‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 34 sur 175 · GENRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

GENRE CINQUIÈME

matières colorantes.

La formation des matières colorantes au sein des tissus est un des phénomènes les plus universels que présente le règne organisé, soit végétal, 6oit animal. L’homme de la race blanche est un des êtres chez lesquels on trouve le moins répandues ces matières colorantes, qui deviennent, au contraire , et plus abondantes et plus variées dans les êtres des classes inférieures. Chez lui, cependant, on trouve encore quelque vestige de matière colorante ou de pigmentum, 1° dans le système pileux ; 2° dans la membrane choroïde ; 3° dans la membrane iris ; 4° dans quelques points du cerveau , où apparaissent normalement des taches noires , brunes ou jaunes.

Yoilà seulement en quels lieux se montrent physiologiquement , chez l’homme, des dépôts de matière colorante. Y ajouterai-je le poumon du vieillard? la couleur noire qui teint les parois des vésicules pulmonaires ou les interstices celluleux qui les séparent est si commune , et paraît si indépendante de toute altération, que cette coloration noire du poumon semblerait être chez le vieillard un état physiologique. Cette sécrétion de matière colorante dans le poumon des individus avancés en âge suppléet-elle à la sécrétion qui chez eux cesse le plus ordinairement de s’effectuer par le système pileux? est-elle en rapport avec une modification dans la structure du poumon? est-elle liée à une augmentation dans la quantité variable de carbone qui doit se séparer du sang aux différentes époques de l’existence ? Nous ne discuterons pas ici ces questions, dont nous chercherons à donner la solution plus tard. ( Maladies de Vappareil respiratoire.)

Les matières colorantes , avec toutes leurs nuances , ont été vues accidentellement dans tous les tissus, Soit combinées avec eux, soit déposées à leur surface, tantôt liquides et tantôt solides. Elles peuvent n’être accompagnées d’aucune autre espèce d’altération ; d’autres fois elles coïncident avec diverses lésions de nutrition ou de sécrétion ; souvent, par exemple, les tissus indurés se colorent en brun, en noir ou en jaune; les anciennes solutions de continuité des membranes muqueuses se teignent aussi assez fréquemment en un noir plus ou moins foncé. Divers produits de sécrétion peuvent être également teints par une certaine quantité d’un pigmentum accidentel ; cela n’est pas très-rare pour le tubercule .

Les dépôts de matière colorante sont assez souvent précédés par un travail d’irritation manifeste. La peau nous en offre plus d’un exemple;

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c’est ainsi que, là où a existé une dartre ou un ulcère, l’on observe , parfois , long-temps après la disparition complète de l’une ou de l’autre de ces affections , une coloration grise , brune , jaune , etc. Mais sur cette même peau des dépôts de matière colorante peuvent aussi se former sans aucune irritation antécédente ; en un ou plusieurs points de l’étendue de cette membrane on voit des taches se former, s’étendre, se multiplier sans aucun autre phénomène ; la peau est modifiée dans sa couleur : voilà tout. On a vu des cas où la peau d’individus de la race blanche est devenue tout-à-coup noire partiellement ou en totalité ; d’autres fois des individus de la race noire sont devenus blancs partiellement. Dans ces additions comme dans ces soustractions de matière colorante , quel rôle joue l’irritation? aucun qui soit du moins appréciable. Yoilà donc encore un cas où l’irritation favorise une sécrétion morbide, mais n’en est pas la cause nécessaire.

Deux matières colorantes , l’une noire et l’autre jaune, ont reçu des noms particuliers et méritent d’être décrites à part. La matière colorante noire, ou se rapprochant plus ou moins du noir, a été appelée mélanose. La matière colorante jaune a été récemment décrite sous le nom de kirronose.

ESPÈCE PREMIÈRE

MÉLANOSE.

On a donné le nom de mélanose à une production accidentelle, qui a pour caractère distinctif une couleur noire plus ou moins foncée.

La mélanose a été ainsi dénommée et décrite pour la première fois par M. Laennec. Bulletins de la Société de V École de médecine, 1806, n° 2.) Depuis, plusieurs médecins français et étrangers ont recueilli des observations de mélanoses trouvées dans divers organes. En 1821, M. le docteur Breschet a publié de nouveaux faits sur la nature des mélanoses, sur leur composition chimique, sur les dispositions variées quelles affectent dans les diverses parties du corps de l’homme ou des animaux. Enfin récemment MM. Trousseau et Leblanc viennent par leurs ïecherches d’ajouter un nouvel intérêt à l’histoire de la mélanose. (. Archives de Médecine, juin 1828.) .

Les mélanoses peuvent exister sous quatre formes : 1° on les voit assez souvent constituer des masses enkystées ou non enkystées ; 2° la matière qui les compose peut, à l’instar de la matière tuberculeuse , être.à l’état d’infiltration dans différents tissus ; 3° elle peut être répandue, comme une couche plus ou moins épaisse, à la surface libre desorganes membraneux ; 4° enfin cette matière peut exister à l’état liquide, soit pur, soit mêlé à d’autres liquides . Les trois premières espèces de mélanose ontétéadmises par M. Laennec;

quant à la quatrième , il n’en parle point , et cela devait être , puisque , donnant à la mélanose le nom de tissu , il ne pouyait point regarder comme tel une matière liquide. Mais pour ceux qui envisagent autrement la mélanose , et qui ne la considèrent que comme un simple dépôt inorganique de matière colorante , son état liquide n’est pas plus difficile à concevoir que son état solide. Quoi qu’il en soit, occupons-nous d’abord de décrire ces quatre formes principales sous lesquelles, selon nous, peut également se montrer la mélanose.

A. Mélanose en niasse. On a aussi donné à cette première forme le nom d entasse ou de concrétion mélanique. Assimilées parM. Laennec aux productions accidentelles qui sont sans analogue dans l’état sain, les masses mélaniques , d’après ce professeur , présentent dans leur existence deux périodes ou états : 1° un état de crudité ; 2° un état de ramollissement.

Dans leur état de crudité, les mélanoses en masse présentent les caractères anatomiques suivants : leur couleur n’est pas toujours exactement la même. Quelques-uns sont d’un brun-jaunâtre, de sorte que, sous le rapport de la couleur, le nomde mélanose ne convient plus à cette variété: plusieurs ont une teinte de bistre ; d’autres ont une couleur de suie; d’autres enfin sont d’un beau noir foncé ; écrasées sur du linge ou sur du papier blanc , elles le colorent comme l’encre de la Chine. Leur forme est tantôt sphérique , exactement arrondie , tantôt irrégulière , de manière à représenter des figures bizarres, qu’on ne peut plus comparer à aucune forme géométrique. Certaines masses mélaniques sont parsemées d’aspérités, elles sont bosselées et comme mamelonnées à leur périphérie; d’autres ressemblent assez exactement à des baies de cassis ou aux fruits du mûrier ; d’autres enfin , au lieu de présenter un aspect uniforme et de ne constituer qu’un tout homogène , sont divisées en lobules que sépare un tissu cellulaire plus ou moins abondant , ou bien encore elles semblent comme formées par un assemblage de lames , de feuillets superposés ou placés de champ.

