MODIFICATIONS DE QUALITÉ DES SÉCRÉTIONS
Nous avons établi au commencement de ce volume que partout où existait une molécule vivante, existait aussi une sécrétion. Partout où cette sécrétion s’accomplit, il peut arriver qu’elle soit modifiée dans ses qualités ; de telle sorte qu’à la place du liquide qui doit normalement constituer son produit, on trouve une matière qui en diffère plus ou moins. Cette matière morbide peut occuper la place , 1° des liquides spéciaux fournis par les divers appareils sécréteurs à structure également spéciale; 2° du fluide perspiratoire qui se forme partout où il y a vie. Ainsi le mucus , la salive , la bile , l’urine , etc. , présentent dans leurs qualités de nombreuses et importantes modifications, qui tantôt sont liées à certaines altérations dans le mode de circulation ou de nutrition de l’organe sécréteur, et qui tantôt, existant sans lésion appréciable de celui-ci, reconnaissent souvent pour causedes altérations de la masse même du sang ou des vices de l’innervation. Nous ne parlerons point ici des altérations de ces divers produits de sécrétion, parce que leur histoire ne saurait être séparée de celle des organes eux-mêmes qui les forment, organes dont l’anatomie pathologique sera tracée dans le second volume de cet ouvrage. Nous n’allons donc traiter maintenant que des divers produits morbides qui se forment, là où ordinairement vient à se former le fluide perspiratoire. N’oublions pas, d’ailleurs, qu’il est souvent difficile d’établir d'une manière bien tranchée si le produit morbide trouvé dans un organe est le résultatd’une altération de lasécrétion de ce fluide perspiratoire ou d’une altération de la nutrition proprement dite. Très-souvent ces deux genres d’altérations se trouvent réunis. C’est ainsi que dans les tumeurs squirrheuses de l’estomac, en même temps qu’il y a épaississement manifeste du tissu cellulaire sous-muqueux, en même temps que la tunique musculaire est notablement hypertrophiée, on ne peut pas méconnaître qu’entre les molécules des tissus s’est opéré un dépôt de matière nouvelle, qui occupe la place du fluide perspiratoire normal.
Puisque le fluide perspiratoire existe partout , partout aussi peut s’opérer la sécrétion morbide qui le remplace ; la force qui partout produit ce fluide perspiratoire analogue à lui-même , indépendamment de tout arrangement de matière , peut aussi reproduire partout une matière morbide également analogue à elle-même : c’est ainsi que dans les parties les plus diverses apparaît indifféremment du tubercule. Dans ses variétés nombreuses, cette matière morbide peut être liquide ou solide; elle peut prendre tour à tour ces deux états. Une fois séparée du sang , elle tend à
augmenter de volume ; ce qui a lieu , suivant les cas , ou par simple dépôt de nouvelles molécules incessamment sécrétées ( accroissement par juxla-position) , ou par développement intérieur, spontané, semblable à celui qui, dans le germe fécondé , transforme peu à peu une gouttelette de liquide en un être vivant (accroissement par intus-susception). Les produits morbides dont l’accroissement a lieu de cette seconde façon , doivent être considérés comme doués d’une force plastique , en vertu de laquelle , représentant dans leurs diverses phases de développement Celui de l’embryon ou des différents êtres de la série animale , ils deviennent eux-mêmes des êtres de plus en plus organisés et vivants.
Soit que ces produits morbides restent stationnaires, soit qu’ils augmentent de volume de l’une ou de l’autre des manières qui viennent d’être indiquées, ils peuvent subir dans leur aspect, dans leur texture , dans leurs propriétés , diverses mutations dont il faut chercher la cause , soit en eux, soit hors d’eux-mêmes. S’ils n’offrent aucune trace apparente d’organisation, si rien en eux ne révèle de phénomène vital, ce n’est point en eux qu’il faut chercher la cause des changements qu’ils éprouvent ; ces changements leur sont imposés par les modifications mêmes que subissent les parties vivantes au sein desquelles existe le produit morbide. Si, par exemple , après avoir été mou , ce produit vient à durcir , c’est parce qu’il y a eu par les tissus vivants qui l’entourent absorption de quelques-uns de ses principes. Si après avoir été dur il vient à se ramollir, c’est le plus ordinairement parce que de la part de ces tissus , irrités par sa présence, il y a eu sécrétion d’une autre matière nouvelle , de pus , qui tend à dissocier les molécules de l’ancien produit , afin que s’accomplisse la loi en vertu de laquelle tout corps étranger, déposé en un point de l’économie , doit en être éliminé. ( Voyez plus bas l’article sur les Tubercules. ) Si , au contraire, le produit morbide présente quelque trace d’organisation ou de vie, c’est à la fois et hors de lui , comme dans le cas précédent, et en lui-même , qu’il faut chercher la cause de ses modifications ultérieures. Gomme tout être doué de vie , ce produit morbide se nourrit et sécrète ; de là , en lui , deux séries de phénomènes , dont l’une est pour lui l’état phy siologique ( formation de vaisseaux , exhalation de sérosité , développement de divers tissus , etc. ) , et dont l’autre est pour lui l’état pathologique ( troubles de circulation , de nutrition ou de sécrétion analogues à ceux que présentent les différents êtres vivants).
Les tissus au sein desquels se développent ces produits morbides se présentent avec l’un des étals suivants.
1° État sain, soit que ces tissus l’ayent toujours été, soit que l’examen des circonstances antécédentes porte à penser que , plus ou moins gravement lésés à l’époque de la première formation du produit rhorbide , ils soient ultérieurement revenus à leurs conditions physiologiques. Tout en conservant son état sain, le tissu où existe le produit morbide peut être
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soumis de la part de celui-ci à une compression qui en modifie l’aspect et peut en altérer l’action.
