‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 73 sur 175 · LÉSIONS CONGÉNITALES · texte numérisé non relu

LÉSIONS CONGÉNITALES

DE LA PORTION SUS-DIAPHRAGMATIQUE DU TUEE DIGESTlP.

Nous allons les étudier successivement dans la bouche, le pharynx et l’oesophage.

La bouche, considérée dans sa cavité et dans ses parois, peut manquer complètement; d’autres fois, il y a seulement imperfection de développement dans une ou plusieurs de ses parties constituantes. On désigne sous le nom <£ astomie l’absence de la bouche, et sous celui à' atélostomie, son développement vicieux.

Les différents vices de conformation compris sous ces deux termes génériques offrent cette circonstance remarquable, qu’ils représentent plus ou moins exactement l’état normal des diverses parties de la bouche , à diverses époques de leur formation, pendant le cours de la vie intra-utériue ; d’où il suit que plusieurs de ces vices de conformation ne sont que le résultat d’un arrêt de développement des parties qui en sont le siège.

L 'astomie est l’état normal du fœtus pendant les six premières semaines environ de son existence. Elle peut persister jusqu’à l’époque de la naissance, et alors à la place de l’appareil buccal on ne trouve qu’une ouverture béante , étroite ou large , située tantôt vers un point de la base du crâne, tantôt à la place des fosses nasales, tantôt vers le milieu de la région cervicale ; quelquefois, enfin, lorsqu’il y a acéphalie , elle apparaît au point le plus élevé de la colonne épinière. Par cette ouverture on pénètre dans les parties du tube digestif plus profondément situées.

L 'atélostomie comprend un grand nombre de vices de conformation que je vais rapidement énumérer.

L’appareil compliqué, situé au-devant de la cavité buccale, que l’on désigne sous le nom de face , peut manquer entièrement ( ïaprosopie ) , ou être imparfaitement développé (atéloprosopie) .

L’ aprosopie peut exister avec un crâne bien conformé ; d’autres fois , en même temps que la face manque, le crâne est mal développé ; c’est surtout l’os frontal qui subit en pareil cas les plus notables modifications dans sa forme. D’autres fois, enfin , il y a absence simultanée et de la face et du crâne.

L' atéloprosopie comprend plusieurs degrés : ainsi, il y a des cas où, parmi les diverses portions osseuses , d’abord isolées , et plus tard réunies , dont l’ensemble constitue l’os maxillaire supérieur , plusieyrs restent rudimen-

taires ou n’offrent même aucun vestige de leur existence. Il y a d’autres cas où l’os maxillaire supérieur était bien développé , c’est l’inférieur qui est absent ( agnalhie ), ou qui est mal conformé (atélognathie).

Lorsqu’il y a agnathie, on ne trouve à la place de l’os maxillaire inférieur qu’une sorte de tubercule formé par de la peau, du tissu cellulaire, de la graisse , et quelques faisceaux charnus plus ou moins apparents. On a vu en pareil cas les muscles masseters s’insérer aux os palatins. L’orifice supérieur du tube digestif se trouve alors, soit immédiatement au-dessous du tubercule charnu que je viens d’indiquer, soit plus bas en un point quelconque du cou.

L’agnathie a été quelquefois méconnue , parce qu’on a pris pour l’os maxillaire inférieur les cercles du tympan , dont l’absence de cet os entraîne le changement de direction, et la réunion sur la ligne moyenne ; de même qu’il y a tendance au rapprochement et à la fusion des deux globes oculaires et de leurs cavités, lorsque l’os ethmoïde est absent.

L’agnathie peut exister sans autre vice de conformation de la face ; ailleurs elle coïncide avec d’autres monstruosités. Il y a, au contraire, des cas où l’os maxillaire inférieur est le seul, des os de la face , qui se soit développé.

V atélognathie présente les trois principales variétés suivantes : l°l’os maxillaire inférieur est de grandeur et de forme ordinaires ; mais il est composé de deux pièces séparées sur la ligne médiane , comme elles le sont normalement avant la naissance; 2° il est constitué par plusieurs pièces que réunissent des cartilages intermédiaires, disposition qui rappelle l’état normal de l’os maxillaire inférieur des oiseaux; 8° enfin, ce même os maxillaire inférieur peut être resté très-petit , véritablement rudimentaire, et le menton est alors remarquable par son peu de développement.

A l’instar des parties dont il vient d’être question, les lèvres peuvent être affectées de quelques vices de conformation. Il y a des cas où elles n’existent pas , soit une seulement , soit toutes deux ; c’est ce qui constitue Vachette. Il y a d’autres cas où elles ne sont qu’imparfaitement développées; c’est V atélochélie. Celle-ci résulte ou de la présence d’une fissure qui se prolonge plus ou moins vers les joues , à la place de la commissure des lèvres , ou d’une trop grande brièveté de ces mêmes lèvres , qui sont trop courtes pour se toucher , ou enfin de la division en plusieurs fragments d’une des lèvres ou de toutes deux.

En raison de la ressemblance plus ou moins grande que présente en pareil cas la lèvre divisée de l’enfant avec celle du lièvre , on a désigné ce vice de conformation sous le nom de bec de lièvre.