La consistance des masses mélaniques peut être comparée , dans un grand nombre de cas , à celle du suif, et dans d’autres circonstances à celle des ganglions lymphatiques.

Leur volume peut varier généralement depuis celui d’un grain de millet , ou d’un petit pois , jusqu’à celui de deux œufs de poule réunis. Cependant on a vu quelquefois des masses mélaniques beaucoup plus considérables ; on en a trouvé , par exemple , dans l’abdomen des chevaux , y constituant des tumeurs énormes qui pesaient jusqu’à trente-six livres. Mais généralement ces volumineuses tumeurs sont formées de plusieurs masses mélaniques qui , après s’être développées isolément , se sont ensuite rapprochées , réunies , et plus ou moins intimement confondues.

Cependant il arrive une époque , d’après M. Laennec, où les mélanoses

perdent de leur consistance, et tendent à se ramollir de leur centre vers leur circonférence. Lorsque ce ramollissement est encore peu avancé, la mélanose conserve sa forme; mais, soit par l’incision, soit par la pression, on voit suinter de son intérieur un liquide roussâtre , brun ou noir, au milieu duquel sont suspendus des grumeaux noirs plus ou moins abondants. A une période plus avancée de son ramollissement, la mélanose cesse de constituer une matière solide ; elle est transformée , d’abord partiellement , puis en totalité , en une sorte de pulpe ou de bouillie noirâtre. Alors autour de celle-ci commence à s’établir un travail d’inflammation éliminatoire ; à l’instar des corps étrangers , la mélanose ramollie tend à se frayer une route au-dehors, et, en raison du lieu qu’elle occupe, elle est évacuée avec plus ou moins de facilité et de promptitude. A la place quelle occupait existe alors une cavité ulcéreuse qui , en raison de sa position , de l’organe où elle a son siège , et des dispositions de l’individu , peut s’agrandir , rester stationnaire ou tendre à se cicatriser.

Telle est la description qui a été généralement donnée de la période de ramollissement des mélanoses. Mais notons d’abord que ce ramollissement est un phénomène fort rare. M. Laennec ( Traité de V auscultation médiate, tome Ier, page 293) dit n’avoir jamais trouvé lui-même dans le poumon des excavations occasionnées par la mélanose ramollie. Il en cite, comme en fournissant des exemples, les observations XX et XXI de l’ouvrage de Bayle, sur la phthisie pulmonaire. Dans ces deux observations, le parenchyme pulmonaire , dur et noir , était creusé par un grand nombre de petites cavités dont les parois étaient tapissées d’une couche de pus. Il nous semble que rien ne prouve que ces cavités aient été produites , comme le pense M. Laennec , par un ramollissement de mélanoses, puisqu’on ne trouvait dans leur intérieur aucune trace de cette production accidentelle : elles auraient pu être tout aussi bien considérées comme dues à la fonte de petits tubercules isolés , ou bien à des dilatations partielles de bronches. Plusieurs fois, en effet, j’ai rencontré des cavités semblables à celles dont il est question dans les observations de Bayle , entourées également d’un tissu pulmonaire dur et noir , et la dissection m’a convaincu que ces cavités n’étaient autre chose que des bronches dilatées. Je serais fort porté à croire que ce qu’on a appelé ramollissement de la mélanose dépend tout simplement, dans certains cas, du ramollissement même des tissus naturels ou accidentels , auxquels cette production était unie et comme combinée.

Il est des cas où dans une masse mélanique l’on ne trouve pas également consistants les divers lobules qui souvent la composent. Quelques-uns ne présentent même plus une substance solide ; ils ressemblent à une bouillie d’un noir plus ou moins foncé ; enfin, en d’autres points de la tumeur, on ne trouve aùtre chose qu’un liquide noir contenu dans une poche à parois celluleuses. M. Trousseau, qui a cité des faits de ce genre, les donne

comme propres à démontrer le ramollissement de lamélanose; mais une pareille question me semble bien délicate : on peut tout aussi bien admettre que cette bouillie ou ce liquide noir sont des produits de sécrétion qui se sont formés à cet état, sans avoir été préliminairement plus durs. Une pareille opinion serait d’autant plus admissible, que, d’après des cas que nous citerons plus bas , on ne peut guère douter que souvent la mélanose ne soit sécrétée liquide dans la trame des tissus ou à leur surface, et n’y reste telle.

La mélanose en masse peut être entourée d’un kyste ou en être dépourvue. Le premier cas est infiniment plus rare que le second. En 1819, M. Laennec n’avait trouvé de mélanose enkystée que dans le foie et dans le poumon ; et encore n’en avait-il rencontré qu’une seule fois dans ce dernier. M. Breschet dit avoir constaté l’existence des mélanoses enkystées dans diverses portions du tissu cellulaire. Toutes les fois que j’ai eu occasion d’examiner des masses mélaniques , je les ai constamment trouvées dépourvues de kyste ; tantôt elles adhéraient intimement aux tissus environnants; tantôt elles leur étaient unies moins fortement, et pouvaient en être aisément détachées en entier sans qu’on les déchirât. Les auteurs qui disent avoir trouvé des mélanoses entourées d’un kyste décrivent celui-ci comme étant de nature celluleuse ; jamais ils ne l’ont trouvé ni fibreux, ni cartilagineux, ni osseux. Par sa face externe, ce kyste celluleux adhère lâchement aux tissus avec lesquels il se trouve en contact ; par sa face interne il semble envoyer assez souvent des prolongements très-fins dans l’épaisseur de la concrétion mélanique.

Vainement chercherait-on dans la mélanose en masse quelque trace d’organisation, on n’en trouve aucune. Elle n’offre qu’une masse homogène, qui n’est quelquefois divisée en lobules ou en lamelles que par du tissu cellulaire qui la parcourt sans lui appartenir. On n’y trouve d’ailleurs ni cavités , ni aréoles , ni fibres ; aucun vaisseau ne s’y distribue ; aucun nerf ne s’y rend ; en un mot, véritable produit inorganique, elle ne semble avoir aucun des caractères qui pourraient lui mériter le nom de tissu. Il nous semble donc qu’on n’a point employé un langage exact, lorsqu’on a donné à la mélanose le nom de tissu accidentel ; elle n’est pas plus un tissu que le tubercule, et, comme pour celui-ci, si l’on a vu quelquefois des phénomènes vitaux se manifester au sein d’une masse de mélanose, bien certainement ils avaient lieu dans les parties vivantes enveloppées et comme emprisonnées par cette masse.