2° Hyperémie active. Dans ce cas, autour du produit morbide on trouve une injection plus ou moins vive , et comme en s’accroissant par juxtaposition, plusieurs produits morbides viennent à emprisonner entre leurs molécules des parties mêmes du tissu au milieu duquel ils ont pris naissance , il s’ensuit que la même injection que l’on retrouve autour de la masse entière peut se retrouver aussi dans son intérieur ; en pareil cas , l’on a à tort regardé comme appartenant au produit morbide lui-même des vaisseaux qui quelquefois le sillonnent en sens divers. Ces vaisseaux appartiennent aux débris de tissus emprisonnés au sein de la production accidentelle. On peut s’en assurer , suivant les cas , soit par la dissection , soit par une macération peu prolongée. Cette hyperémie peut se présenter avec toutes les nuances de coloration que nous avons ailleurs signalées. Ainsi autour ou à l’intérieur d’un produit de sécrétion morbide , on peut observer, soit une couleur rouge, soit une teinte grise ou brune, soit une teinte d’un noir plus ou moins foncé ; et lorsque dans ce dernier cas il y a en même temps induration de tissu, l’on a l’habitude de dire qu’il existe une complication de mélanose. Cette hyperémie n’est pas nécessairement continuelle ; il peut arriver qu’elle n’existe que par intervalles , qu’elle se produise d’une manière périodique. Plusieurs produits de sécrétion morbide ne signalent leur existence par quelque symptôme que lorsqu’autour d’eux vient ainsi à se reproduire l’hyperémie. Développée sous l’influence d’une irritation qui a son point de départ dans le produit morbide, dont l’action sur les parties environnantes peut être comparée à celle exercée par un corps étranger, l’hyperémie détermine à son tour une activité nouvelle dans le travail de sécrétion : le produit de celle-ci est tantôt une matière analogue à celle qui constitue l’ancien produit ; tantôt c’est une matière d’aspect différent; c’est, par exemple, du pus ou du sang.
3° Modification de la consistance des molécules du tissu environnant. De là, autour de la production morbide, divers degrés d’induration ou de ramollissement.
4° Modification du nombre des molécules du tissu environnant. De là, tantôt un état d’hypertrophie, mais tantôt aussi une atrophie fort remarquable , par laquelle peut disparaître peu à peu tout un parenchyme à mesure que s’accroît la sécrétion morbide. Il semble que dans ce cas, en même temps que devientprédominante la force de sécrétion dans la trame cellulo-vasculaire de l’organe, en même temps diminue cette autre force en vertu de laquelle se séparaient du sang , au sein de cette trame , les molécules destinées à constituer le tissu propre de l’organe. Dans celuici se passe en quelque sorte ce qui a lieu dans tout le corps, lorsqu’il maigrit par suite de l’activité insolite d’une sécrétion quelconque. Cette atrophie, qui coïncide avec une sécrétion, indique une modification des actions
organiques : mais est-elle un résultat d’irritation ? rien ne le prouve.
5° Sécrétion purulente. Elle a lieu soit autour de la masse entière du produit accidentel , soit entre ses diverses parties , lorsqu’entre celles-ci sontrestés comme emprisonnés des débris du tissu de l’organe au sein duquel ce produit a pris naissance. La période de ramollissement des productions accidentelles ne me semble être autre chose que le résultat d’une sécrétion de pus , qui vient ainsi à s’opérer autour ou au milieu de la production morbide : dans le premier cas , celle-ci perd sa consistance de la circonférence au centre ; dans le second cas , elle la perd du centre à la circonférence. Les molécules de la production morbide sont divisées , délayées par le pus nouvellement sécrété, et, comme un corps étranger , elles sont de la sorte entraînées facilement hors de l’économie, à travers des voies accidentellement formées pour leur livrer passage. A la place qu’occupait le produit de sécrétion morbide , reste le plus ordinairement une solution de continuité, une ulcération qui tantôt se cicatrise, et tantôt continue à sécréter indéfiniment, soit du pus, soit une matière plus ou moins semblable à celle qui cons tituait l’ancien pr oduit morbide . Ainsi , dans cet ensemble de phénomènes pathologiques, comme dans toute fonction de l’état sain , nous voyons se succéder une série d’actions organiques qui se reproduisent constamment dans le même ordre et avec une même fin.
Que si nous cherchons à déterminer les symptômes qui se lient à l’existence de l’une quelconque de ces productions morbides , nous trouverons d’abord que pour toutes il est des cas dans lesquels elles naissent et s’accroissent sans qu’aucune sorte de symptôme, soit local, soit général , en révèle l’existence. D’autres fois , sans qu’il y ait encore aucun trouble local dans le point où s’effectue la sécrétion morbide , on observe , dans l’ensemble des diverses fonctions , plusieurs désordres dont la cause est obscure , innappréciable : tantôt ce sont des troubles variés de l’innervation, c’est un malaise , une difficulté d’être ; on regarde ces désordres comme de simples résultats d’une névrose , d’un état d’hypocondrie, etc., jusqu’à ce que des symptômes locaux plus tranchés en fassent connaître le véritable point de départ ; tantôt ce sont de petits accès de fièvre , qui n’ont rien de régulier soit dans leur forme, soit dans leur retour; tantôt, enfin, la nutrition proprement dite s’altère , un amaigrissement de plus en plus considérable a lieu , et quelquefois même existe un commencement de marasme avant que la lésion qui la cause ait pu être reconnue. Quel plus frappant exemple pourrait-on trouver de cette merveilleuse solidarité des diverses actions organiques , en vertu de laquelle le trouble d’une seule entraîne tôt ou tard le trouble de toutes ?