Le bec de lièvre congénital occupe très-rarement la lèvre inférieure ; Meckel, Shubarth en ont toutefois cité des exemples. Dans les cas cités, sa division coïncidait avec une semblable division de la lèvre supérieure,

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et avec d autres vices de conformation. Elle occupait la partie moyenne de la lèvre. Beaucoup plus souvent observée à la lèvre supérieure , la fente longitudinale qui constitue le bec de lièvre n’est que très-rarement située sur la ligne médiane; Nicati en a rapporté un cas, et Lafaye , un autre dans lequel il y avait en même temps existence des deux fentes latérales. Plus fréquemment on trouve la lèvre divisée dans le sens de sa hauteur sur les côtés de sa partie moyenne , au point qui correspond à l’union de l’os incisif ayec l’os maxillaire. Cette division peut exister d’un seul côté , ou des deux à la fois. Le bec de lièvre est dit simple dans le premier cas, et double dans le second. On a constaté que , dans les cas où il est simple , il a lieu plus souvent à gauche. Il peut être le seul vice de conformation qui existe, ou coïncider , soit avec divers degrés de division de l’os maxillaire, soit avec d’autres monstruosités. L’altération qui complique le plus fréquemment le bec de lièvre est la non réunion de l’os incisif avec le maxillaire. Alors derrière la lèvre supérieure on trouve un petit tubercule osseux, séparé de l’os maxillaire, soit des deux côtés, soit d’un seul, et portant soit toutes les dents incisives, soit seulement quelques-unes d’entr’elles. Dans ce dernier cas , celles de ces dents qui ne sont pas contenues dans le tubercule se trouvent dans une autre portion d’os qui tient au maxillaire , et qui est la moitié de l’os incisif d’un côté ; car on a dit que dans le principe l’os incisif se développait par autant de parties séparées qu’il y avait de dents qu’il est destiné à contenir. Il y a donc véritablement d’abord quatre os incisifs , dont deux de chaque côté; et il peut arriver que ces os restent isolés, soit les uns des autres, soit de l’os maxillaire , et alors on observe que la lèvre reste aussi divisée en autant de fragments qu’il y a de portions d’os qui ne se réunissent pas. En pareil cas , la persistance , chez l’homme , de l’os incisif représente l’état normal d’un grand nombre d’animaux. Ce qu’il y a de remarquable , c’est que la lèvre se développe aussi par plusieurs portions dont les séparations correspondent à celles des petits os incisifs eux-mêmes.

Ainsi donc la division de la lèvre supérieure en plusieurs fragments serait une disposition physiologique à une certaine époque de la vie intrautérine, et le bec de lièvre ne serait que cette disposition conservée. Mais il y a aussi une époque du développement du fœtus où la cloison osseuse qui sépare la bouche des fosses nasales n’existe pas ou n’est que très-incomplète ; le voile du palais , qui continue cette cloison , se développe également par plusieurs parties , qui , d’abord isolées , ne se confondent qu’assez tard. De plus , ce qui existe à cet égard chez le fœtus humain se retrouve être encore l’état permanent d’un grand nombre d’animaux ; et si l’on observe sous ce rapport divers mammifères, puis un oiseau , un poisson et un reptile , on verra la séparation entre les cavités nasales et buccale devenir de moins en moins prononcée, et enfin nulle ; on verra en outre se diviser ou disparaître, soit le voile du palais en totalité, soit

quelques-unes de ses parties. Eh bien ! ces différentes dispositions, temporaires chez le fœtus humain , permanentes chez beaucoup d’animaux , peuvent continuer à exister chez l’homme après sa naissance, et ce sont alors pour lui des vices de conformation. Ainsi, par exemple, on observe dans sa voûte palatine , 1° le simple défaut de réunion d’une des apophyses palatines de l’os maxillaire avec l’os incisif du même côté ; 2° une sembla ble séparation à droite et à gauche ; 3° la non-réunion des apophyses palatines entr’elles ; 4° l’absence complète d’une apophyse palatine ou de toutes deux; 3° l’absence complète d’os incisif, et en même temps de la partie moyenne de la lèvre supérieure ; 6° enfin , l’absence simultanée de ces os et des deux apophyses palatines.

Dans le voile du palais , on peut observer, 1° la non-réunion des deux parties latérales , dont il est primitivement formé , la luette étant d’ailleurs en même temps ou présente ou absente ; 2° la réunion de ces deux parties, mais la division de la luette ; 3° l’état rudimentaire ou l’absence complète de la luette , vice de conformation qui est principalement lié au défaut de développement du muscle palato-staphylin.

Les diverses divisions congénitales des lèvres , de la voûte palatine , du voile du palais, qui viennent d’être passées en revue , existent tantôt réunies , et tantôt isolées les unes des autres.

La langue, qui occupe la paroi inférieure de la bouche, peut être aussi le siège de plus d’un vice de conformation. Ayant d’ailleurs un développement plus précoce que d’autres parties de la bouche, puisqu’elle est visible dès sept semaines, elle doit s’éloigner, plus rarement que ces dernières, de son mode de conformation normale.

L’on a quelquefois constaté l’absence complète de langue , ou aglosie ; cela n’a guère été vu que dans les cas où il y avait en même temps acéphalie ou simple aprosopie. Il ne faut pas d’ailleurs confondre l’aglossie réelle avec celle qui n’est qu’apparente , et dans laquelle il y a seulement absence des muscles intrinsèques de la langue , ce qui constitue seulement un des défauts de développement de la langue , qui sont compris sous le terme d 'atèloglossie.

