ATROPHIE DES CENTRES NERVEUX
Cette atrophie présente plusieurs degrés, depuis une légère diminution du volume normal des centres nerveux, soit dans leur totalité, soit dans quelqu’une de leurs parties, jusqu’à l’absence complète de ces centres (2).
L’atrophie ne se montre pas avec une égale fréquence dans toutes les parties de l’axe cérébro-spinal; on peut établir en principe général qu’on l’observe plus souvent dans les parties de cet axe qui arrivent les dernières à leur entier développement. Ainsi la moelle épinière est formée avant le cerveau, et l’atrophie de la moelle est plus rare que celle de la masse
(1) Journal de physiologie, par Magendie.
(2) Quelques auteurs ont désigné cette atrophie sous le nom d'agénésie. Voyez Archives de médecine, tom. XIV, un excellent Mémoire sur Y agénésie cérébrale , par M. Cazauvieilh.
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nerveuse intrà-crânienne. Dans l’encéphale , les circonvolutions sont la partie qui se développe en dernier lieu; elles ne sont encore qu’ébauchées à la naissance, et les circonvolutions sont aussi la partie dont l’atrophie est la plus fréquente.
Nous allons passer successivement en revue ces divers degrés d’atrophie, ainsi que les points des centres nerveux où elle a été spécialement observée.
Les hémisphères cérébraux ont été vus plus souvent atrophiés qu’aucune autre partie de ces centres; ils peuvent l’être soit partiellement, soit dans leur totalité.
L’atrophie partielle des hémisphères cérébraux peut frapper,
1° Les circonvolutions : tantôtelles sont seulement plus petites etmoins nombreuses que de coutume, soit des deux côtés, soit d’un seul côté, soit enfin en quelques points isolés de ce côté. Tantôt elles n’existent même pas. M. Jadelot a présenté à l’Académie royale de médecine le cerveau d’un idiot, âgé de cinq à six ans : on ne voyait sur les hémisphères aucune trace de circonvolutions ; je n’y observai autre chose qu’une couche uniforme de substance médullaire recouverte d’une couche mince de substance griser on eût dit du cerveau d’un lapin, ou d’un fœtus non encore à terme.
2° Toute la partie supérieure des hémisphères cérébraux depuis leur surface extérieure jusqu’à la voûte des ventricules. Tantôt toute cejtte portion de masse nerveuse est remplacée par une poche séreuse qui n’a au cunecommunicationaveclesventricules, etceux-cine sont pas à découvert; tantôt on n’observe rien de semblable, et au-dessous des méninges on aperçoit à nu, sans qu’aucune incision ait été pratiquée, les différents objets (couche optique, corps striés, etc.) contenus dans la partie supérieure des ventricules latéraux ; d’autres fois l’atrophie n’est pas aussi considérable, et l’on trouve seulement qu’un des hémisphères cérébraux est*plus petit que l’autre. D’autres fois enfin, il n’y a qu’un des lobules de ces hémisphères qui a éprouvé une diminution de nutrition, ou qui même est absent. Ainsi l’on a constaté plusieurs fois cet état de petitesse extrême, ou une absence complète du lobule postérieur : en pareil cas, le cervelet n’était plus recouvert par le cerveau , et cette disposition anormale rappelait l’état naturel de l’encéphale de la plupart des animaux, chez lesquels les hémisphères cérébraux ne s’avancent pas au-dessus des hémisphères cérébelleux. Le lobe antérieur peut aussi être absent, ou au moins beaucoup plus petit que d’ordinaire ; enfin il est des cas où l’on a vu l’atrophie porter spécialement, et même exclusivement, sur le lobe moyen.
3° Les couches optiques et les corps striés. Ces deux renflements peuvent présenter d’abord une simple diminution de volume ; on ne peut en douter, lorsqu’on trouve ceux d’un côté plus petits que ceux du côté op-
posé. Tantôt, c’est aux dépens de la substance grise qu’a lieu plus particulièrement cette atrophie ; tantôt, c’est au contraire aux dépens de la substance blanche, et de cette seule différence il peut en résulter une dans les symptômes. Au lieu d’être simplement diminués de volume, les deux renflements en question peuvent avoir complètement disparu, soit qu’ils aient été remplacés par un kyste séreux, soit qu’on ne trouve rien qui les remplace. Dans le premier cas, la masse des hémisphères cérébraux peut exister ou manquer ; dans le second cas, elle est constamment absente, et au-delà des pédoncules cérébraux on ne trouve plus autre chose que quelques fibres éparses qui vont s’épanouir dans un tissu membraneux, semblable à celui qui, dans les premiers temps de la vie intrautérine, marque la place où plus tard se développeront les hémisphères cérébraux! Il est bien clair qu’en pareil cas les parties blanches centrales du cerveau manquent comme ses hémisphères ; il n’y a donc plus de cerveau proprement dit : ce qui n’empêche pas toutes les autres parties nerveuses contenues dans le crâne d’être très-bien développées ; ainsi le mésocéphale, le cervelet, peuvent avoir, en l’absence du cerveau , leur aspect accoutumé.