B. Mélanose infiltrée. — On a décrit sous ce nom l’induration noire de certains organes, et en particulier du poumon et des ganglions lymphatiques. Cette induration, a-t-on dit, résulte de la présence dans le poumon ou dans tout autre organe d’un tissu de nouvelle formation, qui se trouve uni ou combiné , molécule à molécule , avec le tissu même de l’organe où il s’est développé. On conçoit qu’il en peut être ainsi dans un certain

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nombre de cas ; on conçoit que la matière colorante qui constitue la mélanose puisse se déposer et se solidifier dans chacune des mailles ou aréoles du parenchyme , d’où résultera une apparence d’endurcissement de celui-ci, comme tout-à-l’heure nous l’avons vue former un dépôt solide en un point circonscrit, et y constituer une masse ou concrétion mélanique. Mais je crois facile de démontrer que, dans le plus grand nombre des cas, l’induration d’un organe qui est en même temps coloré en noir est indépendante de cette couleur noire , et qu’elle est le simple résultat d’une phlegmasie chronique. Tel est le cas, par exemple, de l’induration noire du poumon, qui constitue la phthisie avec mélanose de Bayle.

En effet on retrouve cette même induration du parenchyme pulmonaire avec toutes les couleurs possibles , le rouge , le gris clair , le gris foncé, l’ardoisé. Dans certains cas, on peut suivre dans un même poumon la transition insensible de la teinte grise à la couleur noire la plus foncée, et, là où celle-ci n’existe pas, le parenchyme pulmonaire n’est pas moins dur. Il faut donc nécessairement en conclure que l’état d’endurcissement du poumon avec coloration noire ne diffère pas essentiellement de ce même état d’endurcissement avec coloration blanchâtre ou grisâtre. Dans ce dernier cas, on n’hésite pas à rapporter l’induration pulmonaire à une simple inflammation chronique : pourquoi n’en ferait-on pas dépendre l’induration noire ? Une simple nuance de couleur n’est certainement pas suffisante pour regarder comme différents deux états qui se ressemblent d’ailleurs tout-à-fait , soit sous le rapport de leurs autres caractères anatomiques , soit sous celui des symptômes qui les ont annoncés pendant la vie, soit enfin sous celui des causes qui leur ont donné naissance. Ainsi donc, ou il faut regarder la phthisie avec mélanose de Bayle comme une simple variété de pneumonie chronique, ou il faut augmenter encore le nombre des phthi9ies , et y rapporter, comme autant d’espèces distinctes , l'induration blanche, grise, jaune, du parenchyme pulmonaire. Il est des cas où , au milieu d’un parenchyme pulmonaire généralement sain, on trouve éparses quelques masses noires et dures , qui , au premier aspect , semblent être étrangères au tissu du poumon ; mais isolez, sans le couper ni le déchirer, un lobule où existe une de ces masses, vous verrez le lobule induré partiellement ou en totalité offrir plusieurs nuances de colorations î il sera grisâtre en plusieurs points, brunâtre en d’autres , et enfin tout-à-fait noir là où vous n’aviez d’abord connu autre chose que l’existence d’une masse mélanique ; alors celle-ci ne paraîtra plus que ce qu’elle est réellement, savoir : une portion même du tissu pulmonaire, chroniquement enflammée, indurée, et colorée en noir, comme les portions voisines, également indurées, sont colorées en rouge, en gris ou en brun.

Si les considérations précédentes conduisent à admettre que l’induration noire du poumon n’est autre chose qu’une pneumonie chronique avec

addition d’une matière colorante, on concevra des cas où celle-ci peut se former, sans que le tissu où elle a pris naissance se soit préliminairement induré ; c’est ce que ne pouvaient pas admettre les auteurs qui regardaient l’induration avec coloration noire comme appartenant à la présence de la mélanose. Aussi M. Laennec en a-t-il séparé avec soin cette simple couleur noire que l’on observe souvent dans les poumons, sousforme de lignes ou de plaques, sans que la consistance ordinaire de ces organes soit en rien changée. Mais, s’il est démontré que l’induration du poumon n’est pas le produit de la mélanose, et qu’elle coïncide simplement avec elle, il n’y aura plus de raison pour établir une distinction entre la coloration noire qui accompagne certaines indurations pulmonaires, et celle qui existe sans induration et dont M. Laennec a fait une classe à part , sous le nom de matière noire pulmonaire.

C. Mélanoses déposées sous forme de couches solides à la surface des membranes. — Cette forme de mélanoses a surtout été observée à la surface libre des membranes séreuses. Ainsi , chez les individus qui succombent à une péritonite chronique, on trouve assez souvent le péritoine tapissé partiellement ou en totalité par une couche solide d’un noir foncé qui a plusieurs lignes d’épaisseur. Mais , si l’on enlève cette couche do la surface du péritoine, on trouve qu’elle a tous les caractères despseudcmembranes des séreuses, et qu’elle ne diffère de celles-ci que par sa couleur noire : de ces faits il faut conclure , ce me semble, que beaucoup de productions mélaniques, rangées dans cette troisième classe, doivent rentrer dans la seconde, puisque, en dernier résultat, ce ne sont que des fausses membranes colorées en noir ou infiltrées de mélanose. Il est assez remarquable que cette coloration noire des fausses membranes ne se montre presque exclusivement que dans Le péritoine. Je ne l’ai jamais rencontrée dans les fausses membranes des autres séreuses , et en particulier dans celles de la plèvre.

La mélanose se montre aussi quelquefois sous forme de couche solide à la surface adhérente des membranes séreuses. J’en ai vu un exemple sur un cheval : la surface externe d’une anse intestinale était couverte , dans une étendue de cinq à six pouces de long sur trois de large, par une couche de matière noire , épaisse d’un demi-pouce environ , et d’une grande consistance. Elle était située dans le tissu cellulaire qui unit le péritoine à la tunique musculaire.

D. Mélanoses à Vétat liquide. *— M. Breschet a déjà désigné sous ce nom un certain nombre de matières liquides remarquables par leur couleur noire plus ou moins foncée , qui semblent résulter d’une sécrétion morbide de plusieurs organes. Ainsi , dans certains cas d’inflammations aiguës , et surtout chroniques , la membrane muqueuse gastrique sécrète un liquide dont on a comparé la couleur à celle de la suie ou du chocolat; il y a souvent une frappante ressemblance entre ce liquide fourni par

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l’estomac enflammé, et le sang noir, plus ou moins modifié dans sa composition , qui remplit les cellules de certaines rates.

