DU TUBE DIGESTIF DANS L’ÉTAT SAIN
On a été jusqu’à présent si peu d’accord sur l’aspect que présentent 1 estomac et les intestins , qu’il me semble indispensable de bien fixer quelles sont , pour le tube digestif, les conditions anatomiques de l’état sain. Dans l’état normal, une des raisons qui a long-temps empêché de pouvoir bien déterminer cet état , c’est peut-être la grande fréquence des altérations gastro-intestinales. Comme il y a bien peu de cadavres sur lesquels on ne rencontre quelques-unes de ces altérations, on s’était habitué à les rapporter à un pur état physiologique, et l’on semblait d’autant plus fondé à le faire , que jusque dans ces derniers temps les symptômes produits par ces altérations étaient restés méconnus ou avaient été mal appréciés.
Si l’on examine la surface interne de l’estomac ou de l’intestin sur un animal vivant, qui ne fait point d’efforts, et dont la circulation n’est pas gênée, on la trouve d’une teinte rouge un peu plus foncée que n’est pendant la vie, chez un homme sain, la couleur de la membrane muqueuse buccale. Si sur le même animal on examine de nouveau , après la mort , le tube digestif sous le rapport de la coloration de sa surface interne, on trouve que la rougeur de celte surface a disparu, et qu’elle est uniformément pâle ou d’une teinte très-légèrement rosée. Pour que cette expérience donne les résultats qui viennent d’être annoncés, il faut que l’animal ait
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été tué de manière à ce que d une part il n ait pas perdu trop de sang, car alors la pâleur normale de l'intestin se trouverait exagérée , et à ce que d’autre part il n’ait pas succombé dans un état d’asphyxie ; car alors on trouverait la membrane muqueuse mécaniquement injectée; ce ne serait pas là une maladie, mais ce ne serait plus l’état normal.
De cette expérience il me semble qu’on peut conclure qu’après la mort la membrane muqueuse gastro-intestinale tend à se décolorer comme la peau.
L’on a eu plusieurs fois occasion d’ouvrir des cadavres d’individus morts subitement par accident , et qui , peu de minutes avant de succomber , semblaient jouir d’une parfaite santé. Chez le plus grand nombre de ces individus on a trouvé également le tube digestif exempt de rougeur.
Quelquefois, cependant, soit sur des animaux réputés sains et sacrifiés à des expériences physiologiques , soit sur des hommes morts d’accident , l’on a observé divers degrés d’injection à la surface interne de l’estomac ou des intestins. A ces faits l’on pourrait d’abord répondre que si , un plus grand nombre de fois , dans les mêmes circonstances on a trouvé le tube digestif sans rougeur, il est très-vraisemblable que , dans le cas où on l’a vu coloré, c’est qu’il était malade. Mais, dé plus, il aurait fallu que l’on eût décrit avec plus de soin et plus de précision l’aspect des parties trouvées injectées ; il aurait fallu que l’on eût donné des détails sur le genre de mort des animaux , sur le temps qui , chez les hommes , s’était écoulé entre le moment de l’accident et celui de la mort.
Il y a effectivement un certain nombre de circonstances sous l’influence desquelles le tube digestif, bien qu’exempt de maladie , présente cependant sur le cadavre divers degrés de coloration rouge. Parmi ces circonstances, les unes peuvent avoir agi un certain temps avant la mort , d’autres seulement pendant l’agonie, d’autres enfin après la mort, à des époques soit rapprochées, soit éloignées du moment où la vie a cessé.
Parmi les causes qui agissent avant la mort , les unes sont physiologiques, les autres sont pathologiques. Ainsi, nul doute que , pendant le travail de la chymification , la surface interne de l’estomac ne rougisse notablement , nul doute non plus que l’intestin grêle ne rougisse aussi , pendant que s’y opère la séparation du chyle ; ouvrez des animaux vivants, et vous vous convaincrez de l’exactitude de ces assertions. Mais de plus , l’observation démontre qu’après la mort cette rougeur de la digestion persiste , de telle sorte que si l’on ouvre le cadavre d’un individu qui a succombé pendant qu’il se formait dans ses voies alimentaires du chyme ou du chyle , on trouvera insolitement colorées les portions de tube digestif où récemment s’était accomplie la fonction.
Les causes pathologiques sont toutes celles qui agissent en apportant un obstacle au libre retour du sang veineux des parois gastro intestinales
vers les cavités droites du cœur. Il arrive alors à la membrane muqueuse digestive ce qui arrive à la peau chez les asphyxiés : en pareil cas , longtemps avant la mort , on voit se colorer de plus en plus par du sang veineux la périphérie cutanée ; ce qui se passe à la peau doit en même temps se passer dans l’intestin ; c’est de quoi l’on peut d’ailleurs s’assurer directement en examinant une anse d’intestin d’un animal qu’on asphyxie lentement ; à mesure que la respiration devient plus gênée , l’on voit cette anse se colorer en un rouge de plus en plus intense et uniforme. Si enfin, comme l’a fait anciennement Kaw Boerhaave , on intercepte par une ligature la circulation du sang dans le tronc de la veine porte , on voit toute la surface interne de l’intestin prendre une belle teinte rouge , que Morgagni comparait à la couleur de la cochenille ; et quelquefois même, après l’application de cette ligature , du sang vient à transsuder à travers les parois des vaisseaux distendus, et remplit l’intestin. Ces faits étant connus, on ne fera qu’en accepter la conséquence en établissant que toutes les fois que le sang ne pourra plus revenir librement des capillaires de la muqueuse digestive vers les troncs veineux , il y aura après la mort persistance de la coloration de cette muqueuse ; de là les rougeurs variées qu elle présentera dans les cas , par exemple , de hernies étranglées , d’engorgements du foie , de tumeurs situées sur le trajet des principales divisions de la veine porte, d’oblitération de cette veine porte elle-même par d’anciens caillots : enfin , d’affections organiques du cœur. Toutefois, s’il n’y avait que peu de sang dans le corps, soit par défaut d’hématose , soit par suite d’abondantes saignées récemment pratiquées, un obstacle considérableàla circulation veineuse entraînerait une coloration moins intense du tube digestif, que celle à laquelle donnerait lieu un obstacle plus faible , existant chez un individu dont les vaisseaux, peu de temps avant la mort , contenaient encore beaucoup de sang.