4° Les parties blanches centrales du cerveau. Elles peuvent être imparfaitement développées dans le cas où, dans les hémisphères , n’existe aucune altération. C’est ainsi que quelquefois le corps calleux atrophié ne se présente plus que sous forme d’une membrane très-mince ; Reil en a constaté l’absence complète chez une femme idiote, âgée de trente ans. Les deux hémisphères cérébraux ne communiquaient que par les commissures antérieure et postérieure. Cette femme présentait accidentellement une disposition analogue à celle qu’on retrouve chez plusieurs animaux (oiseaux et reptiles), chez lesquels normalement le corps calleux n’existe pas, non plus que la voûte à trois piliers.
Les diverses parties qui entrent dans la composition du cerveau peuvent donc toutes éprouver isolément une atrophie plus ou moins considérable; chacune d’elles peut disparaître , et les autres persister. Elles peuvent toutes aussi manquer simultanément, et alors il n’y a point de cerveau, disposition qui rappelle celle de certains animaux , chez lesquels aussi manquent complètement les diverses parties dont la présence est nécessaire pour qu’on puisse admettre l’existence d’un cerveau proprement dit.
Nous venons de passer en revue les différents degrés d’atrophie que peut présenter le cerveau , et en le suivant dans ses dégradations successives, nous l’avons vu enfin disparaître. Mais soit en avant, soit en arrière de ce cerveau , existent dans le crâne d’autres parties nerveuses , dont les unes, rudimentaires chez l’homme, ne sont évidentes que chez certains animaux, et dont les autres, au contraire, qui normalement sont très-développées chez l’homme , peuvent, dans l’état morbide, redevenir
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chez lui rudimentaires comme elles le sont chez d’autres animaux. Enfin parmi ces parties il en est qui, non appréciables chez l’homme , lorsque le cerveau est bien développé, viennent à se montrer d’une manière plus manifeste dans les cas où le cerveau reste imparfait. C’est ce qui arrive aux lobes olfactifs. Placés chez tous les animaux au-devant des lobes cérébraux , et les surpassant souvent en volume , ces lobes se confondent chez l’homme avec la partie antérieure des lobes cérébraux ; mais ces derniers viennent-ils à manquer , il arrive quelquefois qu’à la partie antérieure du crâne se montrent deux petites masses de substance nefyeuse , d’où l’on voit partir les nerfs olfactifs , et qui bien évidemment ne sont autre chose que les lobes olfactifs : en pareil cas l’indépendance de leur existence, manifeste chez les animaux dans l’état normal, se trouve démontrée chez l’homme par l’état morbide.
En arrière des lobes cérébraux et de leurs commissures on trouve un certain nombre de lobes, dont les uns sont plus développés chez les animaux que chez l’homme, où souvent même ils sont remplacés par de simples cavités, et dont les autres, au contraire, ont acquis chez l’homme un bien plus grand développement ( lobes latéraux du cervelet ). Bien souvent on a vu chez l’homme une évolution imparfaite des parties par lesquelles son encéphale se distingue spécialement de celui des autres animaux ; mais jamais, que je sache, on n’a vu chez lui sortir de leur état rudimentaire les parties de l’encéphale qui , chez les animaux , ont un plus haut degré de développement. Ainsi, par exemple , jamais chez l’homme les tubercules quadrijumeaux ne se sont montrés sous forme de lobes creusés d’une cavité, comme chez les oiseaux ; jamais chez lui l’on n’a vu l’origine du nerf pneumo-gastrique cachée dans un renflement assez considérable pour constituer un lobe spécial, comme cela a lieu encore chez beaucoup d’animaux ; jamais non plus l’on n’a vu un autre lobe recouvrir le quatrième ventricule , comme on l’observe chez les animaux ; et à mesure que, sous l’influence d’un état morbide, décroissent chez l’homme les lobes latéraux du cervelet, on n’a pas remarqué que son lobe médian acquît chez lui ce développement qui , chez les animaux, devient d’autant plus considérable que les lobes latéraux sont restés plus petits.