Dans quelques cas de péritonite chronique , j’ai trouvé la séreuse abdominale remplie par un liquide très-noir; mais ce cas est beaucoup plus rare que celui dans lequel le péritoine contient un liquide rougeâtre, qui est évidemment du sang plus ou moins pur.

Dans un cas rapporté par M. Proust , l’urine présentait une couleur d’un noir foncé , que ce chimiste attribue à la présence dans l’urine d’un acide nouveau , qu’il désigne sous le nom d 'acide mélanique .

MM. Trousseau et Leblanc ont trouvé, au-dessus du rein d’un cheval, un kyste fibreux, de la grosseur du poing, qui contenait environ huitonces d’un liquide noir.

Il suit de ces faits que la matière colorante noire qui nous occupe peut être sécrétée à l’état liquide 1° dans des cavités accidentelles ou kystes ; 2° à l’intérieur des diverses cavités naturelles, et que, dans ce dernier cas , tantôt elle se trouve mêlée au liquide que ces cavités contiennent ordinairement, et tantôt elle le remplace.

Composition chimique de la mélanose. — La mélanose n’a pas été seulement étudiée sous lerapportde ses diverses propriétés physiques, on a aussi voulu pénétrer sa composition chimique, et ce second genre de recherches n’a pas peu contribué à faire connaître la véritable nature de cette production accidentelle. M. Thénard s’est occupé, l’un des premiers, de l’analyse de la mélanose ; il l’a trouvée essentiellement composée de carbone. M. Clarion y a signalé l’existence de l’albumine et d’une matière colorante noire particulière. M. Lassaigne a trouvé dans les mélanoses du cheval: 1° de la fibrine; 2° une matière colorante noirâtre, soluble dans l’acide sulfurique affaibli , et dans une solution de sous-carbonate de soude , qui en même temps se teint en rouge ; 3° un peu d’albumine ; 4° enfin divers produits inorganiques, tels que chlorure de sodium, souscarbonate de soude , phosphate de chaux , oxyde de fer. Enfin , d’après M. Barruel, la mélanose est principalement constituée par un dépôt de la matière colorante du sang, unie à de la fibrine; l’une et l’autre, ajoute ce chimiste, se trouvant dans un état particulier. On y rencontre de plus trois matières grasses distinctes : la première soluble dans l’alcohol à une chaleur modérée , et cristallisable ; la seconde , soluble seulement dans l’alcohol bouillant , et non cristallisable ; la troisième , liquide à la température ordinaire. M. Barruel y a aussi constaté l’existence de beaucoup de phosphate de chaux et de fer. Les détails de cette analyse se trouvent consignés dans le savant Mémoire de M. Breschet sur les mélanoses. Enfin plus récemment M. Foy a trouvé une portion de mélanose de cheval composée ainsi qu’il suit ( Archives de Médecine, juin 1828):

Albumine.

Fibrine *

Principe éminemment carboné, probablement du cruor altéré.

Eau

Oxide de fer . . .

Sous-phosphate de chaux

Hydrochlorate de potasse .

Id. de soude

Carbonate de soude

Id. de chaux . . . . .

Id. de magnésie^

Tartrate de soude.

Ces diverses analyses concourent toutes en un point important, et voilà pourquoi il m’a semblé utile d’en rapprocher les résultats. Elles montrent toutes que la production accidentelle, dite mélanose , est formée des divers éléments du sang, et spécialement d’une matière colorante qui se rapproche plus ou moins de celle du sang, mais qui cependant ne lui est pas identique. C’est donc la présence de cette matière colorante , où semble prédominer le carbone (analyse de M. Foy), qui semble essentiellement constituer la mélanose. Quant aux diverses matières grasses signalées par M. Barruel , appartenaient-elles à la mélanose , ou bien n’existaient-elles pas dans le tissu de l’organe où s’était développée la mélanose, et qu’on a dû nécessairement analyser collectivement avec celleci? Je ne vois pas, en effet, que dans aucune des analyses précédentes on se soit occupé de faire cette distinction importante.

Mélanose considérée dans les différents tissus. — Il n’est guère de tissu dans lequel on n’ait eu occasion de rencontrer cette production accidentelle, sous l’une et l’autre des formes qui ont été précédemment indiquées. Elle n’est pas, d’ailleurs, également fréquente, soit dans ces différents tissus, soit dans les parties diverses d’un même tissu.

Des concrétions mélaniques ont été quelquefois observées dans plusieurs portions du tissu cellulaire. Ainsi on en a vu dans le tissu cellulaire sous-cutané sous forme de masses arrondies , de volume variable, soulevant la peau , et en déterminant plus ou moins promptement l’inflammation et l’ulcération perforative. On a également trouvé des mélanoses en masse dans le tissu cellulaire sous-muqueux ; plusieurs fois, par exemple , on a observé, à la surface interne du canal intestinal, des tumeurs noires, subjacentes à la membrane muqueuse, qu’elles soulevaient. Les tumeurs de ce genre que j’ai eu moi-même occasion d’examiner , avaient, terme moyen,, le volume d’une noisette ; je les ai vues plus souvent dans le gros intestin que dans le reste du tube digestif; elles étaient dures, et aucune n,e paraissait tendre à se ramollir. M. Cruveilhier a vu

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de semblables tumeurs dans l’estomac. J’ai déjà cité un cas demélanose développée dans le tissu cellulaire sous-séreux ( entre la tunique charnue des intestins et le péritoine). On voit fréquemment de petites masses mélaniques déposées entre la plèvre pulmonaire et le parenchyme même du poumon, qui ne participe en rien à l’altération. Une fois j’ai vu une plaque d’un noir foncé, large comme une pièce de deux francs, et épaisse de sept à huit lignes , couvrir la surface externe du cœur. La dissection fit reconnaître que cette plaque existait entre la substance même du cœur et le péricarde, par conséquent dans le tissu cellulaire sous-séreux. Dans un journal anglais ( London medical repository, 182 3), on lit un cas relatif à des tumeurs noires, arrondies, de consistance pulpeuse, qui faisaient saillie au-dessous du feuillet séreux du péricarde qui recouvre immédiatement le cœur ; chez le même individu on trouva plusieurs tumeurs semblables à la surface externe de la plèvre costale. Plusieurs auteurs ont rapporté des observations de masses mélaniques développées dans le tissu cellulaire plus ou moins lâche, interposé entre les muscles ou entre les faisceaux d’un même muscle. Enfin M'. Chomel a cité le cas intéressant d’une masse de mélanose qui avait envahi le paquet de tissu cellulaire graisseux du fond de l’orbite.