L’ atéloglossie ou imperfection de la langue comprend les vices de conformation suivants :

1° L’absence de quelques-unes de ses éléments organiques : ainsi l’on a vu des langues qui n’étaient musculaires que d’un côté; dans d’autres , les papilles lenticulaires n’existaient pas; dans d’autres , la surface supérieure, entièrement dépourvue de toute aspérité, était unie, dure, et, à la place d’une membrane muqueuse , on y trouvait un tissu fibreux.

2° La petitesse de la langue , ou microglossie. Dans beaucoup de cas de ce^genrela langue n’a un volume moindre que parce que l’une des deux parties dont elle est normalement composée ne s’est pas développée. Toute langue est effectivement formée de deux portions, l’une constituée par 1 30

des muscles insérés â l’os hyoïde (portion hyoïdienne ou postérieure), et l’autre constituée par des muscles qui se terminent à des plans fibreux situés en divers points de la langue (portion analogue par sa disposition au muscle peaucier, et antérieure à la portion dite hyoïdienne). Dans les trois classes de vertébrés pourvus de poumon , ces deux portions existent, mais non également développées : en effet, chez les mammifères , c’est la portion antérieure qui prédomine ; chez les oiseaux et les reptiles , c’est la portion postérieure ou hyoïdienne. Chez les poissons, cette dernière existe seule. Que si nous appliquons ces faits au développement de la langue de l’homme , nous serons portés à penser que chez lui la portion hyoïdienne se forme la première, par conséquent elle doit manquer moins Souvent que la portion antérieure , etdans la plupart des cas de microglossie , c’est de l’absence de cette portion antérieure que résulte l’extrême petitesse de la langue. L’observation a confirmé la justesse de ces vues théoriques : chez tous les individus atteints de microglossie , qui ont été jusqu’à présent examinés, on a pu se convaincre que la langue était réduite à sa portion hyoïdienne. La langue apparaît alors au fond de la bouche comme un petit mamelon pourvu de quelques faisceaux charnus qui s’insèrent à l’os hyoïde et à la mâchoire inférieure. En pareil cas , tantôt la membrane muqueuse linguale n’est juste développée que pour recouvrir le mamelon charnu ; tantôt , au contraire , elle se prolonge au-delà de celui-ci, et s’avance plus ou moins près des lèvres; mais au-dessous d’elle, on ne trouve que du tissu cellulaire plus ou moins condensé ; une disposition analogue se remarque chez quelques poissons. Dans plusieurs cas où la langue était réduite à cet état rudimentaire, les individus affectés de ce vice de conformation n’étaient cependant pas privés de l’exercice de la parole; mais seulement leur prononciation était difficile , et, pour articuler, -on les voyait rapprocher le menton du larynx ; leur goût était conservé; pour mâcher, ils étaient obligés de porter les aliments avec leurs doigts dans les diverses parties de la bouche ; ils s’en aidaient aussi pour opérer la déglutition des solides.

3° La macroglossie est le vice de conformation de la langue opposé au précédent; elle est alors d’un volume qui excède celui de l’état normal. Remarquons à cet égard qu’il y a une époque de la vie embryonnaire où la langue a un développement relatif beaucoup plus considérable que celui qu’elle devra garder par la suite : la macroglossie résulte-t-elle de ce que la nutrition de la langue continue , au-delà de la limite ordinaire, à être celle d’une langue d’embryon ? Ce serait donc là un cas où l’excès de volume d’un organe se trouverait lié à un véritable arrêt de développement. C’est ce qu’on peut aussi observer pour le lobe gauchedu foie, qui, chez le fœtus, normalement plus volumineux que le lobe droit, reste quelquefois tel chez l’adulte; c’est encore ce qui a lieu dans les cas où l’on trouve chez celui-ci un développement insolite du thymus, des cap-

suies surrénales , de certains vaisseaux qui, dans l’ordre physiologique, doivent plus ou moins s’atrophier après la naissance.

La macroglossie présente deux degrés : dans le premier, la langue, remarquable par ses dimensions, n’a pas toutefois acquis encore assez de volume pour dépasser lçs limites de la cavité buccale ; la macroglossie à ce degré est, avec les grosses lèvres, un des traits caractéristiques de la constitution scrophuleuse, de cet état dans lequel il n’y a pas en quelque sorte une molécule du corps qui ne présente l’empreinte d’une nutrition modifiée. Dans un second degré de macroglossie, la langue est tellement volumineuse , qu’elle sort de la bouche et vient pendre au-devant des lèvres.

4° La bifurcation de la langue à son extrémité antérieure a été quelquefois observée. Cette langue bifide est, eomme l’on sait, l’état normal de plusieurs reptiles (les ophidiens et quelques sauriens). Je ne sache pas qu’on en ait constaté l’existence, dans l’espèce humaine, à aucune époque de la vie intrà-utérine. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que dans la plupart des cas où chez l’homme a été rencontrée une langue divisée à sa pointe comme celle des serpents, il y avait d’autres vices de confor mation , tels qu’un bec de lièvre, la fusion des deux yeux sur la ligne médiane ( cyclopie ) , et quelquefois une longueur extraordinaire de la luette.

