ANÉMIE
L’état anémique des centres nerveux a peu fixé jusqu’à présent l’attention des observateurs. M. Billard a parlé de quelques cas dans lesquels il a trouvé complètement décolorée la substance corticale des hémisphères cérébraux. Elle était tellement blanche et pâle , que la surface du cerveau avait quelque ressemblance avec de la cire modelée ; du reste , il ne signale point les symptômes qui pourraient se rattachera cet état (l).
L’anémie des centres nerveux se produit sous l’influence des mêmes causes que celles que nous ayons assignées en général à toute anémie (tom. I). Elle peut être bornée au cerveau, ou coïncider avec un état d’anémie de tout le corps. Elle s’observe soit dans les maladies chroniques, soit dans certaines maladies aiguës, où les symptômes semblaient annoncer un état d’irritation du cerveau, et où l’on n’est pas peu étonné de trouver, au contraire, cet organe d’une pâleur remarquable. Nous avons déjà eu occasion de nous arrêter sur ces faits , que nous nous bornerons ici à rappeler. Toutefois, au moment où j’écris ces lignes, je lis dans un Journal de médecine un fait qui confirme trop pleinement d’autres faits que j’ai cités ailleurs, pour que je ne le rapporte pas ici. Ce fait me paraît trèsbien faire ressortir jusqu’à quel point, en privant le cerveau de ses excitants accoutumés, on peut produire précisément les mêmes^ffets que ceux auxquels on donnerait lieu en augmentant la quantité de ces excitants.
Un homme très-adonné à l’ivrognerie, fut jeté en prison pour cause de vol, et réduit tout-à-coup au régime du pain et de l’eau. Dès les premières semaines de ce nouveau genre de vie, on observe du trouble dans les facultés intellectuelles du prisonnier, son embonpoint et ses forces déclinent, sa figure pâlit et exprime l’abattement : il passe les nuits dans l’insomnie; plus tard, il survient un délire, qui, d’abord tranquille, devient ensuite de plus en plus furieux ; il croit voir des figures horribles qui le jettent dans des angoisses continuelles : il pousse des cris perçants. Le docteur Hausbrandt, appelé à examiner le malade, apprend quelles étaient ses habitudes avant son entrée en prison, et soupçonne que l’entière abstinence des liqueurs alcooliques est la cause de son dépérissement et de sa manie. En conséquence, il prescrit l’administration, deux fois par jour, d’une petite quantité d’eau-de-vie : les accidents cérébraux ne tardent pas à se dissiper, l’embonpoint et les forces reviennent ensuite peu à peu, le
(1) Archives de médecine, tom. IX, pag. 495.
288 PRÉCIS
malade recouvre enfin sa première santé, et ta conserve pendant tout le temps de sq détention (l).