Les désordres locaux , qui sont le résultat de l’existence d’une production accidentelle au sein d’un organe, consistent dans le trouble même des fonctions de cet organe, ou dans l’éveil de la douleur. Celle-ci n’est constante pour aucune des productions morbides que nous étudierons plus
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bas; pour aucune elle n’offre de caractère particulier par lequelNpuisse être reconnue la nature de la production ; très-souvent elle manque complètement, Toujours, d’ailleurs, il faut distinguer les symptômes que produit la sécrétion morbide elle-même, de ceux auxquels donnent lieu les diverses lésions qui peuvent se développer dans le tissu même où elle apris naissance. Ainsi, sous le rapport des symptômes locaux ou généraux qui peuvent en résulter, il est bien différent, par exemple , qu’autour de la production accidentelle existent ou non une congestion sanguine , un ramollissement, une sécrétion de pus , etc.
On a souvent essayé de remonter aux causes sous l’influence desquelles prennent naissance les productions accidentelles; pour en expliquer l’origine trois principales opinions ont été émises : les uns ont vu dans ces productions un résultat d’atonie; les autres les ont rapportées à un accroissement de vitalité , à un état de stimulation ou d’irritation ; d’autres, enfin, n’admettant comme éléments nécessaires de ces productions ni la faiblesse, ni l’irritation , ont tout simplement établi qu’elles étaient le fruit d’une modification, d’une perversion de l’acte normal de nutrition et de sécrétion. C’est également en s’appuyant sur des faits réels que les partisans de l’une ou de l’autre de ces trois opinions les ont soutenues. Ainsi ceux qui n’ont vu dans les productions accidentelles qu’un résultat de faiblesse, ont surtout insisté sur ce que quelques-unes de ces productions se développent principalement chez des individus d’une constitution débile , dont la peau décolorée , les muscles grêles et le sang peu riche en fibrine annoncent une vitalité peu active ; ils ont surtout été frappés de ce que , parmi ces productions', il en est quelques-unes qui apparaissent plus spécialement au milieu des circonstances qui ont pour effet <ï énerver les individus qui y sont soumis, d’en empêcher le complet développement. Ainsi, en même temps que, sous l’influence d’un air humide et sans soleil, le sang circule moins abondant ou moins coloré dans les réseaux capillaires de l’enveloppe cutanée , en même temps qu’il y a tendance à un accroissement d’activité dans les diverses sécrétions de sérosité et de mucus, en même temps aussi des tubercules se forment, des entozoaires se développent en diverses parties du corps.
Dans tout cela, il y a, en fait, diminution des forces apparentes de l’individu et tendance à une rétrogradation réelle vers l’organisation des êtres inférieurs; mais en théorie l’on peut répondre que cette diminution de l’activité vitale n’existe que dans quelques appareils ou dans quelques fonctions, et qu’ailleurs, là où se forment des tubercules ou des vers, il y a accroissementde cetteactivitévitale;ouend’autrestermesirritation. A cela l’on peut dire qu’en développanttoutes les nuances possibles d’irritation l’on ne fait pas naître ces productions accidentelles , tandis que sans irritation apparente elles naissent et se multiplient avec une merveilleuse facilité, toutes les fois que viennent à agir sur l’économie les influences réellement
débilitantes d’air et d’alimentation précédemment indiquées. Lesparties où naissent alors les productions accidentelles ont-elles réellement une vie moins active, comme celles où se forme le sang? je l’ignore; mais toujours estil qu’incontestablement elles reçoivent un Sang modifié; delà, modification nécessaire et de leur nutrition et de leurs sécrétions. Yoilà jusqu’où les faits nous conduisent. Établir qu’il y a en pareil cas perversion de ces actions organiques c’est rester dans le domaine des faits ; établir que ces actions organiques sont ou diminuées ou augmentées , ce n’est plus que soutenir une hypothèse. Il est toutefois incontestable que des signes non douteux d’irritation, ou en d’autres termes , d’une augmentation de vitalité dans les parties malades , y précèdent bien souvent le développement d’une production accidentelle. Mais cette irritation dont l’existence peut être également démontrée, soit par les symptômes, soit par l’anatomie pathologique , soit par l’examen des causes, cette irritation , dis-je , suffit-elle seule pour expliquer la formation du moindre produit accidentel? Il faudrait pour cela que l’on pût démontrer que la formation de tout produit accidentel est en rapport avec un certain degré dans l’intensité ou dans la durée de la congestion sanguine, par laquelle se traduit à nous l’irritation. Or il n’en est certainement point ainsi, et, soit que la congestion soit forte ou faible, de longue ou de courte durée, on voit apparaître indifférent ment à sa suite les produits les plus variés , ou bien l’on n’en voit aucun se former. De là il suit déjà que si cette congestion est une condition de l’existence de ces produits , elle ne détermine pas nécessairement leur formation ; et ce n’est en aucun cas ni par cette congestion seule, ni par ses degrés, que peut être expliquée la nature spéciale de ces produits. Dans beaucoup de cas, d’ailleurs , rien ne démontre que cette congestion ait jamais existé ; que si , en l’absence de toute congestion appréciable , on n’en admet pas moins une irritation nutritive ou sécrétoire , je réponds que la supposition de cette sorte d’irritationest laplus gratuite des hypothèses* Que si l’on dit que par analogie ojq est conduit à l’admettre, je répondrai que le raisonnement par analogie n’est admissible que lorsqu’il repose sur une rigoureuse induction, que lorsque , par exemple , il est démontré que la coexistence de deux faits ne peut avoir lieu sans qu’un troisième existe , en pareil cas, il suffit d’apercevoir les deux premiers pour affirmer l’autre. Où en serait la science , si de la coexistence fréquente de deux phénomènes on en déduisait leur corrélation nécessaire ? Sur ce vice de raisonnement repose cependant la doctrine dans laquelle tout produit accidentel est regardé comme dû à une augmentation de vitalité, à une irritation dont l’observation dément la constance , et dont la théorie repousse la nécessité. Tout ce qui tend à modifier le travail normal de sécrétion interstitielle, tend à créer une production accidentelle. C’est seulement ainsi qu’agit l’irritation ; ce n’est pas parce qu’elle augmente V activité de la nutrition ou de la sécrétion, c’est parce qu’elle dérange cette double l 14
action organique , qüe l’irritation concourt à la formation des produits accidentels. Tout modificateur, par cela seul qu’il change le mode normal de nutrition ou de sécrétion, peut également donner naissance à ces produits. Qu’il agisse d’ailleurs ou en excitant ou en débilitant, cela importe pour la détermination du traitement à suivre , mais nullement pour la formation même du produit. Si ce produit prend souvent naissance dans un organe dont le mouvement vital a pris antécédemment une insolite activité , d’autres fois aussi il apparaît là où il y a activité moindre de ce même mouvement vital. C’est ainsi que la mélanose , qui se forme fréquemment dans des poumons chroniquement irrités , vient aussi à se déposer dans des poumons très-sains de vieillards* poumons dont les éléments anatomiques s’atrophient, et qui vivent réellement moins que des poumons d’enfants ou d’adultes.