S° On a vu des individus chez lesquels deux langues semblaient exister. Elles étaient toujours situées, dans les cas observés, l’une sur l’autre. Séparées en avant, elles se réunissaient en arrière vers leur base. La plus grande a paru être tantôt la supérieure, tantôt l’inférieure.

6° Des adhérences congénitales de la langue ont été constatées, soit avec la lèvre inférieure, soit par sa pointe avec la paroi inférieure de la bouche. La trop grande brièveté du filet peut être considérée comme un simple degré de ce dernier genre d’adhérences.

Quelques vices de conformation peuvent frapper les deux orifices de la bouche. Pour l’orifice postérieur, ce sont ceux qui constituent dans le septum staphylin les diverses dispositions anormales signalées plus haut. Quant à l’orifice antérieur, le principal vice de conformation qu’il présente est son occlusion. Tantôt, d’ailleurs, cette occlusion résulte d’une simple agglutination des lèvres; tantôt les lèvres sont réunies par une simple membrane; tantôt, enfin, elles sont intimement confondues. L’absence de l’orifice antérieur de la bouche est un état normal des premiers temps de la vie intrà-utérine ; de telle sorte que la persistance de son occlusion est encore un résultat d’arrêt de développement semblable à celui qui produit la persistance de la membrane pupillaire, ou qui, après la naissance, maintient les paupières réunies. Lorsqu’il n’y a point d’orifice pratiqué entre les lèvres, il arrive quelquefois que la bouche communique avec l’extérieur par une. autre ouverture que l’on trouve en

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un point des joues, ou bien cette communication n’a lieu d’aucune manière, et l’orifice supérieur du canal alimentaire existe plus ou moins loin de la bouche, au cou, par exemple.

Avant de terminer l’histoire des vices de conformation de la bouche, je vais indiquer les principaux d’entre ces vices qui peuvent affecter les dents, et ici encore, comme pour les cas précédents, il me sera aisé de démontrer que beaucoup d’entre eux ne sont autre chose que le résultat d’une altération de développement.

La dent, considérée dans la plus grande généralité de ses conditions d’existence, est essentiellement composée de deux parties, dont l’une, constante et toujours identique, en est la partie sécrétante (portion molle ou pulpe), et dont l’autre, plus ou moins développée suivant les êtres, et variable sous le rapport de sa forme, de sa disposition, du nombre de ses couches, en est la partie sécrétée (portion dure garnissant le bord libre des os maxillaires incisifs, quelquefois la voûte palatine ou d’autres points de la cavité buccale).

Bien qu’elles ne doivent avoir quelque usage chez l’homme qu’un certain temps après sa naissance, les dents commencent cependant à se former chez lui dès les premières périodes de la vie fœtale. Dès la dixième semaine on en observe des rudiments ; alors leur portion pulpeuse existe déjà dans les mâchoires, et à trois mois elle est déjà revêtue de points osseux. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que ce ne sont pas seulement les dents dites de lait qui ont ainsi un développement précoce ; avant que l’enfant n’ait vu le jour, on peut facilement constater dans ses mâchoires tous les germes bien dessinés des dents de la seconde dentition. Ces détails anatomiques étaient nécessaires pour nous servir à concevoir plusieurs des vices de conformation des dents dont il va être question.

Le premier de ces vices de conformation est une aberration dans l’époque du développement normal des dents. Tantôt il est prématuré, et c’est ainsi qu’on voit venir au monde des enfants dont les mâchoires sont déjà garnies .de dents : l’on a constaté chez des fœtus de six mois l’existence de dents déjà parfaitement ossifiées ; il paraît , d’ailleurs , que chez certains animaux c’est une loi de leur organisation , que non-seulement plusieurs dents existent toutes développées à l’époque de leur naissance ; mais chez eux encore, chose plus remarquable ! plusieurs de ces dents doivent normalement tomber avant que l’être n’ait vu le jour. Dans ce cas, d’après M. Cuvier, se trouvent les cochons d’Inde ; il paraît aussi que, dans le fœtus de la baleine, la mâchoire inférieure se trouve garnie de dentsT dont on ne découvre plus aucun vestige chez l’animal adulte. Tantôt, au contraire, l’évolution dentaire est retardée : ainsi il y a des individus qui n’ont pas eu de dents avant sept ans. En pareil cas, on pourrait admettre que la première dentition a manqué, ou bien parce que les germes n’en

