécrétions morbides plus ou moins identiques, et où d'ailleurs ces altérations simultanées de nutrition et de sécrétion se reproduisant les mêmes chez une foule d'individus , on ne peut pas dire que le hasard les a ainsi rassemblées, ne doit-on pas, dis-je , soupçonner que , dans ces cas comme dans les cas de scorbut, il y a dans l'économie une condition morbide préexistante qui révèle son existence par ces diverses affections locales, de telle sorte qu'ici encore, comme dans le scorbut, pour faire disparaître celles-ci, il faudrait combattre celle-là? Or, cette condition morbide générale dont tout organe ressent l'influence ne peut bien manifestement consister que dans la modification de l'une des deux conditions également générales (sang et système nerveux) par lesquelles tout organe vit et se nourrit. Qui ne connaît, parexemple, les traits si remarquables de la constitution scrofuleuse, et qui ne sent, pour peu qu'il y réfléchisse, combien il est impossible de localiser un pareil état, soit que la santé existe encore, soit qu'elle ait été dérangée par les altérations de nutrition et de sécrétion qui s'accomplissent de toutes parts? Alors, ne pouvant échapper à la condition morbide qui domine toute l'économie, qui partout , si l'on peut ainsi dire, est présente avec le sang, toute nutrition sera altérée , toute sécrétion sera modifiée ; toute hyperémie , accidentellement produite , présentera une forme spéciale dans ses symptômes , dans sa marche , dans sa durée, dans ses terminaisons, dans l'influence exer-

56o pr.i'icTs

C('e sur elle par les agens thérapeuliques ; toute suppiiralion fournira un liquide de qualités également spéciales. Il n'y a d'ailleurs aucune de ces altérations qui ne puisse être, dans d'autres caSj une pure et simple affection locale; c'est le cas, par exemple, des tubercules pulmonaires. Mais c'est là précisément ce qu'il importe de distinguer. J'ai eu occasion déjà d'établir cette distinction en traitant des tubercules. J'ai essayé de démontrer plus haut qu'il doit y avoir altération des qualités du sang, lorsqu'il y a altération des sécrétions. Par suite de la viciation de celles-ci, apparaissent divers états morbides dans la production desquels les qualités du sang jouent un rôle important. C'est ce qui a lieu lorsque le foie , par exemple , ne sépare plus du sang en quantité convenable les matériaux de la bile , soit que ceux-ci se forment dans le sang plus abondamment que de coutume, soit que le foie, altéré ou non d'une manière appréciable dans sa texture , ait perdu la faculté d'en opérer l'élimination. Alors les matériaux de la bile restent dans le sang , et de là une teinte jaune, plus ou moins intense, de la peau et de beaucoup d'autres tissus ; de plus , ces matériaux sortent du sang avec les élémens d'autres sécrétions, et on les retrouve dans Ja sueur, dans l'urine , dans la lymphe du canal thoracique , dans le liquide fourni par les membranes muqueuses, dans celui qui est exhalé à la surface des membranes séreuses. Il arrive même quelquefois que la bile s'amasse , sous forme de dépôts , dans le parenchyme de divers organes > où on la trouve accumulée comme chez d'autres on trouve du pus amassé