Il y a dans chaque individu certaines manières d’être qui fondent les diverses constitutions, et qui, imprimant un caractère spécial à l’innervation, à l’hématose, à toute nutrition et à toute sécrétion, sont la cause réelle, nécessaire, des productions morbides. Ces constitutions peuvent être indépendantes de l’organisation primitive de l’être: elles peuvent lui avoir été données par les influences extérieures. Ainsi l’habitation d’un air froid, humide et sans soleil, modifie l’économie de telle sorte, que dans tout organe vient à naître une disposition à la sécrétion du tubercule : ainsi, dans ce même air, on voit des entozoaires se développer avec abondance, soit dans le tube digestif, soit ailleurs; une alimentation aqueuse, insuffisamment réparatrice , produit chez les moutons la douve du foie ( fasciola hepatica ), et chez l’homme, un régime trop fortement azoté donne naissance à une sécrétion surabondante d’acide urique, soit dans les reins, soit dans d’autres parties où ilnes’en forme pas ordinairement. Indépendamment de ces influences extérieures, il est d’autres influences qui résident dans l’être lui-même. Ainsi, à mesure que chaque âge apporte dans l’organisme des modifications nouvelles , des sécrétions morbides, de nature diverse, tendent à s’effectuer. Dans l’enfance, par exemple, le tubercule est la plus fréquente de ces sécrétions ; dans la vieil- .lesse, c’est la mélanose.
Les produits des sécrétions morbides sont nombreux et très-variés; aussi a-t-on cherché à les classer et à les distinguer par des noms. Mais tout ce qui a été tenté à cet égard ne peut être considéré que comme du provisoire. Ainsi ce ne peut être que provisoirement qu’on est convenu de distinguer certains produit les uns des autres, en les dénommant tantôt d’après leur forme (tubercule), tantôt d’après leur couleur ( mélanose), tantôt d’après leur ressemblance plus ou moins grossière avec divers corps, soit avec de la cole ( matière colloïde ) , soit avec la substance du cerveau ( matière encéphaloïde). Qui ne sent que toutes ces dénominations appartiennent encore à l’enfance de la science? convaincus de leur insuf-
fisance, essayerons-nous de leur substituer d’autres dénominations ? nous éprouverons un grand embarras, parce que les données scientifiques nous manqueront. Chercherons-nous en effet à dénommer les productions morbides d’après leurs caractères chimiques? nous ne le pourrons pas; car les produits les plus dissemblables sous beaucoup de rapports présentent à l’analyse des principes identiques, soit de l’albumine, soit de la fibrine, soit d’autres matières animales, qui ne se rapportent d’une manière bien tranchée à aucun des principes immédiats bien connus.
Les produits de sécrétion morbide , quels que soient leurs caractères chimiques ou physiques, peuvent se diviser en deux grandes classes, suivant qu’ils offrent on non des caractères d’organisation et de vitalité. Je crois cette division bonne à établir, parce . qu’elle fixe dans l’esprit un des phénomènes les plus importants à connaître des productions accidentelles. Voici donc l’ordre dans lequel ces productions pourraient être classées et décrites.
Dans une première classe pourraient être rangés tous lesproduitsde sécrétion morbide , qui jusqu’à présent n’ont manifesté aucun caractère d’organisation , aucune trace de vitalité.
Ces produits présentent tous les degrés de consistance; ils sont indifféremment solides ou liquides; le même produit peut tour à tour offrir l’un ou l’autre de ces états ; liquide d’abord, il peut ensuite se solidifier; solide dès qu’on commence à l’apercevoir , il peut se liquéfier plus tard. La chimie démontre surtout dans ces produits l’existence de l’albumine de la gélatine , et d’un certain nombre de sels. Cherche-t-on à en faire l’anatomie? on ne trouve dans ceux de ces produits qui sont solides, ni fibres , ni lames , ni aréoles , ni canaux , rien en un mot de ce qui annonce ordinairement un corps organisé. Les phénomènes de vie ne s’observent jamais en eux , mais seulement dans les tissus au milieu desquels ils se sont formés , soit que ces tissus les entourent ou les traversent. C’est également dans cestissusque réside la cause des changements que ces produits morbides peuvent éprouver, ainsi que j’ai cherchéàle démontrer plushaut.
Les produits de sécrétion morbide , qu’il faut ranger dans cette première classe , sont les suivants :
1° Le pus.
2° Le tubercule.
3° La matière colloïde.
4° Les matières grasses.
5° Les matières colorantes.
6° Les matières salines.
Ces divers produits peuvent d’ailleurs exister ou isolés , ou combinés de différentes manières.