ont pas existé, ou bien parce que la pulpe, bien que développée comme de coutume, n’a pas sécrété la portion dure : ainsi les bulbes pilifères ne produisent pas nécessairement de poil ; ainsi, d’après M. Geoffroy-Saint-Hilaire , la pulpe dentaire existerait isolée chez les oiseaux , sans jamais sécréter cette portion dure qui , pour le vulgaire , constitue seule la dent. Dans ce cas, il y a donc absence de la première dentition ; d’autres fois, le cas contraire arrive : les germes des dents de remplacement sont absents ou ne se développent pas , et alors tantôt les dents de lait persistent toute la vie , mais on remarque seulement qu’elles diminuent peu à peu de -volume par une véritable usure, car elles n’étaient point faites pour une si longue durée d’existence ; tantôt ces dents tombent comme de coutume , mais elles ne sont pas remplacées. Enfin il y a des cas où , pendant toute la vie, s’observe un défaut absolu du développement des dents. On a vu plusieurs individus parvenir, sans jamais avoir eu de dents, à un âge très-avancé. Si chez ces individus on observe le bord libre des mâchoires, on voit qu’il y a chez eux persistance du fibro-cartilage dont ce bord est revêtu chez les enfants qui n’ont pas encore de dents, fibro-cartilage qui se reproduit chez les vieillards, et qui existe toujours chez les ruminants, là où normalement leur mâchoire est dépourvue de dents. L’absence de ces corps peut être seulement partielle , et ici encore l’on remarque un certain ordre dans cette imperfection de l’évolution dentaire. Ainsi, les grosses molaires , dites dents de sagesse, sont plus souvent absentes qu’aucune autre dent , et les incisives manquent plus souvent que les canines et les petites molaires. On a vu des cas où aucune incisive n’était développée , et l’on a cité un exemple de ce genre , où une semblable disposition était héréditaire dans une famille; d’autres fois, il y a seulement quelques incisives de moins. On a vu , par exemple, manquer les deux latérales; ailleurs les deux centrales de l’une des mâchoires ou de toutes deux. On a quelquefois admis à tort qu’il y avait absence d’un ou de plusieurs corps dentaires , dans des cas où quelques-uns de ceux-ci étaient plus ou moins intimement réunis et confondus. Cette fusion de deux ou de plusieurs dents peut avoir lieu dans toute leur étendue , ou ne s’être effectuée qu’en une de leurs parties , dans leur racine, leur collet ou leur couronne. Souvent leur réunion est tellement intime, qu’il y a continuité parfaite de la substance osseuse, et l’on a cité des cas où, par suite d’une semblable fusion , il n’y avait à une mâchoire que trois dents volumineuses, et même qu’un seul corps dentaire. Mais souvent aussi la réunion des dents s’opère par l’apparition d’une substance nouvelle chez l’homme, analogue à celle qui chez certains animaux sert également à réunir plusieurs dents, entre lesquelles on la trouve interposée , substance que les naturalistes connaissent sous le nom de couche corticale ou de cément. C’est ainsi, par exemple, que sont constituées les dents dites composées de l’éléphant, et qui ont commencé par être simples. C’est encore ainsi

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qu’au rapport de M. Geoffroy-Saint-Hilaire , l’os maxillaire des oiseaux commence par être garni de petites denticules qui, plus tard, parleur, réunion intime, constituent la partie cornée du bec.

Au lieu d’être absentes ou diminuées de nombre, les dents sont quelquefois plus nombreuses que de coutume , et cela arrive dans trois conditions principales : ou bien parce que les dents de lait ne tombent pas à mesure que se sont développées les dents qui doivent les remplacer, ou bien parce que de véritables dents surnuméraires prennent naissance, ou bien enfin parce qu’une même dent vient à repousser. Le premier cas n’exige pas de commentaire ; le second rappelle le cas des doigts surnuméraires : ici d’ailleurs trois degrés existent : dans un premier degré, il y a aggrégation de plusieurs germes , et les dents surnuméraires sont unies à la dent normale ; dans un second degré , elles en sont complètement séparées ; dans un troisième degré , on voit se détacher de la dent normale elle-même un appendice, un prolongement osseux qui a plus ou moins la forme régulière delà dent dont il est une dépendance, qu’il semble comme doubler, et qui dans plusieurs cas d’ailleurs ne paraît être qu’une simple exostose. On a donné à ces espèces d’appendices dentaires le nom de dents prolifères. Les dents surnuméraires , qui ont une existence entièrement indépendante de celle des dents normales, peuvent être sur la même ligne que celles-ci ; ce cas est toutefois lé plus rare : ainsi Sœmmering a vu cinq incisives à la mâchoire supérieure ; Meckel parle d’un cas où , chez une fille de quinze ans, rachitique, de petites pointes osseuses, semblables aux denticules des poissons, étaient interposées entre les dents normales, et Tesmerdit avoir observé un individu chez lequel existaient à la mâchoire supérieure quatre molaires surnuméraires rangées sur la même ligne que les autres , dont trois à droite et une à gauehe. Le plus souvent, ces dents surnuméraires constituent une autre rangée plus ou moins loin de celle des dents normales. Elles peuvent être, par exemple, immédiatement situées derrière les dents incisives, ou disséminées sur la voûte palatine. On a vu une canine logée dans l’épaisseur de l’apophyse montante de l’os maxillaire supérieur. Sandifort a cité un cas dans lequel il y avait trente-six dents à chaque mâchoire; les incisives et les canines, doublées de nombre, les deux molaires antérieures triplées, constituaient plusieurs séries les unes au-devant des autres. Les dents surnuméraires ont été plus souvent observées à la mâchoire supérieure qu’à l’inférieure. Quant aux espèces de dents qui ont le plus de tendance à augmenter de nombre, les incisives et les canines doivent être, sous ce rapport, placées avant les molaires.