d'anatomie pathologique. 5Gi

en foyer. Dans ces différens liquides ou solides on a trouvé quelquefois la matière résineuse de la bile, et le plus souvent sa matière colorante jaune. Une fois cette bile passée dans le sang ^ comme dit le vulgaire, qui , encore ici , se trouve être d'accord avec la science , n'est-il pas physiologique d'admettre que ce sang, altéré par son mélange insolite avec les élémens de la bile , ne doit plus exercer son influence normale sur les différens organes auxquels il se distribue? de là diverses séries d'accidens , i". suivant l'état dans lequel le sang trouve ces organes; 2°. suivant le mélange plus ou moins intime , plus ou moins prolongé, plus ou moins abondant, de la bile , ou ait moins de ses élémens, avec le sang. Je ne sais si je m'ab^use , mais il me semble qu'une pareille cause est bien capable de donner naissance à quelqu'^.^-uns de ces étals fébriles qui ont été désignés sous le terme de fièvres bilieuses, expression générique qui répond d'ailleurs à plus d'une espèce d'état morbide. Ob^ servez en effet , chez plusieurs individus , comment se groupent et se succèdent les symptômes de cette fièvre : voyez la teinte jaune très-remarquable de la face et des conjonctives, la légère suffusion ictérique qui envahit quelquefois , d'une manière plus ou moins prononcée, le reste de la périphérie cutanée, la coloration également jaunâtre des différens liquides excrétés, de l'urine, du mucus des fosses nasales, de l'enduit lingual , de la matière de l'expectoration ; voyez les évacuations bilieuses très-abondantes qui souvent ont lieu en môme temps par haut et par bas: plus ou moins long-temps après qu'a apparu cette sorte de pléthore bilieuse , diverses fonctions se troublent y L 56

562 l'RÉCIS

et enfin la fièvre s'allume. Où en placerez-vous la cause? Sera-ce dans l'irritation d'un organe , dans celle du tube digestif, par exemple? Mais, en définitive, ce n'est que par hypothèse que pjus d'une fois Vous admettez l'existence de cette irritation. Lorsqu'il n'y a pas encore fièvre , mais seulement état bilieux, suivant une expression consacrée par quelques auteurs , le coinbattrez-vous par les émissions sanguines? L'expérience en a prouvé l'inefficacité en pareil cas. S'il était démontré que dans ce cas , au contraire, les évacuans du canal intestinal, convenablement employés , ramènent la santé , on pourrait en expHquerl'heureuseinfluenceparractivité plus grande que ces médicamens viennent à imprimer à la sécrétion du foie ; dès-lors dépuration plus complète du sang , et cessation des phénomènes dits bilieux. J'ai eu occasion d'ouvrir le cadavre de quelques individus morts avec un ictère dont ils étaient affectés depuis plusieurs mois $ ils étaient tombés peu-à-peu dans le marasme; puis ils s'étaient éteints insensiblement, sans avoir d'ailleurs jamais présenté de symptômes d'irritation d'un organe quelconque. La nécroscopie , dans plusieurs de ces cas , ne m'a découvert aucune lésion appréciable dans le foie non plus que dans les autres or"^aues. Quelle était alors la cause des désordres fonctionnels, du dépérissement, de la mort? Etait-ce l'infection prolongée du sang par la bile?

Tout le monde sait combien sont graves les accidens qui apparaissent chez les animaux dont on a lié it;s uretères , et chez les hommes dont une cause (luelconque suspend la sécrétion de l'urine ou ert empêche l'excrétion. Soit que les matériaux urinaires

n'ANATOMrE PATHOLOGIQUE. fiGl

n'ayont pas élé éliminés de la masse du san^, ou qu'ils y soient rentrés, ce sang s'altère, et l'on observe cet ensemble de symptômes que l'on comprend sous le terme générique de fièvre adynamique, putride , ataxique , etc. Souvent alors s'exhale de toutes parts une odeur d'urine , et plus d'une fois , en pareil cas , l'on a retrouvé ce liquide en divers poinis de l'économie , soit en nature , soit dans ses élémens.

Un habile observateur, M. le docteur Dance, a signalé , dans sa thèse inaugurale, l'état tout particulier dans lequel se trouvent les femmes après l'accoucbement; il a fait ressortir les accideiïs qui peuvent en résulter, la forme toute spéciale que présenfenf. les maladies qui peuvent alors les frapper , si , à l'époque accoutumée, les matériaux du lait ne sont pas convenablement éliminés par la glande mammaire , bu bien si la sécrétion lactée ayant commencé à s'ef fectuer est ensuite brusquement interrompue. Les principes du lait restant dans le sang, ou y étant refoulés, ont-ils alors quelque part dans les accidens qui surviennent? Cette vieille idée n'aurait-elle pas en sa faveur l'analogie de ce qui résulte ailleurs de la suspension d'autres sécrétions , de la bile ou de l'urine , par exemple? Si l'on regarde le mélange des matériaux de la bile ou de l'urine avec le sang comme la cause de divers accidens , pourquoi se refuseraiton à admettre que des désordres plus ou moins graves peuvent aussi résulter de la présence des principes du lait dans le sang , ou de leur non élimination? Dans l'état actuel de la science , admettronsnous , sans discussion , l'exactitude de l'observation