Une autre classe de produits de sécrétion morbide diffèrent des précédents en ce qu’ils présentent des traces d’organisation, et qu’ils manifes*
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tent un certain nombre d’actes "vitaux. Ils paraissent être plus spécialement Composés de fibrine ; mais il s'en faut que dans tous les cas la nature de la matière animale qui les compose soit bien connue.
Le plus simple dë ces produits , Gelui qui paraît être le point de départ de beaucoup d’autres , c’est un fragment de fibrine pure , qui peut être ou coagulée dans les vaisseaux sanguins , on épanchée hors de ces vaisseaux. Ce fragment de fibrine apparaît comme une masse rouge ou blanche , de consistance variable, apte â s’organiser et â vivre, mais qui n’est encore ni organisée ni vivante.
Cette masse fibrineuse, semblable âü germe fécondé, peut devenir le siège d’un véritable mouvement organique , qui se manifeste â nous 1 0 par nne tendance de plus en plus grande à revêtir une des textures simples ou complexes que l’on retrouve dans les divers degrés de la série animale; 2° par l’accomplissement de sécrétions diverses ; 3° par l’apparition des différents phénomènes morbides qui se manifestent dans un tissu, lorsqu’un travail d’irritation l’a éloigné de son état normal. Ainsi , comme l’être doué de vie , cette masse fibrineuse se nourrit , absorbe , sécrète , et est susceptible de maladie.
Ces phénomènes , qui révélent là vie partout où ils existent , peuvent se passer dans un morceau de fibrine , sans qu’on y rencontre aucun organe proprement dit , aucune texture bien distincte. Il a la vie imparfaite de ces zoophytes qui ne consistent non plus qu’en une masse gélatineuse amorphe. Eux aussi se nourrissent, absorbent, sécrètent, sans qu’ils aient un vestige d’appareil circulatoire. On comprend ainsi comment de la sérosité peut être exhalée au sein d’un simple fragment de fibrine coagulée , comment elle peut y être déposée dans des cellules plus ou moins régulières , qui se forment pour la recevoir ; comment, dans ce morceau de fibrine, du pus peut se former; comment, enfin, toute sécrétion morbide peut s’y accomplir. J’ai trouvé plusieurs fois de petits foyers de pus au milieu de caillots fibrineux qui existaient en un point des cavités du coeur; il n’y avait nulle part de travail de suppuration, et rien ne prouvait que ce pus y eût été porté par voie d’absorption. ï)ans un autre caillot très-ferme , et qui adhérait très-intimement aux parois de l’appendice de l’une des oreillettes , j’ai trouvé une matière blanche semblable à un peu de plâtre délayé dans l’eau, telle qu’on en trouve fréquemment dans les poumons. Chez l’individu où fut observée cette concrétion semi-calcaire, qui me sembla résulter d’une sécrétion morbide opérée dans le caillot lui-même, les poumons et les autres solides ne contenaient aucune concrétion.
La fibrine, solidifiée dans les vaisseaux sanguins, constitue quelquefois dans les organes des tumeursdont l’origine aété méconnue. Les exemples suivants éclaireront ma pensée. Sur le cadavre d’un homme de moyen âge, je trouvai l’un des poumons rempli de masses blanchâtres semblables à celles
qui constituent les tumeurs dites cancéreuses de cet organe. L’artère pulmonaire, dans ses moyennes ramifications , était remplie par une matière solide, d’un blanc sale, rougeâtre en quelques points, liquide et semblable à une bouillie grisâtre en quelques autres; cette matière, attentivement examinée , ne me parut être autre ehose que du sang solidifié , réduit à l’élément fibrineux , avec conservation de la matière colorante en quelques points, et ça et là liquéfaction de la fibrine. En poursuivant ma dissection, je constatai dans les plus petits vaisseaux, aussi loin qu’il me fut possible de les suivre , la présence d’une semblable matière, et j’arrivai ainsi à me convaincre que les masses blanchâtres qui parsemaient le poumon, au lieu d’être ou une dégénération du tissu de cet organe , ou un tissu accidentel formé de toutes pièces au milieu de lui , n’étaient autre chose que des assemblages de petits vaisseaux remplis par de la fibrine solide, et en grande partie décolorée. Ce n’est pas là le seul cas de ce genre que j’aie observé : j’en ai vu un semblable dans le foie ; dans cet organe aussi je me suis assuré que certaines masses dites cancéreuses sont produites par des ramifications de la veine porte, remplies de fibrine solide, plus ou moins complètement décolorée. J’ai vu la même chose dans un rein î une concrétion fibrineuse , d’un blanc sale , remplissait la veine émuigente, aux parois de laquelle elle adhérait fortement ; elle se prolongeait dans les divisions de cette veine, et on pouvait la suivre, dans ses plus petits rameaux, dans les points du rein où, avant cette dissection, l’on n’avait vu autre chose que des masses blanches, ou d’un rouge pâle, que Laennee aurait appelées du tissu encéphaloïde à l’état de crudité. Si cet aspect peut être donné par de la fibrine coagulée encore contenue dans ses vaisseaux, il peut l’être aussi par cette même fibrine sortie de ses vaisseaux , et rassemblée en masse plus ou moins considérable au sein d’un organe quelconque. Telle me paraît être la nature d’un certain nombre de tumeurs appelées par Laennee tumeurs encéphaloïdes.
