PRODUCTIONS NOUVELLES
II est possible qu on démontre un jour que lés diverses matières morbides dont nous allons parier ne sont autre chose que le sang des cellules spléniques modifié dans ses qualités. Quelques expériences de M. Gendrin, que j’ai déjà eu occasion de citer, ne porteraient-elles pas à penser que, sous l’influence de certaines causes toutes physiques, le sang devient du pus? Ne venons-nous pas de voir que , simplement modifié dans sa couleur et dans sa consistance, le sang devient semblable au tissu encéphaloïde de Laennee ? Supposez ce sang décoloré dans de petites masses circonscrites, et en même temps altéré dans sa consistance, de telle sorte qu’il soit friable et s’écrase en grumeaux, n’avez-vous pas des tubercules?
Cependant, dans l’état actuel de la science, tout en admettant la possibilité de ramener plusieurs lésions, qui dans les autres organes se présentent comme des produils.de secrétion morbide, à n ôtre autre chose que du sang modifié dans sa couleur et dans sa consistance, nous devons encore décrire ces lésions comme nous les avons décrites dans les autres organes, nous devons les considérer comme des productions nouvelles formées au milieu du sang, qui, une fois coagulé, tend à s’organiser et à vivre comme un tissu.
Le pus qu’on a quelquefois rencontré dans la rate s’y est montré de deux manières : tantôt disséminé sous forme de gouttelettes isolées au milieu du sang concret des cellules spléniques , et paraissant avoir pris naissance dans ce sang lui-même, et tantôt rassemblé en collections plus ou moins vastes, qui constituent de vrais abcès de la rate. Parmi cos collections purulentes , les unes sont séparées du parenchyme splénique par une pseudo-membrane d’organisation variable ; autour des autres on ne trouve
PRÉCIS
rien de semblable , le pus n’est point séparé du sang, et souvent on voit ces deux liquides se confondre insensiblement l’un avec l’autre. De semblables abcès peuvent envahir une grande portion de la rate : j’ai vu un cas dans lequel les trois quarts environ du parenchyme splénique n’étaient plus occupés que par du pus ; le tissu filamenteux de la rate , baigné par ce liquide , était resté intact en certains points ; en d’autres , il était ramolli, pulpeux , tendait à se détruire ; la membrane enveloppante était devenue elle-même friable , là où elle était en contact immédiat avec le pus , et il est vraisemblable que si la vie se fut prolongée , le pus se serait fait jour dans la cavité péritonéale. On a effectivement cité des exemples de pareilles terminaisons d’abcès de la rate ; on dit avoir vu d’autres abcès de cet organe ouverts dans l’estomac, dans le colon, dans la cavité thoracique, dans les voies urinaires; d’autres enfin se fraient. une issue au dehors à travers les muscles abdominaux , dorsaux ou lombaires.
La formation du pus dans la rate a lieu souvent en même temps qu’il s’en forme ou qu’il s’en dépose dans plusieurs autres parenchymes; il semble qu’alors la rate ne fait que le recevoir du sang, comme le reçoivent le foie, le poumon, le cerveau, etc. ; mais son origine est ailleurs. Cette origine paraissait être dans l’utérus chez une femme qui succomba à la Charité à une métro-péritonite. Des foyers purulents existaient dans le parenchyme utérin ; les veines utérines étaient pleines de pus ; il y en avait aussi dans plusieurs veines du bassin, et de plus un grand nombre de petits abcès furent trouvés, 1° dans la rate ; 2° dans le poumon , le foie et le cerveau.
Les cas où l’on ne trouve de pus que dans la rate , et où toute la maladie a eu son point de départ dans une irritation de cet organe , terminée par une suppuration, sont peut-être plus rares que les précédents. Un des cas les plus remarquables de ce genre est celui d’un enfant de trois ans dont la rate m’a été montrée par M. Huguier , alors élève interne à l’Hôpital des Enfants. Cette rate n’était plus en quelque sorte qu’un kyste plein de pus , à l’intérieur duquel on apercevait à peine quelques débris du parenchyme splénique ; il y avait eu pendant la vie une douleur vive vers l’hypochondre gauche, une fièvre continue , et plusieurs symptômes d’irritation aiguë des méninges ; le tube disgestif fut trouvé sain ainsi que le cerveau. Dans ce cas l’abcès de la rate donna lieu à la plupart des accidents qui sont le plus souvent le résultat d’une irritation gastro-intestinale.
A la place du pus, et plus souvent que ce liquide, on observe dans la rate des dépôts de matière tuberculeuse, qui y est déposée sous forme de grains isolés ou agglomérés. Comme le pus , cette matière apparaît au milieu du sang concret des cellules spléniques. J’ai déjà parlé des différentes manières dont son origine peut être conçue.
Les tubercules de la rate sont très-rares chez les adultes : ils sont plus communs chez les enfants. A tous les âges ils ne se montrent guère que
lorsqu’il y en a en même temps dans d’autres parties. Les tubercules spléniques sont assez communs chez certains animaux ; j’en ai souvent constaté l’existence chez le cheval ; et , en ouvrant des cadavres de singes , morts à Paris à la Ménagerie, M. Reynaud s’est assuré que, bien que trèsfréquents chez ces animaux , les tubercules du poumon sont cependant, chez eux, moins nombreux et moins constants que les tubercules de la rate.
Des kystes de différentes sortes peuvent se former dans la rate, et, comme le pus, comme les tubercules, ils paraissent être principalement développés à l’intérieur des cellules spléniques, à la place du sang qui remplit ces cellules.
Les plus simples de ces kystes sont de petites vésicules remplies d’un liquide séreux, que l’on trouve quelquefois disséminées en grand nombre dans l’intérieur de la rate. Elles y sont tantôt isolées les unes des autres, et tantôt agglomérées ; on ne saurait mieux les comparer qu’à ces petits kystes séreux qui parfois remplissent les parois du col utérin. Ces vésicules n’existent pas seulement à l’intérieur des cellules spléniques ; nous les avons retrouvées, M. Reynaud et moi, jusque dans l’intérieur des veines spléniques : les unes y étaient libres , les autres tenaient aux parois mêmes par un pédicule plus ou moins étroit; d’autres enfin étaient contenues dans l’épaisseur même de ces parois.
La rate peut donner naissance à des kystes beaucoup plus compliqués. J’en ai vu un, à parois fibro-séreuses, dont l’intérieur contenait une matière grasse, comme suiffeuse, au milieu de laquelle étaient disséminés quelques poils. Dans une autre rate, j’ai trouvé un kyste, à parois simplement séreuses, que distendait une substance d’un jaune brillant, semblable à du miel.
Enfin, dans la rate, comme partout ailleurs, se développent quelquefois des kystes hydatiques ; on les y observe moins souvent que dans le foie, ils offrent la même disposition que dans les autres organes; il est donc inutile d’en parler ici avec détail.
Du sang concret logé dans des cellules à parois fibreuses, voilà tout ce qu’on trouve dans la rate pour servir de canevas ou de matière première à tant de produits divers !