La coloration rouge des parois gastro-intestinales , par obstacle mécanique à la circulation veineuse , présente plusieurs degrés. Dans le plus faible de ces degrés, le tissu cellulaire sous muqueux est seul coloré ; mais il ne l’est point dans son réseau capillaire ; des veines bleuâtres d’un assez fort calibre le parcourent en sens divers ; d’une part, leur injection se termine à la muqueuse , et d’autre part , elles se continuent avec les veines mésaraïques également gorgées de sang. Dans un plus haut degré d’injection , tout aussi mécanique que la précédente , la membrane muqueuse commence elle-même à se colorer, et, suivant la grandeur , le nombre et le rapport des vaisseaux pleins de sang que l’œil y découvre , elle offre ou de simples rameaux que séparent de larges intervalles encore exsangues , ou des arborisations plus ou moins étendues , produites par une injection des vaisseaux plus fins , ou enfin une rougeur assez considérable pour qu’il en résulte , là où elle existe , une complète opacité des parois. Selon que ces diverses nuances de coloration seront étendues
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ou circonscrites , il en résultera dans l’intestin 6oit une rougeur diffuse sans limites précises , soit des stries , des bandes , des plaques ou de simples points. Il n’est effectivement aucun de ces aspects qui ne puisse dépendre d’une simple injection par hyperémie, soit mécanique, soit passive, etl’on se tromperait étrangement , si l’on croyait que la rougeur pointillée, par exemple , annonce plus nécessairement une hyperémie active , que ne l’annonce le simple engorgement de quelques veines sous-muqueuses. Dans ces différents cas, en examinant avec quelque attention les parties injectées , on voit les vaisseaux qui s’y dessinent se continuer directement avec les grosses veines subjacentes à la muqueuse, de même que eelles-ci se continuent avec les mésaraïques.
Si l’obstacle au retour du sang des intestins vers le cœur est encore plus considérable , ou si, ce qui revient au même , cet obstacle n’ayant pas augmenté , il y a plus de sang dans les vaisseaux , ce liquide les abandonne, et il vient s’épancher , soit dans le tissu cellulaire sous-muqueux , où il forme des ecchymoses , soit dans la cavité même de l’intestin , où il communique une teinte rougeâtre à la bile, au mucus ou autres matières qui peuvent y être contenues. La facilité avec laquelle on fait pénétrer dans la cavité intestinale une injection liquide ou gazeuse poussée dans les veines mésaraïques de leurs troncs vers leurs rameaux, explique comment, sous l’influence d’un engorgement considérable de ces mêmes veines, une partie du sang qu’elles contiennent doit tendre à s’en échapper pour se répandre dans l’intérieur des voies digestives.
Ainsi , en résumant tout ce que viennent de nous apprendre et le simple raisonnement physiologique , et les expériences sur les animaux, et l’ouverture des cadavres , nous sommes amené à conclure que la membrane muqueuse gastro-intestinale peut être indifféremment blanche ou rouge, sans que l’une ou l’autre de ces couleurs indique nécessairement que la membrane soit dans un état morbide ; elle est ou blanche ou rouge, à divers degrés , selon qu’avant la mort a existé l’une ou l’autre des conditions , soit mécaniques , soit organiques , soit vitales , que nous avons cherché à faire connaître. Or, comme, parmi ces conditions, celles qui en déterminent la coloration rouge existent le plus fréquemment, îl s’en suit que sur le cadavre on doit plus souvent rencontrer l’injection du tube digestif que son état de décoloration. Mais ce n’est pas tout : après que la Yie a cessé , surviennent de nouvelles causes , qui tendent encore à modifier la couleur de l’intestin, à produire , dans quelques-unes de ses parties, des injections beaucoup plus prononcées quelles n’existaient à l’instant même de la mort. Ces causes de rougeur cadavérique peuvent être réduites à deux principales : l’une est la pesanteur, l’autre est la transsudalion du sang à travers les parois vasculaires.
La première de ces causes commence à agir immédiatement après la mort ; dans un mémoire rempli de fails intéressants et d’aperçus ingénieux,
MM. Trousseau et Rigot ont démontré jusqu’à l’évidence la réalité de cette cause.
