I. Ascaride lombricoïde
Nous avons déjà fait la description anatomique de cet entozoaire dans le premier volume. Il habite le plus ordinairement l’intestin grêle ; c’est surtoutdans cetintestin qu’on en trouve un grand nombre sur le cadavre. On en rencontre aussi , mais beaucoup plus rarement , soit dans le gros
intestin, soit dans l’estomac, soit enfin dans l’œsophage et le pharynx. Ils sortent quelquefois du tube digestif lui-même, et se logent dans différentes parties yoisinesde ce tube. J’ai trouvé une fois, avec M. Blandin, à l’hôpital des Enfants, un ascaride qui s’était engagé dansla cavité même du larynx; il occupait l’espace qui sépare les deux cordes vocales, etune partie de son corps était encore dans le pharynx. L’enfant avait été pris tout-à-coup d’une dyspnée extrême, et il était mort, en fort peu de temps, dans un état d’asphyxie, M. Paul Guersent m’a montré un foie qui était comme labouré en divers sens par des ascarides qui paraissent s’y être introduits en passant du duodénum dans le canal cholédoque. Je ne connais qu’un autre fait de ce genre , qui a été publié dans le tome II des Bulletins de la Faculté de Médecine de Paris.
On a vu plus d’une fois des ascarides passer à travers une perforation des parois intestinales, tomber dans le péritoine , y séjourner, ou bien en sortir, soit en s’échappant à travers une fistule cutanée, soit en s’introduisant dans un autre organe creux, dans la vessie ou dans le vagin.
Les ascarides ne peuvent-ils passer de l’intestin dans un autre organe qu’au moyen d’une ouverture accidentelle qu’ils trouvent toute faite , ou bien peuyent-ils eux-mêmes pratiquer cette ouverture ? Si ce dernier cas existe, il est au moins infiniment rare. On a vu quelquefois des ascarides qui adhéraient fortement par une de leurs extrémités (celle où l’on aperçoit leur bouche) à un point des parois intestinales; on en a conclu que c’était là le commencement du procédé que pouvaient employer ces animaux pour sortir du canal où ils avaient pris naissance. Mais si l’on réfléchit que les ascarides lombricoïdes ne peuvent vivre hors de ce canal luimême , on sera porté à penser qu’en supposant que l’ascaride puisse perforer les parois de l’intestin et en sortir, l’instinct de sa conservation devra l’en empêcher. Toutefois, il pourrait ne plus en être de même après la mort de l’animal au sein duquel l’ascaride s’est développé , et alors , beaucoup plus que pendant la vie, il pourrait tendre à se frayer une route au-dehors de l’intestin, à travers les parois mêmes de ce conduit. Bremser a cité à cet égard des faits qui , bien qu’étrangers à l’homme, me semblent devoir être consignés ici. Des poissons, placés dans des bocaux remplis d’eau pure , moururent au bout de quelques jours. Chez un de ces poissons on trouva un échynorrhinque , qui s’était frayé une route non-seulement à travers les parois du canal intestinal, mais encore à travers les muscles et les téguments. Bremser suppose que ce ver , après la mort du poisson dans lequel il séjournait , aura voulu se procurer de la nourriture au-dehors ; mais ne trouvant dans l’eau ni un aliment ni un milieu convenable , et voyant , dit Bremser, qu’il était arrivé à la limite de son propre monde , il se décida , probablement pendant que la partie postérieure de son corps était encore fixée à celui du poisson , à y rentrer de nouveau ; car on voyait
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qu’il avait essayé à se frayer un chemin du dehors dans une autre partie du corps que celle d’où il était sorti.... Chez d’autres de ces poissons morts , des vers de la même espèce avaient seulement perforé le canal intestinal ; il se trouvaient implantés aux parois internes de l’abdomen , etd autres à la surface extérieure desintestins (l). »
L anatomie pathologique ne nous apprend rien sur les causes qui, dans 1 intestin , peuvent favoriser le développement de l’ascaride lombricoïde non plus que celui des autres entozoaires qu’on y trouve. Ces entozoaires s y rencontrent aveo toutes les conditions organiques possibles de l’intestin. On le trouve indifféremment rouge ou pâle , sec ou rempli de mucosités abondantes. Dans les points où beaucoup de vers sont accumulés , on trouve souvent autour d’eux l’intestin rouge , et le paquet qu’ils forment par leur réunion est fréquemment entouré d’une masse de mucus. Mais , en pareil cas , l’injection aussi bien que la sécrétion muqueuse ne paraissent être qu’un effet de la présence des vers , qui agissent alors comme des corps étrangers. Ils me semblent également s’être placés dans l’hypothèse, et ceux qui ont cru pouvoir expliquer la formation des vers intestinaux en les attribuant à un degré ou à un mode d’irritation intestinale, et ceux qui s’en sont rendu compte par un état de faiblesse du tube disgestif. Non , il n’y a pas plus en pareil cas sthénie qu’asthénie ; il y a une modification dont l’essence nous échappe , et qui paraît spécialement se produire sous l’influence de quelques circonstances , soit inhérentes à l’individu, comme sa constitution , son âge , etc., soit appartenant aux influences extérieures, telles que certaines conditions de l’air et des aliments. Entrer dans les détails relatifs à ces circonstances diverses, ce serait sortir de notre sujet. Faisons seulement remarquer qu’ici encore ce que nous montre l’anatomie pathologique est infiniment peu de chose en comparaison de ce que peuvent nous révéler d’autres voies d’investigation ; par elle seule nous n’arriverions à aucune théorie raisonnable sur la formation des vers intestinaux ; par elle nous ne pourrions fonder aucune méthode thérapeutique propre à combattre ces vers , puisqu’elle ne nous en révèle pas les causes.