Nous venons de trouver dans cette masse fibrineuse des actes vitaux manifestes, avant d’y avoir découvert encore de trace d’organisation, dans l’acception du moins que l’on donne ordinairement à ce mot. Elle va maintenant nous présenter d’autres phénomènes, qui, dans leur développement successif, nous rappelleront lesmétamorphosesdiverses du germe depuis l’instant de sa fécondation jusqu’à celui où il arrive à être un animal parfait, devenu apte à vivre d’une vie propre et indépendante. Le premier rudiment d’une tendance à une véritable organisation va se manifester dans ce produit morbide par l’apparition de points rouges, semblables à ceux qu’on observe dans la membrane vitellaire du poulet. Ainsi dans ce produit pathologique , comme dans le produit de la conception , les éléments chimiques viennent à se combiner de telle sorte qu’il en résulte la formation d’une matière colorante semblable à celle du sang. Quelques points rouges, semblables à de petits amas de sang, disséminés '
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à l’intérieur ou à la surface d’une masse blanchâtre , yoilà souvent tout ce qu’on observe. D’autres fois, au lieu de points, l’on observe des lignes, des sillons rougeâtres , variables en longueur et en direction : tantôt ces premiers linéaments des vaisseaux restent isolés les uns des autres; tantôt ils s’abouchent, s’anastomosent, et, en s’entrecroisant en sens divers, ils forment un réseau à mailles plus ou moins fines. D’autres fois, enfin, ce sont de véritables vaisseaux que l’on observe ; on peut les séparer de la masse qu’ils parcourent, , ce qu’il était impossible de faire dans le cas précédent ; ordinairement ils sont remarquables par leur extrême finesse. En se développant, quelques branches de ce système circulatoire particulier, isolé à son origine comme l’est celui de la membrane du jaune, finissent par s’aboucher avec les vaisseaux des tissus environnants.
Il peut arriver qu’au lieu de trouver dans le produit de sécrétion morbide du sang contenu dans des vaisseaux à développement plus ou moins parfait , ces vaisseaux manquent , et qu’au sein du produit pathologique soit épanché du sang liquide qui s’y est rassemblé en foyer, comme nous avons vu déjà que peut s’y rassembler de la sérosité ou du pus. De pareils épanchements de sang sont en effet loin d’être rares; ainsi, dans ce cas, il y a du sang sans qu’il y ait des vaisseaux. Il y a d’autres cas où une hémorrhagie véritable a lieu : c’est-à-dire que le sang s’échappe de vaisseaux dont l’inspection démontre l’existence. On comprend que leurs parois très-minces doivent se rompre avec une grande facilité.
Une fois que des vaisseaux se sont développés au sein du produit morbide, ou que, sans vaisseaux, des courants sanguins y ont pris naissance (1), cette masse amorphe tend à perdre son homogénéité et à revêtir
(1) Les recherches récentes faites en Allemagne par le docteur Dollinger confirment pleinement les résultats obtenus déjà par d’autres observateurs : il me paraît démontré maintenant que dans une matière animale en voie de formation, des courants liquides peuvent s’établir, sans que des conduits particuliers leur livrent passage. Chez beaucoup d’animaux inférieurs, le sang ou le liquide qui le remplace n’est non plus renfermé dans aucun vaisseau ; il se trace des voies à travers les solides. Enfin if y a aussi des courants sanguins, sans vaisseaux , dans les diverses trames organiques, chez les animaux supérieurs. C’est un curieux spectacle que de voir au sein de ces trames des globules de sang se séparer,, soit de la matière solide, soit d’autres globules en mouvement, et après avoir cheminé dans des directions diverses, soit seuls, soit unis à d’autres globules , tantôt aller se perdre dans d’autres courants, tantôt se fixer dans la matière solide ; de telle sorte qu’entre celle-ci et le sang il n’y a d’autre différence que l’état de repos ou de mouvement. Un tissu quelconque, c’est la matière animale en repos; le sang, c’est la matière animale du mouvement. Quelle est la force qui produit celle-ci et donne naissance aux courants? Nous l’ignorons ; car il est bien clair que ce n’est rien dire du tout que d’alt ribuer ce mouvement à la vie . Autant vaudrait dire que les corps célestes vivent aussi parce qu’ils se meuvent. S’il me fallait faire une hypothèse, je serais porté à admettre que dans ce passage de la matière animale de l’état de repos à l’état de mouvement, l’électricité joue un rôle; remarquez en effet que dans le corps de l’électricité doitten-
une texture. Les éléments anatomiques qui la composent s’arrangent en fibres , en lames , en cellules on en réseaux ; on les yoit prendre l’apparence de tous les tissus de l’état normal , à l’exception de deux de ces tissus, le musculaire et le nerveux.
Les productions morbides, aptes à s’organiser et à vivre peuventsemontrer partout où il y a du sang ; dans Jeurs apparences variées , ces productions ne sont-elles autre chose que des modifications de l’élément fibrineux, seule partie qui dans le sang soit susceptible de se coaguler spontanément, et de présenter, une fois coagulée , des phénomènes d’organisation? Ces productions morbides ont été trouvées dans les vaisseaux euxmêmes , dans les plus gros comme dans les plus petits , et c’est là surtout qu’on a pu suivre par degrés toutes les transformations delà fibrine, depuis son simple état de coagulation jusqu’à sa vascularisation , et l’accomplissement de sécrétions morbides dans son intérieur. Plus d’une fois on a vu du sang sorti d’un vaisseau blessé se coaguler dans le tissu cellulaire environnant , et y revêtir des caractères distincts d’organisation ; ainsi Hunter a injecté des vaisseaux formés au sein d’un caillot , et plus récemment une injection semblable, a été pratiquée par Éverard Home.