Si Ton fixe à un clou les deux extrémités réunies d’une anse intestinale à laquelle se rendent des veines gorgées de sang, on voit, au bout d’un temps assez court , la partie la plus déclive de cette anse , celle qui constitue le milieu de la convexité de l’arc qu’elle représente, rougir d’une manière très-prononcée , tandis que les parties moins déclives deviennent de plus en plus pâles , et que les veines mésaraïques se vident de la grande quantité de sang qu’elles contenaient. Cette expérience prouve que le sang renfermé dans les vaisseaux des parois intestinales, pourvu qu’il y soit liquide, se déplace après la mort et tend à s’accumuler dans les points de ces parois où l’entraînent les lois de la pesanteur. Or, si ce phénomène a lieu sur une anse d’intestin séparée du corps , il devra également se reproduire à l’intérieur de l’abdomen , où doit aussi s’accomplir la meme loi physique. Pour s’en assurer, MM. Trousseau et Rigot ont commencé par placer les cadavres dans une situation telle , que l’influence exercée par la pesanteur ne pût pas être douteuse. Ainsi, ayant étranglé des chiens, ils les ont laissés, pendant plusieurs heures, dans une position verticale, et ils ont constaté, dans les parties d’intestin rendues fortement déclives par cette position, une vive coloration rouge delà membrane muqueuse, une forte injection de ses villosités, des épanchements de sang à l’intérieur de l’intestin, où il colorait la bile et le mucus, et des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-muqueux. D’autres chiens ayant été également étranglés , mais placés sur le ventre , les portions d’intestin qui , dans cette nouvelle position, étaient les plus déclives , furent trouvées les plus colorées. Sur des chevaux tués par la section de la moelle épinière, et placés après leur mort en supination, mais de manière à ce que les cadavres fussent plus inclinés , tantôt à droite , tantôt à gauche , on s’est également assuré que les anses intestinales les plus injectées , les seules même qui le fussent, étaient celles où, dans ces positions diverses, la loi de la pesanteur devait avoir son maximum d’action. Dans leurs expériences, MM. Trousseau et Rigot ont d’ailleurs remarqué que les anses intestinales, qui étaient resserrées, contractées, où les vaisseaux étaient repliés, ne s’injectaient pas, bien qu’elles fussent placées dans une situation déclive. Chez le cheval, au contraire, les portions superposées d’intestin , remarquables par la grandeur de leur calibre , étaient néanmoins trouvées assez fréquemment injectées dans leur côté déclive. Si après avoir ouvert le cadavre d’un animal qui vient de mourir, on fixe dans une position déclive certaines portions de son tube digestif, et que de nouveau on les examine un peu plus tard , on trouve vivement injectées ces mêmes portions, qui ne Tétaient pas à l’époque de la première expérience. M. Trousseau dit avoir ouvert, six heures après la mort, le cadavre d’un homme qui avait succombé à une fièvre pernicieuse. Ayant
ouvert quelques parties déclives de l’iléum, elles ne lui parurent que légèrement rougies ; les parties superposées étaient au contraire incolores, les intestins furentremis en place ; le lendemain matin, dit M. Trousseau, ayant examiné les anses déclives que nous n’avions point ouvertes la veille, et celles même qui l’avaient été en partie, nous les trouvâmes remplies de mucus coloré par le sang qui avait teint en violet la membrane interne de l’intestin. Ces faits confirment pleinement mes propres observations ; depuis long-temps, dans les ouvertures de cadavres pratiquées à la Charité, j’ai été bien souvent frappé de l’injection plus vive de celles des anses de l’intestin grêle qui sont plus déclives que les autres, de celles, par exemple, que l’on trouve quelquefois enfoncées dans l’excavation du bassin. Cette coloration hypostatique ne peut-elle avoir lieu que dans l’intestin grêle? elle y est sans doute plus facile en raison de la disposition même de cet intestin, et de celle des vaisseaux qui s’y distribuent. Toutefois, je suis très-fortement porté à croire qu’un certain nombre de rougeurs du grand cul-de-sac de l’estomac, et en général de toute sa face postérieure (qui est inférieure sur le cadavre ), sont le résultat de cette même accumulation hypostatique du sang. J’incline d’autant plus vers cette opinion, que, dans un cas où, très-peu d’heures après la mort, un cadavre avait été placé sur l’abdomen pour procéder à l’ouverture de la moelle épinière, et où il fut laissé plusieurs heures dans cette position, je trouve dans mes notes que sur ce cadavre la partie antérieure de l’estomac était injectée, poiniillée de rouge, tandis que la partie postérieure était pâle. Je crus alors qu’il y avait gastrite ; je ne l’affirmerais pas aujourd’hui.
La rougeur des parois intestinales produite par l’injection hypostatique, toute cadavérique , dont je viens d’essayer de démontrer la réalité , présente plusieurs degrés , de même que la rougeur par congestion, soit mécanique , soit passive , dont il avait été auparavant question. Ainsi l’on peut trouver les villosités fortement colorées , et même du sang épanché à l’intérieur de la cavité intestinale. Mais cela n’arrive guère que dans les expériences sur les animaux que l’on étrangle, et que l’on maintient, plusieurs heures après la mort, dans une situation verticale. En pareil cas, en effet, tout est le plus favorablement disposé pour que le sang soit entraîné, en plus grande quantité possible, là où le sollicite la loi de la pesanteur. Rien de semblable n’a jamais été observé sur les chevaux tués par la section de la moelle épinière ou assommés ; et chez l’homme l’entraînement du sang vers les parties les plus déclives du tube digestif n’y détermine le plus communément qu’une injection plus ou moins vive, soit de la membrane muqueuse , soit du tissu cellulaire qui lui est subjacent. De cette injection peuvent résulter , soit une coloration diffuse à aspect arborisé , soit des rougeurs circonscrites ayant forme de points, de taches, de stries, etc.
L’injection hyposlalique commence à s’effectuer immédiatement après la mort ; au bout de quelques heures elle a acquis son degré le plus considérable, et elle cesse de s’opérer dès que le sang refroidi commence à se coaguler. Il suit de là que dans les cadayres dont la température, soit naturellement, soit artificiellement, se conserve long-temps chaude, et dont le sang reste liquide, l’injection hypostatique de l’intestin sera beaucoup plus marquée que dans les circonstances contraires. Elle sera aussi plus considérable, lorsqu’après les maladies aiguës beaucoup de sang reste encore dans l’économie, lorsque, par suite d’une lente agonie ou d’obslacles à la circulation, les yeines intestinales étaient gorgées de sang à l’instant où la vie a cessé.