Une dent tombée peut-elle repousser une ou plusieurs fois ? En théorie, on peut le concevoir ; il suffit pour cela que la pulpe ou portion sécrétante de la dent ne soit pas détruite. Un de nos plus savants dentistes , M. Oudet , s’est assuré, par l’expérience, que chez certains animaux la

reproduction d’une dent enlevée dépend de cette condition ; il a vu que si un enlève les incisives d’un lapin, en laissant intacte la pulpe de ces dents, elles ne tardent pas à se reproduire. 11 y a des cas bien avérés où une semblable reproduction a eu lieu chez l’homme. Meckel en a rassemblé trente-deux observations , dans lesquelles on trouve que la reproduction s’est effectuée onze fois pour les incisives, onze fois aussi pour lés canines , et douze fois pour les molaires. L’un des faits qu’il rapporte est relatif à un enfant de quatre ans, dont les os maxillaires s’exfolièrent à la suite d’une rougeole ; plusieurs de ses dents étant tombées furent remplacées par d’autres qui occupèrent la même place ; mais ces dents ainsi repoussées tombèrentà leur tour à l’époque de la deuxième dentition, qui eut lieu comme de coutume.

Soit que la pulpe des dents survive dans certains cas à la chute de celles-ci, soit qu’elle se reproduise , soit que des germes surnuméraires existent dans les mâchoires, il y a des cas où, plus ou moins long-temps après l’époque où sont tombées les dents de la seconde dentition , de nouvelles dents viennent à paraître; et comme cela asurtout lieu dans un âge avancé, l’en a donné à cette troisième pousse de dents le nom de dentition des vieillards. Sur douze cas de ce genre que j’ai trouvés épars dans les auteurs , l’individu le moins âgé avait trente ans (Blankard) ; un second avait cinquante ans(Budès); un troisième cinquante-trois ans ( Lanzoni) ; un quatrième cinquante-sept ans (Bauer) ; un cinquième soixante-trois ans (Lochner); un sixième soixante-dix ans (Sennert); deux avaient quatrevingts ans ( Diemerbroeck , Rusca);un neuvième quatre-vingt-deux ans (Bloch); un dixième quatre-vingt-douze ans (Isabeau); et des deux derniers l’un avait cent quatre ans(Rusca), et l’autre cent dix-neuf ans. Dans ces différents cas , tantôt une seule dent a repoussé , tantôt plusieurs, tantôt toutes. Ces dents sont ordinairement d’un petit volume et de peu de durée.

L’augmentation de volume des dents, peut dépendre d’un développement anormal ou de leur couronne ou de leur racine.

Parvenue à sa grandeur accoutumée, la couronne des dents tend-elle encore naturellement à croître ? Nul doute qu’il n’en soit ainsi normalement chez certains animaux, chez les rougeurs, par exemple ; cependant cet accroissement continuel est sans effet, parce qu’à mesure qu’elles tendent à s’alonger , à mesure aussi elles s’usent , de telle sorte que leur grandeur reste la même. La disparition d’une marque que l’on a faite aux dents incisives d’un lapin démontre que , dans ces dents, il y a simultanément accroissement réel et usure à proportion. Celte usure semble résulter du frottement que les dents correspondantes des deux mâchoires exercent continuellement l’une sur l’autre. Si, en effet, l’une de ces dents n’existe pas , on voit celle qui lui correspond prendre un accroissement indéfini, en se contournant souvent de la manière la plus bizarre, à peu

près comme certains ongles qu’on laisse croître. Cet accroissement peut aussi avoir lieu par suite d’un simple changement de direction des dents, et sans qu’aucune soit absente. Sur la tête d’un vieux rat qui a été présenté à l’Académie royale de Médecine par le docteur Devergie aîné, j’ai observé dans les dents incisives la disposition suivante : la dent incisive supérieure droite, à peine sortie de son alvéole, se portait obliquement de haut en bas et d’avant en arrière dans l’intérieur de la bouche ; parvenue au niveau de l’ouverture postérieure des fosses nasales, elle se recourbait en haut, s’introduisait dans la fosse nasale gauche, la parcourait d’arrière en avant; puis, arrivée à l’orifice antérieur de cette fosse, elle perçait l’os maxillaire , s’engageait dans l’alvéole de l'incisive placée à côté d’elle, puis , changeant encore de direction, elle allait se terminer en pointe au-dessous de l’orbite gauche. Les deux incisives de la mâchoire inférieure , singulièrement alongées et recourbées , ressemblaient à deux défenses. L’une d’elles , se portant en haut , se recourbait en cercle , et passant au-devant de l’orbite gauche oblitéré par elle , elle touchait le crâne , et semblait être sur le point de le perforer. Le bord inférieur de l’orbite présentait une gouttière où la dent était logée , et l’œil était atrophié.

L’augmentati on de volume des racines des dents a été plus souvent observée chez l’homme qu’une pareille augmentation dans leurs couronnes. On peut aussi trouver ces racines augmentées de nombre : aussi l’on a vu des molaires pourvues de quatre ou cinq racines ; les canines et les incisives en ont présenté deux, mais jamais au-delà de ce nombre.

La configuration des dents est rarement altérée. Cependant l’on a vu quelquefois les couronnes des molaires , ou tranchantes comme chez les carnivores, ou à gros tubercules comme chez les ruminants, ou dentelées comme chez les insectivores. Si nous recherchons pourquoi de pareilles altérations sont infiniment rares, peut-être en trouverons-nous la raison dans ce fait 'd’anatomie comparée, savoir, que telle configuration des dents est rigoureusement liée, dans la série animale, à telle modification correspondante dans la disposition de la mâchoire, de la tête , du tube digestif tout entier, des membres, de tout l’être en un mot. Ainsi donc, l’existence chez l’homme d’une molaire tranchante, qui semblerait n’être qu'un vice de conformation bien peu important, serait en réalité une aberration des lois de l’organisme beaucoup plus remarquable que ne l’est, par exemple, la monstrueuse conformation des dents incisives du rongeur dont il aété question dans le précédent paragraphe.