Faut-il rapporter à une mélanose de la peau, 1° les taches noires que présente quelquefois la peau des individus de la race blanche, sans que cette membrane ait d’ailleurs subi d’altération dans son épaisseur et dans sa consistance ; 2° les tumeurs noires, dures, de forme et de grandeur variées, qu’on a vues dans quelques circonstances s’élever de la surface de l’enveloppe cutanée, et qui ont été décrites par M. Alibert sous le nom de cancer mélané , et par M. Jurine de Genève , sous celui de cancer anthracine9 Dans le cas fort curieux rapporté et représenté par M. le professeur Alibert, dans sa Nosologie naturelle , toute la peau était parsemée d’une grande quantité de tumeurs sphériques, dont plusieurs avaient le volume, la couleur et même le luisant des baies du cassis ou du genévrier. A leur intérieur , elles étaient également noires , et offraient une grande ressemblance avec le parenchyme des truffes. M. Breschet dit avoir trouvé, sur plusieurs sujets, une infinité de petites tumeurs noires, ressemblant à des grains de cassis, ayant leur siège dans la peau, et paraissant s’élever du tissu deMalpighi. Dans les cas qui ont été rapportés par M. Jurine, on voit une tache très-noire se manifester en un point quelconque de la peau. Cette tache devient bientôt une tumeur granuleuse, assez semblable au fruit du mûrier. A une certaine époque de son existence , elle change de couleur, acquiert une teinte bistrée ou olivâtre ; enfin, elle se ramollit, s’ulcère, et dès-lors la solution de continuité qui s’établit présente les mêmes caractères que l’ulcération cancéreuse ordinaire sous le rapport de son aspect, de sa marche, des symptômes auxquels elle donne naissance, de la tendance de latumeurà repulluler après

qu’elle a été enlevée. Une semblable lésion ne me paraît pas pouvoir être considérée comme une simple mélanose ; elle rentre dans la classe des productions accidentelles composées, dont il sera question plus bas.

Plus souvent que la peau, les membranes muqueuses pr sentent une coloration noire, qui , insolite chez l’homme , représente l’état normal d’un grand nombre d’animaux. La membrane muqueuse intestinale présente surtout de fréquents exemples de cette teinte noire accidentelle. Elle s’y montre sous forme de points, de taches, ou de plaques plus ou moins étendues. Chez un homme atteint de diarrhée chronique, le gros intestin m’a présenté à sa surface interne une couleur aussi noire que celle de l’encre de la Chine , depuis la valvule iléo-cœcale jusqu’au rectum. Cette couleur résidait dans la membrane muqueuse , qui n’offrait d’autre altération qu’un remarquable développement de ses follicules. Non-seulement dans ce cas la membrane muqueuse était intimement combinée avec une matière colorante noire, puisque la macération dans l’eau ne lui rendit pas sa blancheur ; mais encore cette matière colorante était déposée à la surface libre de la muqueuse , qui noircissait le linge avec lequel on l’essuyait. Cet état rappelait tout-à-fait celui que présente naturellement la membrane choroïde. Des cas à peu près semblables ont été rapportés par M. Billard.

Dans le cas qui vient d’être cité on trouve réunies les deux circonstances d’une infiltration noire de la membrane muqueuse, et d’une sécrétion de même nature à sa surface. Ces deux circonstances peuvent aussi exister isolées : ainsi on trouve quelquefois une matière noire contenue dans le tube digestif , et résultant manifestement d’une sécrétion morbide de sa membrane interne, et celle-ci ne présente qu’une couleur rouge, grise ou ardoisée. Bien plus souvent encore il y a coloration noire de la muqueuse, sans transsudation à sa surface. Cette coloration n’est pas le plus ordinairement uniforme. Si l’on examine avec attention , on voit qu’elle résulte d’une véritable injection noire des villosités, de sorte que c’est principalement dans celles-ci que paraît s’opérer la sécrétion de la matière colorante noire ou de la mélanose. Cela m’a paru surtout bien évident chez le cheval.

On ne doit pas ranger parmi les mélanoses de petites tumeurs brunes, ou même noires, qui font quelquefois saillie à la surface interne des in. testins, tantôt soutenues par un pédicule, tantôt en étant dépourvues. Ces tumeurs ne ressemblent aux mélanoses que par leur couleur ; ellesont d’ailleurs une texture toute différente ; elles présentent des traces non douteuses d’une véritable organisation ; l’anatomie y découvre un tissu formé par des filaments qui s’entrecroisent en divers sens , laissant entre eux des espaces, des aréoles, où le sang paraît épanché. Ces tumeurs semblent constituées par un véritable tissu érectile accidentel ; elles sont d’ailleurs assez rares, et, lorsqu’elles existent, on n’en trouve ordinaire-

ment’qu’une ou deux dans toute l’étendue du canal intestinal. Une seule fois j’ai vu la muqueuse du cæcum en présenter huit ou dix pressées les unes contre les autres. En quoi diffèrent ces tumeurs de celles auxquelles le nom d emélanose doit être réservé? C’est que dans celles-ci rien n’indique qu’il y ait production d’un tissu nouveau. Ce n’est qu’une infiltration, un simple dépôt de matière colorante dans l’intérieur ou à la surface d’un tissu naturel.

Les mélanoses, que l’on a dit avoir leur siège dans les membranes séreuse s, existent bien plus souvent dans le tissu cellulaire subjacentà ces membranes , ou bien dans les concrétions membraniformes, qui, dans les cas de pblegmasie, tapissent leur surface libre. J’ai cité plus haut des cas de ce genre , ainsi que ceux dans lesquels on avait vu les membranes séreuses exhaler un liquide noir, qui ne semblait pas résulter seulement de l’exhalation des éléments physiologiques du sang. Quelquefois , cependant, il m’a semblé que la coloration noire des membranes séreuses avait son siège dans le tissu même de ces membranes: ainsi, dans deux circonstances , j’ai vu le péritoine parsemé dans sa portion intestinale d’un assez grand nombre de petites taches noires, assez régulièrement arrondies, et qu’on enlevait avec la membrane séreuse , le tissu cellulaire restant intact au-dessous d’elle ; il n’y avait d’ailleurs aucune trace de péritonite. Chez un cheval affecté d’hydrocèle , la portion de membrane séreuse qui recouvrait la tunique albuginée de l’un des testicules m’a offert une large tache d’un noir d’ébène, ronde et grande comme une pièce de cinq francs. Non loin de cette tache principale , il y en avait trois ou quatres autres , plus petites , d’une forme moins régulière , et plutôt ardoisées que véritablement noires. Une dissection attentive me convainquit que cette coloration résidait uniquement dans la membrane séreuse elle-même.

