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HYPERTROPHIE DES CENTRES NERVEUX

L’hypertrophie réelle de ces centres doit être distinguée de l’augmentation de volume que produit en eux toute hyperémie un peu considérable. Dans l’hypertrophie, ce n’est pas plus de sang que de coutume qui force les molécules nerveuses à occuper un plus grand espace, ce sont les molécules elles-mêmes, dont le nombre s’est accru.

L’hypertrophie du cerveau paraît avoir être vue par Morgagni ; il parle de cas dans lesquels le cerveau lui a semblé trop volumineux relativement à la capacité de son enveloppe osseuse , qui avait une grandeur ordinaire. Laënnec a également signalé cet état : en ouvrant des cadavres d’individus qu’il avait regardés comme atteints d’hydrocéphale interne , il rapporte n’avoir trouvé qu’une très-petite quantité d’eau dans les ventricules , tandis que les circonvolutions du cerveau , fortement aplaties, annonçaient que ce viscère avait subi une compression qui ne pouvait être attribuée qu’à un volume trop grand, et par conséquent à une nutrition

trop active de la masse cérébrale (l). Chez plusieurs enfants épileptiques, chez d’autres qui avaient eu des convulsions au milieu desquelles ils avaient fini par succomber, on n’a quelquefois trouvé autre chose que cette même disproportion de volume entre le crâne et le cerveau, disproportion qu’annonçait l’aplatissement des circonvolutions , qui étaient en même temps pressées , et comme entassées les unes à côté des autres.

L’hypertrophie du cerveau présente les caractères anatomiques suivants (2) : les circonvolutions sont rapprochées et aplaties; on ne voit plus aucun intervalle entr’elles ; il semble que les méninges , immédiatement appliquées sur le cerveau , soient devenues trop étroites pour le contenir. La substance nerveuse est fermé, et oppose à la traction une résistance inaccoutumée ; elle contient peu de sang, et lorsqu’on l’incise, 011 est frappé de la sécheresse des coupes. Les ventricules sont comme effacés, et les surfaces encéphaliques sont privées de leur humidité ordinaire. Du reste , la texture du cerveau n’a subi aucune altération.

L’hypertrophie du cerveau , le plus souvent générale et étendue à la totalité des deux hémisphères , est quelquefois partielle: ainsi, j’ai vu un cas dans lequel la couche optique droite ayant ses dimensions ordinaires, la couche optique gauche présentait un volume plus considérable d’un quart que le volume de sa congénère. Aucun symptôme particulier n’avait annoncé pendant la vie cette inégalité de développement des deux couches optiques.

On n’a pas encore recueilli d’exemple d’hypertrophie du cervelet.

On a observé , au contraire , quelques cas d’hypertrophie de la moelle épinière, soit dans toute son étendue, soit dans quelqu’une seulement de ses parties. L’hypertrophie de la moelle épinière s’annonce par son augmentation de volume, avec fermeté de sa substance, sans quelle soit hyperémiée. Elle remplit alors toute la cavité de la dure-mère , et elle est exactement appliquée sur les parois osseuses du canal vertébral. Laënnec a observé cette hypertrophie dans toute l’étendue de la moelle ; je l’ai vue bornée à la région cervicale chez un enfant épileptique , et le docteur Hutin a cité un cas dans lequel cette hypertrophie existait depuis le trou occipital jusque vers le milieu de la région dorsale (3).

On a vu l’hypertrophie delà moelle épinière coïncider avec un défaut de développement du cefveau et d’autres parties du corps. Tel est le cas suivant, dont on doit la connaissance à M. Ucelli de Florence : chez un fœtus âgé desixmois environ, les hémisphères cérébraux étaient remplacés par un sac plein d’eau ; les parties de la base existaient seules ; cependant

(1) Journal de Corvisart, etc., tom.II, pag. 669.

(2) Dance, Observations pour servir à l’histoire de l'hypertrophie du cerveau, dans le Répertoire d’anatomie, etc., tom. V.

(3) Bibliothèque Médicale, janvier 1828.