Mais ce n’est pas seulement lorsqu’un vaisseau a éprouvé une solution de continuité que la fibrine peut ainsi s’en échapper pour venir se déposer et s’organiser autour de son conduit naturel ; il peut arriver que, sous l’influence de causes plus ou moins appréciables , cette fibrine abandonne, seule ou avec une quantité variable de matière colorante , les autres éléments du sang , et que , sortant des vaisseaux par un travail morbide, elle vienne prendre place au sein des différents tissus. Cela est de toute évidence dans les cavités des membranes séreuses ; nous verrons plus bas qu’il a été démontré par l’analyse chimique, que la matière organisable, exhalée à la surface libre de ces membranes dans les cas de pleuresie, de péritonite , etc. , n’est autre chose que de la fibrine. La matière plastique, qui se forme partout où a eu lieu une solution de continuité (lymphe coagulable des Anglais), est également de la fibrine. L’analogie me porterait à penser que c’est ce même principe , qui , dans la trame même des divers tissus , soit membraneux , soit parenchymateux , constitue la base de tout produit morbide , lorsque ce produit manifeste quelque caractèrd’organisation. Du reste, dans l’état actuel des connaissances chimiques, l’albumine et la fibrine ne se présentent pas toujours avec des carac
dre sans cesse à se produire, soit parce que dans le corps des frottements continuel sont lieu, soit parce que des substances hétérogènes s’y trouvent partout en présence, etc.
L’apparition de courants sanguins au sein d’un grand nombre de productions morbides, avant qu’on n’y découvre de vaisseaux, devrait donc être admise comme un fait qui rentre dans un autre fait très-général, quand même par l’observation on ne l’aurait pas directement démontrée.
PRÉCIS
tères qui permettent de distinguer facilement ces deux principes l’un de l’autre. N’y a-t-il pas des cas où l’albumine, en se solidifiant , se modifie de telle sorte quelle devient peu à peu fibrine ? N’a-t-on pas dit que l’albumine du chyle se rapprochait d’autant plus de la fibrine , qu’on l’examinait plus près du canal thoracique ? Ici donc notre science anatomique reste vague , parce que la chimie l’est elle-mêne.
Les produits morbides qui viennent d’être passés en revue vivent tous de la vie du reste du corps ; ils lui adhèrent et communiquent avec lui , soit par des vaisseaux, soit par d’autres liens. Hais il n’en est pas toujours ainsi : d’autres produits morbides n’ont plus avec les tissus qui les entourent aucune sorte de connexion ; et d’abord à cette classe pourraient se rapporter quelques concrétions fibrineuses , qui , nageant au milieu du liquide d’une cavité séreuse , présentent déjà un travail de vascularisation. Béclard montrait dans ses cours des pièces de ce genre , et j’en ai vu moimême plus d’un exemple. Au lieu de ces masses comme floconneuses qui ont une organisation avant d’avoir une forme , on trouve quelquefois , également libres au sein d’un amas de sérosité , des kystes à parois transparentes, et qui contiennent dans leur intérieur un liquide semblable à celui au milieu duquel ils nagent. Dans ce produit , il y a, de plus que dans le précédent, une forme bien déterminée. Le cas le plus remarquable de ce genre que j’aie eu occasion d’observer est le suivant : sur un singe dont je fis l’ouverture avec H. Magendie en 1818, je trouvai l’une des plèvres remplie d’une grande quantité de sérosité, au milieu de laquelle nageaient une quarantaine de petits corps, exactement sphériques, ayant , terme moyen , la grandeur d’une noisette , doués d’une grande élasticité qui les faisait rebondir sans se déchirer, lorsqu’on les jetait à terre. Chacun de ces corps représentait un kyste , dont les parois incolores et transparentes étaient constituées par un tissu homogène dans tous ses points , semblable à du tissu séreux, lisse à ses deux faces, sans apparence de bourgeons ou de granulations. Le liquide qu’il contenait était d’une limpidité parfaite. On rencontre plus fréquemment des kystes de ce genre dans les cavités séreuses accidentelles , et souvent alors il y en a plusieurs contenus les uns dans les autres. La texture de leurs parois n’a pas toujours la fermeté , la densité , la résistance du tissu séreux naturel : ces parois semblent parfois n’être constituées que par une sorte de matière gélatineuse , qui s’écrase sous le doigt comme de la glu , ou bien encore qui ressemble assez bien au tissu de la cornée transparente , ramolli par une macération prolongée. Cette matière ne se trouve pas toujours arrondie en kyste ; on la rencontre quelquefois sous l’apparence de filaments ou de toile informe suspendue au milieu d’un liquide séreux ou autre ; c’est donc au milieu de ce liquide qu’elle se forme , d’abord amorphe , pour s’arranger plus tard en kyste , comme s’y forme le flocon fibrineux , qui d’abord également amorphe et sans texture , plus tard se vascu-
larisera , et deviendra le siège des sécrétions et des nutritions les plus diverses. Ce n’est pas tout : au lieu de ces simples kystes, on peut trouver, au sein des divers liquides naturels ou accidentels , des corps plus compliqués, qui, outre une vessie remplie d’un fluide aqueux , présentent des parties qui , par leur forme et leur situation , donnent à ces corps vésiculeux l’apparence d’un animal : ainsi c’est un appendice semblable à une tête, qui surmonte la vessie dans laquelle elle rentre, et d’où elle sort alternativement. Cette tête peut être simple ou multiple ; elle présente des orifices , qui semblent être tantôt des suçoirs , tantôt des organes de progression. Peu à peu la forme vésiculaire se change en une forme aplatie ou cylindrique ; les caractères d’animalité se prononcent dès-lors de plus en plus , soit par la manifestation de mouvements bien dessinés , soit par 1 apparition d’organes aussi distincts , aussi complets que ceux d’un vertébré. Nous nous élevons donc peu à peu et par degrés du simple flocon de fibrine déposé au sein d’une cavité séreuse jusqu’au strongle ou à l’ascaride lombricoïde; ainsi dans la formation de l’embryon, nous le voyons s’élever de l’état où il n’est qu’une masse sans forme et sans texture , jusqu’à celui où il a acquis tous les organes d’un vertébré ; ainsi, dans l’échelle des êtres, nous voyons la vie se développer avec l’organisation depuis la matière verte jusqu’à l’homme. Dans cette série de transformations qui se passent au sein du corps , comme elles ont lieu partout où il y a de la matière , il me semble oiseux de rechercher le point où commence ce qu’on appelle un animal. Si on donne ce nom au kyste séreux contenu dans une cavité au sein de laquelle il nage libre ( acéphalocyste de Laennec ) , pourquoi le refuserait-on au flocon fibrineux qui nage libre aussi, et pourvu de vaisseaux, dans un liquide? Mais alors où s’arrêtera-t-on? si l’on donne le nom Ü animal à tout agrégat matériel qui , développé au sein d’un autre être , se nourrit, se conserve et s’accroît sans avoir aucune connexion de tissu avec cet être, les kystes séreux dont il vient d’être question devront être rangés au nombre des animaux, et c’est ce qu’avait fait Laennec. Que si, au contraire , on ne reconnaît l’animalité que là où l’on observe quelque trace de sensibilité et de motilité (1) , ces kystes ne seront point regardés comme des animaux. Ce n’est donc là, selon moi, qu’une dispute de mots , qui ne se terminera que lorsqu’on aura hien déterminé ce que c'est qu’un animal , et à
(1) Frappés des mouvements remarquables qu’exécutent les globules sanguins, quelques auteurs ont été jusqu’à en faire des animalcules infusoires ; mais à cela, il y a à dire que ces mouvements ne sont pas vraisemblablement spontanés, bien que parfois ils en aient toute l’apparence ; ils sont le produit d’une force étrangère, électrique ou autre. Rendez cette force inhérente au globule lui-même, et il deviendra un animal. C’est donc la spontanéité d’action qui semble plus particulièremept caractériser l’animal; ce n’est pas telle forme ou telle structure.