Les divers tissus qui entrent dans la composition des parois des artères ont jusqu’à présent offert lamélanose sous deux formes principales: 1° sous forme de masses plus ou moins volumineuses , déposées entre la tunique moyenne et la tunique interne du vaisseau , à l’instar des dépôts de phosphate calcaire. 2° On observe encore plus fréquemment une couleur d’un noir foncé autour d’un certain nombre d’ulcérations de la membrane interne de l’artère, ainsi que dans le fond de ces mêmes ulcérations. C’est même là un des cas où l’on peut le mieux suivre dans tous ses degrés la transformation de la teinte rouge des phlegmasies en une teinte successivement grise, ardoisée , brune , noire peu foncée , et enfin d’un noir d’ébène ou d’encre de la Chine. Quant aux concrétions noires placées audessous de la membrane interne, elles n’offrent pas plus de traces d’organisation que les diverses masses mélaniques jusqu’à présent examinées. On n’y voit autre chose qu’une masse noire , homogène , qui tantôt s’écrase assez facilement sous le doigt , et tantôt offre une résistance beaucoup plus grande. J’ai vu une fois une de ces concrétions, du volume d’un pois, qui, semblable à un petit calcul par sa dureté, n’en différait que par

sa couleur noire. Je regrette beaucoup que l’analyse de ce corps n’ait point été faite ; peut-être y aurait-on trouvé une réunion de matière colorante mélanique et de phosphate de chaux.

Je ne connais point d’exemple de mélanose trouvée dans les parois des veines. Mais il est un fait bien remarquable, qui a déjà été indiqué par MM. Breschetet Cruveilhier, et que je crois aussi avoir constaté , c’est la présence d’une matière noire , ou , en d’autres termes , de mélanose plus ou moins liquide , dans la cavité même de petits vaisseaux artériels ou veineux. Ce ne sont point seulement les parois vasculaires qui sont teintes en noir ; car quelquefois , au rapport des deux savants observateurs que je viens de citer, on peut voir dans l’intérieur même de la cavité du vaisseau des globules noirs bien distincts , que l’on déplace par la pression. Enfin, dans l’observation précédemment citée de M. le docteur Halliday ( London Journ .), et dans laquelle il y avait mélanose simultanée d’un grand nombre d’organes , on lit que des gouttelettes d’une matière noire s’apercevaient le long des vaisseaux de la base du cerveau et des plexus choroïdes, comme si cette matière y avait été déposée par voie d’exhalation. C’est surtout dans le poumon', et principalement lorsque celui-ei était notablement mélanosé , que j’ai vu bien des fois se dessiner à la surface des lobules pulmonaires , ou dans leurs intervalles , dans le tissu cellulaire interlobulaire , des lignes noires , bien distinctes du tissu qui les environnait, et ressemblant tout-à-fait, si ce n’est par leur couleur, à des petits vaisseaux. Dans ces différents cas , la matière colorante qui constitue la mélanose est-elle donc charriée par des canaux vasculaires , qui viennent la déposer à la surface ou dans le parenchyme des organes?

Le tissu osseux a été rarement vu envahi par la mélanose. Un des faits les plus remarquables de coloration mélanique des os qui ait été publié , est celui qui a été consigné par M. Halliday , dans le journal anglais déjà cité. L’individu qui fait le sujet de cette observation avait des mélanoses dans un grand nombre d’organes ; mais, de plus, tout le sternum , la partie antérieure des côtes , la plus grande portion des pariétaux et de l’occipital , étaient uniformément colorés en noir. Ces os étaient devenus en même temps plus fragiles que dans l’état normal : le périoste qui les recouvrait ne présentait point d’altération appréciable.

On n’a encore donné avec détail aucune observation de mélanose ayant son siège dans les tissus fibreux et cartilagineux. Dans son mémoire sur cette production accidentelle , M. Breschet dit seulement que le système fibreux offre aussi des mélanoses ; il ajoute que c’est surtout dans la portion de ce système qui tientaux muscles. L’auteur anglais déjà cité, M. Hal. liday , rapporte , d’une manière très-vague , qu’il a trouvé de petites tumeurs noires sur la dure-mère. Enfin , M. Dupuy, professeur à l’école vétérinaire d’Àlfort, m’a dit avoir observé plusieurs fois, chez des bœufs,

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une coloration noire d’une partie de la dure-mère qui enveloppe le prolongement rachidien.

Plusieurs auteurs ont parlé de masses mélaniques trouvées dans les muscles ; mais ces masses n’avaient point envahi les fibres musculaires elles mêmes; elles s’étaient seulement interposées dans le tissu cellulaire qui les unit.

Un remarquable exemple de mélanose infiltrée dans le tissu même des muscles a été rappprté par MM. Trousseau et Leblanc (1): chez un cheval blanc qui portait au périnée une tumeur mélanique, on trouvait, disent ces observateurs* à la partie postérieure de la cuisse , des masses musculaires beaucoup moins rouges que dans l’état naturel , qui , inférieurement, se fondaient par une gradation insensible avec le reste des muscles qui de l’ischion vont s’attacher au tibia ; mais, en remontant au contraire, ces mêmes muscles pâlissaient de plus en plus ; bientôt le tissu cellulaire qui unissait les fibres devenait d’une couleur grisâtre ; enfin , les fibres musculaires elles-mêmes, plus dures, plus cohérentes, criant sous le tranchant du couteau , prenaient la teinte noire la plus foncée , et allaient ainsi s’attacher à l’ischion ; leur aspect fibreux était d’ailleurs conservé. Le tissu était sec, extrêmement difficile à écraser. ... les tendons et les aponévroses avaient seuls échappé à l’infiltration mélanique. . . . l’ischion était lui-même profondément teint en noir, et avait une notable friabilité.

Parmi les muscles de la vie organique, le cœur seul a été vu mélanosé. M. Breschet a trouvé une fois plusieurs masses mélaniques dans l’épaisseur des parois de cet organe. Je n’en connais pas d’autre exemple.

Les divers tissus parenchymateux ne sont point affectés de mélanose avec, une égale fréquence. Ainsi, par exemple, on en trouve souvent dans le poumon ; on n’en a pas encore rencontré dans le cerveau, bien que celuici , dans son état normal , présente en divers points une couleur noire , qu’on pourrait appeler de la mélanose naturelle .