Quand depuis la mort un certain espace de temps s’est déjà écoulé, une nouvelle cause de coloration commence à agir : dès que la putréfaction s’empare du cadavre, le sang contenu dans les vaisseaux, grands et petits, des parois gastro-inlestinales , transsude à travers les membranes de ces vaisseaux, et s’épanche en quantité variable dans les tissus environnants, spécialement dans le tissu cellulaire sous-muqueux. De cette extravasatioh sanguine dépendent, par exemple, les taches rouges que l’on observe dans l’estomac le long des veines du grand cul-de-sac, à peu près toutes les fois que l’on fait l’ouverture d’un cadavre plus de trente-six ou quarante heures après la mort. Ces taches, agglomérées le long du trajet des vaisseaux, tantôt sont isolées les unes des autres, tantôt se groupent, se confondent, et dessinent ainsi à la surface de l’estomac des stries, des bandes de figure variable. Si, après avoir constaté cet état, on abandonne l’estomac , et que plus tard on l’examine encore de nouveau , on trouve que la rougeur a augmenté, et que de plus elle se présente sous un nouvel aspect : elle n’existe plus seulement le long des vaisseaux ; toute la surface de l’estomac présente une coloration qui tend de plus en plus à devenir uniforme , et enfin il arrive une époque où toutes les membranes imbibées de sang sont également rouges ; elles peuvent offrir alors une teinte à peu près semblable à celle que présente souvent la surface interne des artères colorée par le sang qu’elles renferment. Cette espèce de rougeur cadavérique ne peut d’ailleurs s’élever à ce degré, que lorsqu’au moment de la mort une certaine quantité de sang existait dans les vaisseaux de l’estomac ; et comme ce sang s’accumule surtout par le fait de la loi de la pesanteur vers le grand cul-de-sac, il s’ensuit que c’est surtout en cet endroit qu’on devra trouver le plus prononcée la rougeur qui résulte de la transsudation cadavérique du sang à travers les parois vasculaires. Il ne faudrait pas d’ailleurs chercher à déterminer rigoureusement l’époque à laquelle cette transsudation doit commencer à s’effectuer ; car il faudrait, pour cela, établir d’abord avecprécision le moment où commence la putréfaction elle-même. Or, c’est ce qui varie beaucoup : 1° suivant certaines conditions inhérentes au sujet lui-même ; telles , par exemple :
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son genre de mort , l’espèce de maladie à laquelle il a succombé , etc. ; 2° suivant d’autres conditions extérieures, telles surtout que l’état thermométrique et hygrométrique du lieu où est déposé le cadavre. Aussi , lorsque, pendant l’été, on procède à l’ouverture de corps maintenus, depuis la mort , dans des lits chauds et dans des chambres dont la température est au moins aussi élevée que celle de l’atmosphère extérieure, il est ordinaire de trouver dans le tube digestif, dès la vingt-quatrième heure, des effets déjà très-prononcés de la transsudation sanguine; souvent, par exemple, il m’est arrivé en pareil cas de rencontrer une coloration rouge uniforme de toutes les membranes du grand cul-de-sac de l’estomac. En semblable circonstance, la matière colorante du sang peut aussi, par voie de transsudation, venir se répandre à la surface interne du tube digestif, et s’y mêler aux liquides qu’il contient. J’en ai constaté la présence sur la plus grande partie des cadavres que j’ai eu occasion d’ouvrir pendant les étés très-chauds de 182 3 et 1826.
Comme les vaisseaux , la rate peut laisser transsuder à travers ses parois une certaine quantité de sang. Par imbibition , ce sang peut ensuite colorer la portion d’estomac qui est en contact avec la rate. Toutefois , cette espèce de coloration est moins fréquente que celle qui résulte de la transsudation du sang à travers les parois des vaisseaux gastriques. Une des circonstances qui doivent faire varier cette cause de coloration , c’est sans doute la différence des états dans lesquels se trouve le sang qui remplit la rate ; il devra imbiber d’autant plus la membrane enveloppante de cet organe, qu’il sera plus liquide.
Enfin , sur le cadavre , au moment même où l’on procède à l’examen de la surface interne du tube digestif, on peut souvent produire dans la membrane muqueuse, en la raclant avec le dos d’un scalpel, des rougeurs qui non-seulement n’existaient pas pendant la vie , mais qui même n’étaient pas apparentes avant le raclage. Par cette opération on refoule dans les vaisseaux les plus fins de la muqueuse, et dans un seul point, le sang qui, auparavant disséminé dans la masse des vaisseaux environnants , y était beaucoup moins apparent ; on peut même ainsi en produire l’extravasation. Cette rougeur tout artificielle, mais que le raclage ne peut toutefois déterminer que lorsqu’il existe par avance une certaine quantité de sang dans la muqueuse ou au-dessous d’elle, se présente le plus ordinairement sous la forme pointillée.
En plongeant une vessie pleine de sang dans différents gaz , le sang qu’elle contient s’altère singulièrement dans sa couleur. Toutes les fois donc que ces mêmes gaz viendront à se développer dans l’intestin, ils devront aussi colorer le sang à travers les parois de ses vaisseaux. Dans quelques cas, cela pourra avoir lieu très-peu de temps après la mort ; mais le plus souvent ces gaz n’étant que le produit de la putréfaction , ce sera lorsque la putréfaction sera déjà assez avancée, que les gaz auxquels elle
aura donne naissance pourront modifier la couleur du sang et changer en une teinte brune , verte , etc., la teinte rouge, qui déjà existait pendant la yie ou qui s’était formée après la mort , soit par.hypostase, soit par imbibition.
La bile qu’on trouve après la mort en quantité plus ou moins considérable dans le tube digestif, en tapisse le plus ordinairement la surface interne, sans la colorer; mais quelquefois la matière jaune imbibe la membrane muqueuse , se combine intimement avec elle , et il en résulte une couleur jaune que par le lavage on ne fait pas disparaître. Cette couleur peut n’exister que par taches isolées ; ailleurs , elle peut occuper uniformément une grande étendue : c’est dans l’estomac , où naturellement n’existe pas de bile, que l’on trouve souvent cette couleur jaune très-prononcée. Plus d’une fois, par exemple, j’ai rencontré uniformément teinte en belle couleur d’ocre toute la surface interne de la moitié droite du ventricule. Je serais porté à croire que ce phénomène peut être dû à la présence dans l’estomac d’un acide , qui doit tendre à séparer de la bile sa matière jaune. Ainsi isolée, cette matière se combine plus facilement, par imbibition, avec les tissus qu’elle touche. N’est-ce pas ainsi qu’on explique la coloration jaune que présente la membrane muqueuse duodénale dans certains cas d’empoisonnement par l’acide sulfurique ?
