LÉSIONS DE L’OESOPHAGE
L’œsophage est beaucoup moins souvent altéré que la bouche et que le pharynx ; il l’est surtout beaucoup moins fréquemment que l’estomac et que les autres parties de la portion sous-diaphragmatique du tube digestif.
L’épithélium , qui revêt la membrane muqueuse œsophagienne , est quelquefois comme érodé , ramolli , détruit dans une partie plus ou moins grande de son étendue. C’est surtout inférieurement, non loin de l’estomac , qu’on rencontre le plus fréquemment ces altérations de l’épithélium œsophagien. Dans quelques cas je l’ai trouvé notablement épaissi. <
La membrane muqueuse présente les mêmes altérations que celles que nous avons étudiées dans les autres parties du tube digestif. Son hyperét
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mie est rare. Son épaississement est tantôt général, tantôt partiel. De sa surface interne on a vu quelquefois s’élever des végétations, de forme et de grandeur diverses, qui rétrécissent le conduit et apportent à la déglutition une gêne plus ou moins grande. On n’y a que rarement constaté l’existence d’ulcérations. On a cité un cas dans lequel, chez un individu mort à la suited’une variole, on atrouvéles parois de l’œsophage agglutinées par une matière plastique qu’avait sécrétée la membrane muqueuse.
Dans l’œsophage, comme dans les autres parties du tube digestif, le tissu cellulaire sous-muqueux s’indure, s’épaissit, se transforme en un tissu, soit squirrheux, soit d’apparence fibreuse ou cartilagineuse, et il en résulte , dans le point où existe cette altération , un rétrécissement du canal, qui peut aller jusqu’à son oblitération complète. Le même effet peut être produit par des abcès développés dans l’épaisseur même des parois de l’œsophage, ou par des tumeurs qui se sont lentement formées autour de ce conduit. C’est ainsi qu’une impossibilité de plus en plus grande de la déglutition a été quelquefois le résultat d’une compression exercée sur l’œsophage par un anévrysme de l’aorte, par un amas de ganglions lymphatiques engorgés, par une exostose du corps d’une vertèbre. ( Bleuland. )
Au lieu de s’épaissir et de s’indurer, les parois de l’œsophage subissent quelquefois un amincissement et un ramollissement tels, qu’elles ne sont plus en quelque sorte constituées que par une toile eellulo-muqueuse, et que par la moindre traction on les déchire avec la plus grande facilité. Une des suites de ce ramollissement des parois œsophagiennes est leur perforation spontanée, qui présente les mêmes caractères anatomiques que la perforation de l’estomac. On a décrit quelques cas dans lesquels on aurait vu les parois de l’œsophage frappées de gangrène ; mais plusieurs de ces cas, au moins, ne me semblent être autre chose que des cas de ramollissements pultacés des parois œsophagiennes avec teinte brunâtre de leur tissu, et parfois déchirure.
Un épanchement dans le thorax est le résultat le plus commun de la perforation de l’œsophage. Cette perforation, dans tous les cas observés jusqu’à présent, a eu lieu dans la portion thoracique de ce conduit, près du cardia. Tantôt, autour de la perforation, on a trouvé l’œsophage altéré, ramolli, tel que nous l’avons précédemment indiqué ; tantôt, autoor de cette perforation, les parois de l’œsophage ne présentaient aucune altération appréciable. On l’a observé à tous les âges. M. Yéronen a cité un cas chez un fœtus qui venait de naître. M. Guersent(l) en a publié une observation recueillie sur une fille de sept ans, qui fut emportée par une maladie aiguë pendant laquelle les symptômes prédominants furent des vomissements au début, puis de la diarrhée, un état comateux et des con-
(1) Bulletins de la Faculté de Médecine , 1807, pag. 73.
vulsions. Le côté droit de la poitrine, qui ne résonnait plus, était rempli par un liquide de couleur brune, dans lequel nageaient des flocons d’un vert foncé.... On aperçut dans la plèvre droite, à quelques lignes au-dessus du diaphragme, dans les parois mêmes de l’œsophage, une déchirure ovalaire, d’un centimètre de large sur deux de long. Partout ailleurs les parois de l’œsophage et de l’estomac étaient saines.
Un autre cas de perforation de l’œsophage coïncidant avec quatre perforations de l’estomac, a été rapporté par M. Bouillaud (1). L’individu qui fait le sujet de cette observation éprouvait depuis six semaines de la douleur à l’estomac. Lorsqu’il fut soumis à l’examen de M. Bouillaud, il présentait tous les signes d’une irritation aiguë du tube digestif. Les quatre jours suivants il a des vomissements abondants ; puis il est frappé d’une sorte d’attaque d’apoplexie, et succombe dans un état comateux. Au moment où l’on incisa les parois thoraciques, des gaz s’échappèrent du côté gauche de la poitrine; le poumon gauche était refoulé, et deux verres d’un liquide rouge brunâtre étaient épanchés dans les plèvres. Cette membrane, très-injectée, offrait plusieurs plaques d’un rouge vif. L’œsophage, un peu au-dessus du cardia, et à gauche, présentait une perforation de la grandeur de l’ongle, et, un peu plus haut, une déchirure d’un pouce et demi de longueur.... l’estomac offrait, dans sa région splénique, quatre perforations, dont la plus grande avait la largeur d’un centime. La membrane muqueuse gastrique était généralement injectée.
Il est d’autres cas où les parois détruites de l’œsophage sont suppléées, soit par l’aorte, soit par la trachée, de telle sorte qu’alors aucun épanchement n’a lieu. D’autres fois, enfin, une double perforation existe, et l’œsophage communique avec l’intérieur de l’aorte ou de la trachée.
L’œsophage présente quelquefois des lésions de sécrétion analogues à celles que nous ont offertes les autres portions du tube digestif. Au-dessous de la muqueuse on a trouvé du pus, et parfois des tubercules. A la surface libre de cette membrane on a rencontré des concrétions membraniformes. M. Gari, interne à l’hôpital des Enfants-Trouvés, m’a montré récemment l’œsophage d’un enfant nouveau-né, dont la surface interne était revêtue, dans un tiers environ de son étendue, par une couche de matière blanchâtre, solide, qu’on ne détachait que difficilement de la membrane subjacente , et qui me parut exister au-dessous de l’épithélium. Il n’y avait aucune trace de pseudo-membrane dans les autres parties du tube digestif. Ainsi c’était là un muguet borné à l’œsophage.
(2) Archives de Médecine , tom. I , pag. 531.
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