siiivanle, qui a été rocemiueut piil>lioe par M. (îtcofe

de Berlin (i)?

Une meunière , accouchée nouvellement , nourrissait son enfant et se portail parfaitement bien. Huit jours après son accoucliement , le fracas occa.sioné par l'écroulement d'une roue de son moulin lui causa tant de frayeur, que son lait fut supprimé totalement. Jl survint un mouvement fébrile continu, qui dégénéra en fièvre tierce. Les jambes s'infiltrèrent pendant le cours de cette fièvre, et au bout de trois semaines il y avait anasarque et ascite. Trois semaines plus tard, l'hydropisie ne diminuant pas, la ponction fut pratiquée. Elle donna issue à un seau de liquide , semblable à du petil-lait, exhalant une odeur acidulé, et qui , soumis à l'ébullition avec de l'acide sulfurique étendu, se coagula, et présenta une suhatancc qui ressemblait parfaitement à du caséum (2). Six semaines plus tard , le péritoine s'étant de nouveau rempli de liquide, on fit une seconde ponction. Cette fois, le liquide évacué, d'un jaune verdatre, n'offrit aucune trace de caséum. La malade se rétablit.

Ce fait, et ceux que j'ai cilés déjà en d'autres endroits de ce volume, paraissent démontrer la possibilité de la formation d'un des principes du lait les plus importans en d'autres points de l'économie que dans les mamelles. Dans ce cas, d'ailleurs, la succession des phénomènes est fort digne de remarque :

(1) JÎ611M6 Mérf«ca/e , janvier 18x7.

(2) J'ai déjà dit, dans un autre endroit de ce volume , que ce qui ûle beaucoup de valeur aux observations de ce genre , c'est la diDRculté qu'on éprouve , dans l'état actuel de la science , à disUngiier le caséum d'autres principes immédiats.

d'anatomie pathologique. 565

e^esl à la suite d'une interruplion subite dans la séerétion lactée qu'apparaît d'abord une fièvre inleruiiltente, puis une hydropisie dont le liquide contîent une matière qui ressemble à du caséum. Charrié dans le sang après la suppression de la sécrétion du lait, ce principe immédiat en fut-il éliminé à la surface du péritoine ? Les phénomènes morbides furent-ils causés à-la-fois et par la présence de ce caséum dans le sang, et par le travail qui en prépara l'élimination? Je sais avec quelle réserve il faut accepler de pareils faits, avec quelle réserve surtout il iaut les interpréter. Mais enfin il ne faut pas non plus reculer devant eux ; il ne faut pas, si je puis ainsi dire, avoir peur de leurs conséquences, parce qu'elles ne sont pas en harmonie avec telle ou telle série d'idées ; car il pourrait bien se faire que dans celles-ci fut l'erreur.

Parîerai-je maintenant de l'influence que lé sang exerce par sa composition sur celle des divers liquides de sécrétion? Rappellerai-je qu'en modifiant la nourriture chez plusieurs animaux, et par conséquent en modifiant leur sang, M. Magendie a vu l'urine et la bile d'animaux carnivores devenir semblables à l'urineel à la bile des herbivores ? Rappellerai-je que MM. Kicolas et Gueudeville ont trouvé dans le sang des diabétiques beaucoup plus de sérosité et infiniment moins de fibrine que de coutume(i)? Ainsi donc, lorsque le sang a subi dans sa nature, dans ia proportion de ses principes constituans, quelques-unes des altérations qufont été signalées pins haut, il doit en re-