On a quelquefois constaté une simple diminution dans le volume d’un des lobes latéraux du cervelet. M. Hutin a cité un cas dans lequel le centre médullaire des hémisphères cérébelleux était enyiron d’un tiers moins volumineux que de coutume. « La substance blanche, qui occupe naturellement le milieu du corps rhomboïdal , n’existait plus , de sorte que les bords festonnés de cette partie , rapprochés du centre , ne formaient plus qu’un petit corps pisiforme très-dur, d’un gris brunâtre» (l).
Au lieu de cette simple diminution de volume , les hémisphères céré-
(1) Bibliothèque Médicale, janvier 1824.
belleux peuvent, comme ceux du cerveau, ne plus présenter qu’une cavité dont les parois sont constituées par une lame plus ou moins mince qui tient aux corps resliformes, dont elle semble être un épanouissement. Alors se trouve reproduite accidentellement la disposition normale du cervelet soit chez certains animaux , soit chez l’homme lui-même à une certaine époque de sa vie embryonnaire.
En pareil cas le lobe médian du cervelet ne se forme pas non plus , sa grande commissure manque également (protubérance annulaire), et alors se montrent à nu les deux faisceaux de fibres longitudinales qui constituent les pédoncules cérébraux. Ce cas pathologique ne fait d’ailleurs que reproduire la loi en vertu de laquelle , dans la série animale, la protubérance annulaire se développe en raison directe des hémisphères du cervelet, et en raison inverse du lobe médian de cet organe ( 1 ).
Les tubercules quadrijumeaux peuvent persister en l’absence à peu près complète du cervelet; et à cela rien d'étonnant : car, dansla série animale, ce n’est pas avec le développement du cervelet qu’est en rapport celui des tubercules quadrijumeaux, mais avec le développement de la moelle. (2).
La glande pinéale, qui existe dans les quatre classes des vertébrés (3), présente chez l’homme de nombreuses différences individuelles dans son volume. Elle est parfois réduite à des dimensions tellement peu considérables que cette atrophie équivaut presque à zéro d’existence. On l’a vue chez un idiot être remplacée par une petite granulation qui égalait à peine un grain de millet , et à laquelle venaient aboutir , comme de coutume, les deux filets médullaires des couches optiques. Les variations de volume dans la glande pinéale n’entraînent nécessairement aucun dérangement dans la nutrition des autres parties du cerveau.
Nous venons de voir successivement diminuer de volume, puis disparaître, les différentes masses nerveuses contenues dansla cavité crânienne, et le cas extrême que nous ayons rencontré est celui où de ces masses nerveuses il ne reste plus que le bulbe rachidien. Poursuivons dans le canal vertébral l’étude de cette dégradation de l’axe cérébro-spinal. Ici un premier fait va vous frapper : la moelle épinière peut exister, bien que toutes les parties contenues dans le crâne ne se soient pas formées ; mais aucune de ces parties n’existe, dans le cas où il 11’y a pas de moelle épinière. Ainsi l’anatomie pathologique montre, comme l’anatomie comparée et comme l’embryologie, la dépendance dans laquelle les centres nerveux intra-crâniens se trouvent du centre nerveux intrà-vertébral sous le rapport de leur développement.
(1) Serres, Anatomie comparée du cerveau.
(2) Idem.
(3) Idem.
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Des faits nombreux ont prouvé que la moelle épinière peut manquer aussi complètement que l’encéphale : dans ces cas, où il ne reste plus aucun vestige des centres nerveux, un liquide plus ou moins abondant remplit les cavités qu’occupent ordinairement ces centres; des membranes, semblables aux méninges, constituent les parois de ces cavités, et à ces parois se terminent des nerfs.
Sans manquer complètement, la moelle épinière peut présenter un certain nombre de vices de conformation, dont plusieurs rappellent les différents états transitoires par lesquels elle a passé pour devenir ce qu’on la trouve chez l’adulte, et qui tous résultent d’un développement qui s’est arrêté ou qui a rétrogradé
Ainsi les deux cordons séparés dont la moelle est composée dans les premiers temps de sa formation peuvent ne pas se réunir, parce qu’il ne se dépose pas de substance grise dans l’espace qui les sépare. Il en résulte une division anormale de cette moelle en deux parties latérales dans une portion plus ou moins grande de son étendue. Toutes les fois que ce vice de conformation a été observé, il y avait en même temps anencéphalie.