En résumé, la membrane muqueuse gastro-intestinale, dans l’état sain, n’a pas une couleur une et invariable ; elle n’est parfaitement blanche que dans un assez petit nombre de cas que j’ai indiqués. Hors ces cas, elle orésente, sans cesser d’être saine, divers degrés de coloration qui dépendent, 1° de l’hyperémie passive qui dans toute agonie tend à s’opérer dans les parties richement pourvues de vaisseaux capillaires ; 2° d’obstacles mécaniques à la circulation veineuse établis plus ou moins de temps avant la mort; 3° de l’accumulation hypostatique du sang vers les parties déclives; 4° de la transsudation de ce même sang à travers ses vaisseaux ; S° d’une autre espèce de transsudation qui peut s’opérer, dans quelques cas du moins, à travers la capsule de la rate ; 6° de la présence de divers gaz dans les voies digestives au moment de la mort; 7° du développement d’autres gaz, plus ou moins long-temps après la mort, à l’époque variable où s’éblit la putréfaction ; 8° de la combinaison de la matière jaune de la bile avec divers points de la membrane muqueuse gastro-intestinale ; 9° enfin, de l’introduction accidentelle, dans le tube digestif, de divers principes colorants qui peuvent teindre sa surface interne, et produire ainsi une couleur qui simule plus ou moins parfaitement un état morbide.
Des colorations produites par ces diverses causes , les unes ne peuvent être en aucune manière confondues avec la couleur inflammatoire ; les autres n’en diffèrent que par des caractères souvent peu tranchés ; d’autres enfin, et spécialement celles notées sous les numéros 1 et 3 , et de
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plus quelques variétés de celles notées sous les numéros 2 et 4 , se confondent entièrement avec la couleur que produirait dans le tube digestif une irritation qu’on y produirait artificiellement par l’introduction d’un acide minéral étendu d’une quantité d’eau suffisante pour qu’il injecte, sans les désorganiser , les portions de tissus avec lesquelles il est mis en contact.
Il est, déplus, important dénoter que, toutes choses égales d’ailleurs , la couleur de la membrane muqueuse gastro-intestinale présente quelques nuances, 1° suivant les parties où on l’examine; 2° suivant les âges; 3° suivant que, dans l’estomac ou dans le duodénum et le jéjunum, le travail de la digestion s’opérait ou non à l’instant de la mort. Ainsi, dans les cas où chez un adulte l’on trouve la membrane muqueuse décolorée, on peut constater , ainsi que l’a fait remarquer M. Billard , qu’elle est blanchâtre dans l’estomac, d’un blanc cendré dans le duodénum et le jéjunum ; que cette nuance cendrée diminue vers la fin del’iléum, et qu’enfin dans le gros intestin la membrane muqueuse redevient d’un blanc plus mat. Sous le rapport des âges, les précieuses recherches de M. Billard ont appris que la membrane muqueuse gastro-intestinale est rose chez le fœtus et chez le jeune enfant, d’un blanc laiteux et satiné chez l’adolescent ; que chez l’adulte elle prend une légère nuance cendrée, surtout dans le duodénum et dans le commencement de l’intestin grêle; et qu’enfin, chez le vieillard, cette nuance cendrée devient plus prononcée et plus générale, en même temps que les veines sous-muqueuses, dilatées et remplies de sang, soulèvent et colorent la membrane qui les recouvre. D’autres fois, cependant, chez certains vieillards qui meurent décrépits , exsangues , la membrane muqueuse intestinale est remarquable par son extrême pâleur. C’est même , chez des vieillards , et chez de trèsjeunes enfants morts dans le marasme , que je crois avoir constaté l’état le plus complet de décoloration de la surface interne des voies digestives.
J’ai parlé plus haut des modifications que le travail de la digestion imprime à la couleur de la membrane muqueuse gastrique intestinale.
L’épaisseur et la consistance normales de la membrane muqueuse digestive ne sont pas moins importantes à bien déterminer que sa couleur.
Dans son état physiologique, il s’en faut que celte membrane soit également épaisse dans tous ses points. M. Billard a établi que le maximum de cette épaisseur existe dans le duodénum , et le/ minimum dans le colon. Entre ces deux extrêmes on trouve': 1° la portion pylorique de l’estomac, où la membrane muqueuse est à peu près aussi épaisse que dans le duodénum ; 2° sa portion splénique, où cette épaisseur est beaucoup moindre ; 3° le rectum; 4° le jéjunum ; 5° l’iléum. La grande épaisseur de la muqueuse duodénale dépend surtout des follicules nombreux qui la parsèment; dans l’estofnac, c’est le corps même de la muqueuse qui a un
excès d’épaisseur. M. Louis a cherché à mesurer exactement l’épaisseur relative des diverses portions de la membrane muqueuse gastrique. L’épaisseur de cette membrane dans la grande courbure représente , d’après lui, trois quarts de millimètre; celle de la petite courbure , un tiers à trois quarts de millimètre ; et celle du grand cul-de-sac, un tiers à trois cinquièmes seulement de millimètre. Certains plis que forme la membrane muqueuse, soit dans l’estomac, soit ailleurs, contribuent à lui donner une augmentation apparente d’épaisseur. Là où ces plis existent , ü arrive assez souvent qu’on trouve une rougeur plus intense que dans leurs intervalles ; c’est ce qu’on observe, par exemple, pour les valvules conniventes de l’intestin grêle. Mais si, en opérant une traction de chaque côté de leur base, on sépare les deux portions adossées de muqueuse qui constituent chaque valvule connivente, la membrane déplissée ne paraît pas plus rouge que les portions environnantes.