(i) Userait à dcsirci que tes dciniéies exiJéiieuccs ffisseiit répétées.

sulterdans les qualités des liquides sécrétés des modificalions plus on moins appréciables, qui pourront jouer un rôle plus ou moins imporlant dans la production de certains états morbides. Ainsi on peut concevoir que si parmi les altérations de la salive , de la bile, de l'urine, de la sérosité, etc. , il en est plusieurs qui sont le résultat direct d'une lésion même de l'organe où ces livquides s'élaborent, il y a d'autres de ces alléralions, qui, indépendantes de l'état de l'organe sécréteur, sont liées à une altération même du liquide comuuin d'où ils émanent. Si cela est, on peut encore aller plus loin , et lorsqu'on voit la plupart des productions morbides se déposer au sein du tissu cellulaire, à la place de la petite quantité de sérosité qui ordinairement le lubréfie, on peut se demander s'il ne faut pas aussi chercher la raison de l'eïislence de ces productions dans un état vicié du sang; ce qui ne veut pas dire, comme nous l'avons déjà établi plus haut , que plusieurs de ces productions ne puissent également résulter d'une altération toute locale de la partie où elles se sont développées. Que sont d'ailleurs , en définitive , ces diverses productions accidentelles? Des matières variables, qui viennent à remplacer dans la trame de tout orîjane , c'est-à-dire dans le tissu cellulaire , le produit de sa sécrétion normale. Or, on ne peut concevoir que de deux manières leur apparition : ou bien le sang qui ariive à un organe est vicieusement élaboré par son parenchyme nutril;!; ou bien^ lorsque ce sang y arrive, il est déjà altéré. Mais il y a bien dos cas où rien ne prouve qu'il y ait eu vice de la textuie ou do l'acùon de Torgane avant rapparilioa

d'anatomie pathologique. 567

chi dépôt morbitle qui s'y est efleclué ; ce vice préexistant peut être surtoutlégitimement révoqué en doute, lorsqu'un grand nombre d'organes deviennent simultanément le siège de productions accidentelles identiques.

Je viens de passer en revue et de discuter les cas les plus saillans dans lesquels on peut tantôt alTirmer , et tantôt seulement soupçonner que dans le sang altéré réside la cause d'un certain nombre d'états morbides aigus ou chroniques. D'ailleurs, je ne préjuge pas l'avenir. J'ignore jusqu'à quel point on pourra pousser ce genre de recherches , de manière à sortir du vague qui pour la plupart les enveloppe encore. Jlais ce qui aujourd'hui me semble surtout important , c'est de montrer que de pareilles recherches ne sont pas au moins à dédaio;ner. Sans doute ^ dans l'état actuel de la science , il est d'un bon esprit de ne pa» adopter légèrement la doctrine de l'humorisme , en se fondant sur des faits dont beaucoup demandent ;i être revus pour être déûnitivement admis ; sans doute , l'on ne doit pas surtout se hâter de faire de cette doctrine des applications à la médecine pratique; mais on ne doit pas non plus se refuser à examiner ce qui n'est encore que probable ou incertain , pour peu qu'on voye quelque chance à ce que cette simplo probabilité vienne plus tard à être élevée parles faits au rang des vérités. Or, c'est là où me semblent en être plusieurs des questions que j'ai soulevées dan;=; celte seclioa.