Les deux cordons séparés, qui composent primitivement la moelle, forment, en se réunissant, une gouttière qui plus tard devient elle-même un canal ; permanent chez beaucoup d’animaux, ce canal est ordinairement oblitéré chez l’homme à l’époque de la naissance ; mais il peut persister, et de là résulte, dans l’intérieur de la moelle et à son centre l’existence d’une cavité dont la production semble liéeàl’absencede la substance grise centrale. Tantôt ce canal coïncide avec d’autres vices de conformation, tels qu’anencéphalie, spina-bifida; tantôt il existe, sans autre altération. Toutes les fois qu’on a observé ce canal, il commençait à la partie supérieure de la moelle, et semblait former la continuation de la cavité du quatrième ventricule. Il se prolongeait d’ailleurs plus ou moins bas. On l’a vu borné à la région cervicale, et d’autres fois on l’a retrouvé jusque vers le milieu de la région dorsale ; il n’a guère été observé beaucoup plus bas. Son diamètre esttrès- variable : tantôt un stylet fin aurait pu à peine y être introduit; tantôt il aurait pu admettre une plume à écrire. Ce canal a été rencontré à tous les âges , chez des fœtus à terme ou près du terme ( Portai, Olli vier) ; chez un enfant d’un an (Rachetli); chez des adultes (Morgagni, Senac, Portai, Calmeil, etc.).
Outre un canal central , quelques anatomistes ont avancé que dans la moelle existaient deux autres canaux, qui en occupaient une partie latérale. L’existence de ces canaux n’est pas , comme on l’avait cru d’abord , une disposition de l’état sain ; mais on l’observe quelquefois comme un état morbide , ainsi que M. Calmeil vient de le démontrer (1). Il a effectivement retrouvé les canaux latéraux de la moelle, décrits à tort par
(1) Journal des progrès et des institutions médicales.
Gall comme une disposition de l’état sain, sur l’animal et sur l’homme. Le premier cas rapporté par M. Calmeil a été observé par lui sur un mouton : au centre de chaque moitié de la moelle étaient creusés deux conduits dont les parois fermes et lisses étaient constituées par une légère couche de substance grise. Ces conduits existaient depuis le commencement de la moelle jusqu’au niveau du renflement des membres thoraciques. Leur existence semblait dépendre de ce qu’une quantité de subslance grise , moins abondante que de coutume , avait été sécrétée. Chez deux aliénés, M. Calmeil a retrouvé aussi les canaux latéraux ; chez l’un, ils existaient dans toute l’étendue de la moelle ; chez l’autre, ils ne purent être suivis au-delà de la portion cervicale. Enfin , chez un troisième aliéné, non-seulement ces deux canaux latéraux étaient très-distincts, mais au centre même de la moelle apparaissait un troisième canal, limité en avant par la commissure grise, en arrière par le raphé de la scis. sure postérieure, et sur les côtés par deux cloisons minces qui le séparaient des canaux de la moelle.
Dans ces cas divers , l’existence tout accidentelle des canaux de la moelle ne semble-t-elle pas due , soit au défaut de développement d’une certaine quantité de substance nerveuse , soit à son absorption? N’est-ce pas là une véritable atrophie de la moelle ? Toutefois, si chez l’homme c’est là une atrophie , il ne faut pas oublier que dans la série des animaux l’existence d’une cavité à l’intérieur d’une partie quelconque des centres nerveux est un indice de l’activité plus grande des fonctions de cette partie : ainsi chez les animaux dont la moelle épinière a une action plus énergique quechez l’homme, la moelle épinière est creusée d’un canal; chez ces animaux aussi les tubercules quadrijumeaux transformés en deux gros lobes ont une cavité intérieure, tandis que chez eux , au contraire, on voit disparaître les ventricules des hémisphères cérébraux. Ainsi, chez l’homme, comme chez tout animal, l’activité des fonctions des centres nerveux dépend beaucoup moins de leur masse que de l’étendue de leur surface.