Dans ce que je viens de dire de l’épaisseur de la membrane muqueuse digestive, j’ai supposé que cette membrane était examinée chez un indh vidu mort d’une maladie aigue, et dont l’intestin n’était pas gorgé d’une trop grande quantité de sang par l’une des causes précédemment indiquées. Lorsque ce dernier cas a lieu, l’épaisseur de la muqueuse peut être augmentée par le sang qui en distend les vaisseaux, sans que, pour cela, on puisse considérer la muqueuse comme malade. D’un autre côté, chez les individus qui succombent dans le marasme, sans qu’il y ait chez eux irritation gastro-intestinale, la membrane muqueuse digestive s’amincit d’une manière notable ; elle s’atrophie comme la tunique musculaire qui lui est subjacente ; ainsi s’atrophient , en pareil cas , beaucoup d’autres tissus. Cet amincissement est surtout remarquable dans l’estomac , dont la membrane muqueuse, vers le grand cul-de-sac en particulier, ne représente plus alors qu’une sorte de toile extrêmement fine. Sans doute une membrane ainsi amincie n’est plus dans son état physiologique; sans doute il doit y avoir dérangement dans ses fonctions ; elle ne doit plus qu’imparfaitement digérer, comme le muscle atrophié ne se contracte plus que d’une manière imparfaite. A ce degré, l’amincissement des parois de l’estomac devient un état morbide; mais, avant qu’il soit parvenu à cet état, on peut trouver beaucoup d’autres degrés où la diminution d’épaisseur de la membrane muqueuse gastrique est physiologiquement en rapport avec certains états du mouvement nutritif général. Enfin, il me paraît assez vraisemblable que dans la membrane muqueuse digestive doivent se présenter de grandes variétés individuelles d’épaisseur , comme il s’en présente dans l’enveloppe cutanée, comme il y a aussi des différences tout individuelles de volume dans les systèmes musculaire, osseux, etc.
La consistance de la membrane muqueuse gastro-intestinale est , en général , en raison directe de son épaisseur. La consistance de la membrane muqueuse est beaucoup plus considérable dans la portion pylorique de l 22
l’estomac que dans sa portion splénique; dans le colon, où l’épaisseur de la muqueuse est à son minimum , sa consistance est aussi très-faible. Dans l’estomac , on peut admettre que la membrane muqueuse a son épaisseur naturelle , lorsqu’ après l’avoir incisée , sans que les tissus subjacents, et en particulier la membrane lamineuse , aient été lésés par l’incision , on peut facilement en détacher avec une pince des lambeaux assez considérable s : il faut qu’on puisse les enlever plus grands dans la portion pylorique que dans la splénique. Dans le duodénum , la disposition de la membrane muqueuse est telle , qu'on ne saurait en détacher des lambeaux aussi considérables que dans l’estomac. Dans le reste de l’intestin , excepté dans le rectum, la membrane muqueuse, bien que dans son état physiologique , se rompt et se déchire , dès qu’on essaie d’en détacher quelques lambeaux. Dans ces différents points , d’ailleurs, les mêmes circonstances physiologiques qui font varier l’épaisseur de la membrane , comme la quantité de sang qui l’abreuve , et l’état général de la nutrition , en font également varier la consistance. Ainsi , en même temps que la membrane muqueuse s’amincit, elle tend à se ramollir sans qu’il y ait existence antécédente ou actuelle d’un travail d’irritation.
La membrane muqueuse digestive peut être modifiée, après la mort , dans sa consistance , comme nous avons déjà vu qu’elle l’était dans sa couleur. Ce ramollissement cadavérique a été constaté dans deux circonstances principales : 1° long-temps après la mort , et lorsque déjà des signes de putréfaction existaient dans le cadavre; 2° très-peu de temps après la cessation de la vie. ^
Dans le premier de ces deux cas, la membrane muqueuse ne perd qu’assez lentement sa consistance. Plus d’une fois il m’est arrivé de ne la trouver encore en aucune façon ramollie sur des cadavres d’individus morts depuis huit à dix jours , dont les intestins étaient verts et distendus par des gaz , avec exsudation sanguine , ecchymoses dans l’épaisseur de leurs parois ', emphysème sous -muqueux en plusieurs points. Au-delà du » dixième jour la membrane muqueuse diminue de consistance, puis elle se ramollit de plus en plus ; du quinzième au dix-huitième jour elle devient comme de la bouillie, et du vingt-cinquième au trentième elle n’est plus reconnaissable.
Exposée à l’air , la membrane muqueuse se ramollit beaucoup plus rapidement. M. Billard laissa étendu sur une table pendant douze jours un tube digestif ouvert ; la température de la chambre était de dix degrés au-dessus de zéro, et le soleil y pénétrait chaque jour. La membrane muqueuse ne commença à se ramollir que le sixième jour, époque à laquelle la putréfaction était déjà avancée ; le dixième jour elle était pultacée, et, le onzième, elle ne représentait plus qu’une bouillie verdâtre d’une grande fétidité.
Soustraite au contact de l’air et placée sous l’eau , la membrane mu-
queuse ne se ramollit plus , au contraire , que très-lentement : après avoir laissé séjourner pendant deux mois une portion d’intestin dans la même eau, M. Billard ne constata qu’au bout de ce temps un ramollissement sensible de la mûqûeuse ; « cependant , dit-il , elle conservait encore une certaine consistance. Au bout de trois mois seulement on la trouva tellement ramollie, qu’elle ne ressemblait plus qu’à une sorte de couche purulente très-fétide.