Il a déjà été question plus haut de la mélanose du poumon. C’est certainement de tous les organes celui qui présente le plus souvent la coloration noire. Elle s’y montre , 1° avec conservation de la consistance ordinaire du poumon; 2° avec augmentation de cette consistance. Dans le premier cas , elle a été séparée par M. Laennec de la mélanose proprement dite, et désignée par lui sous le nom de matière noire pulmonaire. On a vu plus haut sur quels motifs je m’étais fondé pour ne pas admettre cette distinction.

La coloration noire du poumon , sans augmentation de sa consistance , peut se montrer , cet organe paraissant d’ailleurs très-sain. Tantôt elle

(I) Mémoire cité dans les Archives de Médecine.

n’existe que dans le tissu cellulaire interlobulaire, et souvent alors on voit la plus grande partie des lobules pulmonaires exactement circonscrits par des lignes noires qui en marquent les limites ; tantôt cette même couleur mélanique s’empare des lobules eux-mêmes, et s’y montre sous forme de points ou de taches plus ou moins étendues. Elle ne saurait être regardée comme constituant , à proprement parler , un état morbide.

La coloration noire du poumon, avec augmentation de sa consistance, n’est autre chose, dans un grand nombre de cas, ainsi que j’ai déjà essayé de le démontrer plus haut, que la coloration précédente, plus une induration morbide, qui en est tout-à-fait indépendante. En d’autres termes, le poumon, chroniquement irrité, se colore en noir, comme cela arrive à l’intestin, qui, frappé d’irritation chronique, passe par degrés de la couleur rouge à la couleur brune et même noirâtre. Souvent l’une de ces teintes se transforme en une autre par des nuances si insensibles, si fugitives, qu’il est impossible de dire où commence l’une et où finit l’autre. Comment donc pourrait-on dire davantage à quel degré de ces nuances commence le tissu accidentel qu’on appelle mélanose f

On compte les cas dans lesquels , jusqu’à présent , la mélanose a été observée dans le foie. Elle n’y a encore été vue que sous forme de masses plus ou moins considérables. Un cas de ce genre, dont on doit la connaissance à M. Laennec, a été cité par M. Ferrus (1). Une autre observation fort intéressante de mélanose du foie a été recueillie et publiée par M. Chomel ( tome III du nouveau Journal de Médecine ). J’en rappellerai ici les principaux traits. Le sujet de cette observation était un maître de danse, âgé de cinquante-deux ans, qui succomba dans le dernier degré du marasme. Le foie remplissait la plus grande partie de la cavité abdominale ; il refoulait supérieurement le diaphragme jusqu’à la cinquième vraie côte , et s’étendait en bas jusqu’à la région iliaque droite ; il pesait quatorze livres sept onces. Sa substance était parsemée d’un certain nombre de tumeurs blanchâtres, énucléables , offrant tous les caractères du squirrhe. En outre , en beaucoup de points existaient d’autres tumeurs bosselées, dures et énucléables comme les précédentes ; les unes avaient une belle couleur noire, les autres présentaient seulement une teinte d’un gris foncé. La plus volumineuse de ces tumeurs égalait un œuf de poule ; la plupart des autres n’étaient pas plus grosses qu’une aveline. Le foie était en outre parsemé de petits points noirs, qui, entremêlés au tissu rouge obscur du foie, lui donnaient un aspect comme marbré. La vésicule et les canaux biliaires étaient remplis de bile.

On a encore vu des masses mélaniques dans les mamelles , où elles

(1) Dictionnaire de Médecine par MM. Adelon , Andral, Bèclard , etc.% tom. IX, pag. 213.

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semblaient moins occuper la glande elle-même que le tissu cellulaire ou adipeux situé entre les granulations qui la composent ; on en a vu dans le corps thyroïde et dans l’utérus ; très-souvent enfin on en rencontre dans les ovaires. Les petites tumeurs noires que l’on observe dans «es derniers organes méritent même de fixer particulièrement l’attention, parce que leur disposition et les différents aspects sous lesquels elles se présentent peuvent servir à éclairer la nature de la mélanose. Souvent en un ou plusieurs points d’un ovaire on trouve une ou plusieurs petites cavités que remplit un peu de sang épanché ; ce sang est liquide, tantôt rouge , tantôt d’un brun plus ou moins foncé. Les parois de ces cavités sont tapissées par une couche noirâtre, qui n’est évidemment que du sang coagulé , qui a pris une teinte plus foncée par le seul fait de sa coagulation.

Mais dans d’autres ovaires , le sang qui remplit ces mêmes cavités a perdu sa liquidité, il est entièrement coagulé ; dans plusieurs cas, il n’est formé que d’un petit morceau de fibrine blanchâtre ; on dirait d’abord que la matière colorante a été résorbée, mais on la retrouve déposée sur les parois de la cavité sous forme d’une couche pulpeuse , rouge , brune ou noire. D’autres fois, cette espèce de départ des éléments du sang ne semble plus avoir lieu ; toute la cavité est occupée par un caillot noirâtre. Ailleurs, ce caillot prend une consistance de plus en plus grande, et peu à peu il se transforme en une concrétion noire et très-dure. Assez souvent on observe à côté de celle-ci ou autour d’elle une belle couleur jaune semblable à celle qu’on observe sur les parois d’un certain nombre de foyers apoplectiques du cerveau.

On peut suivre clairement , dans ces différents cas , les remarquables modifications que le sang peut subir , lorsqu’une fois sorti de ses canaux naturels, il reste plus ou moins long-temps épanché au sein des tissus vivants. Il arrive une époque où il devient tellement dissemblable à luimême, qu’on peut se demander si le nouvel aspect qu’il présente n’est pas le résultat d’une véritable création de nouveaux matériaux qui n’existaient pas dans le sang au moment où il est sorti de ses vaisseaux. Quoi qu’il en soit , de l’une de ces modifications résulte bien évidemment ici une production noire, plus ou moins dure, tout-à-fait semblable à celles qui, dans les autres organes, constituent la mélanose.

Les ganglions lymphatiques des diverses parties du corps se colorent assez fréquemment en noir; on connaît en particulier la fréquence de cette coloration dans les ganglions bronchiques , et les hypothèses par lesquelles on a cherché à s’en rendre compte. La mélanose des ganglions lymphatiques est ordinairement accompagnée d’une augmentation plus ou moins notable de leur volume. On a parlé de masses énormes de mélanoses trouvées dans le bassin et au-devant de la colonne vertébrale; ces masses sont décrites comme formées par l’agglomération de corps

noirs et durs qui se réunissent en chapelets : j’ai vu quelquefois de semblables masses, et j’ai acquis la conviction qu’elles étaient le résultat de l’engorgement et de l’induration noire du grand nombre de ganglions lymphatiques situés sur le trajet des principaux vaisseaux qui vont se rendre au réservoir de Pecquet. En effet, parmi ces corps, il y en avait plusieurs qui, n’étant pas encore noirs, ressemblaient entièrement à des glandes lymphatiques ; ailleurs la coloration noire n’y existait encore que sous forme de points ou de taches isolées. C’est ainsi qu'une dissection attentive conduit également à penser qu’un grand nombre de masses encéphaloïdes ou tuberculeuses du mésentère ont aussi leur siège dans les ganglions lymphatiques.