PRECIS
quel degré ou à quel mode d’arrangement de matière il faut ou commencer, ou cesser d’imposer cette dénomination.
Je viens d’indiquer les principales variétés de forme , de texture , de situation , que sont susceptibles de prendre les produits morbides organisâmes. Développés sur les surfaces libres des membranes, ils constituent les pseudo-membranes ; développés dans le tissu cellulaire , soit libre , soit combiné aux parenchymes des organes , ils constituent des productions qui diffèrent de la matière des pseudo-membranes beaucoup moins par leur nature que par la forme à laquelle les assujettit leur lieu de développement; leur apparence est variable comme celle des pseudo-membranes : ces variétés d’apparences portent principalement sur leur consistance, sur leur couleur, sur leurs divers degrés de vascularisation. Ici, autant qu’on voudrait ,~ on créérait, on multiplierait les espèces de productions morbides, si à chacune des variétés d’apparences on croyait nécessaire d’imposer un nom particulier. C’est ce que Laennec avait fait pour l’une d’elles en l’appelant matière encéphaloïde. Mais , dans cette création d’espèces , il n’y aurait à mon avis rien de philosophique , rien de profitable pour la science. Qu’importent ici les apparences? ce qui importe , c’est de voir, à travers les apparences diverses de ces productions, la nature identique de toutes ; c’est de savoir que dans toutes il y a tendance au développement d’une organisation ; c’est de ne pas oublier que dans toutes peuvent s’accomplir les phénomènes essentiels à toute vie : la nutrition , la sécrétion et l’absorption ; que dans toutes, enfin, s’il y a du sang, il peut se former des hyperémies ; s’il y a une sécrétion, il peut se former du pus, des tubercules, etc.
Pour ces produits morbides susceptibles de s’organiser et de vivre, il me semble que deux seules classes doivent être admises.
La première classe comprend ceux de ces produits qui vivent d’une vie commune avec le reste du corps. Ils dépendent de celui-ci comme en dépend un organe ; ils se continuent avec lui comme se continue cet organe ; 'les divers rapports matériels qu’a celui-ci avec le corps , il les ont également. Tantôt ils sont déposés sur une surface ; tantôt ils naissent et s’accroissent dans une trame organique.
La seconde classe comprend les entozoaires, c’est-à-dire les divers produits morbides qui , au sein de l’être où ils ont pris naissance , ont une vie tout individuelle , comme serait celle d’un animal. Et , en effet , la plupart sont des animaux aussi parfaits que ceux qui occupent certains degrés de l’échelle zoologique.
En définitive , il m’a semblé que la classification la plus philosophique des produits de sécrétion morbide , la plus en rapport avec la marche actuelle de la science, classification provisoire, toutefois, comme les autres, était la suivante.
Première Classe ,
Produits de sécrétion morbide non organisables.
Premier Genre.
, Ç Pn c
Matières d apparence albumineuse. < Tubercule Deuxième Genre.
Matières d’apparence gélatineuse. Type : Substance colloïde de Laennec.
Troisième Genre.
Matières grasses.
Quatrième Genre.
Matières salines.
Cinquième Genre.
Matières colorantes.
Deuxième Classe.
Produits de sécrétion morbide organisables.
Premier Genre.
Matière organisable déposée à la surface des organes. Élément chimique démontré : Fibrine.
Terme générique : Pseudo-membranes .
Deuxième Genre.
Matière organisable déposée dans la trame des organes. Élément chimique 'présumable : Fibrine.
Squirrhe.
Sarcome simple.
Sarcome charnu.
Sarcome vasculaire.
Sarcôme médullaire.
Encéphaloïde.
Fongus hématode.
Troisième Classe.
Produits organisés jouissant d’une vie individuelle. Éléments chimiques : multiples comme dans tout animal. Terme générique : Entozoaires.
Noms divers qui lui ont été imposés.
PRÉCIS
C’est dans cet ordre que je vais décrire ces divers produits de sécrétion. Il en est quelques-uns que je ne ferai qu’indiquer, soit en raison de leur peu d’importance, soit parce que sur eux on ne sait encore que trèspeu de chose , et qu’à leur égard il y a dans la science des lacunes à remplir.
PREMIÈRE CLASSE