LÉSIONS DE L’INNERVATION DES ARTERES
Entourées, dans la plupart de leurs divisions, d’un réseau nerveux qui provient du grand sympathique, et qui paraît en pénétrer les tuniques,
les artères en reçoivent probablement une influence quelconque dans l’état de santé, et il est vraisemblable qu’à l’instar de toute partie où se distribuent des nerfs , les artères sont quelquefois malades par suite d’une modification primitive de l’influx nerveux auquel elles sont soumises; mais les faits nous manquent encore pour décider celle question : il se pourrait d’ailleurs que les plexus nerveux qui entourent les artères n’eussent pas pour objet principal de vivifier ces artères elles-mêmes ; il serait possible qu’ils ne fissent que les accompagner, pour aller jouer un rôle, encore inconnu , dans l’intimité des tissus , là où toute vie semble résulter de la double action du sang et des nerfs. Deux éléments anatomiques peuvent en effet se montrer constamment unis , sans avoir l’un avec l’autre aucun rapport physiologique. C’est ainsi que , dans l’ordre philosophique , la coïncidence constante de deux faits ne doit pas nécessairement entraîner l’idée que l’un de ces faits est la cause de l’autre. Ici donc il faudrait prendre garde de conclure du fait anatomique au fait physiologique ou pathologique.
Laennec a admis l’existence de névralgies artérielles , qui se manifestent soit par des douleurs vives suivant le trajet des artères , soit par une augmentation de leurs battements , avec ou sans présence du bruit de soufflet. Il explique ces battements et ce bruit par le spasme des parois artérielles. Ce spasme n’est qu’une hypothèse , mais cette hypothèse est liée à un fait très-réel, c’est l’existence de battements singuliers, très-forts, qui se manifestent parfois sur le trajet des artères spécialement vers la partie supérieure de l’aorte abdominale , qui durent de quelques heures à plusieurs jours , et se montrent souvent à plusieurs reprises. L’anatomie pathologique n’a pas jusqu’à présent expliqué ces battements ; on les a attribués dans quelques circonstances à une irritation de l’aorte avec congestion sanguine ; mais dans la plupart des cas cette irritation avec hyperémie (artérite) est aussi bien une hypothèse que le spasme artériel admis par Laennec.
Souvent aussi l’on entend dans toutes les artères un bruit de soufflet fort remarquable qui coïncide avec la dilatation du vaisseau , et dans ce cas encore l’anatomie pathologique n’a montré jusqu’à présent, ni dans les parois artérielles, ni dans le cœur, ni dans le sang lui-même, aucune modification physique qui rendît compte delà production de ce bruit. Le plus ordinairement, c’est chez les individus atteints d’hypertrophie du cœur qu’il a été observé ; mais j’en ai aussi constaté l’existence chez quelques personnes dont le cœur n’était nullement altéré sous le rapport de l’épaisseur de ses parois ou des proportions de ses cavités.
Il y a donc encore de curieuses recherches à faire pour déterminer les causes sous l’influence desquelles se produisent le s phénomènes dont nous venons de parler. Notre ignorance à cet égard est une preuve, entre mille autres, de l’insuffisance de notre anatomie pathologique actuelle pour tout expliquer.
PRÉCIS
SECTION TROISIÈME