CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Dans toute partie vivante trois actes fondamentaux s’accomplissent. Infiniment variables sous le rapport de leurs nombreux degrés de simplicité ou de complication , ces actes sont constants , et toujours identiques sous le rapport de leur résultat définitif. Ces trois actes essentiellement vitaux, sont les suivants :
1° La circulation capillaire . — Un liquide , appelé chez les différents êtres sang , lymphe ou sève , reçoit, donne, reprend tour-à-tour, dans les diverses trames des tissus, les matériaux de tout solide et de tout liquide. Dans ces trames existent de continuels courants dirigés par des forces indépendantes de celles qui , chez l’homme, poussent le sang dans l’arbre artériel. Là , entre le liquide et le solide , il y a point de contact et fusion de nature ; là , ramené au repos , le sang ou son analogue vit et s’organise. Yoilà la circulation capillaire. Partout où il y a vie , on la retrouve ; après qu’ont disparu le cœur, les veines, les artères, elle persiste encore ; elle s’accomplit chez le fœtus long-temps avant la formation de ces simples instruments de transport. Tantôt, d’ailleurs, le liquide nutritif, parvenu dans les parenchymes organiques, est encore doué d’un mouvement de progression dans des canaux fermés ; tantôt il ne fait plus qu’osciller dans de simples aréoles de tissu cellulaire.
PRÉCIS
2° La nutrition. Par elle chaque solide enlève et rend lour-à-tour à la masse du liquide nutritif des molécules semblables à celles qui déjà le constituent. Examiné au microscope , le sang contenu dans les réseaux capillaires a été comparé par plusieurs observateurs à une sorte de tourbillon , d’où se détachaient sans cesse des molécules , qui allaient se perdre dans la substance solide , en même temps que d’autres molécules se détachaient de celle-ci et rentraient dans le tourbillon. Voilà la nutrition.
3° La sécrétion. Dans la trame de tout tissu , comme à sa surface , partout enfin où une molécule du liquide nutritif vient à toucher une molécule vivante, se produit un fluide séreux, dont l’existence n’exige aucun arrangement spécial d’organisation. D’autres fluides ne se séparent du sang que là où existe cette disposition particulière d’organisation, d’où résultent les appareils glandulaires.
Là se borne ce que nous présente de fondamental l’organisme des végétaux et des animaux inférieurs. Mais chez l’homme et chez les êtres placés près de lui dans l’échelle zoologique, un quatrième acte s’ajoute aux précédents et les domine : le système nerveux en est le siège et l’instrument. Cet acte exerce sur la circulation , sur la nutrition , sur la sécrétion un empire d’autant plus nécessaire , d’autant plus étendu , que l’être occupe dans 1 echelle un rang plus élevé. Enfin, parce que c’est du sang qu’émanent les matériaux de toute nutrition et de toute sécrétion, parce que le sang des diverses circulations capillaires est identique avec la masse liquide, dont il n’est qu’une fraction, les qualités de la masse totale du sang doivent nécessairement influer sur tout phénomène de nutrition ou de sécrétion ; c’est ainsi que chez les êtres où se trouvent des centres nerveux et une grande circulation, la vie de chaque partie se confond dans la vie du tout ; c’est ainsi qu’entre des actes si divers s’établit une sorte de solidarité , d’où résulte l’unité du système vivant.
Considérée dans l’état morbide , toute partie vivante ne présente que des altérations , ou isolées , ou diversement combinées , des actes divers que nous venons de retrouver comme fondamentaux chez l’homme en santé. Ainsi, 1° le sang qu’un organe doit physiologiquement recevoir ou retenir peut être modifié dans sa quantité (lésion de circulation).
2° Les molécules qui composent les divers solides peuvent être altérées, soit dans leur mode d’arrangement, soit dans leur nombre, soit dans leur consistance, soit dans leur nature (lésions de nutrition).
3° Les matériaux qui , dans le parenchyme d’un organe ou à sa surface , doivent normalement se séparer du sang , peuvent être altérés, soit dans leur quantité, soit dans leurs qualités (lésions de sécrétion).
De plus , si dans l’état sain, l’innervation d’une part, le mode de composition du sang d’autre part exercent une inflüence non douteuse sur chaque circulation capillaire , sur chaque nutrition , sur chaque sécré-
tion , il s’ensuit que , dans l’état morbide , plusieurs lésions de ces différents actes doivent souvent reconnaître pour points de départ certaines lésions , ou de l’innervation ou de l’hématose.
D’après ces considérations , nous diviserons en cinq sections l’histoire des altérations du corps humain.
pe SECTION.
Lésions de circulation.