Une autre espèce d’atrophie de la moelle épinière est celle dans laquelle elle ne présente d’autre lésion qu’une simple diminution de volume. M. Ollivier a constaté deux fois l’existence de cette atrophie dans toute l’étendue de la moelle (l). Dans un des cas qu’il rapporte, le volume de la moelle, qui avait d’aille'urs sa consistance ordinaire, était réduit à la moitié environ de son volume normal ; le renflement lombaire était à peine marqué. Dans l’autre cas , la moelle épinière était diminuée d’un tiers dans toute son étendue. Il cite, d’après M. Magendie, un troisième cas, dans lequel la moelle, beaucoup plus petite que de coutume, était en même temps très-dure.
L’atrophie de la moelle épinière peut être partielle. M. Ollivier a vu
(1) Oper. cit.
un cas dans lequel, au niveau de la neuvième vertèbre dorsale, existait un rétrécissement tel, que son diamètre n’était plus que de trois lignes et demie transversalement, et d’un peu plus de deux lignes seulement d’avant en arrière. M. Hutin (1) a vu cette atrophie bornée à la partie antérieure de la moelle chez un individu atteint d’une carie vertébrale ; la moelle était atrophiée par suite de la compression qu’exerçaient sur elle les vertèbres malades. Toute la substance blanche de la partie antérieure avait disparu, et la commissure grise centrale se trouvai ta découvert. Dans un autre cas , le même observateur a vu l’atrophie porter spécialement sur le renflement lombaire. Dans le point occupé par ce renflement, la moelle était réduite au volume d’une plume ordinaire. Enfin chez un autre individu, également observé par M. Hutin, l’atrophie portait à la fois sur les renflements brachial et lombaire. Le renflement brachial était diminué d’un bon tiers de son volume dans son côté gauche, et le renflement lombaire offrait cette même diminution dans son côté droit.
Les enveloppes osseuses qui protègent l’axe cérébro-spinal indiquent le plus souvent, par leur conformation vicieuse, les différents degrés d’atrophie qu’a subis l’encéphale. Cependant il s’en faut que ce principe soit sans exception. J’ai vu un cas dans lequel la partie supérieure des hémisphères cérébraux avait été remplacée par une poche remplie d’un liquide séreux ; cependant le crâne était bien conformé. Des faits semblables ont été eités par M. Breschet (2) et par M. Billard (3).
Des degrés d’atrophie, beaucoup moins considérables que ceux qui constituent l’anencéphalie et l’acéphalie, peuvent être annoncés par la conformation du crâne. Un hémisphère cérébral n’est-il qu’imparfaitement développé : souvent la portion du crâne qui lui correspond est notablement plus déprimée que celle du côté opposé.
Les nerfs qui aboutissent aux parties atrophiées de l’axe cérébro-spinal n’offrent pas toujours les mêmes conditions. Tantôt d’une moelle épinière atrophiée se détachent des nerfs aussi volumineux que dans l’état normal; dans les cas même où la moelle manque complètement, on peut trouver ses différents nerfs implantés sur les méninges auxquelles ils se terminent, Tantôt, au contraire, les nerfs rachidiens s’atrophient en même temps que la moelle elle-même ; et quelquefois on les a trouvés à leur origine presque réduits à leur seul névrilème ; mais plus loin ils reprenaient leur volume accoutumé.
Dans les cas d’atrophies partielles, les parties du corps qui reçoivent l’excitation des portions atrophiées du cerveau sont souvent elles-mêmes
(1) Oper. cit.
(2) Dictionnaire de médecine, par MM. Adelon , Andral, Béclard , etc., article Hydrocéphalie . .
(3) Oper. cit. j pag. 183.
