MALADIES DES TROMPES
Ces maladies, peu nombreuses, sont importantes à connaître, parce que toutes peuvent avoir une grande influence sur le développement du produit de la conception. Ces maladies sont spécialement, 1° des adhérences contre nature de l’extrémité libre des lombes; 2° divers changements de capacité de leur conduit; 3° la présence de productions morbides dans leurs parois ou dans leur cavité.
J’ai rencontré quelquefois, et les auteurs ont cité beaucoup de faits semblables, le morceau frangé, qui en dehors termine la trompe, plus ou moins intimement adhérent à l’ovaire ; tantôt il n’y avait d’autre lésion que cette adhérence elle-même ; tantôt elle n’était qu’un des accidents d’une péritonite aiguë ou chronique.
L’augmentation de capacité de la cavité des trompes n’a guère lieu que lorsqu’un liquide morbide vient à s’y accumuler. Son oblitération n’est pas très-rare; elle peut avoir lieu, l°dans toute l’étendue de la cavité de la trompe; 2° vers sa partie moyenne seulement; 3° à son extrémité utérine ; 4° à son extrémité ovarienne. Une membrane placée de champ, et qui constitue à l’intérieur de la trompe comme une sorte de diaphragme, une membrane accidentelle qui, tapissant l’intérieur de l’utérus, passe, sans s’interrompre , au-devant du point de communication de la cavité de lu trompe avec celle de l’utérus , diverses altérations de texture du morceau frangé, enfin une agglutination , soit acquise, soit primordiale , des parois mêmes de la cavité de la trompe : telles sont les causes qui le plus ordinairement en déterminent l’oblitération générale ou partielle.
De la matière tuberculeuse ou encéphaloïde , des kystes séreux , des concrétions calculeuses , peuvent se former dans l’épaisseur des parois des trompes. Dans leur cavité peut s’accumuler une énorme quantité de mucus ou die sérosité ; c’est là ce qui constitue la maladie qui a été décrite sous le nom d’hydropisie des trompes. La condition de son existence est l’occlusion des deux orifices de la trompe. Sa cavité peut en pareil cas s’agrandir singulièrement, et il en résulte parfois des tumeurs qui ont un volume énorme, et qui contiennent plusieurs livres de liquide.
Au lieu de sérosité, c’est du pus qu’on a plus d’une fois rencontré dans la cavité des trompes. Tantôt ce pus est en petite quantité ; les dimensions de la trompe sont augmentées, sa cavité est dilatée, une plume ordinaire, par exemple, peut y être facilement introduite; mais il n’en résulte aucune tumeur. Tantôt l’accumulation de pus est plus considérable, et la trompe , remplie par ce produit morbide , s’agrandit au point qu’une tumeur volumineuse prend naissance sur l’un ou l’autre côté de l’utérus. En pareil cas, un vaste abcès peut exister dans la trompe, sans qu’il y ait maladie ni de l’ovaire ni de l’utérus; d’autres fois, ces trois parties sont simultanément affectées.
La collection purulente , formée dans les trompes, peut s’évacuer, 1° dans le péritoine lui-même; 2° dans l’épaisseur des ligaments larges, et fuser ainsi plus ou moins loin dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ; 3° dans l’utérus ; 4° dans quelques-uns des organes creux situés près des trompes, comme dans la vessie et surtout dans le rectum. J’ai observé cette année à la Charité , pendant que j’y faisais le service, un exemple de communication d’un abcès de la trompe avec le rectum. Yoici la description de la pièce, telle qu’elle a été faite par M. Dalmas, avec toute l’exactitude et tout le talent qui caractérisent ce jeune observateur (l).
( I) Journal hebdomadaire de médecine , tome I , page 114. Dans un autre endroit de ce volume, j’ai, par méprise donné ce cas comme un exemple de communication d’un abcès de Y ovaire avec le rectum.
PRÉCIS
Des adhérences intimes unissaient l’intestin rectum avec une tumeur placée sur le côté gauche de l’utérus le rectum, incisé par le bord op-
posé à celui où il adhérait à la tumeur, offrit à sa surface interne une perforation circulaire capable d’admettre tout au plus un tuyau de plume, et par laquelle il communiquait avec la tumeur ou poche indiquée. On s’en assura mieux encore, en comprimant légèrement cette dernière ; le liquide purulent qu’elle contenait passa sur-le-champ dans la cavité intestinale. C’est à cette communication que correspondaient les adhérences les plus intimes ; elle était placée à peu près au niveau du détroit supérieur du petit bassin, sur la symphyse sacro-iliaque gauche, et plus tard, quand tout le gros intestin fut détaché, on constata que cette communication était à huit pouces de l’anus, à l’extrémité supérieure du rectum. Quant à la tumeur, ainsi ouverte dans l’intestin, elle était alors molle, ridée, sans autre ouverture à sa surface libre ; elle se prolongeait dans le petit bassin, dont elle occupait le quart postérieur gauche ; elle soulevait et refoulait le réctum, en haut et à droite , de manière à lui donner la forme d’un arc de cercle dans la concavité duquel elle était logée. Sur son côté supérieur et interne , tout près delà matrice , on distinguait la portion utérine de la trompe; mais un pouce en dehors tout paraissait confondu. Du côté droit, on voyait qu’il existait des désordres du même genre , seulement moins avancés; la trompe était plus volumineuse et plus considérable que celle du côté opposé, et elle était soulevée par une tumeur qui paraissait être l’ovaire.
La pièce ayant été détachée, on reconnut que la tumeur, ouverte dans le rectum, et située sur le côté gauche de la matrice, qui offrait à son sommet la partie interne de la trompe gauche, n’était autre chose que cette trompe elle-même considérablement dilatée et suppurée. La cavité de portion de trompe , encore reconnaissable à sa forme flexueuse, communiquait évidemment avec celle de la poche, non par un petit pertuis, par une fente, mais par un élargissement progressif, quoique rapide; d’ailleurs, la continuité de la membrane noirâtre de la portion non dilatée avec celle qui tapissait la poche était évidente. Enfin, derrière ce vaste foyer, on retrouvait une tumeur moins considérable, du volume d’une noix, à parois manifestement fibreuses, de la couleur et de l’aspect que l’on connaît à l’ovaire. A l’ouverture, il s’en écoula un pus de bonne nature, qui n’avait aucune communication avec celui qui restait encore dans la tumeur formée par la trompe.
A droite, il existait une disposition en quelque sorte inverse : la trompe était bien, comme à gauche, dans un état de suppuration ; comme à gauche, elle s’élargissait progressivement de l’utérus vers son pavillon, et là il y avait, comme à gauche encore, une collection purulente assez considérable; mais ici, c’était l’ovaire qui était le plus profondément affecté; c’était cet ovaire, plein de pus, et non pas la trompe, qui formait tumeur.