Il suit de ces faits que le ramollissement cadavérique de la membrane muqueuse gastro-intestinale ne survient que lorsque la putréfaction est déjà parvenue à un assez haut degré, et passé le temps ordinaire pendant lequel on procède dans la plupart des cas à l’ouverture des corps. Ainsi donc il semblerait qu’on ne devrait jamais regarder comme effectuésaprès la mort les ramollissements bien prononcés de la muqueuse gastrique , qu’on observe dans cette membrane vingt à vingt-quatre heures après la mort. Cependant la solution de cette question se trouve embarrassée, si je puis ainsi dire, par quelques faits dans lesquels, sur des chiens tués dans un très-bon état de santé, et ouverts peu de temps après la mort, on a trouvé la membrane muqueuse gastrique entièrement ramollie. De semblables faits ont été vus par M. Bretonneau. M. Trousseau, qui les rapporte ( Archives de médecine , tome XII, pag. 345 ) , adoptant une idée de Hunter, qui aujourd’hui compte en Angleterre de nombreux partisans, attribue en pareil cas le ramollissement de la muqueuse gastrique à l’action dissolvante des sucs sécrétés par l’estomac. D’après plusieurs médecins anglais, ce ramollissement pourrait même s’étendre à toutes les tuniques de l’estomac, et il pourrait en résulter une perforation de ce viscère opérée après la mort. Les arguments sur lesquels ils fondent, leur opinion sont les suivants :
1° Plusieurs fois, en ouvrant des cadavres d’hommes et surtout de di-/ vers animaux, on a trouvé les parois de l’estomac singulièrement ramollies ou perforées, bien qu’avantla mort rien n’eût annoncé chez ces êtres une affection gastrique, et que la plupart d’entr’eux eussent été tués lorsqu’ils semblaient jouir d’une santé parfaite. Adams a trouvé de semblables perforations dans des estomacs de chiens ; Carlisle et Cooper , dans des estomacs de lapins , et Spallanzani, dans des estomacs de poissons. Avant eux, Hunier avait rencontré l’estomac perforé chez un prisonnier qui se laissa mourir de faim.
2° Dans ces différents cas on n’a trouvé aucune trace de péritonite autour de la perforation , ce qui aurait dû arriver, si la communication en- Ive la cavité de l’estomac et celle du péritoine s’était effectuée pendant la vie.
3° Le docteur Allan Burns trouva sur un cadavre humain l’eslomac perforé là où cet organe est en contact avec le foie. S’étant assuré que celui-ci était intact, il procéda, deux jours plus tard, à un nouvel examen;
PRÉCIS
mais alors de nouvelles altérations avaient eu lieu ; la portion de foie qui suppléait aux parois détruites de l’estomac était elle-même notablement ramollie et réduite en détritus ; il n’y avait d’ailleurs encore aucun signé de putréfaction sur le cadavre. Dans ce cas, dit M. Burns, n’est-il pas évident que l’espèce de fonte éprouvée par le foie fut due à l’action dissolvante du même suc qui avait commencé par attaquer et détruire une portion des parois gastriques ?
4° Sur un homme jeune et bien constitué, qui présentait à l’épigastre une fistule stomacale, suite d’un coup de feu , le docteur Lovell, chirurgien en chef des armées des États-unis, recueillit une certaine quantité de suc, qui s’écoulait par la fistule. Reçu immédiatement dans une fiole, ce suc y fut mis en contact avec de la viande, et l’on vit qu’il la dissolvait avec une grande activité de la périphérie au centre ; elle fondait, dit l’auteur de cette observation , comme un morceau de gomme arabique qu’on tient dans la bouche. Si telle est l’activité du suc gastrique, ne peuton pas concevoir que si après la mort il se trouve dans l’estomac en certaine quantit ;, et doué de certaines qualités, il puisse opérer la dissolution des tuniques du ventricule, comme on vient de voir qu’il dissolvait la chair morte ?
D’après ces faits, faut-il admettre, comme une chose démontrée, le double phénomène du ramollissement et de la perforation des parois de l’estomac effectué après la mort par le suc gastrique? Je pense que ces faits doivent être pris en considération , mais qu’ils ne sont ni assez nombreux, ni assez circonstanciés pour qu’il ne faille pas attendre que de nouvelles observations viennent en confirmer ou en infirmer les conséquences.
Les follicules, isolés ou agglomérés, qui parsèment la membrane muqueuse gastro-intestinale, jouent un rôle capital dans les maladies de cette membrane; il est donc important de bien déterminer quelles variétés d’aspect ils peuvent présenter, sans cesser d’être pour cela dans leur état physiologique.
Dans la plus grande partie des cadavres d’adultes , dont le tube digestif ne semble point altéré, on ne trouve de follicules bien manifestes qu’en deux points de ce tube; savoir, au pourtour de l’orifice cardiaque de l’estomac, et dans le duodénum. De plus, dans la partie inférieure de l’iléum , on trouve certains endroits où , au toucher , les parois intestinales semblent plus épaisses qu’ailleurs, et où, placées entre l’œil et la lumière, ces mêmes parois n’ont pas leur transparence accoutumée. C’est là que chez d’autres individus apparaissent les follicules agminés, que l’on connaît sous le nom de glandes de Peyer .