La mélanose peut exister seule dans un organe , ou s’y trouver réunie à d’autres productions accidentelles. Souvent, par exemple, on l’observe combinée avec les tissus squirrheux ou encéphaloïde dans le foie , dans l’estomac , dans la mamelle , dans le testicule. M. le docteur Rouzel a rapporté le cas d’un cancer ulcéré du sein, d’où s’écoulait un liquide noir comme de l’encre ; peut-être les masses mélaniques trouvées par M. Chomel dans un foie qui était en même temps squirrheux , et dont il a été question précédemment, n’étaient-elles autre chose que des tumeurs squirrheuses, colorées par la mélanose. Quelquefois aussi elle se mêle au tubercule , mais elle ne le teint pas uniformément, et le plus souvent elle y existe sous forme de points isolés, de taches ou de stries irrégulières. J’ai trouvé, chez un phthisique, plusieurs calculs pulmonaires qui étaient comme tachetés d’une foule de petits points noirs.

À l’instar du tubercule et du cancer, la mélanose peut envahir à la fois, chez un même individu, un plus ou moins grand nombre d’organes. Bans le cas déjà cité du docteur Halliday, elle existait simultanément dans une grande étendue du tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire, dans le péritoine, le péricarde et la plèvre, dans les ovaires, dans le sternum et les os du crâne. M. Alibert a vu un malade chez lequel des mélanoses occupaient à la fois la peau , le tissu cellulaire des diverses parties du corps, le médiastin, le mésentère, l’épiploon, un grand nombre de glandes lymphatiques, le corps thyroïde et les poumons ( Nosologie naturelle , tom. I.) Enfin chez l’individu dont M. Ghomel a publié l’histoire ( loc . cit.}, le foie, les poumons et le tissu cellulaire du fond de l’orbite contenaient des mélanoses.

La mélanose a été observée à tous les âges de la vie. J’ai trouvé une induration noire très-prononcée de tout le lobe supérieur du poumon gauche chez une fille de neuf ans ( morte à l’hôpital des enfants dans le service de M. Jadelot ). Fréquemment à la Charité , j’ai observé cette même induration noire pulmonaire chez des individus qui n’avaient pas trente ans. Cependant il est vrai de dire que c’est surtout chez les vieillards que la pneumonie chronique s’accompagne le plus souvent de colo».

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ration noire ; comme si la disposition à la formation des tubercules, trèsprononcée dans la jeunesse, était remplacée plus tard par la disposition à la sécrétion de la matière mélanique.

La mélanose n’est pas une affection propre à l’homme : comme toutes les productions accidentelles , on la retrouve dans plusieurs animaux , chez lesquels elle envahit les mêmes organes que chez l’homme. Le cheval est celui où la mélanose a été le plus souvent observée , non pas , vraisemblablement, parce que chez lui cette affection est plus commune, mais parce qu’elle y a été mieux étudiée. Ce sont surtout les ganglions lymphatiques qui chez le cheval paraissent être le plus fréquemment envahis par la mélanose. Chez un cheval morveux, j’ai trouvé les glandes lymphatiques sous-maxillaires très-dures , volumineuses et d’une belle couleur noire. On sait que ces glandes sont presque toujours chroniquement irritées dans les cas de morve ; ici donc, il ne semblait y avoir autre chose que la ganglionite ordinaire , plus un dépôt accidentel de matière colorante noire. Chez un autre cheval, j’ai trouvé également noirs, comme charbonnés , des paquets de ganglions lymphatiques engorgés , situés audevant du corps des vertèbres. M. Gohier , professeur à l’École Vétérinaire de Lyon, a trouvé chez le cheval des masses mélaniques dans l’épaisseur des parois du cœur , dans le poumon , dans la rate , et jusque dans l’intérieur du canal rachidien. M. Rodet, médecin-vétérinaire, a observé chez un cheval âgé de six ans une induration noire de plus de la moitié d’une des glandes parotides. Le même cheval avait une tumeur mélanique considérable autour cle la marge de l’anus , et les ganglions bronchiques étaient noirs. Le vétérinaire que je viens de citer a rencontré chez une jument morveuse une autre espèce de mélanose fort remarquable , ayant son siège dans l’un des yeux : l’espace ordinairement rempli par le corps vitré était occupé par un liquide noir comme l’encre de la Chine, au milieu duquel étaient suspendus des grumeaux également noirs. Le cristallin, fortement adhérent à la face postérieure de l’iris, avait une couleur d’un jaune foncé, brune en quelques points (1).

C’est une circonstance assez remarquable de l’histoire de la mélanose du cheval, que c’est surtout chez des chevaux blancs ou gris-pommelés que cette production accidentelle a été jusqu’à présent observée ; comme si la matière colorante , n’étant plus sécrétée dans l’enveloppe cutanée , allait se former, plus ou moins modifiée, dans les organes intérieurs. Mais peut-être s’est-on trop empressé de généraliser ce fait : du moins est-il certain qu’il n’est pas sans exception : M. Rodet ( loc. cit. ) a publié des cas fort intéressants de mélanoses recueillies chez des chevaux de toutes les robes, et moi-même j’ai trouvé cette production accidentelle chez des chevaux à poil bai.

(1) Journal de Médecine Vétérinaire , par M. Dupuy , tom. II, pag. 273.

Les autres animaux chez lesquels on a jusqu’à présent observé la mélanose sont particulièrement, d’après les recherches de M. Breschet, le chien, le chat, le lapin, la souris et le rat.

Les symptômes auxquels donne lieu la mélanose n’offrent rien de spécial. Les accidents qui coïncident avec elle paraissent dépendre 1° de l’irritation chronique qui existe si souvent en même temps qu’elle , soit comme cause, soit comme effet; 2° de l’existence simultanée d’autres productions accidentelles ; 3° de la gêne toute mécanique qui doit résulter de sa présence , lorsqu’existant en masses plus ou moins volumineuses , elle comprime, comme le ferait tout corps étranger, le parenchyme organique au milieu duquel elle s’est développée. Lorsqu’aucune de ces trois circonstances n’existe , la mélanose peut naître et se développer dans un tissu, sans que son existence soit révélée par aucun accident, par aucun phénomène morbide local ou général.

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