La direction des dents est sujette à plus d’une variété. Les racines présentent plusieurs espèces de courbures : dans les dents qui en ont plusieurs, on les voit quelquefois singulièrement diverger, devenir obliques, transversales même, ressembler à des espèces de crochets, et de ces vices de direction peuvent résulter de grandes difficultés pour l’avulsion de la

dent. Les couronnes de toutes les dents peuvent être simultanément modifiées dans leur direction ; ainsi, par exemple, cette direction peut être telle dans les dents inférieures, qu’elles soient toutes situées sur une ligne plus extérieure que la ligne occupée par les dents d’en haut. D’autres fois ce changement de direction est partiel. Les incisives, par exemple, peuvent présenter trois espèces d’obliquité, une antérieure, une postérieure, et une latérale. Les canines s’inclinent fréquemment en arrière ; cela doit même arriver pour celles de la deuxième dentition, si elles sortent avant la molaire qui est en contactavec elles; car, pour que la canine trouve place sur une même ligne que les deux autres dents, il faut nécessairement que les deux molaires antérieures de la seconde dentition, plus petites que celles de la première, aient remplacé celles-ci, et laissent ainsi un plus grand espace à la canine de remplacement, dont le germe est situé directement au-dessous de la molaire plus considérable qui doit tomber (l). Si les molaires antérieures ,de la seconde dentition présentent rarement des vices de direction, c’est que, plus petites que celles qu’elles remplacent, elles trouvent toujours assez d’espace pour ne pas dévier de leur direction normale. Cependant cette direction est quelquefois notablement modifiée : ainsi l’on a cité des cas où deux petites molaires étaient adossées l’une contre l’autre (Sœmmering, Serres). Quant aux grosses molaires, resserrées pour leur développement dans un espace plus étroit, elles doivent offrir plus fréquemment des vices de direction. La connaissance de la situation des germes des secondes dents dans l’intérieur des mâchoires , de leurs rapports avec les dents de lait , delà route que suivent ces secondes dents pour arriver au bord libre des os maxillaires , rend d’ailleurs raison d’un fait donné par l’observation , savoir, que les dents de remplacement sont, plus souvent que les premières dents, modifiées dans leur direction.

Les dents peuvent enfin présenter plus d’une déviation de leur situation normale : tantôt elles existent encore sur le bord alvéolaire, mais non plus à leur place naturelle ; tantôt elles se montrent plus ou moins loin de ce bord. D’après M. Serres, une dent ne pourrait jamais être dérangée de sa place accoutumée , au point qu’il y ait transposition des divers ordres de dents sur le bord alvéolaire, et que, par exemple, une canine prît la place d’une incisive, ou s’interposât entre les molaires. Il trouve la raison de cette impossibilité dans l’existence du gubernaculum dentis, et de la spécialité de l’appareil vasculaire destiné à former chaque dent. Cependant quelques faits déposent contre cette assertion. Ainsi Meckel a observé un cas où une dent canine de remplacement s’était développée entre les deux premières dents molaires : dans ce cas l’alvéole

(1) Voyez sur ce sujet le beau travail de M. Serres , sur le développement des dents.

PRECIS

où était contenue la canine de première dentition avait persisté. Ce fait prouve d’ailleurs que ce n’est pas à l aide d’une simple pression mécanique exercée sur les dents de la première dentition par les dents de la seconde, que celles-ci les remplacent. Ici, en effet, la canine était tombée, bien qu’au-dessous d’elle n’existât aucune dent qui tendît à la chasser. J’ai vu un cas où les incisives étaient séparées par une canine interposée entr’elles.

Les dents peuvent en outre apparaître quelquefois en d’autres lieux que sur les bords alvéolaires. Albinus , Ruysh , Van-Swieten, Sabatier, en ont observé d’implantées sur la voûte palatine. Sandifort a fait mention d’un cas dans lequel immédiatement au-dessous du trou sous-orbitaire existait une dent ressemblant à une petite molaire ; il y avait absence de la seconde petite molaire et de son alvéole. Meckel parle d’un autre cas dans lequel une dent située entre le bord alvéolaire et l’orbite avait sa racine en bas. Enfin on a vu des dents qui, implantées dans la paroi supérieure du sinus maxillaire, proéminaientdans l’orbite. Beaucoup d’animaux nous offrent, comme condition normale de leur organisation, ces diverses situations des dents , qui constituent chez l’homme autant de cas pathologiques. Ainsi, chez les mammifères, on trouve déjà quelques variétés dans la position qu’affectent les dents dans les os maxillaires et intermaxillaires; chez plusieurs reptiles la voûte palatine en est parsemée : chez les poissons on en trouve , suivant les espèces , dans la voûte palatine , dans le vomer, dans les os ptérygoïdiens , dans certains appendices osseux de l’os hyoïde; enfin , chez certains mollusques, c’est dans l’estomac que se retrouve l’appareil dentaire. Il y a des cas où dans l’espèce humaine on pourrait croire d’abord à l’existence de dents implantées derrière le bord alvéolaire , sur un os surnuméraire. Tel est le cas de l’anencéphale , qui, en raison de la double rangée de dents qu’il offrait, avait été désigné par M. Geoffroy-Saint-Hilaire sous le nom de diodoncêphale. Les incisives, situées sur un plan antérieur aux autres dents, étaient soutenues , dans cette position insolite , par un os qui semblait être de nouvelle formation ; mais un examen plus attentif découvrit que cet os n’était autre chose que l’incisif séparé des maxillaires et poussé au-devant d’eux.