Chez les enfants, les follicules sont naturellement plus développés, et sont apparents dans un plus grand nombre de points. Ainsi il est commun chez eux, quand même rien n’indique l’existence d’une affection inlesti-
nale, de trouver à la surface interne, soit de l’intestin grêle, soit du gros intestin, de petits corps arrondis, blancs ou grisâtres, percés d’un orifice central , dont le pourtour est souvent coloré en un gris foncé, et qui, bien manifestement, ne sont autre chose que des follicules. Chez un grand nombre d’enfants dont le tube digestif ne paraît pas avoir été non plus altéré, on trouve avec ces follicules isolés d’autres follicules agglomérés, pressés les uns à côté des autres en innombrable quantité , de manière à constituer par leur réunion de très-larges plaques qui peuvent occuper dans l’intestin grêle l’étendue d’un à trois pieds. Au centre de chacun de ces follicules on trouve souvent un point coloré en gris-bleuâtre ou en noir, d’où résulte pour la plaque entière un aspect pointillé. Ayant trouvé ces plaques (glandes agminées de Peyer) à ce degré de développement, et ainsi colorées, chez des enfants morts subitement d’accidents , ou de maladies tout-à-fait étrangères à l’appareil digestif, je crois pouvoir établir qu’elles ne constituent point dans l’enfance un état pathologique. Mais chez l'adulte, sont-elles un indice de maladie? Nul doute que chez plusieurs individus qui succombent avec une diarrhée chronique , la lésion la plus remarquable , la plus saillante , qu’on trouve dans le tube digestif, soit un développement insolite des follicules, développement semblable à celui que nous venons de voir tout-à-l’heure exister normalement chez l’enfant. En outre , chez plusieurs autres individus , convalescents d’une gastro-entérite avec symptômes graves , dits adynamiques et ataxiques , et morts d’une autre maladie , j’ai rencontré souvent à la surface interne du tube digestif, vers la fin de l’iléum, les glandes agminées de Peyer apparaissant sous la forme de vastes plaques poinlillées de noir. Je crois que, dans ce dernier cas , les plaques pointillées , découvertes par la nécroscopie , indiquaient un état d’hypertrophie de ces corps , vestige de l’irritation récente qui les avait frappés. Mais cet état d’hypertrophie aurait pu persister, sans qu’il en résultât aucun accident. Ce qui le prouve, c’est que chez d’autres individus adultes on trouve un pareil état des follicules , bien qu’à l’époque où la mort est survenue il n’y eût aucune espèce de maladie dans les voies digestives. En définitive, je pense que le grand développement des follicules intestinaux n’est pas chez l’adulte un état normal : il peut résulter d’un travail antécédent de phlegmasie aiguë, et persister comme vestige de ce travail ; il peut aussi avoir lieu sans trace appréciable d’irritation antécédente, être lié à une simple exagération de la nutrition normale ; ou , si l’on veut, il peut dépendre de ce que la nutrition de ces follicules persiste à être, chez l’adulte, aussi active qu’elle l’était chez l’enfant. C’est ainsi que chez l’adulte le foie peut rester aussi développé qu’il était dans les premières périodes de son existence; c’est encore ainsi que chez un homme de moyen âge on peut trouver, sans qu’il y ait maladie, les divers ganglions lympatiques aussi gros qu’ils le sont chez l’enfant.
PRÉCIS
Il suit de ces considérations, que les follicules intestinaux, soit ceux qui sont isolés, soit ceux qui , par leur agglomération vers la partie inférieure de l’iléum, y constituent les plexus de Peyer, peuvent, chez l’adulte, être tantôt apparents, et. tantôt à peu près invisibles, sans que ni l’un ni l’autre de ces cas soit véritablement un état morbide , en ce sens que tous deux peuvent avoir lieu, sans qu’il en résulte aucun désordre des fonctions digestives. L’anatomie comparée nous montre , d’ailleurs, comme un état normal un développement très-grand de ces follicules. Ainsi , sur la plupart des chiens sacrifiés aux expériences physiologiques , on trouve dans l’intestin grêle de nombreuses et vastes plaques poinlillées de noir , tout-à-fait semblables à celles qui existent aussi chez l’homme, mais d’une manière si peu constante, qu’on a regardé comme pathologiques les cas où on les a rencontrées. On les a également observées dans le canal intestinal d’un grand nombre de moutons tués pour les boucheries. Bien souvent aussi j’en ai constaté l’existence sur les chevaux; mais , ignorant si ces animaux n’avaient point eu d’affection des voies digestives, je ne puis pas, chez eux comme chez les êtres précédents, donner l’existence de ces plaques comme une preuve qu’elles appartiennent à l’état de santé.
Les tissus subjacentsà la membrane muqueuse se présentent, dans l’état sain , avec les caractères suivants :
Le tissu cellulaire sous-muqueux doit être sous forme d’une couche blanche , d’une assez grande densité , parcourue ou non par un certain nombre de veines plus ou moins gorgées de sang. La tunique charnue doit être pâle , semblable pour la couleur aux muscles des animaux à sang blanc, ayant son maximum d’épaisseur dans la portion pylorique de l’estomac et dans le rectum, paraissant d’autant plus épaisse, que l’intestin se trouve plus resserré. Chez les individus qui meurent dans le marasme, saus irritation chronique du tube digestif, la luhique musculaire gastrointestinale s’atrophie notablement. Le tissu cellulaire interposé entre cette tunique et le péritoine est à peu près invisible dans l’état sain ; il faut tenir compte de cette disposition , parce que , dans certains cas pathologiques , ce tissu peut s’hypertrophier et contribuer à la formation de plus d’une tumeur.
Rien n’est plus variable que la capacité présentée par les intestins dans les différents cadavres. Mais ce qu’il faut bien savoir , c’est que d’une part on peut trouver le tube digestif très-rétréci , bien qu’il ne présente d’ailleurs aucune lésion appréciable, et que d’autre part on peut le trouver très-large, bien qu’il présente des traces non douteuses d’irritation. Quelquefois on trouve un seul point rétréci, formant comme une sorte d’étranglement; et, soit au-dessus, soit au-dessous de ce point, l’intestin est très-ample ; cependant on ne rencontre pas plus de trace d’irritation dans le point rétréci qu’ailleurs. J’ai observé plusieurs fois une grande
blancheur à la surface interne d’estomacs qui étaient tellement revenus sur eux-mêmes, qu’ils surpassaient à peine le volume du colon. J’ai trouvé très-amples d’autres estomacs qui avaient été désorganisés par de l’acide sulfurique.
La surface interhe du tube digestif doit être lubréfiée dans l’état sain par une quantité médiocre d’un mucus grisâtre, visqueux, qui se rassemble en pulpe assez consistance sur la lame du scalpel , avec lequel on gratte légèrement la membrane. Dans l’estomac ce mucus est pur, lorsqu’il n’est pas mêlé aux substances avalées ; il s’y accumule , et y est ultérieurement digéré dans les cas où aucun aliment n’est pris depuis longtemps. On en sollicite la sécrétion en introduisant dans l’estomac un eorpS inerte , soit un caillou autour duquel il s’amasse , soit une éponge, qu’on en retire imprégnée de ce mucus. Dans l’intestin grêle , ce mucus est mêlé à une certaine quantité de bile ; dans le gros intestin il est remplacé par des matières fécales , que l’on trouve souvent en grande quantité dans le colon d’individus qui cependant n’ont rien mangé depuis long-temps.