SECTION CINQUIEME, iÉSIQNS DE L'INNERYATION,

Nous venons de parcourir dans les sections prt5cé-. dentés tout le cercle des lésions appréciables par l'anatomie ; cependant par ces lésions nous n'avons pu nous rendre compte de tous les désorflres fonction-nels des organes : souvent aussi ces lésions ne nous ont semblé être elles-mêmes qu'un effet; de telle, sorte que placer en elles toute la maladie, c'est dans plus d'un cas reculer la difficulté sans la résoudre. Vouloir expliquer, dans l'état actuel de la science, tous les phénomènes physiologiques et p^ithologiques par une différence dans l'arrangement de la matière chezlesêtresvivans,soitsains,soitmalades, c'est donc, en beaucoup de circonstances , se placer dans l'hypothèse. Frappés de tout ce qu'il y avait d'insuffisant et de conjectural dans cette manière d'expliquer les phénomènes, plusieurs auteurs ont eu recours à nne autre explication , tout aussi hypothétique que l'autre, mais qui leur a semblé plus propre à coordonner et à systématiser les faits. Ils admettent quç

d'axatomtiî pathologique. 56()

dans toute maladie ie premier mobile du désordre réside dans les forces mêmes qui dirigent les actes de toute molécule vivante , forces dont les organes ne semblent être que les instruraens, et qui , manifestant (bns chaque organe une puissance indépendante, d'où résulte la vie individuelle de ckaciui , concourent cependant en une seule force, d'où résulte la vie du tout. C'est sur l'une ou l'autre de ces hypothèses que se sont tour-à-tour appuyés les diûférens systèmes. A mon avis, ils eussent été plus complets et plus durables, s'ils eussent pris dans chacune de ces hypothèses ce qu'elle contient de vrai et de conforme aux faits. Voyons comment, dans l'état actuel de la science, nous pouvons nous servir de la seconde, puisque la première n'a pu nous rendre compte de tous les faits. 11 y a, chez l'homme et chez les êtres placés près de lui dans l'éclielle zoologique , un appareil qui pa-. Fait spécialement présider aux différens actes vitaux, et dans lequel semble résider le point de départ des différens phénomènes de sympathie et de synergie sans lesquels il n'y aurait plus de vie d'ensemble. Cet apj)areil est l'appareil de l'innervation; cependant à mesure qu'on descend l'échelle des êtres , on voit cet appareil devenir de plus en plus simple; il disparaît enfin , et cependant la vie persiste , et on observe encore des phénomènes de svmpalhie et de svnergie. Chez ces êtres privés complètement de système nerveux, Ma vie n'en est pas moins détruite par des agcns que nous ne regardons ordinairement comme U détruisant aussi chez l'homme , que parce (pjo t;hez lui ils nous paraissent porter leur iulluenco

570 PTÎÉCIS

«Iclétère sur le système nerveux; ainsi l'acide hytlrooyanique tue un vé^jjétal comme, un mammifère. Les forces qui développent et entretiennent ki vie peuvent donc se manifester en l'absence d'un système nerveux. Supprimez tous les orj^anes, réduisez l'être à une molécule amorphe , et dans cette molécule s'.iccompliront encore d^s actes vitaux. Toutefois , comme chez l'homme , d'après nos connaissances actuelles en physiologie , l'accoraplisseraent de. ces actes paraît être sous la dépendance nécessaire du système nerveux, on peut , par hypothèse,, regarder ce système comme le siège et l'instrument de la force vitales. Par hypothèse encore, on peut admettre pour une plus commode explication des faits , que dans les centres nerveux se forme un fluide qu'on appellera nerveux, vital, électro-vital, etc. , et qui représentera la force inconnue par laquelle ces centres tiennent sous leur dépendance tous les organes (1). Le mot

(i) Admettre, poiirexplifjuçr les phéncimènesdes corps vivans, un fluide vilal, c'est procéder comme les physiciens qui ant long-temps désigné suiis le nom de ftiidc électrique l'agent inconnu d'une force qui se manileste dans la nature par Tapparitioa d'un ordre déterminé de phénomènes. Que ce (luide vital soit identique avec le fluide électrique ou autre , cela est possible, mais peu importe; car il n'en faudra pas moins continuer h lui donner un nom spécial , tant que , par l'observ;(.tion,, on n'aura pas ramené à l'identité les phénomènes qui se passent dans les corps organisés et ceux qui ont lieu dans les corps inorganiques. Ainsi donc on reste fidèle à la méthode newtonienne, qui n'est autre , en définitive, que celle de l'observation, i». en adoptant, jusqu'à nouvel ordre, l'hypothèse d'un fluide pour tro.iver les lois des phénomènes vitaux; 2". en regardant ce fluide comme ayant une nature spéciale, puisque l'agent qu'il représente manifeste son existence par des phénomènes égalempnt spéciaux. Car c'est un ))rincipe en piiysique d'attribuer à de-) forces différentes des phénomènes d'apparence diiTcieute. Certes , long-temps avant que les bellestrecherchL:-