Le conduit musculo-membraneux par lequel les aliments sont transmis de la bouche dans l’estomac n’offre qu’un très-petit nombre de vices de conformation : la théorie de ceux-ci ne peut d’ailleurs être éclairée par l’anatomie de développement ; car on ne possède encore que des notions très-vagues sur le mode de formation du pharynx et de l’œsophage.

On possède des exemples d’absence complète du pharynx, mais ce cas rare n’a été jusqu’à présent observé que chez des acéphales.- On l’a vu terminé en cul-de-sac à l’un ou à l’autre de ses orifices. On l’a trouvé

double chez les fœtus qui ayaient deux têtes et deux cols soutenus par un seul corps. Quelquefois enfin on a disséqué des fœtus, dont le pharynx présentait une dilatation partielle, une sorte de poche plus ou moins analogue à celle que possèdent certains oiseaux. Tantôt cette poche était constituée par la totalité des tuniquesdu pharynx ; tantôt ses parois étaient uniquement formées par la membrane muqueuse distendue et faisant hernie a travers la tunique musculaire.

Lesyicesde conformation de l’œsophage sont un peu plus variés que ceux du pharynx. L’étude de ses imperfections de développement peut jeter quelque jour sur son mode normal de développement , qui n’est pas plus connu que celui du pharynx. Il y a des cas où l’on n’a trouvé que son extrémité supérieure terminée en cul-de-sac ; entre celui-ci et l’estomac il n’y avait que du tissu cellulaire. D’autres fois on voit partir du cardia un conduit , qui, après s’être prolongé en haut dans l’espace de quelques pouces , finit par un cul-de-sac , au-delà duquel on ne trouve plus que du tissu cellulaire , comme dans le cas précédent. Quelquefois l’œsophage représente un cordon plein , sans cavité dans toute son étendue ; ailleurs cette cavité ne cessait d’exister qu’un peu au-dessus de l’insertion de l’œsophage à l’estomac. Dans un cas de ce genre, publié par YanCuych, l’enfant vomit tout ce qu’on essaya de lui donner et succomba trois jours après sa naissance. Astley Cooper a rapporté un autre cas dans lequel il y avait absence complète de l’œsophage ; le pharynx se terminait en cul-de-sac , et l’estomac était sans orifice cardiaque ; l’enfant vécut huit jours. Ces différents vices de conformation sont assez semblables à ceux que présente assez souvent le rectum. Un autre cas plus bizarre que les précédents est celui quia été publié par M. Martin dans ï Observateur des Sciences médicales (Marseille, juillet 182 8) : sur un enfant mort trente-six heures après sa naissance, on ne trouva d’autre trace de l’œsophage du côté du pharynx qu’un canal long de quelques lignes, qui se terminait en culde-sac. Mais immédiatement au-dessus de la naissance des bronches , la trachée-artère présenta un orifice à travers lequel un stylet ayant été introduit pénétra dans un tuyau membraneux , élastique , du calibre d’une petite plume , qui se rendait à l’estomac , et établissait une communication entre la cavité de cet organe et les voies aériennes. C’est ainsi que dans plus d’un cas d’absence du rectum , on voit le colon s’ouvrir dans la vessie ou dans quelque autre organe.

Au lieu d’être absent ou imparfaitement développé, l’œsophage peut tendre à se développer en excès. Cela arrive d’abord dans les cas de fœtus plus ou moins complètement doubles dans leurs diverses parties : chez ceux dont un seul thorax supporte deux cols , l’œsophage est simple inférieurement et se double supérieurement; chez ceux, au contraire, qui ont un col simple et deux thorax , c’est seulement dans sa portion thoracique qu’on le voit se diviser. La tendance de l’œsophage à la duplication

a été aussi observée dans des cas où il n’y avait chez l’individu aucun autre vice de conformation. Ainsi, dans les planches d’anatomie pathologique de Meckel , on trouve représenté un œsophage qui , au niveau de la première côte , se divisait en deux conduits : ceux-ci éloignés l’un de l’autre en forme de demi-cercle , restent isolés jusqu’à la hauteur de la sixième côte , puis ils se rapprochent /se réunissent intimement; et enfin l’œsophage redevient simple et demeure tel jusqu’à son insertion à l’estomac. D’autres fois, sans qu’il existe d’ailleurs aucune altération organique, l’œsophage se renfle inférieurement, de manière à simuler le jabot des oiseaux.

Dans quelques cas de transpositions générales des viscères , l’œsophage a été trouvé couché sur le côté droit du corps des vertèbres ; je ne sache point qu’on ait observé d’autres vices de situation de ce conduit.

FIN Dü TOME PREMIER.

TABLE DES MATIÈRES

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