CHANGEMENTS DE COULEUR
Une simple modification dans la couleur de la rate semblerait être une (I) Clinique Médicale.
lésion peu importante , et cependant je crois devoir ici lui consacrer un article spécial. Les aspects divers que présente la rate, par cela seul qu’elle change partiellement de couleur, en même temps que partiellement aussi elle se modifie dans sa consistance , sont très-curieux à étudier : ils peuvent singulièrement aider à comprendre l’origine et la nature de plusieurs lésions organiques appelées par Laennec et son école , tissus accidentels, hétérologues.
Je ne ferai d’abord que signaler les cas dans lesquels la rate est modifiée dans sa couleur, de telle sorte qu’elle présente soit une teinte rouge vernieille très-remarquable, soit une teinte d’un noir foncé; la rate ne peut présenter qu’en un certain nombre de points l’une ou l’autre de ces teintes; elle est alors comme tachetée.
Mais il est d’autres cas où , en certains points de son étendue, la rate se décolore d’une manière remarquable : elle offre successivement une téinte d’un rose clair, puis une teinte blanche ou légèrement jaunâtre , analogue à celle que présente la fibrine coagulée et dépouillée de sa matière colorante. On aperçoit alors au milieu du parenchyme splénique une ou plusieurs masses , qui sont surtout différentes par leur couleur des parties qui les entourent. Tantôt ces masses sont d’une teinte blanche uniforme ; tantôt, dans les diverses tranches qui composent ces masses , on peut suivre tous les degrés de décoloration , depuis une teinte rouge qui ne diffère de la teinte du reste de la rate que parce quelle est un peu plus claire, 'jusqu’au blanc mat le plus complet. Au milieu de ces masses on reconnaît facilement le parenchyme même de la rate , ainsi que les cloisons fibreuses , et on pourrait en dessiner les cellules. Si l’on dissèque les veines qui aboutissent à ces masses, on les trouve souvent remplies par un sang coagulé et décoloré. Ces masses blanches, jaunes, ou diversement colorées, peuvent avoir la consistance des autres parties de la rate; d’autres fois elles sont plus dures ; d’autres fois enfin, elles sont molles, friables, à peu près liquides et comme pultacées en certains points de leur étendue Dans tout cela que voyons-nous? Rien autre chose qu’un changement dans la couleur et dans la consistance du sang que contiennent les cellules spléniques ; il n’y a que simple modification des éléments de l’état normal, sans production nouvelle. S’étonnera-t-on de ce que le sang des cellules spléniques peut ainsi , sans addition de principes nouveaux , se modifier dans sa consistance ? Je répondrai en citant ce qui a lieu dans les ireines : là aussi le sang coagulé se dépouille de sa matière colorante, puis, perdant peu à peu sa force de cohésion normale , il se transforme çà et là en une matière pultacée , en une sorte de bouillie qu’on ne consent à reconnaître pour du sang que parce qu’on a suivi tous les degrés de sa transformation. N’y a-t-il pas d’autres cas où, loin de se ramollir, ce sang coagulé dans les veines y acquiert une consistance extrême? Dans les veines comme dans la rate , ces diverses altérations du sang sont-elles le
PRÉCIS
résultat du simple fait de sa stagnation? Est-ce en pareil cas une simple loi physique ou chimique qui s’accomplit, et le cancer de la rate (car c’est ainsi qu’on a appelé la lésion que nous venons de décrire, et dans laquelle nous n’avons vu autre chose que du sang altéré) ne reconnaîtrait-il d’autre cause qu’une obstruction de quelque rameau de la veine splénique ? ce cancer ne ressemble-t-il pas tout-à-fait , par son origine et par son aspect , aux produits cancéreux que M. Velpeau dit avoir trouvés au milieu de caillots veineux , et qui , dans les veines comme dans la rate , ne seraient que du sang altéré?
Ainsi altéré , le sang que contiennent les cellules spléniques peut devenir, par cela seul qu’il a perdu ses qualités normales, une sorte de corps étranger qui irrite les parties environnantes. Dès-lors il peut déterminer de la part de celles-ci un travail de réaction , dont le résultat peut être tantôt l’emprisonnement de la portion malade qu’une cloison accidentelle isole du reste de la rate, tantôt son élimination. Les faits suivants sont relatifs à des cas de ce genre.
Sur le cadavre d’un homme mort à la Charité pendant la convalescence d’un typhus apparaissait en un point de la surface intérieure de la rate une tache blanche un peu moins large qu’une pièce de cinq francs. Là où se montrait cette tache, existait une masse d’un blanc rosé , qui ne différait du tissu de la rate que par sa couleur et par sa consistance qui était beaucoup moindre ; dans son intérieur on reconnaissait très-bien les cloisons fibreuses. Autour de celte masse existait une disposition fort remar-* quable : entre elle et le reste du parenchyme splénique était interposée une couche de pus, que traversaient quelques filaments fibreux, seuls liens qui unissaient eneore cette' masse au reste de la rate. On eut dit de la suppuration qui s’établit autour des parties frappées de gangrène.
Non loin de cette première masse en existait une autre semblable, mais autour de laquelle s’était formée, au lieu de pus, une pseudo-membrane jaunâtre en quelques points, noire en d’autres, ayant environ un quart de ligne d’épaisseur. En dehors de cette pseudo-membrane existait une autre couche de même épaisseur, qui représentait comme une ligne cartilagineuse.
Ainsi autour de la première de ces masses se faisait un travail d’élimination, et autour de la seconde un simple travail d’isolement. Supposez que la mort ne fût survenue queplus tard, on aurait pu trouver dans la rate des lésions différentes et dont 1 origine eût été méconnue.
Les lésions suivantes, par exemple, étaient-elles une terminaison heureuse de celles que nous venonsd’étudier? résultaient-elles de l’absorption ou de l’élimination des parties malades?
Une rate, dont plusieurs points présentaient une décoloration complète avec diminution de consistance, nous présenta, en outre, à sa périphérie, en un point correspondant à l’une des ma ses blanches, une dé-
pression remarquable : dans un autre point existait une seconde dépression ; mais au-dessous d’elle , à la place d’une portion de rate décolorée et ramollie, on trouvait une petite masse cellulo-fibreuse. Cette double dépression a-t-elle suivi un travail cU’élimination ou de résorption semblable à celui dont nous avons vu des exemples dans le paragraphe précédent? Le tissu cellulo-fibreux accidentel qui, en un point de cette rate, avait remplacé son parenchyme ordinaire, s’était-il développé par suite de l’élimination d’une des masses blanchâtres, dites encéphaloïdes, précédemment décrites?
ARTICLE IV