atrophiées. C’est ainsi que, dans presque tous les cas où l’un des hémisphères cérébraux est atrophié, on trouve moins développés que de coutume les membres du côté opposé ; mais en pareil cas on peut se demander si ce moindre développement est le résultat direct de l’influence exercée par le cerveau sur la nutrition des muscles, ou bien si l’atrophie de ceux-ci ne résulte pas tout simplement du repos complet auquel ils sont condamnés. Cette dernière opinion me parait d’autant plus vraisemblable que, dans les cas où manque complètement tout l’axe cérébro-spinal, on a vu cependant plus d’une fois toutes les autres parties du corps parfaitement bien développées. D’autres fois, à la vérité, chez les individus qui viennent au monde sans encéphale et sans moelle épinière, on trouve des arrêts de développement en beaucoup d’autres points : mais il y a là simple coïncidence, et il est bien évident qu’alors l’imperfection du cœur ou du tube digestif, par exemple, dépend de la même cause qui a nui au développement du cerveau ou de la moelle. Cependant, dans les cas où avec l’encéphale ont disparu le crâne et le foie (acéphalie), il est un organe qui manque presque toujours : c’est le cœur. M. Serres est le seul observateur qui jusqu’à présent ait trouvé un cœur chez un acéphale. Jamais dans les cas d’acéphalie on n’a trouvé de poumon, lors même que le thorax paraissait extérieurement bien conformé. Au contraire, on trouve toujours quelque rudiment du tube digestif et des organes urinaires. Cela prouve-t-il que la présence du cerveau est nécessaire au développement du poumon et du cœur, et non au développement des appareils digestif et urinaire? En aucune façon : si l’on trouve chez les acéphales quelque vestige d’intestin et d’organe urinaire, c’est que dans l’ordre de développement des organes, la vésicule ombilicale et l’allantoïde apparaissent avant les centres nerveux ; ces deux parties avaient donc commencé à se développer, avant que n’eût agi la cause qui détermine l’arrêt du nivus formativus ; c’est alors celte même cause qui oblige l’intestin à persister dans son état rudimentaire, et qui en même temps s’oppose à tout développement des centres nerveux, à une époque où cependant existent déjà des nerfs. Comment alors pourraient se former et le cœur et le poumon qui, dans l’ordre normal de développement, ne doivent se montrer qu’après la première apparition des centres nerveux? Le cas de M. Serres ne peut être regardé que comme une exception à ces lois.
L’atrophie'des centres nerveux ne saurait être rapportée à l’influence d’une seule cause.
1° Elle peut survenir sans cause connue , soit à une époque où les organes ne sont pas encore formés, il y a alors arrêt de développement, soit plus ou moins long-temps après la formation complète de ces organes. Dans ces deux cas , tout ce qu’on a saisi c’est le phénomène lui-même ; c’est une modification dénutrition, ou du nisus formativus des Allemands.
2° L’atrophie des centres nerveux peut suivre un travail d’irritation
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dont ces centres ont été le siège. Il j a eu d’abord hyperémie ; puis, une fois la nutrition déviée de son type normal, un état d’atrophie a pu en résulter chez l’un , comme chez un autre serait survenu un état d’hypertrophie. Ainsi, chez des individus qui long-temps avant leur mort ont eu tous les signes d’une hémorrhagie cérébral, eon a plus d’une fois rencontré, à l’ouverture de leurs cadavres , quelque partie de l’encéphale , et spécialement le corps strié ou la couche optique , singulièrement diminués de volume , et transformés en une sorte de cavité séreuse. Si l’on ne peut douter que certaines anencéphalies ne soient le résultat d’un simple arrêt de développement, il en est d’autres qu’il semble plus facile d’expliquer en admettant, comme leur cause, une irritation des méninges. S’il est vrai que la substance cérébrale soit le produit d’une sécrétion de la pie-mère, qui ne voit que cette sécrétion peut être troublée , anéantie ou modifiée par une irritation de la pie-mère ? Mais ici comme partout ailleurs , le même effet peut être produit par plusieurs causes, et l’irritation n’est qu’une de ces causes.
3° Quelques atrophies des centres nerveux sont le résultat d’une compression mécanique exercée sur eux. Ainsi des tumeurs développées dans l’intérieur du crâne , et pressant sur une partie du cerveau , ont fait quelquefois disparaître, ou ont du moins réduit à un volume beaucoup plus petit les circonvolutions avec lesquelles elles étaient en contact. Un des effets de la carie vertébrale est de déterminer l’atrophie de la portion de moelle épinière sur laquelle appuient les vertèbres déplacées. Dans un cas qui a été publié par M. Yingtrinier, un des lobes du cervelet, comprimé par une tumeur née dans la fosse occipitale , avait perdu la moitié de son volume, sans présenter d’ailleurs aucune altération de texture (l).
4° Enfin le défaut d’exercice des fonctions départies aux centres nerveux détermine dans ces centres une diminution de nutrition, et peut être ainsi une des causes de leur atrophie. Condamné à l’immobilité, un muscle ne s’atrophie-t-il pas également? Il n’est donc pas évident que Tétât d’atrophie dans lequel on trouve communément le cerveau des idiots soit la cause de l’idiotisme : il n’en est peut-être qu’un effet.
ARTICLE III