d'ANATOMIE rATllOLOGIOUE. Sjl

«l'innervation n'exprime autre chose que l'influence exercée par cette force , toutes les fois qu'un acte vital s'accomplit. Cette force vient-elle à être gênée daps son action , nous dirons qu'il y a lésion de l'innervation , et par suite production d'un état morbide. Tantôt cette lésion de l'innervation est suivie 'de lésions de tissus appréciables par nos divers moyens physiques d'investigation ; de là résultent toutes les altérations qu'étudie l'anatomie pathologique. Tantôt la lésion de l'innervation n'est suivie que d'une lésion des actes mêmes de l'organe ou de ses fonctions. Il est un certain nombre de symptômes qui ne se manifestent que dans le premier cas; mais il en est d'autres qui peuvent également se produire, étant absentes ou présentes |les lésions appréciables d'organisation. De là souvent une parfaite identité de symptômes, bien que les lésions découvertes par l'anatomie soient très-diûercntes, ou que même on n'en découvre aucune ; de là le peu d'accord qui se montre plus d'une fois entre les désordres fonctionnels d'un organe et les lésions qu'il présente après la mort; c'est qu'avant

des physiciens modernes eussent démontré l'identité de cause et de nature des pliénoinèDCS électriques et magnétiques , ou avait pu par hypothèse admettre celte identité ; mais elle n'était pas démontrée , et, jusqu'à ce que cette démonstration eût été donnée, les physiciens ne s'avisèrent pas de conlbndre sous un même nom les fluides électrique et magnétique. De même, jusqu'à ce qu'on ait démontré que les forces qui, dans un corps vivant, rompent le jeu des affinités chimiques ordinaires, lui donnent une température propre, ou président aux diU'érens acte» de la vie végétative et de celle de relation, sont analogues aux forces admises parles phvsiciens, nous serons cpnséquens avec les principes de la science en désignant sous des noms divers ces deux ordres de forces , et en mms occu|>ant de calculer les lois , d'apparence diffirciitc , auxquelles elles obéissent.

572 pRiins

que CCS lésions ne ftissent produites, avait commencé

|)ar exister dans l'organe un désordre de l'innervalioti.

<[ui avait suflii pour en troubler profondement les

actes.

Ainsi , dans toute maladie que ne prodtût pas immédiatement une vholenee extérieure, les symptômes^ «pi'elle présente dépendent ou d'une lésion des forces^ qui animent toute partie vivante ( lésion d'innervation ) , ou d'une lésion d'organisation. La lésion d'innervation est primitive et constante ; la lésion? d'organisation est secondaire, variable dans sa nature, inconstante dans son existence.

En étudiant , dans le second volume de cet ouvrage ,. les maladies des dillérens appareils, nous aurons occasion de revenir souvent sur ces deux grandes divisions; partout en eflet nous les retrouverons. Combien de foisne verrons-no^is pas diversement troublées la digestion, la circulation , la respiration, les sécrétions, sans que l'anatomie découvre le moindre désordre dans la disposilion des organes chargés de l'accomplissement de ces fonctions ! Plus souvent encore , dans des cas où il y aura eu trouble des dilTérens actes de la vie de relation., l'inspection des centres nerveux ne nous en révélera pas la cause. Il est certains élats morbides où, avant que la vie n'ait cessé, les lois physiques ordinaires tendent à reprendre leur empire; alors, chez un individu encore vivant, on observe déjà une diminution notable de la résistance qu'il opposait à la grande loi de l'équilibre du calorique; chez lui, les aflinités chin]iqucs de la matière inorgaliique commencent à s'exercer, et l'on voit