PRÉCIS

la moelle épinière avait au moins un volume double de celui qu’elle présente ordinairement chez un fœtus de cet âge. Cette moelle avait d’ailleurs sa texture normale. Il n’y avait aucun vestige d’œsophage , d’estomac, de poumon, de foie et de rate; un seul rein existait, remarquable par son volume ; deux seules cavités (une ventricule et une oreillette) constituaient le cœur; un intestin fort court formé à son extrémité supérieure composait tout le tube digestif; il n’y avait pas de membres thoraciques (l).

L’augmentation de volume de la moelle épinière par hypertrophie de son tissu doit être distinguée de son augmentation de volume par hyperémie ; il en est à cet égard de la moelle comme du cerveau.

Faut-il rapporter à une hypertrophie de la moelle épinière quelques cas cités par M. Olivier, dans lesquels il a vu cette moelle acquérir plhs de volume immédiatement au-dessus du point où elle avait éprouvé une forte compression? M. Olivier a trouvé, au-dessus du point comprimé, un renflement bulbeux très-prononcé.

L’hypertrophie des centres nerveux existe souvent sans augmentation bien appréciable des diamètres de l’enveloppe osseuse qui les protège. Quelquefois, cependant, cette augmentation est portée au point que le crâne , développé outre mesure, ressemblé aux crânes des enfants hydrocéphales. M. Scoutetten a observé un cas de ce genre, chez un enfant âgé de cinq ans (2). La tête de cet individu égalait celle d’un adulte fortement constitué. La boîte osseuse fut trouvée épaisse d’une ligne et demie à deux lignes. La dure-mère adhérait fortement aux os du crâne ; la masse cérébrale remplissait exactement la cavité crânienne ; c’étaient surtout les hémisphères, dont la partie supérieure et postérieure avait acquis un développement outre mesure. Aussi, pour parvenir aux ventricules, fallut-il faire une incision perpendiculaire de près de trois pouces , tandis que des mêmes parties à la base du crâne il n’y avait qu’un pouce d’épaisseur. Cet enfant n’avait présenté rien d’insolite dans les fonctions cérébrales ; son intelligence en particulier n’était ni plus ni moins développée que l’intelligence des enfants de son» âge. A ce propos, on peut remarquer que la partie antérieure des hémisphères était celle qui avait le moins participé à l’hypertrophie; il est à regretter que l’état des circonvolutions n’ait point été noté. Cet enfant succomba, d’une manière tout accidentelle, à une irritation gastro-intestinale.

En étudiant dans les différents organes la part que prend à leur altération chacun des tissus qui les composent, nous avons souvent rencontré le cas dans lequel on trouve à la fois, d’une part atrophie du tissu propre de l’organe, et d’autre part hypertrophie des tissus communs élémentaires qui en constituent la trame primitive, sâYoir, du tissu cellulaire et des

(1) Clinique de l'hôpital Sainte-Marie de Florence , 1823.

(2) Archives de médecine, tora. VII, pag. 31.

vaisseaux. Des altérations de ce genre ont été observées dans l’axe cérébrospinal. Ainsi j’ai trouvé une fois une des couches optiques et ses environs transformés en une substance cellulo-vasculaire , assez semblable au tissu de la rate , et dans laquelle on ne découvrait plus aucun vestige de substance nerveuse. De ce cas me paraît se rapprocher un autre cas qui a été publié dans les Transactions philosophiques delà société royale de Londres (année 182 3), sous le titre de Fungus hématode du cerveau. Les couches des nerfs optiques, est-il dit dans cette observation, étaient converties en un tissu fongueux ; à leur intérieur, elles ressemblaient à une masse de sang coagulé, comme celui qu’on trouve dans l’intérieur de la rate.

C’est encore à une hypertrophie du tissu cellulo-vasculaire de la moelle épinière que me paraît devoir être rapportée l’altération suivante (1).

Chez une femme âgée de trente-six|ms, la face antérieure de la moelle épinière fut trouvée couverte, depuis la sixième paire cervicale jusqu’à la troisième dorsale, par une masse cellulo-vasculaire, d’un rouge jaunâtre, unie à la moelle par continuité de substance ; elle semblait particulièrement naître du sillon antérieur latéral gauche. Dans cette masse fongueuse on ne distinguait que deux éléments anatomiques, savoir de nombreux vaisseaux sanguins, et des filaments celluleux arrangés en réseau. La moelle épinière et les racines antérieures des nerfs étaient fortement comprimées.

ARTICLE II

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