d'\NATOMTE VATIIOLOGIOl Ê. 57J

fïpparaîtro cette série de pluiiioniènes qui ont été longtemps désignés sous le nom de phénomènes putrides. INul doute que ce terme, dont on a singulièrement abusé , n'exprime quelques faits réels ; nul doute que , dans certains cas, l'observation n'en constate l'exac-^ titude. Peut-être un jour parviendra-t-on à expliquer par des lésions d'organisation ces remarquables phénomènes qui décèlent dans l'être encore doué de vie une résistance moindre aux lois physiques ordinaires. En attendant qu'on en soit venu là, reconnaissons dans ces phénomènes la manifestai ion extérieure d'une lésion même des forces vitales, et appelons-les, dans notre langage , des lésions d'innervation.

Pouvons-nous apprécier les causes sous l'influence desquelles se produisent ces lésions de la force vitale? Oui, dans un certain nombre de cas. Sur elle semblent agir primitivement un grand nombre de substances vénéneuses, les émanations végétales ou animales connues sous le nom de miasmes , diverses modifications des influences extérieures qui agissent sans cesse sur nous ( absence d'insolation , humidité trop grande de l'air, alimentation malsaine ). Si une très-légère diflerence dans l'humidité de l'air, par exemple , suffit pour faire varier la manifestation des phénomènes dont l'agent est pour nous le fluide électrique , pourquoi telle influence extérieure ne ferait-elle pas aussi varier la manifestation des phénou)ènes dont l'agent, aussi inconnu que le fluide électrique, peut être aussi considéré par hypothèse comme un fluide , que nous aimons mieux appeler fluide vital que fluide nerveux , puisqu'il est des êtres chez lesquels ces mêmes phé-

StA pnÉCTs

homènes apparaissent, sans qu'il y ail chez eux lîc trace de système nerveux.

Ce que peuvent produire les influences extérieures, d'autres influences, qui ont leur source au sein de l'être lui-même, peuvent aussi le déterminer. Ainsi, toutes les t'ois que , par une des causes précédemment indiquées , le sang est altéré en quantité ou en qualités, toutes les fois qu'un solide quelconque est le siège d'une lésion profonde d'organisation , la force vitale ne se manifeste plus par ses phénomènes ordinaires, et il y a dans l'économie un trouble général, dontaucuné lésion particulière ne peut rendre compte. On regarde ce trouble comme un produit de sympathies : mais qu'est-ce que ces sympathies? Ce troublo se traduit à nous par des phénomènes qu'on peut rapporter, i°. à une excitation de la force vitale; 2°. à son abaissement au-dessous du type normal ; 5°. à sa perversion. De là, dans toute maladie, l'existence de trois dispositions fondamentales, qui, la précédant ou se produisant à son occasion , lui donnent dans tous les cas une physionomie spéciale , lui impriment sa marche , produisent ses compiications, déterminent sa gravité, et enfin commandent les indications thérapeutiques. On peut désigner ces Iroîs dispositions sous les noms d'hyperdynamie , à'adynamie^ et d'ataxie. Ainsi donc , dans toute maladie , étudier les circonstances nombreuses placées en dehors ou en dedans de l'être , qui , avec ou sans lésion coïncidante d'organisation , font plus particulièrement prédominer l'une ou l'autre de ces trois dispositions; apprécier l'influence que ces dispositions exercent

n'ÀNATOMIE PATIIOLOCxIODE. 5^5

a leur tonr sur l'organisme , dciiiêler les modificalions qu'elles nécessitent dans la thérapeutique, chercher enfin à ramener à des lois les résultats de cette étude , Éel doit être le but dii médecin. Qu'il me suffise ici d'avoir signalé ce but, ^ans essayer de parcourir la route qui doit y mener ; car ce serait tout-à-fait sortir du domaine de l'anatoraic pathologique.

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